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Le réformisme 100 % à gauche veut son parti

 

La LCR a jugé très positive sa campagne et ses résultats (4,08 % des exprimés) pour l’élection présidentielle. Passer devant la candidate de LO et, surtout, devancer celle du PCF dans tous les départements, voilà qui donne des ailes à la direction de la LCR. Son porte-parole, Besancenot, a annoncé qu’elle entreprenait la « construction d’un nouveau parti anticapitaliste ».

 

L’édification d’un parti ouvrier révolutionnaire est une tâche urgente, décisive

 

À chaque attaque de la classe bourgeoise, des gouvernements à son service, le prolétariat et la jeunesse font l’amère expérience de la trahison des partis dits socialiste ou communiste et des appareils des syndicats qui leur sont liés. Leur protection assidue des gouvernants, des patrons, à coup de journées d’action inefficaces, à coup de participation à toutes les instances où sont élaborées ou mises en œuvre les mesures anti-ouvrières, entrave les capacités de résistance de la classe ouvrière et facilite ainsi les défaites que notre classe subit depuis des décennies. De gestion de municipalités ou de groupes capitalistes, de campagnes électorales en discours au Parlement, PS et PCF manifestent qu’ils n’ont rien à proposer qu’un aménagement de la société bourgeoise, qu’ils en respectent les fondements. Quand ils gouvernent, la démonstration est encore plus évidente.

Les travailleurs salariés ont besoin d’un parti qui représente leurs intérêts de classe, contre la classe des capitalistes. Il leur faut un parti qui agisse pour imposer les revendications de ceux qui produisent toutes les richesses, qui assurent les conditions d’existence de toute la population. Un parti qui prendra toutes les mesures pour contrer la résistance des patrons et de leurs alliés. Un parti qui, pour aller de l’avant, ne craint pas d’aller au socialisme.

En effet, le chômage, la pauvreté, le sous-développement, les guerres assumées ou provoquées par les puissances impérialistes ne peuvent être éradiqués qu’avec la destruction du mode de production capitaliste qui les engendre et des Etats bourgeois qui garantissent sa domination. Planifier la production pour satisfaire les immenses besoins de l’humanité, donner du travail à tous ceux qui en cherchent, nécessitent d’exproprier les grands groupes capitalistes. La classe ouvrière, à l’échelle mondiale, est la force sociale capable de réaliser cette émancipation, de constituer des gouvernements révolutionnaires, appuyés sur les comités de mobilisation qu’elle ne manquera pas d’édifier pour prendre le pouvoir.

C’est pour rendre conscient, à des millions de prolétaires exploités et opprimés, ce rôle historique qu’il faut un parti ouvrier révolutionnaire. C’est parce que ce programme est celui du socialisme qu’il exige un parti se réclamant de Marx, de Lénine, de Trotsky. Notre classe se bat depuis un siècle et demi contre le capitalisme ; elle a accumulé bien des leçons dans cette lutte que quatre internationales ouvrières ont concentrées. Pour repartir à l’offensive, le prolétariat, la jeunesse à son côté, ont besoin d’un parti mondial qui renoue avec cette filiation.

Est-ce à cette tâche majeure que la LCR a maintenant décidé de s’attaquer ? La lecture de la motion que sa direction nationale a adoptée le 2 juillet et les déclarations de ses membres depuis lors indiquent qu’il faut répondre non.

 

L’anticapitalisme  à la sauce réformiste

 

L’anticapitalisme de la LCR vaut autant que la définition du capitalisme qu’elle donne dans le premier paragraphe de sa motion :

Un système d’organisation de la société dont le moteur demeure la recherche de la satisfaction de la soif de pouvoir et de profits d’une toute petite minorité. (Rouge, 5 juillet 2007)

L’essentiel est laissé dans l’ombre : le capitalisme repose, non sur les aspirations, les sentiments des patrons, mais sur l’exploitation du travail, l’accaparement de la richesse produite par les travailleurs et qui ne leur est pas payée. Le moteur ne réside pas dans la tête de capitalistes individuels, il est dans la réalisation de la plus-value, la valorisation du capital investi, l’accumulation à l’échelle du système dans son ensemble.

