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La grève des cheminots de Nantes

Les grévistes paralysés par l’intersyndicale

 

 

Une grève massive

 

À Nantes comme partout en France, les travailleurs de la SNCF se sont fortement mobilisés pour défendre les retraites : non aux 40 annuités, aux décotes, à l’indexation des pensions sur les prix ! Le 14 novembre, la direction n’était pas pressée de donner les chiffres de participation à la grève et pour cause : 70,94 % à l’exécution, 63,57 % à la maîtrise. Elle n’a fait rouler de rares trains que grâce à des cadres non grévistes (33,60 % de cette catégorie a cependant participé à la grève). À la tour de contrôle, sur 60 agents, 59 grévistes ; au transport dans lequel travaille le camarade qui a fourni les informations pour cet article, son service comptait 100 % des aiguilleurs en grève. La combativité était forte, beaucoup de jeunes et dans les secteurs les plus ouvriers, comme la manœuvre. Les assemblées générales journalières ont réuni 600 cheminots, du début à la fin de la grève. Pour la première fois, elles rassemblaient les conducteurs, les aiguilleurs, les agents de l’équipement, les contrôleurs : alors qu’en 1956, en 1995, en 2003, les directions syndicales étaient parvenu à maintenir des assemblées par service, la volonté d’unité a trouvé son expression dans ces assemblées interservices.

 

Les appareils syndicaux dirigent

 

Pour autant, les assemblées générales n’ont pas été un outil aux mains des grévistes pour débattre et pour décider. Elles n’avaient que l’apparence de la démocratie ouvrière. En réalité, deux verrous les bloquaient.

D’une part, le cadre des « grèves reconductibles » mis en place par les appareils syndicaux, à la SNCF, la RATP et à EDF – GDF qui assignait aux AG de reconduire ou non, chaque jour, la grève pour 24 heures. Cette tactique noie l’objectif, le retrait de l’attaque contre les régimes spéciaux, et dévoie le moyen de lutte pour y parvenir, la grève jusqu’à satisfaction. La grève reconductible morcelle la volonté des grévistes, épuise leurs forces émiettées par ville, par catégorie, par secteur, puisqu’elle oblige à remettre en cause la grève chaque jour, sans que le gouvernement n’ait cédé sur quoi que ce soit ! C’est le seul « pouvoir » qui a été reconnu à  l’assemblée interservices des cheminots de Nantes qui a voté la grève pendant 9 jours.

D’autre part, les syndicats CGT, SUD, FO, UNSA, flanqués de la CFDT et de la CFTC, réunissaient leurs bureaucrates en intersyndicale, chaque jour, sans témoin gênant, protégés de la base si remontée qu’elle reconduisait la grève et demandait des résultats tangibles. C’est l’intersyndicale qui décidait de l’ordre du jour de l’assemblée interservices et jusqu’au choix du « président de l’AG » ! Elle trônait systématiquement en tribune. Seules les « propositions d’action » des bureaucrates étaient soumises au vote. Pas question non plus de débattre en AG : sous prétexte du nombre et parce que l’intersyndicale organisait l’AG en plein air, elle qui se réunissait les fesses au chaud, les prises de parole des grévistes étaient fortement découragées.

Pour vidanger préventivement l’AG, les cheminots étaient réunis avant sa tenue, quotidiennement, par secteur. Les débats sur la situation politique, sur les manigances des directions syndicales, leurs trahisons, émergeaient dans ces « rassemblements d’information et de prise de parole » mais ne débordaient pas sur l’AG. Ainsi, des cheminots se sont exprimés dans les secteurs contre les « négociations entreprise par entreprise » ; pour réclamer de vrais piquets de grève, l’organisation pour empêcher que les trains roulent : les bureaucrates CGT ont été les plus déterminés à combattre ces exigences d’efficacité de la grève. De même, c’est un rassemblement de secteur qui a défendu des cheminotes non commissionnées contre la direction de leur service qui avait décidé de leur faire remplacer trois grévistes et a dû faire machine arrière devant la visite impromptue de 250 grévistes.

 

LCR et LO, auxiliaires des bureaucrates

 

Le militant connu pour être chez Bobosancenot n’est jamais intervenu en assemblée générale. Il a, par contre, toujours porté la banderole CGT Cheminots…

Le militant de LO avait les faveurs des bureaucrates syndicaux, qui ne voyaient aucun mal à le laisser s’exprimer : il servait à chauffer le public. Jamais il n’a prononcé un mot contre la politique traître des directions syndicales, jamais il n’a développé de propositions pour aider les cheminots à sortir de la nasse dans laquelle les Thibault et compagnie les maintenaient. Sa cote auprès des bureaucrates n’est tombée que le 22 novembre, lorsque le dirigeant local de la CGT, dans un silence mortel, a osé décrire « des avancées notoires lors des négociations » et appelé à « la suspension ». L’écervelé de LO a entonné le traditionnel « nous pouvons être fiers de notre grève », en taisant le plus sérieux « nous n’avons rien obtenu » et il appelé à continuer la grève, évidemment sans dire comment faire et surtout qui l’avait sabordée.

 

S’organiser pour la prochaine bataille

 

Le camarade avec lequel nous avons discuté avant la rédaction de cet article est intervenu dans cette assemblée de fin de grève (vote 2/3 pour la reprise, 1/3 contre, 500 présents). Il a dit que le coup de Sarkozy avait réussi, que par conséquent, les cheminots ont subi une défaite et au-delà, toute la classe ouvrière. Déclenchant les sifflets des bureaucrates et de ceux qui les suivent encore (1/3 de l’AG) et les applaudissements des 2/3 des cheminots présents, il a dit que la grève avait été trahie par les directions des syndicats et que la prochaine fois, il faudrait mettre en place des comités de grève pour ne pas les laisser diriger.

Le lendemain, un contrôleur est venu lui montrer un texte contresigné qui déclare : c’est une défaite, les syndicats nous ont trahis, il faut refuser qu’ils négocient et exiger le retrait de la loi.

La classe ouvrière a besoin de tirer les leçons de ces événements. Révolution Socialiste entend contribuer au débat politique entre les militants, les travailleurs qui prennent conscience de la trahison des vieilles directions du mouvement ouvrier ; notre regroupement veut participer à la construction d’un véritable parti ouvrier révolutionnaire dont l’absence pèse sur chaque combat.