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Afrique du Sud

 

Les enseignants et les infirmiers sous-payés par l’Etat affrontent le gouvernement de la bourgeoisie noire

 

13 ans de « réconciliation »

 

La fin de l’apartheid fut causée par la menace de la révolution prolétarienne. L’Afrique du Sud s’est inscrite pleinement dans la vague révolutionnaire des années 1970. Loin de s’éteindre, comme dans la plupart des pays la décennie suivante, les luttes ouvrières s’intensifièrent si bien que, face à une mise en cause du régime raciste (« apartheid »), le président Pieter Botha se résigna en 1989 à négocier avec Nelson Mandela, le principal dirigeant de l’opposition, condamné à la détention à perpétuité, que son successeur Frederik de Klerk libéra en 1990.

Depuis 1994, les gouvernements de type front populaire constitué par l’ancien mouvement nationaliste (ANC), l’appareil de la puissante confédération syndicale (COSATU : 1,8 million de membres) et l’ancien parti stalinien (SACP) ont gouverné la première puissance économique du continent africain dans l’intérêt du capitalisme sud-africain et au détriment du prolétariat, très majoritairement noir. En contrepartie, la bourgeoisie blanche s’est ouverte à une poignée de capitalistes noirs, souvent issus de l’appareil de l’ANC.

Pour que leur « réconciliation » fonctionne, les gouvernements de Mandela, puis de Mbeki ont protégé les anciens dictateurs racistes et leurs tortionnaires, si bien que l’ancien parti de l’apartheid (NP) a fusionné avec l’ANC en 2005. En outre, les droits démocratiques chèrement acquis par les masses moires ont été immédiatement limités par les gouvernements structurés par l’ANC avec la participation du parti réformiste et le soutien de la bureaucratie syndicale. Par exemple, contre le droit de grève, Mandela et de Klerk ont instauré en 1995 le Labour Relation Act qui impose aux syndicats de prévenir 7 jours à l’avance de leur intention de faire grève. À partir de 1996, le gouvernement Mandela a commencé à privatiser les entreprises publiques, a réduit la fiscalité sur les profits, a comprimé les dépenses sociales et a libéralisé les mouvements de capitaux.

Plus de la moitié du revenu national est accaparée par seulement 10 % des ménages. Une grande partie de la population vit dans la misère, comme du temps de l’apartheid. Le taux de chômage est officiellement de 30 %, la hausse des prix touche particulièrement la nourriture et les produits de première nécessité. Les immigrés des pays voisins sont persécutés et désignés par les démagogues réactionnaires comme cible au mécontentement populaire. L’accès aux soins, notamment aux médicaments contre le virus VIH, est réservé aux riches. Seuls 3 % des terres accaparées par les colons d’origine néerlandaise et britannique ont été redistribués aux paysans d’origine africaine. La délinquance et la criminalité sont élevées.

 

La grève spontanée des professeurs et des infirmiers défie le gouvernement Mbeki

 

Malgré les dispositions légales contre le droit de grève, le 25 mai, les infirmières et les enseignants ont cessé spontanément le travail le 25 mai, pour exiger une hausse des salaires de 12 %. Leurs salaires sont bas, alors que leurs conditions de travail sont difficiles :

Les enseignants et le personnel médical travaillent dans des conditions difficiles. Les écoles publiques sont surchargées, avec des classes de plus de 50 élèves, et de sérieux problèmes de violence. Dans les hôpitaux, la charge de travail est alourdie par la croissance démographique et l’épidémie du sida, alors que le personnel de santé est en diminution. (Le Monde, 22 juin 2007)

La grève concerne 700 000 travailleurs, parfois organisés en piquets de grève. Face à leur colère et à leur détermination, les chefs du SADTU et du SADNU, c’est-à-dire les syndicats respectifs des enseignants et infirmiers, affiliés tous deux au COSATU, ont dû appeler le 1er juin à la grève illimitée.

Le gouvernement sud-africain se comporte comme tout gouvernement bourgeois. Le président Thabo Mbeki et son gouvernement ANC-COSATU-SACP proposent une augmentation de 6,5 % alors que l’inflation de l’année écoulée a été de 6,3 % et que les traitements des ministres seront augmentés de 50 % cette année.

