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La classe ouvrière paie un lourd tribut à la voracité capitaliste

 

La bourgeoisie anglaise a initié une offensive mondiale contre la classe ouvrière...

 

L'Angleterre fut le premier pays au monde à s'industrialiser. Elle réalisait en 1880 40 % de la production mondiale. Elle a progressivement perdu sa position d'impérialisme dominant, principalement au profit des États-Unis, pour être aujourd'hui la cinquième puissance mondiale en termes de PIB, derrière la Chine et devant la France. De la fin de la deuxième guerre impérialiste à la fin des années 1970, l'économie anglaise n'a pas pleinement bénéficié de la reprise mondiale. Elle est entrée en crise dès les années 1970. Au cours de cette période, la classe ouvrière anglaise était puissante. L'implantation syndicale était forte, la fiscalité importante, les acquis ouvriers étaient supérieurs à ceux de la France, l'immigration était massive, en particulier en provenance de l'Inde et des Antilles. Le capital anglais fonctionnait sur une logique keynésienne de coopération de classe sur trois aspects : un fort degré de nationalisation, une coexistence entre des entreprises capitalistes privées et un secteur public relativement important, et un fort salaire différé. Le tout se fondait sur une étroite collaboration entre les syndicats, le patronat et l'État.

Pourtant, la victoire électorale de la bourgeoisie anglaise en 1979, avec le Parti conservateur, se présente comme le signal d'une offensive de la bourgeoisie mondiale rendue nécessaire par la baisse du taux de profit enregistrée dès la fin des années 1960. La bourgeoisie anglaise a ainsi gouverné avec son propre parti jusqu'en 1997, avec Margaret Thatcher puis John Major, comptant ainsi quatre élections législatives victorieuses consécutives. La coopération de classes keynésienne a laissé place à un monétarisme offensif contre la valeur de la force de travail. Proche de la « Nouvelle Droite » de Friedrich Hayek et Milton Friedman (voir Révolution socialiste n°23), les gouvernements conservateurs ont massivement privatisé ; ce fut le cas de 70 entreprises publiques, dans tous les secteurs (transports ferroviaires, aériens, routiers, télécommunications, eau, gaz, électricité, automobile, sidérurgie…), de plus d'un million de logements sociaux, à hauteur de 10 % du PIB. Un million d'emplois furent ainsi transférés au privé, pour l'équivalent de 75 milliards de livres sterling (100 milliards d'euros). Thatcher et Major ont réduit la dépense publique, dérégulé l'énergie, les finances, les télécommunications, activités pour lesquelles des organismes « indépendants » remplacent l'État, réduit à ses fonctions purement répressives. Ils ont satisfait l’aile la plus réactionnaire de la bourgeoisie, ont relancé les interventions impérialistes à l'étranger (guerre des Malouines en 1982, première guerre du Golfe en 1991). Ils ont libéré le capital financier des quelques entraves qui le gênaient (dérèglementation). Les effectifs de la fonction publique ont été diminués de 25 %, en particulier dans l'industrie, où le nombre de fonctionnaires est passé de 209 000 à 33 000 entre 1976 et 1998. De 43,2 % du PIB en 1979, les prélèvements obligatoires ont diminué à 36 % en 1996. Pourtant, la croissance annuelle moyenne du PIB entre 1979 et 1997 n’a pas dépassé 2%.

Les capacités de résistance de la classe ouvrière ont été réduites, en particulier avec l'échec de la grève des mineurs en 1984-1985 ; le monopole syndical d'embauche et de représentation a été brisé à six reprises, le droit de grève a été encadré et, au cours de cette période, le nombre de syndiqués est passé de treize millions à sept millions, c'est-à-dire de 55 % à 30 % du salariat. Dans le même temps, le droit du travail s'est massivement assoupli, conduisant à une précarisation massive, et le chômage a sensiblement augmenté, jouant son rôle de pression sur la classe ouvrière –  il est passé de 4,6 % en 1979 à 7,5 % en 1996, avec une période à plus de 10 % dans la première moitié des années 1980.

 

...poursuivie sous la direction du principal parti ouvrier

 

En 1997, le Parti travailliste met fin à une période de 18 ans de mise à l’écart en remportant les élections législatives avec 43,2 % des voix et 419 sièges sur 659, sa plus forte majorité depuis 150 ans, contre 30,7 % et 165 sièges pour le Parti conservateur, son plus mauvais score depuis 1832. Il s'agit de la victoire la plus nette obtenue par le Parti travailliste depuis 1900, et Tony Blair ne laisse planer aucun doute sur le caractère bourgeois de sa politique puisque, lors de son discours d'investiture le 14 mai 1997, il déclare que « son gouvernement entend gouverner pour le bien de la nation toute entière ». Non seulement il a connu peu d'oppositions internes, puisque les députés travaillistes ont presque toujours soutenu le gouvernement, mais la fonction de Premier ministre est devenue de plus en plus dominante, puisque 90 % des projets de loi émanent du gouvernement, qui contrôle les deux assemblées (Chambre des communes, Chambre des lords), via l'ordre du jour.

