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Sarkozy veut faire travailler plus les salariés
pour faire gagner plus aux capitalistes

 

 

Le candidat du grand capital, fêté par les siens, gouverne désormais à leur service

 

L’avocat d’affaires et politicien gaulliste Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa s’était avancé comme le candidat de la « rupture », en d’autres termes d’une offensive d’envergure contre ce qui reste des acquis des travailleurs dans ce pays et qui plombe le taux de profit de leurs exploiteurs.

Par antiphrase, le progrès consisterait désormais à liquider des conquêtes sociales arrachées à la bourgeoisie française et à son État en 1936, en 1945, en 1968… Si le prolétariat ne s’empare pas du pouvoir, si les partis réformistes arrivent à empêcher la révolution et à sauvegarder le capitalisme, la classe dominante, conservant l’essentiel, revient sur ses concessions dès qu’elle le peut. Bien que l’exploitation se déroule dans chaque entreprise, dans chaque site, l’État national joue un rôle décisif pour la maintenir et la renforcer :

L’État moderne, quelle que soit sa forme, est une machine essentiellement capitaliste, l’État des capitalistes… (F. Engels, Anti-Dühring, 1878)

Aujourd’hui, la bourgeoisie française est d’autant plus agressive que ses concurrentes lui prennent des parts du marché mondial, que le déficit de la balance commerciale de la France avec le reste du monde se creuse, que la fragilité et le parasitisme de l’économie capitaliste sont, une fois de plus, révélés par la crise financière internationale de l’été.

Même si la candidate du Parti socialiste proposait d’en faire autant en évitant mieux les risques de confrontation sociale, la bourgeoisie française a choisi le candidat de l’UMP, ancien maire de Neuilly, ancien ministre de l’ordre policier et ancien ministre de l’éclatement et de la privatisation d’EDF-GDF. Les grands medias, qui sont aux mains des grands groupes capitalistes, ont propulsé sa candidature.

Les capitalistes appellent liberté de la presse la faculté pour les riches de corrompre la presse, la faculté d'utiliser leurs richesses pour fabriquer et pour soutenir la soi-disant opinion publique. (V. Lénine, Thèses sur la démocratie bourgeoise et la dictature prolétarienne, 1919)

Le 6 mai, il a fêté son élection au Fouquet’s, un hôtel de luxe du groupe Barrière, avec le chanteur expatrié pour payer moins d’impôts Hallyday, l’animateur surpayé de TF1 Arthur, le champion cycliste convaincu de dopage Virenque et une bonne partie du gratin patronal : Bernard Arnault, Martin Bouygues, Serge Dassault, François Pinault et Albert Frère. Puis un jet privé du groupe Bolloré l’a conduit à Malte, pour une croisière à bord d’un yacht. Dès son intronisation, Sarkozy a fait adopter un « paquet fiscal », une loi contre le droit de grève dans les transports publics, une loi sur les universités et un décret d’assouplissement de la carte scolaire, la mise en chantier d’un nouveau contrat de travail, l’accélération de la chasse aux sans-papiers…

D'ores et déjà l'autonomie des universités a été votée, en quelques semaines et cela va tout changer. On me disait que c'était impossible : des universités dotées d'un président qui pourra diriger, des universités autonomes, toutes les universités. Éh bien, c'est fait ! La loi cadre sur le service minimum dans les transports a été adoptée. Elle va permettre que les usagers ne soient plus pris en otage et que ceux qui étaient contre l'assument devant l'opinion publique. On hésitait depuis des décennies. Éh bien, c'est fait ! Ce n'est qu'un début. (N. Sarkozy, Allocution à l'occasion de l'Université d'été du MEDEF, 30 août)

Après des vacances estivales dans une résidence de 1 200 m2 aux États-Unis louée, paraît-il, 46 000 euros pour deux semaines, Sarkozy a repris l’offensive sur plusieurs fronts : 4e loi en 5 ans contre les immigrés, projet de budget 2008, début de la liquidation des régimes de retraite qui avaient survécu aux lois Balladur de 1993, Juppé de 1995 et Fillon de 2003, allongement des annuités de cotisations de retraite pour tous les salariés, nouvelles franchises médicales, mise en cause des concours de recrutement et du statut de fonctionnaire, perspective de suppression de la législation nationale du temps de travail…

 

Le monde selon Sarkozy : les patrons sont des victimes, les chômeurs des profiteurs

 

Les deux principaux candidats à la présidence affirmaient à qui mieux mieux « réhabiliter le travail », « revaloriser le travail ». Sarkozy promettait de « gagner plus ». En réalité, certains vont gagner de plus en plus, d’autres vont travailler plus d’heures, plus d’années, plus dur. Et ce ne seront pas les mêmes…

La hausse des prix (le logement ces dernières années, les carburants et le gaz naturel depuis deux ans, les produits alimentaires actuellement…) rogne déjà le pouvoir d’achat des ouvriers et des employés, même quand ils ont un emploi. En outre, les indemnités et les revenus versés aux chômeurs sont dénoncés par les propriétaires de navires de plaisance et de jets privés. Partout, ces dernières années, leurs représentants, de « gauche » comme de « droite », ont augmenté la pression sur les travailleurs rejetés de la production par le capital (« welfare reform » du démocrate Clinton aux États-Unis, « new deal » du travailliste Blair en Grande-Bretagne, réforme de l'aide sociale au Canada, lois Hartz de la coalition Grünen-SPD de Schröder en Allemagne, réforme de l’aide sociale en Suisse…). Le gouvernement français ne fait pas exception :

À la fin du mois, celui qui travaille ne peut pas avoir la même situation que celui qui ne travaille pas… (N. Sarkozy, Discours de Colmar, 6 septembre)

Les chômeurs seraient donc des fraudeurs et des fainéants. Comme si l’existence d’un chômage de masse dans tous les pays capitalistes résultait du choix individuel des travailleuses et des travailleurs. En fait, ceux qui ont droit au régime d’assurance-chômage (Assedic) voient leur revenu chuter car ils ne touchent que 57 % de leur salaire brut, au maximum pour 23 mois. En d’autres termes, un salarié rémunéré 2 000 € bruts par mois quand il était en activité (soit 1 600 € nets), perçoit une fois au chômage une allocation de 1 100 €. Mais des centaines de milliers de chômeurs ne sont pas indemnisés, notamment tous les travailleurs précaires qui, faute d’avoir cotisé suffisamment longtemps, ne peuvent prétendre à une indemnisation, mais également tous ceux qui sont en fin de droits. Pour Sarkozy :

C'est normal que quand quelqu'un est au chômage, la société lui tende la main, lui donne des indemnisations. Ce n'est pas normal quand on est au chômage, qu'on refuse un emploi qui correspond à votre qualification parce que ce sont les autres qui paient… (Discours de Colmar, 6 septembre)

L’ANPE et l’UNEDIC seront fusionnées, pour diminuer le nombre de leurs salariés et pour mieux radier les chômeurs.

