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Autriche
Au printemps de l'année 1847, des chômeurs pillèrent
dans les faubourgs de Vienne des magasins d'alimentation. Le 10 octobre, ils en
vinrent à prendre d'assaut des boulangeries et des maisons de manufacturiers.
La raison en était l’inflation et la rareté des denrées, à la suite de la
mauvaise moisson de l'année 1846. Ceci conduisit à des licenciements, ce qui
déclencha les protestations des ouvriers. Tel fut le premier signal –un an
avant la révolution bourgeoise de 1848– de l’apparition du prolétariat
autrichien sur le sol de l'histoire.
Il y a cent ans, le 26 janvier 1907, la classe
ouvrière autrichienne obtint un de ses premiers grands succès : l'empereur
François Joseph 1er approuva la loi sur le suffrage universel pour
les hommes. En mai, eurent lieu les premières élections générales.
Le début du Programme de transition, rédigé
il y a 69 ans par Léon Trotsky, dit : « La situation politique mondiale
dans son ensemble est avant tout caractérisée par la crise historique de la
direction du prolétariat ». Pour surmonter cette crise la IVe
Internationale fut fondée. D’où le véritable titre du programme : L’Agonie
du capitalisme et les tâches de la IVe Internationale.
La IVe Internationale ne put résoudre les
tâches historiques qui reposaient sur elle. Après la deuxième guerre mondiale
impérialiste et l'assassinat de Trotsky par un agent stalinien, la direction ne
put résister à la pression sociale de forces de classe étrangères. Comme
Stéphane Just l’a remarqué :
Mais les pression sociales ne suffisent pas expliquer la trahison de la
« direction » ; il faut au contraire expliquer cette trahison
par le fait que cette direction s'est avérée trop faible pour s’opposer à ces
pressions, par l’insuffisance théorique et politique des dirigeants d'alors de
la IVe Internationale et de ses sections. C’est le problème de la
sélection et de la formation des directions nationales et de la direction
internationale qui a été et qui reste au centre de la crise de la IVe
Internationale. (Pour la reconstruction de la IVe
Internationale, 1978)
Pour cette raison, en 1953, fut fondé la Comité
International de la Quatrième Internationale. La fondation du CI fut un pas
important pour la classe ouvrière mondiale. Just la présenta ainsi : « La
fondation du CI fut un acte extraordinairement positif. À partir de là, le
révisionnisme aurait pu être vaincu rapidement et la IVe
internationale reconstruite ». Mais le CI resta une alliance relâchée
de groupes nationaux –un « front uni d'organisations nationales »,
comme le caractérisait Nahuel Moreno– et ne put donc mener la lutte contre le
pablisme avant tout au niveau pratique de manière adéquate. Aujourd'hui,
presque 60 ans après la dégénérescence de la IVe internationale et
la fondation du CI, la crise de la direction de la classe ouvrière n'est
toujours pas résolue.
Pour effectuer un pas vers la résolution de cette
crise, le Groupe pour une politique ouvrière révolutionnaire (GRA) et le groupe
Le Cours nouveau (DNK) ont fusionné
après une longue phase de discussion et de collaboration pratique réussie,
incluant le soutien au mouvement d’Oaxaca (Mexique). Cette fusion a été
entérinée au milieu de février 2007 à Vienne par la conférence de fondation du Gruppe
für revolutionär-marxistische ArbeiterInnenpolitik (Groupe pour une
politique ouvrière marxiste révolutionnaire, GRA).
Les décisions les plus importantes de la conférence
furent l'adoption de résolutions sur le Venezuela et sur l'Autriche, de la
déclaration de fusion, la décision d'entreprendre la construction d'un groupe
de jeunesse. Dans les protestations contre la guerre impérialiste des dernières
années, la jeunesse a partout et toujours été à la pointe. Le mouvement contre
la loi Villepin en France au printemps de l'année dernière est une autre
expression de la radicalisation d'une nouvelle génération de jeunes.
Ce n'est qu'au niveau international que peut être
résolue la crise de la classe ouvrière et réalisée la victoire du socialisme.
Pour cette raison, des observateurs internationaux prirent aussi part à la
conférence sur invitation du DNK et du GRA, dont un délégué du Collectif
révolution permanente. Les relations purent être approfondies avec le CoReP et
les discussions intensifiées, dans le but de la construction d'une nouvelle
internationale ouvrière révolutionnaire.
Ceci est plus important que jamais à l'époque
actuelle, qui nous voit confrontés en Autriche à un gouvernement
« noir-rouge » sous la direction du SPÖ qui poursuivra le
néolibéralisme et la destruction des conquêtes sociales. La sociale-démocratie,
comme en Grande-Bretagne, en France et en Allemagne, s'éloigne à toute vitesse
des travailleurs et se transforme en parti bourgeois.
Au niveau mondial, nous sommes confrontés à des
menaces de guerre aggravées contre l'Iran. En même temps, les contradictions
des vieilles puissances USA et UE s'aggravent avec les puissances montantes
comme la Chine, l'Inde et la Russie. Ces tensions impérialistes déboucheront
inéluctablement au cours du 21e siècle dans une nouvelle guerre
mondiale inter-impérialiste si le prolétariat ne réussit pas à détruire à
l'échelle mondiale les bases du régime d'exploitation capitaliste et à dresser
sa propre hégémonie –la dictature du prolétariat– comme condition d’une société
sans classe.
Pour contrer efficacement ces menaces envers la
classe ouvrière mondiale et toutes les couches opprimées, il faut entreprendre
de nouveau une lutte idéologique. Une lutte comme celle qui s’était traduite
vers 1900 par la victoire de la sociale-démocratie russe sur les populistes et
les narodniki sur la question de l'hégémonie du prolétariat.
Car toutes les menaces mentionnées, qu'elles soient
nationales ou internationales, sont des contradictions de classe. Que ce soit
la destruction des acquis sociaux en France et en Autriche, l'occupation de la
Palestine et de l'Irak, elles ne peuvent être résolues de manière progressiste
que par la classe ouvrière.
Pour cela, celle-ci a besoin d'une direction
prolétarienne internationale. Le GRA s'est fixé en Autriche comme tâche le
développement d'un embryon d'une telle direction. Notre fusion pourra être un
point important pour la libération de l'humanité, l'accomplissement des combats
commencés en Autriche il y a 160 ans et qui atteignirent leur sommet au niveau
international voici 90 ans avec la chute du tsarisme en Russie. Cependant le
GRA ne pourra jouer ce rôle que si le processus ne reste pas limité dans un
cadre national, mais se poursuit à un niveau international, entre autres ou
avant tout avec les camarades du Collectif révolution permanente.
Dieter Reinprecht-Hinsch & Paul Mazurka