Le monétarisme des gouvernements précédents a été poursuivi, avec une priorité à la maîtrise de l'inflation, c'est-à-à-dire à la pression sur les salaires. Un large programme de privatisations a été mis en œuvre. La privatisation des chemins de fer (British Rail) engagée par le gouvernement Major a été poursuivie par Blair. Ont été privatisés le contrôle aérien (National Air traffic Control Services), l'énergie (British Energy), l'équivalent des PMU (Tote), une large partie de la Poste, qui est devenue une société anonyme à capital public, ce qui a occasionné la suppression de 30 000 emplois. Sous le nom de Private Finance Initiative, le capital privé intervient également dans la construction et la gestion de bâtiments administratifs, d'écoles, d'hôpitaux, de prisons, d'aéroports, de casernes de pompiers, de musées, sachant que les ressources dégagées reviennent au privé dans la majorité des cas. Pourtant, faute de rentabilité jugée suffisante par le capital, l'État a dû renationaliser de fait les chemins de fer, en injectant 37,5 milliards de livres (56 milliards d'euros) dans leur modernisation et leur sécurisation en juillet 2002, puis en prenant le contrôle de la maintenance en 2003. Les subventions publiques permettent également à British Energy, retirée de la cote boursière en 2004, d'éviter la faillite. Ainsi, seuls le métro londonien, les centrales nucléaires, la Banque d’Angleterre et une partie de la Poste sont encore publics.

Les salariés les plus pauvres et les plus précarisés ont été visés. En janvier 1998, dans la logique qui consiste à remplacer le salaire différé (welfare) par du travail forcé (workfare), le gouvernement proposait aux chômeurs un New Deal, c'est-à-dire un choix entre un emploi subventionné, un emploi à temps partiel avec formation subventionnée, une activité dans une association de charité, ou un stage. En contrepartie, un refus occasionnait une diminution puis une disparition des allocations, les avantages sociaux étaient réduits, les retraites pour les veufs/veuves de plus de 45 ans sans enfant à charge étaient réduites, les retraites étaient sensiblement réduites pour les plus pauvres, incités à capitaliser dans les fonds de pension. En outre, un impôt de 10 % a été créé pour les plus pauvres, alors que l'impôt sur les sociétés a été réduit de 21 à 10 % pour les petites entreprises, et de 31 à 30 % pour les grandes. Les contreparties sont bien maigres : la durée maximale de travail hebdomadaire est fixée à 48 heures ; une troisième semaine de congés payés est établie en 1998, puis une quatrième en 1999 ; un salaire minimum horaire est fixé à 3,20 livres en 1999 (4,80 euros) – il est aujourd'hui d'un peu plus de 5 livres (7,5 euros) – et bénéficie à 1,3 million de travailleurs. Reste que les emplois sont extrêmement précaires, et la moitié d'entre eux durent moins de quinze mois. Le traitement au mérite a été généralisé dans la fonction publique, et le soutien de la centrale patronale CBI (Confederation of British Industries) a valu à la bourgeoisie l'obtention d'un Ministère, celui de la Recherche scientifique et de l'Innovation, pour Lord Sainsbury, un capitaliste de la grande distribution.

Le gouvernement Blair a également renforcé les organes de répression. Il a accru les prérogatives de la police, a abaissé à dix ans l'âge de responsabilité civile – huit en Écosse –, ouvert des centres « carcéraux-pédagogiques », instauré des couvre-feu pour les jeunes, multiplié les caméras dans les rues (4 millions), augmenté le nombre d'incarcérations (75 000 en 2004 contre 42 000 en 1998), organisé des tribunaux spéciaux avec droit discrétionnaire de détention illimitée, créé un organisme de répression du crime et légalisé les écoutes téléphoniques, établi, le 20 décembre 2004, une carte d'identité, qui met fin à la liberté d'être cru sur parole, autorisé, en février 2005, l'utilisation d'une « force raisonnable » en cas de violation de domicile, qui inclut l'usage d'armes. D'ailleurs, entre 1997 et 2002, la criminalité avec armes à feu a augmenté de 64 %. Il a fait voter, le 11 mars 2005, une loi de « prévention du terrorisme » (Prevention of Terrorism Bill) qui renforce les pouvoirs discrétionnaires de l'État. Il a durci les conditions d'obtention de la nationalité et des droits d'asile et d'immigration. La loi « Nationalité, immigration et asile » (Nationality, Immigration and Asylum Act, décembre 2002) exige de prêter serment à la reine, de connaître l'anglais et de respecter les lois et coutumes britanniques. Les demandes d'asile ont alors massivement diminué, passant de 110 000 en 2002 à 61 000 en 2004. De plus, en janvier 2005, a été établi un système de quotas autorisant les personnes qualifiées à s'installer, dissuadant les autres.

L'enseignement public a également fait l'objet d'une attention particulière de la part du gouvernement Blair, alors que le niveau de qualification est relativement faible. Par exemple, en 1997, sept millions de personnes étaient sans qualification, et 21 millions n'ont pas l'équivalent du baccalauréat. Plus d'un tiers des adultes ont quitté l'école sans qualification et huit millions de personnes sont illettrées. Il est significatif que le Royaume-Uni se situe au 23e rang (sur 30) des pays de l'OCDE en termes de personnes de 25 à 34 ans ayant achevé des études secondaires, en-dessous de l'Irlande ou de la Corée du sud. Entre 1997 et 2005, les dépenses ont sensiblement augmenté pour l'enseignement pré-supérieur– deux fois plus par élève –, mais par l'appel aux capitaux privés et à la charité publique, dans la mesure où les écoles sont devenues de plus en plus autonomes. Dans l'enseignement supérieur, la gratuité des études fut supprimée dès la rentrée 1998, et les frais furent fixés à 1 000 livres (1 500 euros), à l'exception d'une petite minorité d'étudiants très pauvres, avec en contrepartie, au lieu des maigres bourses (plafonnées en-dessous de 2 000 livres), des prêts de l'ordre de 4 à 5 000 livres par an (6 à 8 000 euros) remboursables lorsque les étudiants entrent dans la vie active. Les frais pédagogiques ont même été relevés à 3 000 livres (4 500 euros) à la rentrée 2006. En conséquence, près de la moitié des étudiants travaillent à temps partiel, au moins 15 heures par semaine, et tous sont endettés. Pourtant, les dépenses d'enseignement supérieur s'élèvent à 1,1 % du PIB, ce qui est équivalent à la France, et inférieur à la moyenne de l'OCDE.

