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Malgré l’hostilité avérée de la population irakienne

et la réticence grandissante des masses américaines,

 Bush renforce l’occupation américaine

 

Retrait immédiat de toutes les troupes impérialistes d’Irak !

 

Alors que le nombre de soldats américains tués au combat en Irak vient d’atteindre 3 200, ajoutés aux 23 000 blessés, l’administration Bush a décidé d’augmenter le contingent de 30 000 militaires.

Avec le vote des parlementaires du Parti républicain et du Parti démocrate au Sénat et à la Chambre des représentants, 93 milliards de dollars vont être dépensés en 2007 pour occuper l’Irak et 143 milliards sont prévus pour 2008. Autant dire que le retrait de l’armée américaine d’Irak n’est pas à l’ordre du jour de l’administration Bush, ni du Congrès à majorité démocrate.

En plus, le pouvoir exécutif américain a décidé d’installer, dans les pays alliés de la région, des missiles Patriot tournés vers l’Iran. Il a aussi dépêché un 3e porte-avions dans le Golfe persique.

Pendant que les Etats-Unis renforcent leurs positions militaires, le Conseil de sécurité de l’ONU menace l’Iran de sanctions pour son projet de développement de l’énergie nucléaire. Dans le même temps, la Syrie est montrée du doigt par les gouvernements impérialistes pour son manque de collaboration « anti-terroriste ». Les armées italienne, française et allemande occupent, quant à elles, le sud du Liban. Tous collaborent pour occuper l’Afghanistan, où l’autorité du gouvernement fantoche de Hamid Karzaï n’est guère plus établie que celle de Nouri al Maliki.

 

Trente ans de destruction

 

En moins de trente ans, l’Irak a connu successivement une guerre contre l’Iran de 1980 à 1988 encouragée par les puissances impérialistes (dont la France), une première intervention impérialiste en 1991 (dont la France), l’embargo de l’ONU (dont la France) de 1991 à 2003, une deuxième intervention impérialiste en 2003, l’occupation et une guerre civile rampante de 2003 à 2007.

Entre mars 2003 et juillet 2006, le nombre de victimes irakiennes est chiffré à 655 000 par le journal médical de référence The Lancet. Il faut y ajouter des dizaines de milliers de blessés chaque année. Au décompte macabre des victimes immédiates, d’autres conséquences des opérations militaires se manifestent :

Les terres agricoles restent inexploitées et présentent des dangers pour les agriculteurs et le bétail. Il faut tenir compte de la présence éventuelle de mines dans l’aménagement des routes et la construction de logements. Les réseaux d’adduction d’eau ont été contaminés par l’uranium appauvri, ce qui fait peser de graves menaces sur la santé des civils irakiens. Les restes explosifs de guerre freinent également le retour des personnes déplacées intérieurement et des réfugiés. (Staffan de Mistura, représentant de l’ONU en Irak, www.undp.org, 4 avril 2006)

L’économie est saignée, l’industrie pharmaceutique a quasiment disparu, les infrastructures (électricité, eau, routes, hôpitaux…) sont disloquées. Le taux d’inflation atteint 50 % par an. Tout manque, surtout aux couches les plus pauvres : nourriture, médicaments, eau, électricité, enseignement… Officiellement, l’eau courante est accessible à 32 % des Irakiens (contre 50 % en 2003 et plus de 75 % en 1990) ; l’électricité est disponible moins de 4 heures par jour à Bagdad (contre 16 heures avant mars 2003).

Les problèmes avec les coupures d'électricité intermittentes, et la fourniture de gaz, impliquent qu'on ne peut garantir la fourniture régulière d'eau bouillie. L'eau du robinet a de fortes chances d'être contaminée à cause des eaux stagnantes et des systèmes d'égouts. (www.aljazeera.com, 17 janvier 2007) 

La scolarisation des enfants est réduite et la moitié d’entre eux souffrent de malnutrition. Le chômage toucherait plus de 50 % des travailleurs. La production de pétrole est moindre que celle de 2002, ce qui a conduit à des licenciements dans ce secteur. Les ¾ de la production étant exportés, le ¼ restant ne suffit pas aux besoins de l’économie nationale. L’Etat irakien est obligé d’importer du pétrole de Turquie pour la consommation intérieure ! La majorité des fonds promis par la coalition pour la « reconstruction » n’a pas été attribuée et les 21 milliards de dollars dépensés l’ont été à 25 % pour la « sécurité ».

L’intervention militaire, l’occupation et la guerre civile ont fait fuir 4 millions d’habitants vers les pays limitrophes.

 

La descente continue de l’Irak dans la barbarie

 

La première source de la violence que subit la population est l’occupation étrangère elle-même. Le quadrillage des cités et des campagnes est d’autant plus agressif que les troupes ignorent tout du pays et se heurtent à l’hostilité grandissante de la population. L’armée américaine prend parfois d’assaut des villages et des quartiers entiers. Le monde entier a appris que les armées de l’invasion et de l’occupation au nom de la « démocratie » recouraient à la torture. La prison d’Abou Graib a été fermée depuis le scandale et quelques bourreaux, mais pas leurs chefs, sont passés en justice. En fait, la torture est systématiquement employée depuis des décennies par l’armée américaine, les services secrets et leurs supplétifs locaux.

