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Lettre du Canada
Au cours de l’automne 2005, nous avons assisté à une
course à la chefferie au Parti Québécois, un parti nationaliste bourgeois qui
prône la création d’un État québécois indépendant du Canada et capitaliste.
C’était un événement qui ne s’était pas produit depuis 1985 lors de la
démission du fondateur du PQ, René Lévesque. Elle s’est terminée le 15 novembre
2005, jour anniversaire de la première prise du pouvoir par le Parti Québécois
en 1976. Il n’y a pas eu d’enjeu véritable dans cette course. Tous les
candidats juraient fidélité, comme de raison, aux dogmes du capitalisme
impérialiste et aux politiques anti-ouvrières.
Peu de temps après cette course à la chefferie, en
décembre 2005, le gouvernement du Parti libéral du Québec, un parti bourgeois
favorable au maintien de l’unité canadienne, dirigé par Jean Charest a
promulgué une loi spéciale, la loi 142, pour mettre fin aux moyens de pression
des travailleurs et des travailleuses du secteur public québécois. Cette loi
très répressive a imposé unilatéralement une nouvelle convention collective aux
employés de la fonction publique et interdit tout moyen de pression jusqu’à
l’échéance de la présente convention collective.
Ce fut une défaite sévère pour la classe ouvrière
québécoise, dont la responsabilité incombe aux bureaucrates syndicaux qui ont
refusé de mener une lutte unifiée contre les attaques du gouvernement Charest
et qui ont rejeté les appels pour une grève générale provenant de la base
militante des syndicats du secteur public. Ces derniers sont restés divisés
tout au long de la lutte et ont mené des actions dispersées et très faibles,
comme par exemple des demi-journées de grève, des manifestations symboliques et
le boycott des activités parascolaires par les enseignants. Seuls les
travailleurs de trois ministères ont entrepris une grève de longue durée, soit
le ministère de la Justice, le ministère du Revenu et la Société d’Assurance-Automobile
du Québec (SAAQ), qui ont abandonné leurs moyens de pression au bout de
quelques semaines à cause de leur isolement. Tout ceci démontre une fois de
plus le rôle traître des bureaucrates syndicaux pro-capitalistes qui sont à la
tête des organisations de masse de la classe ouvrière.
André Boisclair, le nouveau chef du PQ, aspire à
pousser son parti davantage vers la droite en adoptant des politiques qui sont
encore plus néolibérales et anti-ouvrières que d’habitude. Il rêve de
poursuivre l’offensive antisociale amorcée par ses prédécesseurs à la tête du
Parti Québécois, Lucien Bouchard et Bernard Landry et amplifiée par le libéral
Jean Charest tout en camouflant ses buts derrière un langage pédant et
technocratique. Il n’a critiqué que du bout des lèvres la loi spéciale du
gouvernement Charest contre les travailleurs de la fonction publique et a même
refusé de s’engager pour l’abolir s’il gagne les prochaines élections. Lors
d’une conférence donnée en septembre 2005 devant des étudiants de CÉGEP
(institutions d’enseignement général et professionnel entre l’école secondaire
et l’université), André Boisclair a déclaré que l’on devait prouver que
l’instauration de la gratuité scolaire au niveau universitaire comporte plus de
bénéfices que de dépenses pour l’État québécois ! C’est une logique
typiquement et complètement capitaliste digne de Bush, Blair, Harper et Jean
Charest. Il ne faut pas oublier que le Parti Québécois a déjà tenté, en 1996,
de dégeler (augmenter) les frais de scolarité pour les étudiants universitaires
du Québec et qu’il a reculé suite à une grève étudiante massive et combative.
Le PQ, en tant que parti capitaliste, n’est
aucunement une alternative au Parti Libéral du Québec. Ses critiques des
coupures de Charest ont d’ailleurs été perçues comme étant peu crédibles par
les travailleurs et travailleuses, les étudiantEs, et tous ceux et celles qui
luttent contre les politiques antisociales du gouvernement libéral. Des bureaucrates
syndicaux ont formé, à l’intérieur du PQ, le groupe Syndicalistes et
Progressistes pour un Québec Libre (SPQLibre) qui tente de fournir une
couverture de « gauche » et légèrement socialisante au Parti
Québécois. Malgré le SPQLibre, la classe ouvrière québécoise ne devra jamais
oublier que le PQ est un parti bourgeois qui a toujours défendu le projet d’un
Québec capitaliste indépendant lié aux banquiers de New-York et que les
nombreuses coupures draconiennes effectuées par ce parti n’étaient aucunement
des « erreurs de parcours », mais plutôt le résultat de la crise
économique du capitalisme que la bourgeoisie veut faire payer à la classe
ouvrière.
