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À propos de la crise immobilière

Le capitalisme de plus en plus menacé par ses propres contradictions

 

Les crises économiques se sont multipliées depuis les années 1980, avec le krach de Wall Street en octobre 1987, la crise du système monétaire européen en 1993, la crise mexicaine en 1995, la débâcle russe ainsi que celle de nombreux États d’Asie du sud-est et d’Amérique latine en 1997-1998, l’éclatement de la bulle spéculative sur les nouvelles technologies en 2001-2002, la crise argentine en 2001, pour ne citer que les plus spectaculaires.

L’actuelle crise, partie de la faillite de l’immobilier aux Etats-Unis, annonce des déséquilibres croissants pour l’économie capitaliste mondiale ; elle s’inscrit dans une crise de décomposition du capitalisme. Le rapport entre la valeur des actifs financiers et la production de marchandises est passé de 109 % en 1980 à 316 % en 2005 (303 % dans la zone euro, qui a connu la croissance relative la plus forte, et 405 % aux Etats-Unis), si bien que les titres qui s’échangent sur les bourses correspondent de moins en moins à la valeur des marchandises produites. Le monde financier n’est pas centré sur les prêts à long terme mais sur les transactions à court terme, ce qui élève considérablement le risque, et donc les possibilités de s’enrichir d’un coup. Le nombre de fonds spéculatifs (hedge funds), des organismes de gestion collective qui réalisent des profits rapides avec des paris très risqués sur les marchés, spéculant sur de futures fusions d'entreprises, sur les cours des devises, sur les prix des matières premières, sur les cours des actions- est passé de 610 en 1990 à 9 575 au premier semestre 2007.

Des mesures telles que le contrôle des mouvements de capitaux, le rétablissement de seuils de crédit comme il en a existé de Roosevelt aux années 1980, des interventions des banques centrales sur les prix des actifs financiers et immobiliers, la fermeture des paradis fiscaux, outre qu’elles sont impossibles à réaliser en dehors d’un renversement des forces politiques capitalistes et de leurs Etats eux-mêmes, elles renvoient à un fordisme keynésien totalement mythique, qui en réalité n’a pu fonctionner que par la guerre et les dépenses militaires permanentes. La politique d’armement massive menée par les impérialismes, à commencer par le gouvernement américain, a pour double fonction d’assurer leur emprise sur les pays dominés et de relancer artificiellement l’économie capitaliste via la dépense publique.

 

La bourgeoisie s’enrichit sur le dos des travailleurs : rien de nouveau
à l’horizon

 

Pour devenir propriétaires de leur logement, les travailleurs doivent s’endetter, faute de pouvoir avancer comptant la somme nécessaire. Cela constitue une source de profit pour les banques, d’autant plus qu’elles modulent leurs prêts en fonction de la confiance qu’elles accordent à leurs clients. Le portefeuille de prêts immobiliers est ventilé aux Etats-Unis en trois catégories : à risque élevé (subprime), à risque modéré (non-prime) et sans risque (prime). Les subprimes, correspondant au niveau de solvabilité le plus bas, étaient déjà encouragées à l’époque de Reagan. Ils s’adressent à des familles à faible revenu qui ont eu souvent des retards, voire des défauts de paiement.

Concrètement le subprime, qui peut durer jusqu’à 50 ans, est un crédit immobilier à taux élevé et variable, avec pour compensation le pari que le prix du logement s’élèvera. Une hausse des prix permet un remboursement plus facile, puisque le taux d’intérêt évolue mécaniquement en sens inverse des prix. Pendant la période de remboursement, la maison achetée est hypothéquée : elle sert de garantie à la banque ou à l’organisme de crédit spécialisé, ce qui permet parfois, en période d’inflation immobilière, aux emprunteurs de souscrire d’autres emprunts. La transformation de millions de salariés américains en « propriétaires » passe donc, depuis des années, par leur endettement via les subprimes. À l’origine, ce système servait à acheter des taudis, voire des caravanes, puis il s’est étendu aux maisons et appartements.