Pour la première fois, un Président de la République s’est rendu à l’université d’été du MEDEF, la principale organisation patronale. Il y a repris les termes de sa présidente, Parisot, pour prôner un contrat de travail qui permette de licencier encore plus facilement.

Je suis favorable à la possibilité d’une séparation à l’amiable dans les entreprises. (N. Sarkozy, Allocution à l'occasion de l'Université d'été du MEDEF, 30 août)

La suspicion envers les chômeurs a pour revers l’indulgence envers ceux qui licencient :

La pénalisation de notre droit des affaires est une grave erreur, je veux y mettre un terme… Comment comprendre que, dans les cas qui ne mettent en cause que des intérêts privés et pécuniaires, il puisse encore être fait recours au droit pénal ? (Allocution à l'occasion de l'Université d'été du MEDEF)

D’un côté, Sarkozy envoie les flics contre les mal logés (le 5 octobre), traite comme des délinquants ceux  qui aident les immigrés  et sanctionne les chômeurs ; de l’autre, ceux qui volent des sommes pharamineuses  doivent, selon lui, bénéficier de l’impunité pénale. Il marche sur les traces de l’ancien premier ministre italien Berlusconi. L’État bourgeois doit garantir les contrats entre capitalistes et donc sanctionner parfois ceux qui ne les respectent pas. Néanmoins, selon Sarkozy, il faut laver son linge sale en famille : quand on est patron ou actionnaire, la corruption, l’abus de biens sociaux, le détournement de fonds, le délit d’initiés en Bourse, ne seraient pas une infraction envers la société tout entière, mais tout au plus une faute à l’égard d’autres intérêts privés.

L'AMF (Autorité des marchés financiers) vient de transmettre au parquet de Paris un document accablant pour les groupes Lagardère, DaimlerChrysler, actionnaires, ainsi que pour les principaux dirigeants du groupe européen et de sa filiale Airbus… Le gendarme de la Bourse souligne dans sa note « le caractère concomitant et massif » des ventes effectuées par les cadres… Pour l'AMF, il est clair que ces cessions n'auraient pas été réalisées si les nouvelles avaient été bonnes. D'ailleurs, 14 des 21 membres des comités exécutifs d'EADS et d'Airbus n'avaient jamais vendu d'actions avant novembre 2005, preuve de « l'absence de confiance dans la poursuite de la progression du cours ». Les deux autres présumés initiés, DaimlerChrylser et Lagardère, qui vendent chacun 7,5 % du capital d'EADS le 4 avril 2006, le font d'une façon étrange aux yeux de l'AMF. Les deux groupes choisissent une vente à terme, c'est-à-dire réalisée en 2007 pour bénéficier de nouvelles mesures fiscales favorables, mais sur la base des cours de 2006. Le fait de ne pas attendre 2007 pour vendre au comptant « témoigne d'une anticipation par les deux actionnaires d'EADS d'une baisse future du cours ». (Le Figaro, 3 octobre 2007)

En réalité, très peu de patrons sont condamnés pour des pratiques délictuelles. Déjà, plus de la moitié des sanctions pénales qui étaient prévues par le droit des sociétés a été supprimée ces dernières années par le parlement UMP et les gouvernements de Chirac. Sarkozy accepte que les requins et les filous qui se font prendre peuvent être condamnés à payer des réparations par un tribunal ordinaire (TGI, tribunal de commerce, conseil des prud’hommes…), voire à acquitter des amendes par une « autorité administrative indépendante » (AMF, Conseil de la concurrence, ARCEP…). Mais il veut éviter aux riches l’humiliation de comparaître devant un tribunal correctionnel et le risque (au demeurant fort réduit) d’aller en prison. La multiplication des prisons et des gardiens ne concerne pas les voyous patrons, mais constitue un aspect de la guerre sociale des nantis contre les exploités et les déclassées.

La bourgeoisie assure et maintient sa domination de classe par son système de droit pénal en opprimant les classes exploitées. Sous cet angle, ses tribunaux et ses organisations privées de briseurs de grève poursuivent un seul et même but. Si l’on considère les choses de ce point de vue, la juridiction pénale n’est qu’un appendice de l’appareil de police et d’instruction. (E. Pasukanis, La Théorie générale du Droit et le marxisme, 1924)

Devant le parterre de ses mandants ravis, le nouveau Président de la 5e République gaulliste n’a pas hésité à faire un de ces parallèles douteux qui soulevaient l’indignation de tous les journalistes quand un Le Pen y recourait :

Applaudi à plus de vingt reprises, dont une dernière fois debout, Nicolas Sarkozy peut estimer avoir conquis les chefs d'entreprise lors de son discours prononcé jeudi 30 août devant l'université d'été du Medef, à Jouy-en-Josas… Passage le plus applaudi : celui où M. Sarkozy a souhaité mettre un terme aux dénonciations anonymes dans le domaine fiscal : « A quoi sert-il d'expliquer à nos enfants que Vichy, la collaboration, c'est une page sombre de notre histoire, et de tolérer des contrôles fiscaux ou des enquêtes sur une dénonciation anonyme ? », a-t-il demandé. (Le Monde, 1er septembre 2007)

En fait, Sarkozy a mené une campagne électorale dont les thèmes étaient proches de ceux du pétainisme (autorité, ordre, travail, patrie…) et il s’emploie à détruire ce que les masses ont arraché à la bourgeoisie quand le régime de Vichy s’est écroulé, comme la Sécurité sociale en 1945.

 

Franchises médicales, paquet fiscal :
Sarkozy prend aux pauvres pour donner aux riches

 

Quoique conquête sociale de 1945, la Sécurité sociale portait l’empreinte de la 4e puis de la 5e Républiques bourgeoises. Alors que le principe de la solidarité ouvrière aurait imposé que tous les salariés cotisent selon leur revenu et bénéficient des soins selon leurs besoins. La Sécu ne couvrait pas le risque du chômage, le remboursement n’était pas total, le plafonnement des cotisations aboutissait à des prélèvements proportionnellement plus importants sur les salaires des ouvriers et des employés que sur ceux des cadres, le patronat participait à l’administration des caisses, etc. Certains salariés qui bénéficiaient d’une meilleure protection sociale que celle garantie par « la Sécu », le régime général des travailleurs salariés, ont préféré conserver leurs « régimes spéciaux » de retraite et de santé.

