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Témoignage dune lectrice

J’étais à la Gare du Nord le mardi 27 mars

 

J’ai assisté à la première partie des évènements qui se sont déroulés à la Gare du Nord mardi 27 mars. Vers 16 h 30, des policiers ont interpellé un voyageur sans ticket et l’ont frappé pour le mettre à terre. Choqués par la violence de l’interpellation, des voyageurs se sont interposés. Quelques dizaines de témoins, jeunes et moins jeunes et de toutes couleurs, ont commencé à se masser devant le cordon de police entourant le jeune homme, réclamant la libération du jeune pour qu’il puisse être soigné... L’indignation que provoquent ces procédés iniques, arrestations musclées et contrôles au faciès, a fait place à la détermination d’y mettre fin, aux cris de « Libérez notre camarade » et « Police partout, justice nulle part ». Les voyageurs ont refusé de circuler et de se laisser intimider par des pratiques policières de plus en plus violentes.

Il n’y a à la Gare du Nord aucun « climat » mais une réalité, quotidienne, faite de contrôles incessants, d’humiliations, d’interpellations brutales au mur ou au sol, de fouilles, d’opérations de bouclage. La multiplication et la brutalité de ces contrôles vise en fait à interdire l’accès aux transports à une bonne partie des pauvres, jeunes ou moins jeunes. Depuis la Loi de sécurité quotidienne de 2001, c'est la prison qui menace ceux qui n'ont pu régler leur amende, et qui en ont cumulé plus de 10 en 12 mois. La vérification des titres de transport sert enfin à cibler toute la population d’origine immigrée qui menace l’« identité nationale ».

A 17 h, les « émeutiers » étaient en fait cette centaine de voyageurs révoltés par la brutalité des forces de l'ordre, ayant choisi la solidarité et la résistance pour s’opposer aux contrôles musclés et à l’état de siège permanent dans la gare. D'autres arrivaient, remplaçant les premiers, avec la même indignation, et qui n’avaient rien d’une bande de casseurs ou de marginaux.

C’est pourtant ce moment qu’ont choisi les flics pour lancer du gaz lacrymogène sur la foule, dans un hall de gare souterrain, sans arrivée d’air, à la croisée de deux lignes de métro, 4 et 5, et de trois lignes de RER, B, D et E. Le trafic n’avait pas été interrompu et continuait à déverser toutes les minutes des voyageurs parmi lesquels des enfants en très bas âge et des personnes âgées affolées, chargées de valises. C’est aussi ce moment qu’ont choisi les flics pour charger, bousculant et jetant à terre des voyageurs et des manifestants. L’effarement a été général, la colère décuplée, et c’est là que, tels des cow-boys, faisant tourner leur matraque contre la foule pour se frayer un passage, des cordons de CRS sont arrivés par derrière en courant et criant pour disperser la mobilisation. À partir de là, les charges ne vont pas cesser, ne faisant qu'accroître la colère spontanée, sans que les lignes ne soient encore interrompues. Certains CRS visaient la foule avec leurs flashballs, et en peu de temps, la gare du Nord a été littéralement assiégée de casques, gilets pare-balles, lance-grenades lacrymogènes, boucliers, haies « anti-émeute ». Personne ne comprenait comment en si peu de temps un tel déploiement de force avait pu se produire. Un sentiment d’étrangeté dominait la gare, on aurait cru un exercice d’entraînement, comme si tout avait été soigneusement préparé, dans une complète disproportion.

Quand j’ai entendu les informations le lendemain, j’ai cru me réveiller dans un autre monde. Les événements qui se sont déroulés après 18 h 30 relèvent de la provocation policière et du mensonge médiatique. La police s’est disposée à faire monter la tension et a comme orchestré ce qu’elle comptait bien faire passer pour une émeute. Il ne fait aucun doute que des agents policiers et des provocateurs ont joué un rôle et incité les dits casseurs, s’infiltrant chez les jeunes en colère pour attiser les tensions. Un flic en civil, déguisé en casseur, a été vu en train de discuter avec les CRS puis photographié en train de briser une vitrine.

Les flics ont reçu l’ordre de donner à cet incident la tournure qu'il a prise, convoquant au fil des heures caméras et photographes au spectacle. Ne restait en effet que la complicité médiatique pour finir de créer une « émeute » de toutes pièces. Aucun grand journal n’a relaté la réalité des faits, car tous appartiennent à quelques grands groupes capitalistes français comme Lagardère, Bouygues, Dassault, souvent du secteur militaire. Ou sont en bonne partie gérés par le « service public », dont la gestion a été confiée entièrement à des proches de l’Elysée. Les dirigeants de ces entreprises sont tous proches personnellement de Sarkozy. Ils se sont lâchés cette fois encore en tenant des discours racistes sur la dite émeute, et ont accepté de relayer le mensonge de la police selon lequel le jeune interpellé était un dangereux criminel rentré illégalement sur le territoire.