La santé est également touchée. Les hôpitaux sont vétustes – le Royaume-Uni en possède pourtant moitié moins que la France –, le personnel (médecins et infirmiers), les équipements d'urgence ou de soins intensifs sont insuffisants, les listes d'attente sont interminables – plus d'un million pour les soins hospitaliers, ce qui signifie plusieurs mois avant d'être opéré. 12 % des patients ont recours à la médecine privée, plus chère, d'autres se tournent vers d'autres systèmes de sécurité sociale (Belgique, Pays-Bas, France). En 1997, les cotisations sociales ont été augmentées d'un point et le secteur privé a été sollicité pour financer les hôpitaux. En 2002, le parlement a voté un projet de décentralisation des hôpitaux, et de transfert au privé d'une partie d'entre eux.

D'après le Trade Union Congress, qui regroupe les principaux syndicats, le pays compte 4 millions de sans-emploi, soit quatre fois le chiffre officiel du chômage (980 000), et 17,7 % des familles ne comptent aucun travailleur, contre 8,8 % en France. Alors qu'en 1997, 12 millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté, calculé comme en France à 60 % du salaire médian (niveau pour lequel le nombre de personnes qui touchent plus et celles qui touchent moins sont égaux), elles étaient 14 millions en 2001. Les catégories les plus touchées sont les jeunes sans diplôme ou à formation minimale, les personnes âgées, compte tenu de la baisse du niveau des retraites publiques, les employés précaires, qui constituent un quart de la main-d'œuvre – la moitié pour les femmes –, les habitants des régions celtiques (Écosse, Irlande du Nord) ou du Nord de l'Angleterre, puisqu'alors que le niveau de vie à Londres est supérieur de 25 % à la moyenne nationale, il est inférieur de 10 à 20 % dans ces régions. Le PIB par habitant à Londres est supérieur de 75 % à celui du Pays de Galles, avec un taux de croissance supérieur de 40 % dans les dix dernières années. Les inégalités se sont creusées, avec notamment la hausse du nombre de divorces, de mères adolescentes, l'appauvrissement des retraités, l'accroissement des difficultés pour les immigrés. Alors que les 10 % les plus riches touchaient 47 % de la richesse nationale en 1997, ils en percevaient 54 % en 2005. Le Royaume-Uni connaît les inégalités de revenu les plus fortes de tous les impérialismes, à l'exception des États-Unis.

 

Cette offensive permet à la bourgeoisie de freiner son déclin, mais l'économie reste extrêmement fragile

 

Le gouvernement Blair, avec les attaques décrites précédemment, a réussi à maintenir l'économie britannique. La croissance économique est relativement stable et soutenue, autour de 2,5 % depuis 2002, et le PIB par habitant est passé de 24 000 euros en 2000 à 29 000 euros en 2005 (contre 27 000 en France). La hausse du PIB entre 1997 et 2005 a été de 24 %, pour dépasser celui de la France. La consommation augmente de 2 à 4 % par an, l'investissement de 2 à 6 %. Le Royaume-Uni est l'une des économies les plus ouvertes, les échanges commerciaux représentant 50 % du PIB, ce qui est équivalent à la France, mais le double des États-Unis et du Japon. Il est le deuxième exportateur mondial de services, en 2005 la deuxième destination des investissements étrangers, et trois-quarts des entreprises sont intégrées dans des échanges internationaux. Les bourgeois sont bien accueillis en Angleterre puisque d'après Grant Thornton, du Sunday Times, les milliardaires du Royaume-Uni ont payé un peu moins de 15 millions de livres (22 millions d'euros) d'impôts, pour une fortune totale de 126 milliards de livres (190 milliards d'euros).

Pourtant, la bourgeoisie anglaise a beau posséder des fleurons dans le pétrole (BP, Shell), la chimie (ICI), l'industrie pharmaceutique (AstraZeneta, GlaxoSmithKline), l'agroalimentaire (Cadbury, Schweppes, Diageo), l'aérospatiale (BAE System), le tabac (BAT, Imperial Tobacco), les nouvelles technologies (Vodafone, British Telecom, Cable&Wireless), la grande distribution (Tesco, Sainsbury, Dixons), les banques (HSBC, Barclays, Royal Bank of Scotland, Abbey, National Westminster), les assurances (Prudential, Legal & General, Lloyds), la publicité (WPP), elle reste extrêmement vulnérable. Outre les difficultés rencontrées par l'agriculture (vache folle, fière aphteuse), qui représente 2 % du PIB, elle a perdu de nombreux secteurs industriels – charbon, textiles, chantiers navals, sidérurgie, automobile (fermeture d'usines) –, elle a laissé pénétrer du capital étranger, dont français, dans les secteurs de l'eau, de l'électricité, des télécommunications, et des banques d'affaire ont été absorbées par des firmes américaines ou d'autres pays d'Europe...