Déjà, 15 % des Français déclarent actuellement renoncer à des soins pour des raisons financières. Il ne s’agit pas des amis de Sarkozy. Le gouvernement prépare, à l’occasion du projet de financement de la Sécurité sociale, de nouvelles franchises sur les trajets en ambulance, les médicaments, les actes paramédicaux.

En pratique, les patients devraient payer 0,50 euro par boîte de médicament, autant par acte paramédical (kiné, par exemple) et 2 euros par transport sanitaire. (L’Humanité, 24 septembre 2007)

Les nouvelles franchises s’ajouteraient au « ticket modérateur », au « déremboursement » de médicaments et au « forfait hospitalier » qui sabotent déjà la Sécurité sociale. Elles frapperaient les malades et pèsent plus lourd sur les bas revenus.

Sarkozy a affirmé le 18 septembre qu’une partie des soins devrait « relever de la responsabilité individuelle à travers une couverture complémentaire ». En d’autres termes, d’une assurance individuelle privée, à la charge du patient, comme aux États-Unis, où près de cinquante millions de personnes sont dépourvues de couverture maladie, parce que, affirme Sarkozy, « l’assurance-maladie n’a pas vocation à tout prendre en charge ».

Et pourquoi pas ? Ce sont les travailleurs qui produisent toutes les richesses, à partir de la nature. Les indemnités chômage, les remboursements de soins, les pensions de retraite dont bénéficient les travailleuses et les travailleurs sont un salaire indirect, la part collective des salaires (dont la part individuelle est le salaire direct dont ils disposent après le paiement de leurs cotisations sociales et des impôts directs).

Un éventuel déficit d’une caisse de protection sociale de salariés devrait entraîner l’augmentation du salaire indirect, par le biais des cotisations sociales des employeurs. Selon le gouvernement, le déficit de la branche maladie du régime général des travailleurs salariés serait de 13 milliards d’euros pour 2007, largement à cause des multiples exemptions de cotisations patronales offertes par tous les gouvernements successifs. Sarkozy et son Assemblée UMP ont décidé, cet été, 15 milliards d’euros de nouveaux allègements fiscaux, soit 2 milliards de plus que « le trou de la Sécu » : bouclier fiscal bénéficiant aux 400 000 ménages les plus fortunés, quasi disparition des droits de successions, réduction de la base de l’impôt sur la fortune, exonération accrue des heures supplémentaires…

Pour les mêmes raisons, la limitation de la durée du travail et le salaire minimum sont également sur la sellette :

Il va falloir aller plus loin et simplifier certains aspects de la réglementation du temps de travail… Sur la fixation du SMIC, il faut dépassionner le débat. Une commission indépendante fera chaque année des recommandations aux partenaires sociaux et au gouvernement. Cette recommandation, le gouvernement sera libre de la suivre ou non. L'important c'est qu'elle soit fondée sur des éléments d'analyse objectifs, en particulier l'emploi et la situation économique générale. (N. Sarkozy, Discours sur le nouveau Contrat Social, 18 septembre)

 

Sarkozy préfère les étrangers riches aux étrangers pauvres et les matons aux profs

 

L’État se finance de plus en plus sur le dos des pauvres et des revenus moyens pour subventionner les patrons (65 milliards d’euros en 2006), acheter des armes et intervenir militairement dans des dizaines d’autres pays (37 milliards en 2007), payer les mercenaires qui maintiennent l’ordre à l’intérieur des frontières (22 milliards en 2007). Le projet de budget 2008 de Sarkozy, Fillon et Lagarde prévoit 10 000 suppressions de postes d’enseignants, 1 600 créations de postes dans les prisons et les tribunaux, 1 800 postes de policiers et de gendarmes.

Une partie de ces effectifs sert à pourchasser les « sans-papiers ». Si Sarkozy compte parmi ses relations des capitalistes étrangers, s’il embrasse amicalement Poutine qui a ruiné la Tchétchénie et s’il est invité chez les Bush qui ont détruit l’Irak à deux reprises, il refoule, pourchasse les réfugiés de Turquie, d’Italie, d’Irak, les travailleurs qui viennent d’Afrique ou d’Asie.

Son ministre de l’Immigration et de l'Identité nationale a convoqué le 12 septembre les préfets qui n’expulsent pas assez.

Une vingtaine de préfets ont été convoqués mercredi après-midi au ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale pour une «réunion de mobilisation». En fait, un rappel à l'ordre pour les préfets qui n'ont pas rempli leurs quotas d'expulsion de sans-papiers. «L'objectif n'est pas les expulsions en tant que telles mais bien de répondre au défi de la cohésion de notre identité nationale», a commenté Brice Hortefeux au micro de France Info. (Libération, 12 septembre 2007)

Quelques jours après, le 21 septembre, par crainte de la police, Chulan Liu, 51 ans, s’est jetée du 1er étage ; pour la même raison, Ivan Dembski, 12 ans, était déjà tombé du 4e étage le 9 août.

Officiellement, Sarkozy met en place « l’immigration choisie ». L’immigré non choisi sert de bouc émissaire au chômage et à l’insécurité qu’engendre le capitalisme décadent.

Depuis longtemps, le droit d’asile est bafoué. Aider les sans-papiers devient même un délit. Une autre forme d’immigration « subie », selon le terme même de Sarkozy, est le rapprochement familial. La loi Sarkozy du 24 juillet 2006 l’avait déjà considérablement restreint.  Un nouveau projet de loi Hortefeux, veut encore ajouter des conditions au rapprochement familial et au droit d’asile : connaissance de la langue par les conjoints avant de venir en France, conditions de ressources relevées pour les conjoints qui vivent en France. La discussion du projet a donné lieu à une surenchère raciste, les parlementaires UMP ayant rajouté le test ADN et l’exclusion des sans-papiers de l'accès à l'hébergement d'urgence.