Ces prêts présentent un taux d’intérêt élevé, de 4 à 5 % supérieur au taux moyen, en raison de la « prime de risque ». Aux Etats-Unis,  la plupart des prêts immobiliers sont à taux variable : ils montent ou ils baissent en fonction du taux fixé par la Réserve fédérale américaine -la Fed, autrement dit la Banque centrale des Etats-Unis- et des mouvements spéculatifs. Leur remboursement se fait souvent suivant la règle du 2-28 : deux ans de remboursements très faibles, puis 28 ans à pleine charge. En 2006, les crédits subprimes représentaient 600 milliards de dollars, soit environ 20 % du total des prêts immobiliers aux Etats-Unis. Sur les 2,5 millions d'Américains ayant souscrit des emprunts dont les taux vont être automatiquement relevés, « 1,5 million vont se retrouver dans un état de détresse financière » (Sheila Bair, directrice de la Federal Deposit Insurance Corp).

Ces derniers temps, et surtout l’année passée, trois tendances se sont conjuguées : la stagnation ou la baisse des salaires réels, la baisse des prix des terrains et des immeubles, et la hausse des taux d’intérêt. Depuis 2001, en particulier depuis le 11 septembre, la remontée des salaires imposée par les luttes ouvrières, notamment depuis la grève d’UPS en 1997, a fait long feu. La baisse des prix immobiliers conduit les propriétaires à conserver leur logement, pour lequel ils s’appauvrissent, ou se font expulser, leur maison hypothéquée étant confisquée pour être vendue au compte de la banque ou de l’organisme de crédit. À partir de 2005, les taux de la Fed sont montés rapidement pour atteindre 5,25 % à la mi-2006. Les remboursements des crédits ont alors subi d’importantes augmentations, passant parfois de 400 à 1500 dollars mensuels avec des taux pouvant atteindre 18 %, et de nombreux emprunteurs furent ruinés.

Près de 1,2 million de prêts immobiliers ont fait défaut en 2006 aux Etats-Unis, soit une augmentation de 42 % par rapport à 2005. Ces défauts de paiement entraînent des mises en vente de logements. Il se pourrait que plus de 2 millions de foyers américains perdent le leur, non seulement des pauvres surendettés mais de plus en plus de travailleurs qualifiés. En cas de non paiement, les banques et les autres organismes de crédit saisissent les biens immobiliers pour les vendre aux enchères, ce qui pousse les prix à la baisse et nourrit les défauts de paiement. À chaque fois, les établissements prêteurs ne récupèrent qu’une partie de ce qu’ils ont prêté. C’est ainsi que certains prêteurs ont fait faillite.

Submergés par la hausse du taux de leurs crédits immobiliers, des centaines de milliers de familles américaines voient leur logement saisi par les banques, reflétant le drame humain derrière la crise financière. Cette marée de saisies a doublé en juillet et menace jusqu’à 3 millions de personnes, selon un sénateur américain. Les procédures de saisie ont ainsi atteint 180 000 environ en juillet, deux fois plus qu’en juillet 2006, et dépassent la barre du million depuis le début de l’année, soit 60 % de plus qu’il y an un an, a indiqué mardi le site spécialisé RealtyTrac. Entre janvier et juillet, les procédures de saisie ont concerné environ 1 foyer sur 112 aux Etats-Unis… Las Vegas a connu un extraordinaire boom immobilier depuis trois ans, affiche un record de 1 procédure pour 33 foyers sur les sept premiers mois de 2007… la carte des saisies recoupe celle des minorités ethniques. Le président de RealtyTrac James Saccacio avait pronostiqué en juillet qu’il y aurait plus de 2 millions de procédures de saisies en 2007… « Nous sommes au plus haut niveau des saisies de logements depuis 37 ans »… Selon le site internet spécialisé mortgagedaily.com, 84 sociétés de crédits hypothécaires ont fait faillite ou fermé depuis le début de l’année… une vente aux enchères de maisons dans la région de San Diego samedi a montré que les meilleures offres étaient inférieures de 67 % à leur prix de vente original, généralement datant de 2004 ou 2005. (AFP, 21 août 2007)

Les banques prises à leur propre piège

 

Ainsi, les banques elles-mêmes courent des risques, c’est pourquoi, dans le but de partager ces risques avec d’autres banques, elles échangent ces subprimes entre elles sous forme de titres financiers sur le marché des créances négociables à court terme mondial. Un telle opération de « titrisation  » aboutit à des titres nouveaux (ABS, CDO, CLO…) en mélangeant des créances existantes de plusieurs types. Comme les marchés de « produits dérivés », la titrisation est un vecteur de spéculation, de parasitisme et de risque financier.