Deux problèmes structurels inquiètent la bourgeoisie anglaise : la faiblesse de la productivité et la rapide hausse du déficit commercial. La productivité horaire en Grande-Bretagne est inférieure de 20 % à la France et de 15 % à l'Allemagne, la moitié des travailleurs sont peu ou pas qualifiés, et moins de 3 % des capitaux britanniques sont investis dans des secteurs de pointe, contre 14,5 % en France. Ainsi, la hausse de la compétitivité du capital britannique doit plus à un taux d'exploitation relativement élevé qu'à ses performances intrinsèques en termes de productivité et de qualification. Le travail est plus flexible qu'en France et en Allemagne sans être plus cher. À titre d'exemple, les heures supplémentaires non payées s'élèvent à 23 milliards de livres (35 milliards d'euros) par an. En ce qui concerne le déficit, le financement de la guerre en Irak a contraint le gouvernement à contracter un emprunt massif, si bien que l'excédent de 23 milliards d'euros en 2001 s'est transformé en un déficit de 11 milliards en 2005. La hausse de l'endettement des ménages préoccupe également la bourgeoisie puisque, de 100 % du PIB en 1997, elle est passée à 160 % en 2006, et le nombre de personnes insolvables au Royaume-Uni a pour la première fois franchi les 100 000 en 2006. Le recours à la procédure « d'arrangement volontaire » a obligé les créanciers à effacer deux milliards d'euros de dettes.

 

Un impérialisme de seconde zone à la recherche d'alliances

 

La sphère d'influence de l'impérialisme anglais s'est progressivement effritée et, après la rétrocession de Honk-Kong à la Chine en 1997, les territoires sous sa dépendance ne représentent plus que 200 000 personnes. Il est un allié traditionnel de l'impérialisme américain, son principal partenaire commercial devant l'Allemagne et la France, notamment dans sa défense de l'OTAN. Il intervient aux Malouines, où 1 300 soldats britanniques sont toujours implantés, en la Lybie, dans l'ex-Yougoslavie où 8 000 soldats britanniques patrouillent toujours (« une guerre juste, fondée non sur des ambitions territoriales mais sur des valeurs », Blair, le 24 mars 1999), en l'Afghanistan, où le Royaume-Uni a envoyé 24 000 soldats, un porte-avion et deux sous-marins nucléaires, et bien sûr en l'Irak. Il a soutenu l'opération « Renard du Désert » en décembre 1998, les bombardements début 2001, et reste le principal allié de l'impérialisme américain dans l'actuelle guerre. Il a appuyé l'élargissement de l’ OTAN à la Hongrie, à la Pologne et à la République tchèque en 1999, puis à la Slovénie, à la Slovaquie, à la Roumanie et à la Bulgarie en 2002. Dans un discours prononcé à Chicago en 1999, Blair revendique pour l'OTAN un droit formel d'ingérence, y compris militaire. Au Congrès américain, le 20 septembre 2001, George W. Bush a exprimé sa reconnaissance en proclamant, en présence de Blair, que « les États-Unis n'ont pas d'ami plus fidèle que la Grande-Bretagne ». Le même Blair a reçu en récompense la médaille d'or du Congrès des États-Unis, qui récompense les meilleurs alliés de Washington.

Ceci s'est donc exprimé par un soutien inconditionnel à l'occasion de la guerre en Irak. Dès août 2002, le gouvernement britannique annonçait, par la voix de son Ministre des Affaires étrangères Jack Straw, son soutien inconditionnel à l'impérialisme américain, avec ou sans aval de l'ONU. Malgré le désaccord exprimé par 160 députés travaillistes soucieux de préserver leur image auprès de l'électorat ouvrier, et surtout malgré une manifestation de 350 000 personnes criant « Honte à Blair » en septembre 2002, le Royaume-Uni fait partie des huit États européens, aux côtés notamment de l'Italie et de l'Espagne, à avoir annoncé dès les 30 janvier 2003 leur soutien aux États-Unis. Deux semaines plus tard, le 15 février, des manifestations contre la guerre rassemblaient plus d'un million de personnes. Les cadres du vieux Parti travailliste, gênés d'un soutien aussi ouvertement affiché à la bourgeoisie, se manifestaient, avec la démission de 5 ministres le 17 mars 2003, et la défection de 139 députés, à l'occasion d'un amendement anti-guerre néanmoins adopté. La guerre était engagée deux jours plus tard avec 42 000 soldats britanniques, suivie par une manifestation d'un million de personnes à Londres le 20 novembre 2003 à l'occasion de la visite de Bush, et d'un rapport prouvant la déficience des éléments ayant justifié la guerre (le rapport Butler paru le 14 juillet 2004). En 2007, le gouvernement Blair retire des soldats d'Irak pour des raisons tactiques, notamment pour en envoyer d'autres en Afghanistan.

De tels gages donnés à l'impérialisme américain n'empêchent pas le gouvernement Blair de chercher également des alliances auprès des États d'Europe :

Il n'y a pas pour nous de choix entre l'Europe et l'Amérique. La Grande-Bretagne est importante pour nous auprès de l'Amérique parce qu'elle est importante en Europe (Blair, Le Monde, 30 septembre 1999).