Une proportion significative des travailleurs qui immigrent se retrouvent dans l’illégalité, ce qui les oblige à accepter des conditions de travail et de rémunération qui contribue à l’augmentation du taux d’exploitation de l’ensemble de la classe ouvrière. L’humiliation des travailleurs d’origine étrangère et la peur dans laquelle vivent en permanence les travailleurs illégaux divisent et affaiblissent le prolétariat. La législation et la réglementation anti-immigrée justifient l’hypertrophie d’un appareil douanier, policier et militaire, la diminution des libertés, transforment toute personne dont les traits ne sont pas de type européen en un délinquant potentiel. Ainsi, la société devient plus policière, la police devient plus raciste. Le président de la 5e République trahit sa nostalgie de la 3e République coloniale :

L’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire… Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine ni pour l’idée de progrès… Il reste immobile au milieu d’un ordre immuable où tout semble être écrit d’avance. Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. (N. Sarkozy, Discours de Dakar, 26 juillet 2007)

Reste que, quand Sarkozy était ministre de l’Intérieur, les arrestations d’élèves au sein des lycées et de parents « sans-papiers » à la porte des écoles ont souvent provoqué la révolte des enseignants, des lycéens, des parents d’élèves.

 

L’enseignement à plusieurs vitesses :
autonomie des universités, suppressions de 10 000 postes en collège et lycée, fin de la carte scolaire, orientation précoce

 

Depuis la rentrée 2006, la loi Fillon oblige les élèves à faire des choix dès la fin de la classe de 4e. Deux formules leur sont proposées : l’option facultative de découverte professionnelle de 3 h (option facultative offerte à tous, à côté de la langue vivante, du grec, du latin… ) ou le module de découverte professionnelle de 6h, « pour un public d’élèves volontaires à la scolarité fragile » dans le but de les orienter aussi précocement que possible vers des filières courtes et professionnelles. Pour Sarkozy, c’est insuffisant :

Le président de la République m'a donné mission de rompre avec le collège unique. (X. Darcos, LCI, 6 septembre)

Sarkozy et son ministre de l’Éducation Darcos ont d’ores et déjà entrepris de liquider la carte scolaire. Depuis 1963, l’affectation des élèves s’établissait en fonction d’un périmètre scolaire correspondant aux lieux d’habitation de leurs parents. Dans le cadre du capitalisme et de la 5e République, ce système n’assurait évidemment pas l’égalité, à cause de nombreuses dérogations, de la ségrégation par l’habitat et de « l’enseignement privé » qui lui échappe.

La suppression de la carte scolaire aggraverait la concurrence et profitera à ceux qui disposent d’influences ou de la maîtrise des rouages, à savoir grande bourgeoisie et couches supérieures de la petite-bourgeoisie. Au titre de « l’enseignement privé », l’Eglise catholique encaissait déjà plus de 7 milliards d’euros en 2006 du budget de l’État, sans compter ceux des collectivités territoriales. Mais cela ne suffit pas pour la réaction :

Je veux que soit reconnue l’utilité sociale de l’enseignement privé. (N. Sarkozy, Discours de Maison-Alfort, 2 février 2007)

Pour Sarkozy et Darcos, il convient d’aligner ceux-ci sur ceux-là, en précarisant les professeurs et en injectant de l’obscurantisme dans l’enseignement public lui-même :

Il ne faut pas laisser le fait religieux à la porte de l’école… Le spirituel, le sacré accompagnent de toute éternité l’aventure humaine. Ils sont aux sources de toutes les civilisations. (N. Sarkozy, Lettre aux éducateurs, 4 septembre 2007)

La marche de la civilisation, le progrès consiste tout au contraire à séparer le savoir et la religion, l’État et les hiérarchies religieuses, à faire de la religion une affaire privée, à émanciper la jeunesse de l’Église, de l’armée et de l’État. La bourgeoisie, depuis que le capitalisme a accompli son rôle historique, en est incapable. Le prolétariat, n’ayant nul besoin de justifier l’exploitation et la société de classes, saura y pourvoir, comme il l’a montré dès la Commune de Paris :

Une fois abolies l’armée permanente et la police instruments du pouvoir de l’ancien gouvernement, la Commune se donna pour tâche de briser l’autel spirituel de l’oppression, le pouvoir des prêtres ; elle décréta la dissolution et l’expropriation de toutes les églises dans la mesure où elles constituaient des corps possédants. Les prêtres furent renvoyés à la calme retraite de la vie privée pour y vivre des aumônes des fidèles, à l’instar de leurs prédécesseurs, les apôtres. La totalité des établissements d’instruction furent ouverts au peuple gratuitement, et, en même temps, débarrassés de toute ingérence de l’Église et de l’État. (K. Marx, La Guerre civile en France, 1871)

Parmi les secteurs qui ont combattu les gouvernements bourgeois précédents et qui les ont parfois fait reculer partiellement figurent les étudiants, les fonctionnaires de l’État et de la santé publique, les travailleurs des grandes entreprises publiques. Sarkozy les vise tout particulièrement.

Contre les jeunes en formation, l’Assemblée UMP et le Sénat UMP ont déjà adopté le 1er août la loi Pécresse pour conférer plus « d’autonomie » aux universités, c’est-à-dire les mettre en concurrence, les soumettre au patronat, leur permettre d’augmenter les droits d’inscription, les encourager à recruter des contractuels au lieu de fonctionnaires…

Sarkozy veut étendre la mise en cause des statuts à toute la fonction publique.

 

Poursuivre le démantèlement des bastions ouvriers : restriction au droit de grève, attaque contre le statut des
fonctionnaires, privatisation de GDF,
liquidation des régimes spéciaux de retraite

 

Devant les patrons du MEDEF, Sarkozy a garanti qu’il y aurait moins de fonctionnaires :

M. Sarkozy a réaffirmé sa volonté de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. (Le Monde, 1er septembre 2007)

Contre les travailleurs de l’État, le pouvoir exécutif poursuit la baisse du pouvoir d’achat et les suppressions de postes. Depuis 2003, les effectifs diminuent dans l'administration de l'État. En particulier, il ferme des hôpitaux publics et il veut diminuer le nombre d’enseignants dans les lycées et les collèges.