Aujourd’hui, les grandes banques empruntent la plupart de l’argent qu’elles prêtent en vendant des titres aux investisseurs financiers. Et la plupart des prêts qu’elles accordent ne figurent pas dans leurs comptes mais sont immédiatement groupés à d’autres prêts (qui sont vendus à des acheteurs, tels les fonds spéculatifs). C’est ce qui s’est passé pendant le boom immobilier de 2000 à 2005, où de nombreux opérateurs étaient attirés par cet argent facile puisqu’a priori peu risqué.

Dans les conditions où un crédit abondant, la plus grande partie s’appuyant sur des investissements à haut risque et des rachats d’entreprises spéculatifs, a été une composante indispensable du boom boursier de ces dernières années, le resserrement du crédit menace de déclencher une vague de faillites parmi les entreprises, les fonds spéculatifs, les fonds d’investissement et les principales banques commerciales et d’investissement, non seulement aux Etats-Unis mais également dans le reste du monde. C’est ainsi que, phénomène rare, le marché immobilier évoluait dans le même sens que le marché financier.

Les banques se font concurrence et donc ne communiquent pas entre elles, si bien qu’il leur est impossible de savoir quelles sont celles qui sont exposées au risque. Parfois, les établissements eux-mêmes ne savent pas s’ils sont exposés, compte tenu de la complexité de certains montages financiers où une multitude d’acteurs sont impliqués.

Par conséquent, les banques se méfient, notamment dès que certaines d’entre elles montrent des signes de faiblesse. C’est le cas lorsque le 7 août, American Home Montage Investissement Corp, un organisme de refinancement des prêts hypothécaires, déclare qu’il est en défaut de paiement et le 10 août, il licencie 6 000 de des 7 000 employés. Bear Stearns, une banque d’investissements, a vu deux de ses fonds spéculatifs ruinés et un troisième en grande difficulté. Surtout, le 9 août, BNP Paribas annonce qu’elle retire du marché trois de ses fonds de titres de propriété et de créances reposant principalement sur l’immobilier nord-américain, malgré l’annonce de son directeur général Baudoin Prot, trois jours plus tôt, que « la qualité de leur « business model » et leur vigilance en matière de risques les mettent en bonne position pour continuer à bien performer dans un environnement moins favorable » (Reuters, 1er août 2007).

Par conséquent, les banques refusent de se prêter mutuellement sur le « marché interbancaire », du fait de cette opacité sur leurs activités, si bien que le système manque de liquidités et entre dans une crise de crédit. Ce manque de confiance entre les banques s’est concrétisé par une augmentation des taux d’intérêt interbancaires de 4,1 % à 4,7 % en cinq minutes ! Pour se procurer des liquidités, les banques sont contraintes de vendre leurs actions, ce qui entraîne une baisse rapide des cours et la crise du crédit se transmet aux bourses internationales. Si la situation se prolonge, la « confiance » pourrait disparaître dans le marché des prêts, et les entreprises, les particuliers et même les gouvernements auraient alors de la difficulté à emprunter, ce qui conduirait à une récession.

Dans la semaine du 6 au 10 août, les Bourses ont largement décroché : -1,99% au Japon, recul analogue pour les bourses européennes et à Wall Street, Sydney et Auckland, mais à Shanghai le recul est déjà de -2,14% et de -3,77% à Bombay... les plus petites ont le plus souffert, avec -3,61% à Hong-Kong, -3,7% à Kuala Lumpur, -4,09 % à Bangkok, -4,56% à Taïpeh, -4,6% à Singapour, -6,01% à Manille, -6,3% à Djakarta, -6,93% à Séoul et -10% pour l’indice sud-coréen Kosdaq des valeurs technologiques, dont la séance a été suspendue.

Il n’est pas question ici de se réjouir d’une baisse des indices boursiers, mais de les analyser comme un symptôme exprimant une crise du capitalisme.