C’est très facile de faire de belles promesses et d’adopter des positions « progressistes » quand on est dans l’opposition. Mais l’exercice du pouvoir est une autre histoire. Les différents mandats du Parti Québécois ont été très instructifs à cet égard. On n’a qu’à se rappeler les attaques brutales contre les fonctionnaires québécois en 1982-1983 qui n’avaient rien à envier à celles qui ont été perpétrées par les gouvernements les plus à droite, dans les autres provinces du Canada. En 1996, le Parti Québécois a mis sur pied une politique de « déficit zéro », ce qui veut dire l’élimination complète du déficit budgétaire gouvernemental, en coupant sauvagement dans les programmes sociaux et dans la fonction publique, avec la suppression de plus de 15 000 emplois.
L’alternative ne se trouve pas non plus du côté du
nouveau parti de « gauche » qui a été créé en février 2006 avec la
fusion de l’Union des Forces Progressistes et d’Option Citoyenne, les deux
principales organisations de la gauche réformiste québécoise, et qui porte le
nom de Parti Québec Solidaire (PQS).
C’est un parti populiste « de gauche » qui
évite systématiquement toute référence à la classe ouvrière et au socialisme
dans sa déclaration de principes dans le but de « ratisser large » et
d’être bien perçu dans les médias bourgeois. Ses fondateurs sont des nostalgiques
des économistes bourgeois de l’école keynésienne et de la sociale-démocratie
d’après-guerre, qui prétendaient fallacieusement réguler le capitalisme
national dans l’intérêt de tous. Leur prétendu « Etat-providence »
s’est fracassé avec la crise capitaliste mondiale de 1973 dont les bourgeoisies
impérialistes sont sorties –temporairement– en reprenant les concessions
qu’elles avaient dû accorder aux prolétariats des pays avancés et en
réussissant à restaurer le capitalisme en Europe centrale, en URSS, en Chine…
Le réformisme est désormais sans réforme, car la
bourgeoisie n’a pas d’autre solution que de poursuivre ses attaques contre tous
les acquis antérieurs de la classe ouvrière. Dans Le Devoir du 6 février
2006, une des porte-parole du PQS, Françoise David, qui était une militante du
groupe maoïste En Lutte dans les années 1970, a déclaré qu’il n’était pas
question que le nouveau parti appartienne à l’extrême-gauche et que les
concepts de dictature du prolétariat et de révolution « violente »
étaient immédiatement récusés, sans doute pour être plus « crédible »
aux yeux de la bourgeoisie.
La loi sur la Clarté référendaire promulguée en 2000
par le gouvernement libéral fédéral de Jean Chrétien est une attaque sérieuse
contre les droits nationaux du Québec, car elle permet au gouvernement fédéral
de s’ingérer dans la formulation de la question référendaire et de déterminer
la majorité nécessaire pour déclarer l’indépendance du Québec. Le récent
scandale des commandites, qui implique un détournement massif de sommes
d’argent vers des agences de publicité proches du Parti Libéral du Canada pour
financer des campagnes pour l’unité nationale canadienne, illustre la volonté
de l’État canadien d’empêcher coûte que coûte l’exercice légitime du droit du
Québec à l’autodétermination. Le chauvinisme de grande nation du Canada
anglais, qui est dominant au sein de l’État canadien et donc encore plus
dangereux que le nationalisme étroit du Québec, est un poison pour l’unité de
la classe ouvrière canadienne contre les capitalistes anglophones et
francophones.
Que ce soit en Palestine, Irlande, au Kurdistan, au
Pays basque ou au Québec, les nationalistes bourgeois et petit-bourgeois sont
incapables d’apporter une solution démocratique aux problèmes nationaux. Au
niveau de la question nationale du Québec, le Parti Québec Solidaire, tout en
se prononçant en faveur de la souveraineté du Québec, maintient une certaine
ambiguïté, sans doute pour rallier le parti social-démocrate, le Nouveau Parti
Démocratique, qui est fédéraliste et qui tente de réaliser une percée au
Québec. Pour unifier la classe ouvrière de tout le Canada, il faut défendre
résolument le droit du peuple du Québec à l’autodétermination et ce incluant le
droit à la sécession et à former un État indépendant, tout en reconnaissant les
droits des Indiens et en combattant le nationalisme québécois, la volonté des
indépendantistes bourgeois du Parti Québécois et du Bloc Québécois de devenir
les exploiteurs exclusifs de « leur » classe ouvrière.
Lors de son dernier congrès à la fin novembre 2006,
le Parti Québec Solidaire a adopté une plateforme électorale comportant 25
propositions. C’est un programme profondément populiste qui évite encore une
fois toute référence au socialisme et qui n’est aucunement centré sur la classe
ouvrière. C’est une liste d’épicerie qui veut simplement
« améliorer » le capitalisme en donnant des miettes aux travailleurs.