Cela signifie que pour améliorer radicalement le sort des prolétaires, pour changer le monde, il faut transformer le processus de travail en collectivisant les moyens de production. Il faut une révolution sociale qui exproprie les capitalistes.

La LCR prône « le partage des richesses », ce qui correspond logiquement à ses explications « théoriques » : limitons la soif de la toute petite minorité et tout le monde pourra boire. Pas question d’enlever le verre, le robinet, les tuyaux et l’eau aux propriétaires. La LCR ne touche pas au cœur du système, la production. Elle veut réguler, répartir plus justement. Elle affirme son réformisme.

Nos vies valent plus que leurs profits.

Ce slogan dont la LCR a fait un signe de reconnaissance complète le tableau d’inspiration chrétienne : le partage et la certitude du cœur…

La motion de la direction nationale omet malheureusement d’indiquer que la classe bourgeoise s’est dotée d’institutions coercitives pour empêcher les exploités et les opprimés de lui régler son compte (et même de boire un petit coup dans son verre) : l’État bourgeois avec son armée, sa police, sa justice rappelle pourtant son existence à chaque manifestation, chaque occupation d’usine, dans toutes les gares, dans les quartiers populaires, de répression à la matraque en contrôle d’identité, d’intervention militaire en procès contre des militants.

Pour en finir avec la dictature des actionnaires, de la propriété privée capitaliste, il faudra des mobilisations puissantes, généralisées, des grèves, des manifestations, des occupations. (Rouge, 5 juillet 2007)

La LCR veut un parti qui n’inscrit pas dans son programme le renversement de l’État bourgeois, la destruction de toutes ses institutions, de tous ses corps de mercenaires par la révolution prolétarienne, l’insurrection armée de ceux qui n’ont à perdre que leurs chaînes et un monde à gagner.

La motion déjà citée, par contre, fixe comme objectif « la démocratie la plus large ». Il est inutile de commenter longuement. Quand la démocratie se pose tout court, c’est qu’elle est bourgeoise, qu’elle s’accommode de l’Assemblée et du Sénat, de la Ve République, des médias… Besancenot et ses copains ne veulent surtout pas qu’on les confonde, par ces temps difficiles, avec les tenants de la démocratie la plus large pour les exploités et les opprimés et la plus restreinte pour les exploiteurs : ce que, chez les marxistes, on appelle la dictature du prolétariat.

En résumé, l’anticapitalisme de la LCR s’entend sans expropriation des capitalistes, sans révolution prolétarienne et sans dictature du prolétariat.

 

Dans la gauche

 

La LCR projette d’abandonner le qualificatif « communiste » de son nom, au profit de « gauche » révolutionnaire. Ce terme a l’utilité de masquer le tracé des frontières de classe.

L’organisation sœur de la LCR au Brésil participe à un gouvernement bourgeois « de gauche » et en Italie, elle soutient le gouvernement bourgeois « de gauche » de Prodi.

Le Collectif Riposte dont la LCR a signé la première déclaration (18 septembre 2007) est lui aussi estampillé « à gauche » : il comprend le PCF, le PS, les Radicaux de Gauche, les Républicains et Citoyens, les Verts, les Alternatifs, Mars Gauche républicaine, Convergence Citoyenne, Régions et Peuples solidaires. Remarquons en passant que la LCR n’a pas de réticence à participer à un regroupement avec le PS quand il y a divers débris bourgeois et petit-bourgeois dans le dit regroupement. Le point 2 de la motion déjà citée annonçait ces cartels, contre le front unique des organisations ouvrières :

Il faut mettre en échec Sarkozy et le MEDEF par la mise en place de larges fronts unitaires.