 

L’État bourgeois à la rescousse

 

Pour éviter l’assèchement des liquidités sur le marché interbancaire, les banques centrales, à commencer par la Banque centrale européenne (BCE) et la Réserve fédérale américaine ont décidé d’intervenir en injectant des centaines de milliards d’euros et de dollars sur ce marché. En jouant un rôle de prêteur en dernier ressort, elles espèrent que le marché se rétablisse. La BCE est intervenue une première fois en injectant 94,8 milliards de dollars. La Fed et quasiment toutes les autres banques centrales se sont mises à injecter des liquidités, pour un total de l’ordre de 400 milliards de dollars pendant la semaine du 10 août, dont plus de la moitié par la BCE. Il s’agit de prêts accordés aux banques privées ; pour une part ils ont été rapidement remboursés, pour une autre part, il s’agit de création monétaire pure et simple, donc inflationniste, qui a servi à éponger les pertes et relancer les processus de prêts. Il s’agit certes d’argent fictif, mais il est tout de même équivalent au PIB de l’Argentine, et peut être comparé avec les 100 millions de dollars envoyés au Pérou victime d’un séisme le 15 août dernier causant la mort de plus de 500 personnes et la destruction de plus de 30 000 logements

Il est extrêmement rare que la Fed intervienne en dehors des réunions de son Comité de politique monétaire. Elle l'avait fait en 2001, six jours après les attentats du 11 septembre, pour baisser ses taux. Une intervention aussi massive des banques centrales à un stade encore relativement peu avancé de la crise est inédite. Il s'agit de ramener le calme sur les marchés financiers en fournissant toutes les liquidités nécessaires, sans lesquelles la capacité des banques à accorder des crédits sera limitée, ce qui aurait pour conséquence un ralentissement de l’investissement et pourrait provoquer une récession économique.

Même si l'économie continue de croître à un rythme modéré, le Comité [monétaire] juge que les risques pour la croissance se sont nettement accrus… les marchés financiers se sont détériorés, et le resserrement des conditions de crédit ainsi que la hausse des incertitudes ont la capacité de freiner la croissance économique à l'avenir. (Réserve  fédérale, Communiqué, 17 août 2007)

Les moyens pour empêcher la propagation de la crise à toute l’économie, l’injection de liquidités et des taux peu élevés, sont ceux là même qui ont été employés face la crise d’Asie de l’est et qui ont conduit à la bulle des « actions technologiques », identiques à ceux employés pour parer à celle-ci… qui ont facilité la bulle immobilière.

 

La crise des prêts immobiliers à risque est d’abord une crise du capitalisme : une soif de profit incontrôlable conduit la bourgeoisie à sa perte

 

Les prêts immobiliers à risque  ne sont que la partie la plus visible de l’iceberg d’une économie capitaliste ; c’est tout le système de financement de l’économie par le biais des jeux monétaires qui est en cause. Les subprimes ne sont que l’effet déclencheur. En parallèle, les constructeurs automobiles affichent des résultats de ventes sensiblement inférieurs. General Motors a déclaré que les ventes de juillet des voitures de tourisme ont chuté de 22 % par rapport à l’année dernière, Ford a annoncé une baisse de 19 % des ventes de voitures neuves et de camionnettes, Chrysler de 8,4 %, atteignant son niveau le plus bas en quatre ans et demi, et Toyota de 7,3 % pour le mois en cours.

Il est clair que nous n’avons pas affaire à un assainissement, mais à une expression de la maladie mortelle, non pas de la finance, ni de l’immobilier, mais du capitalisme, et il serait réducteur de présenter cette crise comme l’unique fait de quelques banquiers sans scrupules. Les bourgeois les plus éclairés en sont parfaitement conscients, comme en témoigne Ben Bernanke, le directeur de la Fed :

Les turbulences ont eu pour origine les inquiétudes sur les crédits hypothécaires à risques, mais les pertes qui en ont résulté sur les marchés financiers mondiaux ont largement dépassé les estimations les plus pessimistes du montant des pertes possibles sur ces prêts. (Les Echos, 20 septembre 2007)

S’il est vrai que le capital, surtout sa dimension financière, comporte des aspects nécessairement chaotiques et donc imprévisibles, il n’en reste pas moins que les formes concrètes de son développement récent conduisaient avec une haute probabilité à la crise présente, dans les formes précises qu’elle a revêtues. En particulier le fait que le segment faible ait été celui des subprimes répond à une nécessité logique. Le passage de l’endettement permanent au pompage des revenus salariaux pour un secteur de la classe ouvrière nord-américaine correspond aux limites du type de croissance initié au début de la décennie 2000.