L'État peut balayer devant sa porte. Il y a plus de précarité dans la fonction publique que dans le secteur privé. En 2002, il y avait 16 % de contrats courts (CDD, intérims, vacataires, stagiaires) dans les effectifs de la fonction publique contre 12 % dans le secteur privé. La Dares a recensé 860 000 personnes en contrat court sur les 5,4 millions employées dans le public. (L'Expansion, février 2006)

Le sort de toutes les composantes du prolétariat est lié. Les salaires, les retraites des travailleurs de l’État ne peuvent pas être très différentes des travailleurs des entreprises privées. D’ailleurs, si les travailleurs des PTT étaient autrefois des fonctionnaires, les embauchés par la Poste et France Telecom sont désormais  alignés sur ceux des autres entreprises et ont donc des contrats de droit privé (CDI et… CDD). Quand les salariés « du privé » deviennent de plus en plus flexibles, les fonctionnaires peuvent s’inquiéter :

Individualisation des rémunérations des fonctionnaires, possibilité de leur donner un statut de droit privé, droit à la mobilité. Les projets du chef de l'État pour la fonction publique tendent à la rapprocher de l'entreprise. (L'Expansion, septembre 2007)

En effet, pour diviser davantage les travailleurs de l’État, les atomiser, les soumettre, Sarkozy a annoncé son intention de détruire les statuts qui protègent depuis 1945 les titulaires, d’instaurer le salaire « au mérite » et les « contrats de droit privé négociés ».

Je veux une réflexion sur la culture du concours et sur la notation… Pour certains emplois, il serait souhaitable qu'on laisse le choix aux nouveaux entrants entre le statut de fonctionnaire ou un contrat de droit privé négocié de gré à gré… Je veux ouvrir le chantier de l'individualisation des rémunérations pour qu'il soit davantage tenu compte du mérite, de l'implication, de l'expérience, des résultats. Pour que chacun soit incité à faire mieux. (Allocution à l’IRA de Nantes, 19 septembre)

Le ministre du Budget l’a dit sans détour :

Notre débat sur les valeurs doit nous inviter à ne pas conclure systématiquement que « service public » induit nécessairement « fonction publique ». (E. Woerth, Conférence sur les valeurs du service public, 1er octobre)

Contre les travailleurs des communications, de l’énergie et du transport qui ont le potentiel de paralyser l’économie, les gouvernements bourgeois successifs, y compris celui de Jospin et Buffet, ont pratiqué l’éclatement (PTT, SNCF, EDF-GDF), la mise en concurrence et la privatisation (France Telecom, EDF, GDF, GIAT…).

Dans le cas d’EDF-GDF, au lieu d’appeler à la grève générale contre l’éclatement de l’entreprise publique et sa privatisation, les directions syndicales de l’énergie se sont contentées d’une « journée d’action », le 8 avril 2004, pour « l’ouverture d’un débat sur l’avenir énergétique du pays ». Le 13 avril, le ministre de l’économie d’alors, Sarkozy, les convoquait pour leur annoncer son intention de transformer EDF et GDF en deux sociétés anonymes. Malgré l’évidence, les chefs syndicaux et les partis réformistes ont dit aux travailleurs qu’ils pouvaient faire confiance à Sarkozy. Le « débat sur l’énergie » a eu lieu à l’Assemblée et au Sénat à majorité UMP, il s’est conclu le 22 juillet 2004 par la loi de privatisation.

EDF est réformée. M. Sarkozy s’est emparé de ce dossier avec détermination, a passé des heures à négocier avec les syndicats… mais a réussi une transformation que ses prédécesseurs n’avaient pas pu opérer. (Le Monde, 28 novembre 2004)

En 2005, EDF émettait des actions en Bourse et l’État vendait un premier lot d’actions de GDF. Voilà le genre d’exploits, dus à la complicité des bureaucraties syndicales et de l’opposition parlementaire, qui ont fait de ce personnage le candidat de la grande bourgeoisie. Le nouveau président vient de parachever la privatisation de GDF en la livrant au groupe Suez, dont les principaux actionnaires sont ses amis Albert Frère et Paul Desmarais.

J’ai proposé à Suez de fusionner ses activités énergétiques avec Gaz de France. (N. Sarkozy, Discours à l’université d’été du MEDEF, 30 août)

Avec les nouveaux EDF et GDF-Suez, l’État français a constitué deux grands groupes capitalistes aptes à la bataille mondiale de l’énergie aux côtés de firmes françaises depuis longtemps internationalisées comme Areva et Total. La participation restante de l’État au capital sert à dissuader les prises de contrôle par des groupes étrangers (OPA).

Il est probable que l’entreprise fusionnée taillera dans les effectifs. Encouragé par toutes ces réussites contre les travailleurs d’EDF et GDF, Sarkozy veut aussi porter un coup définitif aux avantages qu’ont gardés les travailleurs de toutes les entreprises publiques, qui se sont montrés historiquement combatifs, en particulier leur régime des retraites. Il ne vise évidemment pas la retraite après 15 ans pour les militaires, ni celle après 5 ans du Président de la République.

Je vais aligner les régimes spéciaux sur le régime de la fonction publique, ils cotiseront 40 ans. (N. Sarkozy, Discours sur le nouveau Contrat Social, 18 septembre)

Alors qu’un grand patron français gagne en moyenne 3 millions d’euros par an, sans compter divers avantages, la retraite mensuelle moyenne d’un cheminot est de 1 620 euros. Pour Sarkozy, c’est encore trop et trop tôt.

En 1993, le gouvernement Balladur fit passer la durée de cotisation des salariés du secteur privé de 37,5 à 40 annuités et la base de calcul sur les 25 meilleures années au lieu de 10. En décembre 1995, confronté à une gigantesque mobilisation des travailleurs de la fonction publique et des entreprises publics, le gouvernement Chirac-Juppé, malgré le soutien de la CFDT au plan Juppé, dut renoncer à liquider les régimes spéciaux. Cependant, les dirigeants syndicaux réussirent à empêcher la grève générale : le gouvernement sauva sa propre existence, maintint le reste du plan Juppé (le budget de la Sécu était remis au Parlement) et le dispositif Balladur :

Les appareils syndicaux CGT, FO et autres, le PS et le PCF, leurs couvertures gauches, entonnent le chant de la « victoire ». Certes, le gouvernement Chirac-Juppé a effectué un repli en ce qui concerne les régimes particuliers de retraite et de santé des travailleurs de la fonction et des entreprises publiques. Mais s’agit-il vraiment d’une « victoire » de la classe ouvrière … Il n’est pas durable que la grande majorité des travailleurs soit, en France, assujettie à un régime de retraite où il faut 40 annuités pour accéder à la retraite maximum et que l’autre partie bénéficie d’un régime où il faut 37,5 annuités. La garantie du maintien durable des 37,5 annuités pour les travailleurs de la fonction et des entreprises publiques, ne peut être que le retour aux 37,5 annuités pour tous les travailleurs de ce pays. Mais arracher cette revendication, comme arracher le retrait du « plan Juppé » exige de balayer le gouvernement Chirac-Juppé. (S. Just, Le Mouvement de novembre-décembre 1995, 1996)

De 1997 à 2002, le gouvernement PCF-PS-PRG-Verts-MRC appliqua scrupuleusement le plan Balladur. En 2003, avec l’aide des directions syndicales qui empêchèrent de nouveau la grève générale, le gouvernement Chirac-Raffarin imposa la loi Fillon malgré une mobilisation massive, en particulier des enseignants. Elle alignait les retraites des fonctionnaires sur celles du secteur privé.