Depuis plusieurs décennies, en particulier la dernière, l'impérialisme anglais vise à profiter à la fois des alliances avec l'impérialisme américain et avec la coalition réunie au sein de l'Union Européenne, qu'il s'agisse des tentatives de rapprochement entre l'OTAN et l'Union Européenne avec un partenariat France-Royaume-Uni en 1998, de la participation à hauteur de 13 000 hommes à une Euroforce de 60 000 soldats constituée en 1999 à la suite des accords d'Helsinki. Il a signé l'Acte Unique, a ratifié Maastricht, s'implique dans le Pacte de Stabilité, dans Europol, il soutient les nouvelles adhésions. Pourtant, il refuse obstinément d'adopter la Monnaie unique, qui serait le signe d'un désengagement à l'égard de l'impérialisme américain. En plus de cinq conditions à une telle adhésion édictées en 1997 (la symétrie des cycles économiques, la création d'un courant d'investissement favorable au Royaume-Uni, la préservation de la compétitivité de la City, la promotion de la flexibilité, le soutien à la croissance et à l'emploi), il en rajoute trois nouvelles en 2002, concernant l'impact de l'euro sur le marché immobilier britannique, le taux de change et le respect des règles de l'union monétaire par les membres, suffisamment larges pour pouvoir être arbitrairement validées ou invalidées. À cet égard, dans la foulée des référendums français et néerlandais sur l'Union Européenne en 2005, le Royaume-Uni a reporté l'organisation d'un tel scrutin. En outre, il cherche à limiter la contribution des États-membres à 1 % du PIB.

 

La persistance des questions nationales

 

Depuis 1999, le Pays de Galles, l'Ecosse et l'Irlande du Nord ont leur propre assemblée autonome qui légifère sur les questions intérieures. La dévolution en Ecosse a été votée par referendum à 74 % le 11 septembre 1997, pour donner au parlement un rôle plus exécutif. Au Pays de Galles, elle a été votée à 50,3 % le 18 septembre 1997.

L'enjeu national est plus délicat en Irlande. Découpé en 1921, ce pays a connu depuis longtemps des mouvements nationalistes plus ou moins liés au mouvement ouvrier. Le 10 avril 1998, a été adopté le Good Friday Agreement sur la base d'un compromis supprimant du Government of Ireland Act, à la fois la domination du Royaume-Uni sur l'Ulster et l'article de la constitution irlandaise défendant la réunification de l'Île. Une assemblée de 108 membres est élue à l'élection proportionnelle, avec pouvoir législatif et capacité de désigner un exécutif. Le texte est accepté par toutes les organisations participant aux négociations, y compris le Sinn Féin, à l'exception du DUP (Democratic Unionist Party) dirigé par le pasteur Paisley, qui regroupe la fraction la plus farouchement pro-impérialiste. Un referendum organisé en Irlande du Nord se prononce à 71 % en faveur du texte, et Trimble, qui représente l'UUP (Ulster Unionist Party), l'autre parti bourgeois pro-impérialiste, est désigné Premier ministre. Sur fond d'attentats (Omagh en août 1998), de controverses sur des points délicats (le désarmement, la nature de la police...), de démissions de l'exécutif (Trimble en 2001), l'application des accords est longtemps repoussée. Des élections ont vu le 8 mars 2007 la victoire du DUP et du Sinn Féin, qui doivent constituer un gouvernement bourgeois d'ici le 26 mars. Le 28 janvier dernier, à l'occasion de son Congrès, le Sinn Féin a apporté son soutien à la police nord-irlandaise (PSNI) et au système de justice criminelle, ce qui prouve son intégration progressive à l'impérialisme anglais, et son principal dirigeant, Gerry Adams, a tout récemment rencontré Ian Paisley.

 

Un mouvement ouvrier disloqué par un Parti travailliste de plus en plus droitier

 

Le Parti travailliste est né au début du vingtième siècle d'un rapprochement entre le mouvement syndical, des cercles socialistes et marxistes (Socialist Democratic Federation) et des mouvements petits-bourgeois (Fabian Society). Il se dote de statuts en 1918, qui défendent notamment « le principe de propriété collective des moyens de production, de distribution et d’échange » vers le Commonwealth socialiste de Grande-Bretagne. Il s'agit de la clause IV, réécrite le 29 avril 1995 avec l'accord de 65 % des délégués du Congrès du Parti, neuf mois avant que Blair en prenne la direction :

Nous œuvrons pour une économie dynamique, au service de l’intérêt public, dans laquelle le jeu du marché et la rigueur de la concurrence vont de pair avec les mécanismes du partenariat et de la coopération [public/privé] pour produire les richesses dont la nation a besoin et donner à tous la possibilité de travailler et de prospérer, grâce à un secteur privé florissant et à des services publics de grande qualité dans lesquelles les activités essentielles au bien commun appartiennent au public ou sont contrôlées par lui.

Les dirigeants du parti étaient élus à la fois par le groupe parlementaire, les syndicats et les militants, jusqu'en 1988, quand le rôle des syndicats a commencé à s'effacer au profit du vote individuel. Les relations traditionnelles avec les syndicats ont été progressivement disloquées. Leur poids électoral a été régulièrement réduit, la modification du mode de désignation de la direction du parti a été modifiée de façon à amoindrir leur influence. Le relâchement de ces liens a été parfaitement orchestré par les dirigeants des syndicats eux-mêmes. Au Congrès extraordinaire de 1995, le paragraphe « Coopérer avec le Conseil général du Trade Union Congress, ou d’autres organisations apparentées, pour mener des actions communes, politiques ou autres, conformément aux statuts et au règlement du parti » est remplacé par « Le Parti œuvrera dans le sens de ces objectifs avec les syndicats, le secteur mutualiste et associatif, de même qu’avec les groupes de consommateurs et d’autres instances représentatives ». Certains syndicats retirent toutefois leur aide au Parti travailliste, qui reçoit encore 30% de son financement par ce biais. Sa prise de distance progressive à l'égard des syndicats se traduit à la fois par une baisse du nombre de syndiqués (4 millions en 1997 contre 7,2 millions en 1979) et de militants du Labour (666 000 en 1979, 410 000 en 1997, 333 000 en 2001, 190 000 en 2004).