Tout en accusant les travailleurs de la santé de faire mourir leurs patients, la ministre de la Fonction publique, membre du SACP, menace 3 000 travailleurs de la santé grévistes de licenciement s’ils n’ont pas respecté le service minimum. L’appareil répressif de l’État bourgeois est mis à contribution pour briser la grève, à commencer par les mercenaires professionnels de l’armée de métier :

Le gouvernement a dû déployer 2 500 militaires pour garantir l’accès des non-grévistes à leur lieu de travail. (Le Monde, 22 juin 2007)

La police, dont le ministre est aussi membre du parti « communiste », a réprimé à plusieurs reprises les travailleurs en grève :

La police sud-africaine a ouvert le feu, avec des balles en caoutchouc, lundi sur des infirmières qui manifestaient pour obtenir une revalorisation salariale. Une vingtaine d'entre elles ont été arrêtées. Les grévistes bloquaient l'accès à un hôpital de la ville. (Journal du Dimanche, 4 juin 2007)

 

La direction syndicale du COSATU tente de protéger le gouvernement

 

En août 1999, une première grève générale des fonctionnaires avait été défaite par la collaboration de classes orchestrée par l’alliance tripartite. Depuis le début du mouvement actuel, la bureaucratie confédérale a manœuvré pour protéger le gouvernement qui, de son côté, ne cesse d’en appeler à la responsabilité des chefs de la COSATU. Ceux-ci se sont bien gardés d’appeler à la grève générale.

Patrick Craven, porte-parole du Congrès des syndicats sud-africains (Cosatu) a concédé qu'une grève à grande échelle dans la solidarité avec les syndicats grévistes de secteur public, prévus pour mercredi (13 juin 2007, NdR), ne se produira pas parce que les syndicats n'ont pas légalement averti les employeurs sept jours à l’avance. (Business Day, 9 juin 2007)

Enfin, le même dirigeant du COSATU dénonce, comme le pouvoir bourgeois, les piquets de grève :

Craven a dit que le COSATU était d’accord avec le discours du Président Mbeki au Parlement condamnant vigoureusement « la violence et l'intimidation qui s'est produite dans la grève continue du secteur public ». (South African Press Association, 14 juin 2007)

Les dirigeants du COSATU ont abaissé, au cours de nombreuses négociations avec le gouvernement pendant la grève, la revendication salariale de 12 à 9 % : Augmentation des salaires de 12 %, indexation des salaires sur les prix, recrutement de professeurs et de soignants !

Les travailleurs sud-africains sont tous concernés par la baisse du pouvoir d’achat, les attaques contre les grévistes : Grève générale de tous les secteurs de la classe ouvrière, dont celui, décisif, des mineurs ! Autodéfense contre la police et l’armée !

 

La classe ouvrière doit arracher l’indépendance du prolétariat et s’ouvrir la perspective du gouvernement ouvrier et paysan

 

La coalition contre nature entre les organisations issues de la classe ouvrière (COSATU, SACP) et l’émanation de la bourgeoisie noire, l’ANC rejointe depuis par l’ancien parti de l’apartheid, a été édifiée comme barrage à la révolution prolétarienne qui menaçait à la fin des années 1980 et au début des années 1990. Tout mouvement significatif des travailleurs, toute revendication sérieuse, se heurte au gouvernement tripartite. On ne peut être du côté de la classe capitaliste et dans le gouvernement à son service et prétendre servir les exploités et les opprimés : Rupture du COSATU et du SACP avec Mbeki et le gouvernement bourgeois ! Gouvernement des seules organisations ouvrières et paysannes !

Pour empêcher les trahisons, les travailleurs ont besoin d’organiser leur lutte en élisant des comités de grève élus et révocables et en les centralisant. De tels organismes seront à même d’unifier les travailleuses et les travailleurs, de contrôler ceux qui parlent en leur nom et constitueront une alternative au gouvernement bourgeois.

 

Pour un parti ouvrier révolutionnaire

 

Le prolétariat sud-africain a une grande tradition . Son activité des années 1980 a permis de jeter à bas l’apartheid. Mais, à cause de la soumission de ses propres organisations à l’ANC, tous ses efforts n’ont abouti qu’à un réaménagement des institutions bourgeoises et au maintien de l’exploitation et de la pauvreté pour le plus grand nombre.

Contre le « front uni anti-impérialiste » et la « révolution par étapes » des ex-staliniens du SACP et des bureaucrates syndicaux du COSATU, les éléments avancés de la classe ouvrière la plus nombreuse du continent doivent se doter d’une organisation révolutionnaire et internationaliste.

Le parti de la révolution permanente, délimité clairement de l’ANC-NP, contribuera à l’efficacité des luttes sociales et à la satisfaction des revendications qui en émanent, à la réforme agraire et à l’émancipation des femmes, en préparant la prise du pouvoir, la liquidation de la police et de l’armée anti-ouvrières. Le gouvernement ouvrier et paysan expropriera les grands capitalistes noirs et blancs, nationaux et étrangers, ouvrira une perspective de progrès à l’Afrique, condamnée au sous-développement par les centres impérialistes d’Amérique du Nord, d’Europe de l’ouest et du Japon.

22 juin 2007