Ces mesures successives ont réduit le montant des retraites, allongé la durée de vie de travail, commencé à développer les « fonds de pension » sous la forme de PERP. Tous ces allongements de la durée réelle du travail maintiennent, en contrepartie, de nombreux jeunes au chômage. La liquidation des « régimes spéciaux » couronnerait l’offensive de la bourgeoisie française pour dévaloriser la force de travail social en contenant, voire en diminuant les pensions de retraite des travailleurs salariés.

Pour faciliter son offensive contre les cheminots et garantir un service minimum dans les transports, Sarkozy a décidé une première restriction au droit de grève :

Dans son programme, le président de la République avait promis de faire voter «dès l'été» une loi «sur le service minimum en cas de grève»… Il y aura donc bien un dispositif législatif en juillet… Vendredi, les réactions syndicales à cette annonce sont restées plutôt mesurées. (Libération, 26 mai 2007)

Sarkozy a fait passer sa loi sans difficulté le 21 août. D’abord, chaque salarié doit déclarer 48 heures à l’avance son intention de participer à la grève ; sinon, il lui sera impossible de participer au mouvement. Ensuite, au bout de 8 jours de conflit, un vote à bulletin secret pourra être organisé par la direction de l’entreprise. Enfin, la loi interdit formellement le paiement des jours de grève.

Tous les syndicats avaient accepté de discuter de ce dispositif réactionnaire, facilitant ainsi son adoption par le Parlement UMP.

 

Grâce à la corruptibilité des caciques du PS et à la servilité des dirigeants syndicaux, Sarkozy pense avoir les mains libres

 

Sarkozy et l’UMP sont forts, avant tout, de la faiblesse actuelle de leur cible et adversaire principaux, le prolétariat démoralisé et désorienté à cause du chômage de masse qui pèse sur lui depuis plus de 30 ans, du rétablissement du capitalisme en Russie, des reculs sociaux antérieurs, du sabotage des possibles grèves générales par les directions syndicales aidées par la LCR et LO, des trahisons du PCF et du PS au gouvernement, de la campagne de Royal si semblable à celle de Sarkozy, des échecs électoraux du printemps. Les couches arriérées de salariés nourrissent encore des illusions envers sa capacité à améliorer leur sort, que les grands medias entretiennent par l’omniprésence de Sarkozy. Le désarroi de ceux qui ne sont pas dupes persiste, pour l’instant, à cause de l’absence de résistance au premier train des mesures réactionnaires, du débauchage de multiples dirigeants du PS et de collaborateurs de Mitterrand, de la paralysie du PS et du PCF et, surtout, de l’incroyable complicité dont les offensives du pouvoir semblent bénéficier de la part des directions syndicales.

Parce que la coalition de Front populaire entre le Parti radical, le PS-SFIO de Blum et le PCF-SFIC de Thorez a servi de barrage à la révolution socialiste en 1936 et parce que le PS-SFIO et le PCF ont fourni des ministres à De Gaulle en 1944, le candidat Sarkozy a pu se référer à Blum durant sa campagne. Parce que le PCF est devenu patriote en 1934, s’est rallié à De Gaulle en 1941, a désarmé la résistance en 1944, a sauvé la 5e République en mai-juin 1968, le Président Sarkozy peut faire lire dans les écoles la lettre du jeune militant ouvrier Guy Môquet qui fut victime en 1941 du gouvernement français et des nazis (ainsi que de vrais communistes du POI, des internationalistes irrécupérables par Sarkozy : voir Révolution Socialiste n °1).

Chez ses amis du MEDEF, le maquignon en costume Dior a fait s’esclaffer son auditoire avec son débauchage de multiples responsables « de gauche ». En effet, Sarkozy a placé au gouvernement un certain nombre de personnes qui avaient leur carte au PS quelques mois auparavant : Martin Hirsh, président d'Emmaüs France ; Jean-Pierre Jouyet, ancien collaborateur de Delors et de Jospin ; Jean-Marie Bocquel, maire de Mulhouse ; Fadela Amara, présidente de Ni putes ni soumises ; Eric Besson, député et secrétaire national du PS à l'économie ; Bernard Kouchner, ancien ministre de Mitterrand et de Jospin.

En outre, animent des commissions mises en place par Sarkozy : Guy Carcassonne, ancien collaborateur de Rocard ; Michel Rocard, ancien premier ministre de Mitterrand ; Olivier Schrameck, ancien collaborateur de Jospin ; Jack Lang, ancien ministre de Mitterrand ; Hubert Védrine, ancien collaborateur de Mitterrand, ancien ministre de Jospin et président de l’Institut Mitterrand ; Jacques Attali, ancien conseiller de Mitterrand. Encore mieux rétribué, Dominique Strauss-Kahn, député PS, ancien ministre de Mitterrand et de Jospin, vient d’être nommé directeur général du FMI, à 500 000 dollars nets d’impôts par an (environ 380 000 euros) avec l’appui de Sarkozy.

Au premier tour de l’élection présidentielle, les ouvriers et les employés avaient apporté bien plus de voix à la candidate du PS qu’à celui de l’UMP. Beaucoup de ces électeurs ont été écœurés du comportement des chefs du PS ou d’organisations liées au PS. Pour autant, ces ralliements ne sont pas si surprenants : le PCF et le PS, depuis des décennies, servent leur bourgeoisie, dans l’opposition comme au pouvoir. En échange, tous les partis ouvriers qui prétendent améliorer le sort des travailleurs au sein du capitalisme (PT, LO, LCR, PCF, PS) sont financés par la 5e République. Le quotidien L’Humanité compte parmi ses actionnaires TF1 (groupe Bouygues) et Hachette (groupe Lagardère) ; il reçoit aussi des subventions de l’État au titre de la presse quotidienne. Les associations impulsées par le PS comme SOS Racisme, Ni putes ni soumises sont financées par l’État, sans parler des organisations syndicales qui touchent d’autant plus d’argent qu’elles signent des accords et qu’elles siègent dans les organismes de la 5e République (Conseil économique et social, CES régionaux, CNESER…), les CA des universités (y compris la FSE, SUD…) et des entreprises (y compris SUD à France Telecom et à La Poste), les organismes de préparation des plans réactionnaires (Conseil d’orientation des retraites…) ou de cogestion avec les patrons (branches de la Sécu, UNEDIC, formation permanente…).