En 1989, le Parti rejette la revendication de désarmement unilatéral pour accepter le principe de défense nucléaire. En 1990, il renonce à « toute doctrine socialiste de l'économie ». Ce parti avait trahi directement les travailleurs en dirigeant le gouvernement en 1924, de 1929 à 1931, de 1945 à 1951, de 1964 à 1970, de 1974 à 1979, et en participant à une coalition entre 1940 et 1945. La prise du pouvoir interne par Tony Blair en 1994 fut l'occasion de l’adapter aux exigences de la bourgeoisie britannique d’après la crise mondiale de 1973.

L'innovation de Blair est celle du New Labour, qu'il présente comme une alternative entre le Old Labour et ses références au mouvement ouvrier, et la Nouvelle Droite qui fait référence au Parti conservateur et au Parti républicain des États-Unis. Pourtant, il rend un vibrant hommage à cette Nouvelle Droite :

On lui doit quelques changements salutaires : la valorisation de l’entreprise ; le fait de récompenser la réussite, au lieu de la pénaliser ; le démantèlement de certains intérêts établis liés à l’appareil administratif » (Tony Blair, My vision of a young country, Fourth Estate, 1996)

Le New Labour ne se présente plus comme le parti de la classe ouvrière mais alternativement comme le parti de la nation toute entière (Blair), des classes moyennes (Prescott) ou encore de l'entreprise et des affaires (Mandelson). Les références ne renvoient pas aux origines ouvrières et syndicales du parti, mais à des figures marquantes de la bourgeoisie (Lloyd George, Keynes, Beveridge...). Blair fut explicite lors du Congrès de Bournemouth en 1999 :

La lutte de classes est terminée, la bataille de l'égalité des chances commence à peine. La bataille n'est plus entre capitalisme et socialisme mais entre progrès et conservatisme.

Le concept de Troisième Voie, théorisé par Anthony Giddens pour le Parti travailliste et également défendu par la philosophe petit-bourgeois Jurgen Habermas, qui prétend dépasser les clivages politiques sur le mode bourgeois d'un Bayrou, n'est pas nouveau. Il fut étrenné dès 1938, sous le nom de « troisième solution », par le futur Premier ministre conservateur Harold Macmillan. Pour Giddens, « la Troisième voie… rejette la notion de politique de classe, cherchant un soutien à travers les différentes classes... il n'y a pas d'alternative au capitalisme » (Par-delà la gauche et la droite, Stanford University Press, 1995). L'opposition interne au Parti travailliste, qu'il s'agisse de l'élection de Ken Livingstone à la mairie de Londres en 2000, des timides critiques quant à l'alignement sur l'impérialisme américain ou à l'invasion impérialiste de l'Irak, tient plus de l'affrontement bureaucratique que d'un réel reflet de la lutte de classes.

Depuis 1997, les scrutins sont restés favorables au Parti travailliste. Malgré de légers reculs enregistrés à l'occasion des élections générales de 2001 puis de 2005 (perte de 62 sièges et de 7 % des voix, compte tenu d'une augmentation sensible de l'abstention), le Parti travailliste conserve la majorité absolue du nombre de députés avec une large avance sur le Parti conservateur et sur le Parti libéral-démocrate, l’autre parti bourgeois parlementaire. Toutefois, sa domination électorale est liée à un contexte de crise du principal parti bourgeois, le Parti conservateur, qui a vu sa direction remaniée à de nombreuses reprises, et dont le nombre de militants a diminué sensiblement. En outre, celui-ci a tenu, pour se démarquer du Labour, un discours très réactionnaire, voire ouvertement raciste.

 

La classe ouvrière entravée par les directions syndicales liées au parti travailliste

 

Les 14 et 17 février, les employés de National Car Parks ont suivi deux journées d'action, sur cinq prévues, pour la reconnaissance de leur syndicat dans les négociations sur les salaires et les conditions de travail. Le 19 février, plusieurs milliers de travailleurs du métro londonien ont engagé une grève sur les salaires, en particulier contre la rémunération au mérite. Le 23 février, les fonctionnaires ont connu une journée d'action nationale contre les projets de suppression de 100 000 postes, de diminution des salaires, de privatisation de nombreux services. Le 28 février, les employés du Ministère de la Défense ont suivi une grève de 24 heures sur la question des salaires. Le 3 mars, des milliers de travailleurs de la santé ont manifesté dans tout le Royaume-Uni, de Londres à Belfast, en passant par Manchester, Leeds, Birmingham, à l'occasion d'une journée de grève. Ils protestaient contre des suppressions d'emploi, contre la fermeture de services, contre une perte de pouvoir d'achat des salaires, contre la privatisation rampante de la sécurité sociale (National Health Services), sous la direction de NHS Together, une coalition regroupant des syndicats et associations professionnelles. Le 7 mars, plus de 400 employés de Network Rail en Écosse ont suivi une grève de deux jours pour le respect des normes de sécurité, et pour la mise en œuvre de l'accord signé entre Network Rail et le syndicat RMT (Rail, Maritime and Tyransport Union) en juillet dernier. Le 19 mars, près de 2000 travailleurs sociaux se sont mis en grève contre le projet de transférer une partie des services à l'entreprise privée Capita. À Fujitsu, fournisseur de hautes technologies au gouvernement, les travailleurs ont suivi 12 jours de grève au cours des quatre derniers mois, pour la reconnaissance syndicale, pour un accord salarial, contre des licenciements.