Sont mobilisés des rapports sociaux caractéristiques de la finance -le prêt à intérêt- en combinaison avec le rapport foncier-rentier, où le salarié proclamé propriétaire se fait voler son salaire, le prix de sa force de travail. Avec les subprimes, la transformation des salariés en propriétaires aboutit à leur expropriation, leur propre salaire leur étant repris sous forme de rente et d’intérêts à payer pour l’éternité.

Une spécificité de cette crise est d’avoir son épicentre au cœur du système, c’est-à-dire l’impérialisme américain. Il a atteint son apogée entre 1945 et 1970, où jusqu’à 60 % de la production industrielle mondiale était localisée aux Etats-Unis, contre à peine plus de 20 % aujourd’hui, du fait de la concurrence des autres impérialismes. Il vit à crédit depuis 1970, c’est-à-dire qu’il consomme plus que ce qu’il produit. Son déficit commercial est équilibré par des achats massifs de bons du trésor américains par les banques centrales et les détenteurs privés des autres puissances.

À différents moments, les Etats-Unis se sont ainsi reposés sur un partenaire privilégié qui se trouvait toujours être leur principal concurrent pour les industries de base et pour la productivité du travail. Dans les années 1970 ce fut l’Allemagne, dans les années 1980 le Japon, qui le paya cher, mais qui paya. Aujourd’hui, la Chine joue ce rôle mais dans un rapport particulier. D’une part, le capitalisme chinois, reposant sur l’exploitation d’un réservoir de main-d'œuvre de centaines de millions de travailleurs, mais sans système boursier, financier, bancaire et fiscal structuré, expérimenté, est très particulier. D’autre part, il a une autonomie plus grande que ses prédécesseurs, étant constitué au sommet par la transformation en affairistes de la bureaucratie du PC chinois.

La presse du capital financier évoque de plus en plus la possibilité de vente massive des bons du Trésor nord-américains par la Chine. Non seulement cela conduirait à un krach boursier, mais également ferait apparaître le capital américain comme insolvable, mettant en péril tout l’ordre mondial reposant sur sa domination, avec les implications militaires d’un tel choc. Pour que la bureaucratie chinoise prenne une telle responsabilité, qu’elle-même paierait très cher -les exportations chinoises s’effondreraient-, il faudrait vraiment qu’elle soit prise à la gorge. Ce n’est pas un hasard si, au même moment, la Chine est montrée du doigt pour la production de jouets dangereux, comme si une telle pratique n’était pas courante depuis des décennies. D’ailleurs, il ne s’agit pas de pratique chinoise, mais des méthodes de tout capital industriel cherchant à intégrer le marché mondial.

Parce qu’opposer les « producteurs » (mêlant salariés, travailleurs indépendants et capitalistes industriels) à « la finance » est un lieu commun bourgeois, des fascistes aux altermondialistes en passant par les keynésiens, il n’est pas étonnant que Sarkozy puisse parler comme Buffet, Hollande ou Fabius… et se faire applaudir des patrons :

À un capitalisme purement financier, à ses dérives, à ses excès, je veux opposer un capitalisme d'entrepreneurs. Aux spéculateurs, je veux opposer les producteurs, les inventeurs, les créateurs. (Allocution à l'occasion de l'Université d'été du MEDEF, 30 août 2007)

L’utopie réformiste d’un capitalisme débarrassé de la spéculation est tout aussi stupide que l’idée pacifiste d’un impérialisme qui serait exempt du militarisme.

Si le crédit est le levier principal de la surproduction et de la spéculation à l'excès, il en est ainsi parce que le procès de reproduction, naturellement très élastique, est forcé à l'extrême, ce qui est dû à ce que une grande partie du capital social est appliquée par des individus qui n'en sont pas propriétaires et qui s'en servent avec bien moins de prudence que les capitalistes produisant avec leurs propres capitaux. Les entraves et les limites immanentes que la mise en valeur du capital oppose à la production dans la société capitaliste, sont donc continuellement brisées par l'organisation du crédit, qui accélère le développement matériel des forces productives et la création du marché mondial, base matérielle de l'avènement de la nouvelle forme de production. La dissolution de l'ancienne forme est d'autre part activée par les crises, dont le crédit accentue la fréquence.  (K. Marx, Le Capital, livre III, ch. 27)

Pour en finir avec les crises et le chômage, la spéculation et le parasitisme, il faut renverser le capitalisme lui-même, ses Sarkozy et ses Bush.

5 octobre 2007