Les sinécures lucratives et de tout repos dans un ministère, au Parlement et dans diverses commissions, dans les rédactions des solides journaux légaux ou dans les directions de syndicats ouvriers non moins solides et d’obédience bourgeoise, voilà ce dont use la bourgeoisie impérialiste pour attirer et récompenser les représentants et les partisans des partis ouvriers bourgeois. (V. Lénine, L’Impérialisme et la scission du socialisme, 1916)

Au lieu d’alarmer les travailleurs, de les appeler à résister et de dresser le front commun de toutes les organisations issues de la classe ouvrière contre le pouvoir, les chefs syndicaux collaborent avec lui. Ils s’impliquent dans chaque étape du processus gouvernemental, pourtant bien connu, de destruction des acquis :

Pour éviter les blocages, mieux vaut respecter quelques règles éprouvées : convaincre l’opinion publique, impliquer les partenaires sociaux, établir un diagnostic partagé, impulser et encadrer les négociations, garder l’initiative, soigner le service après-vente. (Liaisons Sociales, septembre 2007)

Le 2 juillet, Mailly (FO) a déjeuné en tête à tête avec Sarkozy ; le 23 août, ce fut le tour de Chérèque (CFDT). Le 27 août, Sarkozy a retrouvé Mailly, cette fois-ci à l’Elysée. Le 31 août, les secrétaires généraux de la CFDT et de FO se sont rendus à l’Université d’été du MEDEF.

Le PS approuve les quotas d’immigration, la privatisation de GDF et la liquidation des régimes spéciaux des retraites. Hollande voit dans le projet de budget 2008, adopté par le Conseil des ministres du 26 septembre, « un plan de laxisme » alors qu’il comprend un nouveau porte-avions et la suppression de milliers de postes de professeurs. Le 26 septembre, il a rencontré Bayrou, le chef du parti bourgeois Modem (ex-UDF). Le PS, le PCF et la LCR se sont retrouvés le 18 septembre avec d’autres partis bourgeois (PRG, Verts, MRC…), au lieu de décréter un front des organisations ouvrières contre la bourgeoisie et son gouvernement.

Rien n’a été fait contre la restriction du droit de grève par la loi Sarkozy-Bertrand. Rien n’est fait par les grandes organisations contre la loi raciste Sarkozy-Hortefeux, ni contre le projet de budget Sarkozy-Fillon. Toutes les organisations syndicales de l’enseignement supérieur et des étudiants ont participé à la mise au point de la loi Sarkozy-Pécresse.

Le 20 septembre, tous les secrétaires confédéraux –dont Mailly et Thibault-  ont écouté sagement Sarkozy expliquer qu’il allait détruire les statuts de la fonction publique. Le 1er octobre, les discussions sur la fonction publique ont commencé avec tous les représentants syndicaux. Le gouvernement va rédiger un « livre blanc » avec eux. Tous les syndicats (y compris le SNUI-Solidaires) discutent de la restructuration des administrations des Impôts et du Trésor qui coûtera dès l’an prochain 2 800 postes.  Toutes les fédérations et syndicats de l’enseignement participent à la « commission Pochard », à la « Commission Boysse », etc. Le 5 octobre, les directions des cinq confédérations « représentatives » (CGT, CFDT, FO, CFTC, CFE-CGC) ont commencé à discuter avec le patronat (MEDEF, CGPME, UPA) du contrat de travail Sarkozy-Parisot.

L’UNSA, la FSU, FO, la CFDT et la CGT participent au « Conseil d’orientation des retraites » avec le gouvernement pour aboutir à 41 annuités, voire 42. Concernant les « régimes spéciaux », Le Duigou, responsable de la CGT pour les retraites, avait annoncé à l’avance :

Si on nous convie à discuter, nous irons, sachant que les problèmes sont très spécifiques à chaque profession. » (Le Journal du Dimanche, 16 septembre 2007)

Autrement dit, même pas de front commun des travailleurs directement visés, sans parler de l’ensemble du prolétariat. Après la déclaration de guerre du 18 septembre de Sarkozy, Chérèque (CFDT) a dit : « Le président de la République ouvre des chantiers utiles » (L’Humanité, 19 septembre 2007) ; Mailly (FO) : « Cela va aller vite sur les régimes spéciaux »  (L’Humanité, 19 septembre) ; Thibault (CGT) : « 15 jours pour se mettre d’accord sur des éléments de base des régimes spéciaux, cela n’est pas possible » (L’Humanité, 19 septembre). Depuis, les dirigeants syndicaux ont tous accepté de rencontrer le ministre du Travail pour préparer la liquidation des régimes spéciaux : « Ma méthode, c'est de trouver la bonne voie de passage » (Xavier Bertrand, 27 septembre). Les discussions vont reprendre, alors que le gouvernement a précisé comment (par décret) et quand (avant 2008) il allait les supprimer :

Le ministre du Travail, Xavier Bertrand, a annoncé, mardi 2 octobre, devant le Sénat, qu'il tiendrait dans le mois un « second tour de discussions » sur la réforme des régimes spéciaux de retraite… « La réforme devra être prête pour la fin de l'année », a rappelé Xavier Bertrand, qui mène depuis deux semaines des concertations sur la réforme. (Challenges, 2 octobre 2007)

Les partis réformistes, en acceptant la nécessité des « réformes » pour améliorer la situation du capitalisme français et leurs amis des appareils syndicaux, en les négociant en dépit des objectifs réactionnaires clairement affichés par Sarkozy et ses comparses du gouvernement Fillon, leur rendent le plus grand service. Ils renforcent le pouvoir qui prétend agir au nom de l’intérêt général, « de la France », et ils affaiblissent les travailleuses et les travailleurs alors que la bourgeoisie mène pour sa part une lutte décidée et revancharde. En pactisant avec l’ennemi de classe, en refusant d’appeler à la grève générale, les partis réformistes et les bureaucraties syndicales accélèrent en fait la lutte de classe de la bourgeoisie et tentent de freiner celle du prolétariat.