Ces exemples récents en témoignent : les travailleurs veulent se défendre. Ils sont systématiquement freinés par leurs directions syndicales à coups de journées d'action. Organiquement liées au parti travailliste, elles ont suivi une évolution comparable. Ce sont elles qui ont fait échouer la grève des mineurs en 1984. Le dirigeant d'alors du syndicat national des mineurs (NUM), le crypto-stalinien Arthur Scargill, fondateur en 1996 du Socialist Labour Party, a beau jeu aujourd'hui de reprocher au Parti travailliste d'avoir affaibli ses « liens avec les syndicats », en diminuant leur poids dans le fonctionnement du parti. Pourtant, les voix des syndicats ont soutenu les positions de Tony Blair.

L'école de l'avenir sera concédée à des exploitants, commercialisée comme une marque et parrainée. Pour vous, c'est un projet cauchemardesque. Pour le New Labour cela représente un progrès, la modernité et l'avenir (Doug McAvoy, secrétaire général du syndicat national des enseignants, NUT, le syndicat de l'enseignement le plus important en Grande Bretagne, dans son discours de fin de mandat prononcé en 2004).

Cela prouve que les appareils syndicaux sont tout aussi liés au capitalisme britannique que le Parti travailliste, ce qui les rend impropres à contrer les attaques gouvernementales aussi bien que patronales. Par exemple, en octobre 2004, le gouvernement Blair a présenté un projet pour réduire les pensions de retraite des fonctionnaires. La direction de la fédération syndicale PCS, en février 2005, quand la base aspirait à la grève générale, a repoussé cette dernière pour «négocier ». Le résultat de la négociation a été une déroute, le PCS a signé en octobre 2005 un accord prolongeant de 5 ans les annuités nécessaires pour avoir une pension correspondant aux 2/3 du salaire. Les bureaucrates syndicaux ont reçu l’appui de prétendus trotskystes. Le Socialist Party (pabliste de variété grantiste) au centre du CIO (Gauche Révolutionnaire en France) a présenté cette trahison comme « une victoire importante ». Le SP s’applique en outre à édifier lui-même un nouveau parti réformiste.

 

CNWP et Respect : « l’extrême-gauche » réformiste britannique

 

Le Labour est une manifestation extrême de l’évolution de tous les grands partis ouvriers après la crise économique de 1973 et la restauration du capitalisme en Russie en 1991. C'est pourquoi il laisse à sa gauche un espace réformiste dans lequel les révisionnistes qui invoquent frauduleusement Lénine et Trotsky tentent de s’engouffrer. La première manière est celle du SP.

Nos camarades du Socialist Party viennent de lancer en Grande-Bretagne une campagne pour un nouveau parti des travailleurs (CNWP : Campaign for a New Workers' Party). (L’Egalité, mars 2006)

Le « nouveau parti ouvrier » s’inscrit clairement dans la tradition de la sociale-démocratie locale : « Dans le passé, le Parti travailliste, quoique imparfaitement, donnait une voix à la classe ouvrière ». Le Parti travailliste qui soutenait les guerres inter-impérialistes réprimait les peuples coloniaux était ouvrier, selon le SP. Mais celui qui sombre dans le « néo libéralisme » et qui a exclu les dirigeants de SP qui pratiquaient l’entrisme depuis un quart de siècle serait devenu purement et simplement bourgeois (en France, le PT et le CRI souffrent de la même déception vis-à-vis du PS). Par conséquent, le nouveau parti s’adresse « à tous ceux qui veulent travailler ensemble contre l’offensive néo-libérale ». Inutile de préciser que, pour attirer les travaillistes et les bureaucrates syndicaux désappointés par le « New labour », il n’est pas question d’insurrection et de dictature du prolétariat, ni même de révolution et de pouvoir des travailleurs. Mais l’initiative semble piétiner, d’autant que la gauche du Parti travailliste se ranime avec le départ annoncé de Blair et qu’il subit la concurrence du projet du SWP.

La variante la plus importante du centrisme en Angleterre fait encore pire, mais a plus de moyens. Le Socialist Workers Party cliffiste (Parti Socialiste des Travailleurs) met sur pied un front populaire, après avoir orienté les manifestations puissantes contre la guerre vers le pacifisme petit-bourgeois compatible avec la gauche travailliste et les bureaucraties des syndicats.

Autrefois, ce courant (IS à l’époque) a soutenu en 1969 l’envoi de l'armée anglaise en Irlande du Nord, puis n'a jamais demandé son retrait immédiat et inconditionnel, pas plus que les ancêtres du SP (Militant, à l’époque). En termes programmatiques, le SWP se distingue par sa référence à Tony Cliff qui a nié la nature ouvrière de l'URSS, ce qui était certainement un moyen de dissimuler renoncement et trahison. En 1950, Cliff refusait la position de défense inconditionnelle des États ouvriers de Chine et de Corée du Nord contre les attaques impérialistes. Il défendait alors une intervention « pacificatrice » des Nations Unies. Il s'agissait en fait de protéger le gouvernement travailliste alors au pouvoir.