On y retrouve entre autres la hausse du salaire minimum à 10$ de l’heure, la
hausse des prestations sociales pour couvrir les « besoins
essentiels », plus de logements sociaux, l’augmentation de la durée des
vacances, l’abolition des lois antisyndicales promulguées par le gouvernement
Charest, la réduction progressive des frais de scolarités à l’université, un
programme de lutte contre l’homophobie et la violence faite aux femmes, etc.
Sur le plan économique, il n’y aucune mention de l’étatisation des moyens de
productions. On revendique simplement la nationalisation du secteur éolien de
l’énergie avec la création d’Éole-Québec et la mise sur pied d’une compagnie
pharmaceutique publique Pharma-Québec. Pour justifier la hausse du salaire
minimum la direction de QS utilise des déclarations faites par des politiciens
bourgeois. En voici un exemple :
« Aujourd’hui, c’est le gouvernement libéral de l’Ontario qui nous
donne raison en augmentant le salaire minimum à 10,25$. Plus tôt cette semaine,
le commissaire chargé par Ottawa d'examiner les normes du travail fédérales
Harry Arthurs, a proposé que le salaire minimum atteigne 10,22 $ l'heure. Il
n’y a donc rien d’excessif à proposer que le salaire minimum passe à 10
$/h au Québec. Cette hausse est normale et nécessaire pour la dignité et
bénéfique pour l’économie québécoise », a affirmé Françoise David, porte-parole
de Québec solidaire.
Il n’y a rien sur les questions internationales dans la plateforme de Québec Solidaire. Pourtant, en septembre dernier, QS a pris position pour le retrait des troupes impérialistes canadiennes d’Afghanistan mais on n’en retrouve aucune mention dans ce programme électoral. Comme nous pouvons le constater, nous sommes très loin d’un programme de revendications transitoires comme Trotsky l’avait formulé en 1938 pour combattre le capitalisme décadent.
Le plus désolant dans tout ça est le soutien
enthousiaste qui est accordé par toute une variété de pseudo-marxistes, tels
que les pablistes de Gauche Socialiste, les cliffistes de Socialisme
International, les staliniens du Parti communiste du Québec, etc. Le Parti Communiste
du Québec a traditionnellement pour but de mettre sur pied une coalition
antimonopoliste avec des éléments « progressistes » de la classe
dirigeante. Gauche Socialiste est célèbre, tout comme sa tendance
internationale (le Secrétariat Unifié), pour son abandon, de moins en moins
camouflé, du programme trotskyste de révolution prolétarienne internationale et
pour son appui à toute coalition front-populiste et à tout nouveau parti
nationaliste ou réformiste qui apparaît. Socialisme International considère que
le mouvement altermondialiste, le mouvement anti-guerre, voire l’islamisme,
sont plus importants que la classe ouvrière. Tous ces courants mythifient le PT
et le PSol au Brésil, le PRC en Italie, IU en Espagne, le PDS et le WASG en
Allemagne, Respect en Angleterre, mais aussi des organisations nationalistes
comme le PRD au Mexique, le SSP et Solidarity en Écosse, le Hezbollah au Liban…
et maintenant le Parti Québec Solidaire au Québec. Ils vont parfois jusqu’à
appeler à voter pour des candidats de la bourgeoisie (Kerry, Aquino, Chirac…).
Tous partagent la même volonté de « réformer et
humaniser » le capitalisme ainsi qu’un appui indéfectible au
parlementarisme bourgeois, tout en enrobant leur discours d’un vernis
pseudo-marxiste. Une telle ligne politique est une impasse pour la classe
ouvrière, tout comme le « réalisme » du PQS. Les nouveaux partis
réformistes sont des obstacles à la construction du parti ouvrier
révolutionnaire et trahiront tout mouvement de masse de la classe ouvrière et
de la jeunesse. Ils sont construits maintenant en tant que pièges préventifs
pour fourvoyer les travailleurs vers l’impasse de la collaboration de classes
et sauver l’État bourgeois en cas de crise révolutionnaire.
C’est pourquoi il faut rompre complètement avec tous
les partis de la bourgeoisie, avec tous les partis nationalistes, se délimiter
des partis réformistes et travailler avec acharnement et sans répit à la
construction d’un parti ouvrier révolutionnaire léniniste-trotskyste qui se
situe dans la continuité de la révolution bolchevique d’octobre 1917 en Russie
et de la Quatrième Internationale fondée par Léon Trotsky en 1938.
Recréons une internationale
communiste !Construisons un parti ouvrier révolutionnaire de tout le
Canada !
Montréal (Québec), 22 février
2007, correspondant