Les organisations « d’extrême-gauche » ne mènent pas un combat conséquent contre cette collusion des directions de la classe ouvrière avec Sarkozy. Et pour cause : tous ces courants « trotskystes » (PT, LO, LCR…) et, dans une moindre mesure, anarchistes et maoïstes sont eux-mêmes de plus en plus intégrés aux appareils des syndicats (surtout à FO, à la CGT, à la FSU, aux SUD-Solidaires). Par conséquent, ils soutiennent les « journées d’action » impuissantes décidées par les bureaucraties et ils font retomber la responsabilité de la situation sur les travailleurs qui ne lutteraient pas assez, alors que ce sont les organisations que ces derniers ont édifiés au cours de l’histoire qui les paralysent. La plupart essaient de redorer le blason des anciens staliniens sans avenir du PCF en le faisant passer pour plus « anticapitaliste » que l’autre parti social-démocrate, le PS :

Le Parti Communiste parle de riposte… Si le Parti Communiste et ses alliés donnent aux travailleurs les moyens de réagir par la lutte collective, par les grèves, par les manifestations, alors le mot peut devenir une réalité… (A. Laguiller, Lutte Ouvrière, 21 septembre 2007)

À chaque moment décisif de la lutte des classes, le PCF a été en première ligne  contre la révolution prolétarienne. Ses « alliés » ont surtout  été des partis bourgeois, par nature étrangers et même hostiles aux luttes ouvrières. Aujourd’hui, il ne s’agit pas de mener « des grèves » (LO et bien d’autres), mais de préparer la grève, la grève de toutes et tous, en même temps, la grève générale seule capable d’arrêter Sarkozy. Beaucoup de centristes reprennent des staliniens en reconversion du PCF la tromperie que le seul impérialisme est aux États-Unis ; certains vont jusqu’à dire que les coups viennent de « Bruxelles » ou de la Banque centrale européenne et non de la bourgeoisie impérialiste française, représentée par Sarkozy.

Mais aucun appareil réformiste, petit ou grand, ne saura empêcher 20 millions de travailleurs de bousculer le dispositif actuel de collaboration de classes.

Unité de tous les syndicats et de tous les partis issus de la classe ouvrière pour
arrêter l’offensive réactionnaire, pour sauver les acquis sociaux, pour empêcher
l’adoption du budget 2008 !

 

Pour tenter de camoufler leur appui à Sarkozy, les chefs syndicaux appellent à une grève d’une journée les seuls travailleurs des transports et de l’énergie, sans réclamer l’abandon de toute attaque des régimes spéciaux.

Par ce mouvement national de grève de tous les cheminots, les organisations syndicales entendent peser sur l’avenir du régime spécial de retraite. (Fédérations syndicales de cheminots CGT, CFDT, FO, CFTC, SUD Rail, CFE-CGC, Expression commune, 21 septembre 2007)

La FSU n’appelle au 18 octobre qu’en parlant de « grèves » (au pluriel) et sans un mot pour les « régimes spéciaux », ni les 37,5 annuités pour tous. Non seulement personne ne peut croire qu’une « journée d’action » suffira à faire reculer le pouvoir et à lui faire ravaler ses projets, sans parler d’annuler les attaque précédentes, mais il est criminel de laisser seuls les salariés de la SNCF et de la RATP, d’EDF et de GDF défendre des conquêtes sociales, alors qu’une attaque contre eux est une attaque contre tous.

Fin 2005, les réformistes (PS, PCF, LO…)  en appelant ensemble Chirac à rétablir l’ordre, ont isolé les jeunes des banlieues des autres jeunes, des autres travailleurs, si bien qu’ils ont sombré alors dans des actions impuissantes et nihilistes. Début 2006, les travailleurs n’ont pu déborder les dirigeants syndicaux pour rejoindre la grève des étudiants et les lycéens qui, malgré leur énergie, n’ont obtenu qu’une victoire partielle. Certes, les mouvements de 1995 et de 2003 ont montré la force de la classe ouvrière. Cependant, à coup de « négociations », de « journées d’action » et de « grèves reconductibles » site par site, les dirigeants syndicaux et leurs adjoints « d’extrême-gauche » sont parvenus à empêcher la grève générale et à sauver non seulement le gouvernement mais aussi une partie de ses mesures.

S’ils en tirent les leçons, les travailleurs pourront, avec la jeunesse en formation, bloquer l’offensive réactionnaire, battre Sarkozy et, en créant leurs propres organes de lutte, le chasser du pouvoir ainsi que l’UMP gaulliste, renverser la 5e République, instaurer un gouvernement ouvrier qui expropriera les groupes capitalistes, qui garantira le sort des producteurs, qui ouvrira la voie des États-Unis socialistes d’Europe. Pour cela, il faut aux travailleurs un autre parti que les réformistes et leurs flancs-gardes centristes, un parti qui soit révolutionnaire, internationaliste et fondé sur le marxisme développé par Marx, Engels, Luxemburg, Lénine et Trotsky.

Pour bloquer Sarkozy et son offensive tout azimut, il n’est pas d’autre solution que la lutte de classe. Pour cela, il faut des assemblées générales qui décident, qui contrôlent, qui élisent leurs représentants, qui centralisent les comités élus dans chaque ville et à l’échelle de tout le pays. Pour libérer leur force, les travailleurs doivent exiger que ceux qui parlent en leur nom rompent avec le gouvernement, à commencer par la fin de toute négociation des plans réactionnaires. Il faudra imposer qu’ils reprennent les revendications ouvrières au lieu de s’adapter au MEDEF : 37,5 annuités pour tous et remboursement intégral des soins, défense et augmentation du pouvoir d’achat, diminution du temps de travail et embauche de tous les chômeurs, aucune restriction du droit de grève et liberté de circulation pour tous les travailleurs de tous les pays. Il faudra imposer :

que les confédérations, les fédérations, les syndicats cessent toute concertation des plans de Sarkozy !

que toutes les organisations ouvrières, partis et syndicats, se prononcent pour la défense des régimes spéciaux de retraite !

que toutes les organisations ouvrières, partis et syndicats, organisent une manifestation centrale à l’assemblée pour le retrait du projet de budget 2008 !

9 octobre 2007