En 2002, le SWP a lancé la coalition Stop the War (Arrêtez la guerre) sur une base pacifiste :

Il a rejeté un programme spécifiquement anti-impérialiste et a argumenté que tous ceux qui s’opposaient à la guerre, aux agressions racistes et aux atteintes aux droits civiques étaient les bienvenus d’y adhérer. Limiter l’adhésion à la coalition à ceux qui avaient une compréhension de l’impérialisme aurait signifié le couper d’un véritable soutien large. (Lindsay German, porte-parole de Stop the War, Socialist Review, novembre 2002)

Autant il est nécessaire pour des marxistes de participer aux rassemblements contre la guerre aux côtés de la frange avancée du prolétariat, autant ils doivent le faire sur une base programmatique claire, et tâcher de démontrer la supériorité du programme marxiste. Le mouvement anti-guerre le plus efficace n'est pas celui du pacifisme du SWP, mais celui de la révolution prolétarienne :

L’une des formes de mystification de la classe ouvrière est le pacifisme et la propagande abstraite de la paix. En régime capitaliste, et particulièrement à son stade impérialiste, les guerres sont inévitables… À l’heure actuelle, une propagande de paix qui n’est pas accompagnée d’un appel à l’action révolutionnaire des masses ne peut que semer des illusions, corrompre le prolétariat en lui inculquant la confiance dans l’esprit humanitaire de la bourgeoisie et en faire un jouet entre les mains de la diplomatie secrète des pays belligérants. Notamment, l’idée suivant laquelle on pourrait aboutir à une paix dite démocratique sans une série de révolutions est profondément erronée. (Lénine, « La Conférence des sections à l’étranger du POSDR », Œuvres, tome 21, pp. 161-162)

En 2003, sur la base des Forums sociaux européens et de Stop the war, le SWP a cru le moment venu de lancer une nouvelle formation politique « large » : Respect, Equality, Socialism, Peace, Environment, Community, Trade Unionism. RESPECT est aussi soutenu par d’autres pseudo-trotskystes, les shachtmanistes de Workers Liberty et les pablistes de l’ISG (l’organisation-sœur de la LCR). Le programme de RESPECT est en retrait par rapport à celui adopté par le Parti travailliste en 1918, qui pourtant était loin d’être révolutionnaire.

Nous voulons rassembler des personnes progressives, mais pas nécessairement socialistes… il est important de ne pas nous définir ainsi si nous voulons convaincre. (Respect, déclaration de constitution, 2003)

Le SWP n'a aucune intention de construire un parti ouvrier révolutionnaire, ni même un véritable parti ouvrier. RESPECT est plutôt un petit front populaire, un bloc avec des bourgeois dans la tradition du stalinisme d’après 1933. Par exemple, il inclut la Muslim Association of Britain, un groupe à caractère religieux. Depuis les félicitations adressées à la « Révolution islamique anti-ouvrière », le SWP a eu tendance à chercher du « progressisme » dans l'intégrisme musulman (voir « Islam, Empire and Revolution », 1917, n° 17, 1996). Son porte-parole est le député George Galloway, exclu du Parti travailliste en 2003 pour s’être opposé à la guerre car il a longtemps entretenu des relations avec les régimes bourgeois arabes, y compris celui de Saddam Hussein. Galloway est ouvertement opposé au socialisme, à l’avortement, à l’immigration et vise à construire un parti de type Parti démocrate américain réunissant à la fois des travaillistes et des politiciens des partis bourgeois (comme Tafazzal Hussain, voir Weekly Worker, 22 mars 2007). Il est d'ailleurs à l'initiative de l'intégration du très stalinien Communist Party of Britain dans la coalition. Il a ouvertement offert son soutien au Hezbollah du Liban et à son chef Nasrallah. En permanence, il s'adresse explicitement à son ancien parti et aux bureaucraties syndicales, sur lesquelles il vise à exercer une pression.

En Écosse, le rôle de « parti large » est joué par le SSP (Scottish Socialist Party), formé à l'initiative du Socialist Party constitué après la sortie de la tendance Militant du Parti travailliste avec l’appui de tous les centristes (SWP, ISG, CPGB…). Séparant les travailleurs écossais des travailleurs gallois et anglais, ce parti, qui obtint 6 % des voix et six sièges de députés aux élections parlementaires écossaises, était condamné à l'éclatement. Il eut lieu récemment, sous prétexte de problèmes personnels plus ou moins sordides du dirigeant Tommy Sheridan, relayées par des journaux à scandale. Certains membres du comité exécutif se sont désolidarisés, exprimant ainsi des conflits depuis longtemps tus. Le fondement politique de cette scission tient à la volonté de la part de la direction du SSP d'« ouvrir les portes du parti », y compris aux organisations musulmanes. À l'inverse, l'opposition campait sur des positions pro-staliniennes. Début septembre 2006, une partie des membres du SSP ainsi que deux courants organisés, liés à l’IST du SWP et au Comité pour une Internationale Ouvrière du SP, ont quitté ce parti pour fonder un nouveau mouvement appelé Solidarity, qui a deux députés au parlement écossais, et ne remet pas en cause l’adaptation au nationalisme.

 

Pour un parti ouvrier révolutionnaire

 

Au cours de la récente période, l'impérialisme anglais n'a pas subi de recul significatif ; au contraire, grâce à des attaques massives contre sa classe ouvrière, elle a même dépassé l'impérialisme français en termes de PIB. Pourtant, ses marges de manœuvre sont plus étroites, compte tenu de ses fragilités économiques structurelles, si bien qu'il a plus que jamais besoin de la collaboration du parti travailliste et des directions syndicales, épaulées par les coalitions réformistes de type RESPECT et par les centristes , notamment du SWP. Face aux attaques à venir, la classe ouvrière anglaise a plus que jamais besoin de se doter d'un parti révolutionnaire à l’échelle de tout l’Etat, Ecosse incluse.