La direction de la LCR ambitionne d’édifier son parti au côté du PS, du PCF. Elle veut « compléter la gauche ».

Il y a aujourd’hui un espace politique pour ce grand parti, avec un PS en crise, un PCF en perte de crédibilité. (Krivine, AFP, 26 août 2007)

Aux jeunes étudiants, travailleurs, aux ouvriers, aux chômeurs, aux salariés dégoûtés par la politique des partis social-démocrate et ex-stalinien, elle propose un programme réformiste et des références politiques non marxistes.

 

« L’idée est de ne pas construire un nouveau parti trotskyste » (Besancenot)

 

Le contraire serait très étonnant, venant d’un courant politique qui a détruit la IVe Internationale fondée par Trotsky en 1951-1953.

La LCR a choisi d’ailleurs comme candidat pour la représenter aux élections, un militant qui se vante de n’avoir « jamais été trotskyste ». Besancenot se dit « guévariste » et « libertaire ». Mais pas au point de tout miser sur la mobilisation de la paysannerie pour révolutionner la planète, ni au point de prendre les armes vêtu d’un treillis... Seulement pour être plus à la mode, pour épouser l’ignorance. Plus sûrement aussi pour être démarqué des Lénine et Trotsky qui n’ont jamais rien fondé sur les petit-bourgeois, qui ont combattu les anarchistes, dirigé une révolution prolétarienne victorieuse, bâti un Etat ouvrier appuyé sur les soviets d’ouvriers, de paysans.

Besancenot préfère le copinage avec les dirigeants du PCF, les héritiers de Staline et de sa clique qui ont liquidé la révolution d’Octobre et anéanti la République des conseils ouvriers. « La plus stricte indépendance avec le PS » est exigée dans la motion de la direction nationale pour être partie prenante du débat sur le parti en gestation ; rien vis-à-vis du PCF. Rejeton du Kremlin, il a pourtant été le grand organisateur de la défaite de la grève générale en 1936, le champion de l’alliance avec De Gaulle et du désarmement des maquisards et des insurgés pour briser la vague révolutionnaire après la 2e  guerre mondiale, le défenseur de l’empire colonial, le retrousseur des manches des ouvriers pour reconstruire « la France », le fossoyeur de la grève générale de Mai 1968, pour ne citer que quelques épisodes de sa politique contre-révolutionnaire. Faut-il en conclure que cette dépendance-là est acceptée ?

Pour gagner une place confortable dans la société bourgeoise, pour siéger au Parlement, pour continuer à grimper dans les appareils syndicaux, la LCR piaffe d’impatience à se débarrasser de toute référence au marxisme. En cela aussi elle colle aux vieux appareils faillis du mouvement ouvrier qui rejettent le socialisme, avec plus d’arrogance que jamais depuis l’effondrement de l’URSS et le rétablissement du capitalisme en Russie et dans les pays de l’est de l’Europe.

La nouvelle formation doit être suffisamment vierge politiquement pour que d’autres horizons puissent s’agréger. (Besancenot, AFP, 24 août 2007)

Comme les autres réformistes, la LCR a les yeux rivés sur les prochaines élections (municipales), pour voir si ça s’agrège ou pas. En janvier prochain, un congrès aura à décider de la disparition de la LCR au profit d’un nouveau parti attrape-tout, à gauche dans la gauche.  

 

Contre les réformismes de toutes tendances, pour le bolchevisme !

 

Celui qui n’ose pas énoncer à voix haute les tâches révolutionnaires, celui-là n’aura jamais le courage de les résoudre…

L’initiative d’une minorité consciente, un programme scientifique, l’agitation courageuse et inlassable au nom d’objectifs clairement formulés, l’impitoyable critique de toute ambiguïté – ce sont là quelques uns des facteurs les plus importants pour la victoire du prolétariat. Sans un parti révolutionnaire soudé et aguerri une révolution socialiste est inconcevable. (Trotsky, Pour la IVe Internationale, juin 1935)