L’opération en cours à Bagdad, nommée Imposer la loi, voit les soldats arrêter n’importe qui, fouiller chaque maison. Quotidiennement, le prolétariat est soumis aux pires exactions de la part des armées occupantes et de leurs supplétifs irakiens. Les soldats des pays impérialistes sont les premiers à terroriser, massacrer des civils, à torturer, à piller et à violer en toute impunité.

L’effondrement de l’Etat irakien, fort contre les masses, fragile face à l’impérialisme, lors de l’invasion de 2003, ainsi que l’occupation par les armées américaine et britannique ont induit d’autres formes de violences récurrentes. Suivant la région, les partis nationalistes kurdes, les partis bourgeois arabes les plus réactionnaires, voire les chefs tribaux, ont pris le pouvoir.

S’ils sont moins bien armés, les méthodes des nationalistes et des cléricaux n’ont rien à envier aux bandits impérialistes qui leur ont donné libre cours. Comme lors du démantèlement de la Yougoslavie, le nettoyage ethnique et religieux sévit : les Kurdes chassent les Turkmènes et les Arabes, les chiites chassent les sunnites, les sunnites chassent les chiites, tous chassent les chrétiens. Des fanatiques se font exploser au voisinage des mosquées, des marchés et des facultés. Les bandits enlèvent et rançonnent. Les milices des bigots barbus assassinent les militants ouvriers, les femmes émancipées, les homosexuels et les boutiquiers qui vendent de l’alcool. Les travailleurs sont régulièrement visés par des attentats ou par les bandes des seigneurs de guerre.

De véritables milices fascistes, dont la plus importante est celle de Muqtadar al Sadr, ont parfois intégré la police irakienne. Sous l’uniforme de l’Etat, elles ont poursuivi leurs enlèvements et assassinats. L’intégration dans la police et l’armée officielles de milices chiites et kurdes n’a rien réglé. La bourgeoisie kurde d’Irak veut profiter de sa relative autonomie et des champs de pétrole du Kurdistan. Ses partis, l’UPK et le PDK, se sont parfois étripés, même s’ils coopèrent actuellement. Les partis arabes, qu’ils soient chiites ou sunnites, ne veulent en aucun cas accorder l’indépendance aux Kurdes. Les partis chiites ne veulent pas partager réellement le pouvoir avec les partis sunnites.

 

Des difficultés au Proche-Orient aux menaces sur la cohésion interne des Etats-Unis

 

Sans avoir atteint le stade d’une véritable défaite, comme au Vietnam en 1975, l’Irak n’est pas l’Eldorado promis par Bush en avril 2003, lorsque les troupes de la « démocratie » faisaient tomber les statues de Saddam Hussein. Depuis 4 ans, la bourgeoisie américaine a vu le coût de la guerre augmenter considérablement. Au total, elle pourrait coûter, tout compris, jusqu’à 2 000 milliards de dollars. Si elle a stimulé l’économie capitaliste aux Etats-Unis, la débauche de militarisme n’a pourtant abouti qu’à des résultats très limités en Irak, puisque l’ordre n’est pas rétabli et les conditions minimales de l’exploitation capitaliste du prolétariat n’y sont pas remplies.

Le renversement de Saddam Hussein, l’ancien allié des Etats-Unis, de la France et de la Grande-Bretagne, et l’effondrement du régime dictatorial du Baas anti-ouvrier et antikurde, a libéré toutes les forces centrifuges. Œuvre des cléricaux et des nationalistes bourgeois, une guerre civile rampante oppose, les Irakiens entre eux sur une base religieuse et ethnique, à coup d’attentats contre les civils et d’exactions quotidiennes. 

Les troupes étrangères et leurs supplétifs locaux se heurtent à une résistance massive de la population et à des actions de guérilla. Les alliés de la première heure des Etats-Unis ont souvent fait défection. Des impérialismes secondaires comme l’Espagne et l’Italie ont retiré leurs troupes d’Irak, tout en les maintenant en Afghanistan où sévissent aussi celles de la France et de l’Allemagne. La Grande-Bretagne, second pilier de l’occupation avec 7 100 soldats, s’apprête à réduire sa présence militaire.

Or, le consensus interne aux Etats-Unis, renforcé en 2001 par des attentats contre la population civile a été ébranlé par la durée et les conséquences de la guerre en Irak, et aussi par les licenciements dans l’industrie automobile ou la dévastation de la Nouvelle Orléans (voir Révolution Socialiste n° 18). À l’extérieur, le régime de Khamenei et Ahmadinejad a bénéficié en Iran, comme celui de Chavez au Venezuela, de la hausse du prix du pétrole. Le Hamas a gagné les élections « palestiniennes » début 2005 au détriment du Fatah qui avait signé les Accords d’Oslo sous le pression américaine. La dernière agression militaire d’Israël au Liban, l’été 2006, soutenue par Washington, a abouti au renforcement politique du Hezbollah lié à l’Iran (voir Révolution Socialiste n° 21).

Il a donc fallu aux cercles dirigeants de la bourgeoisie américaine infléchir l’orientation officielle, pour tenter de stabiliser l’Irak, d’éviter une déroute totale au Proche-Orient et de réaffirmer leur domination idéologique et politique sur leur propre population.

 

La coopération entre le Parti démocrate et le Parti républicain…

 

D’après un sondage récent, 32 % des Américains soutiendraient aujourd’hui la guerre, contre 70 % voici quatre ans (CNN). En novembre 2006, les élections législatives américaines ont débouché sur la victoire du Parti démocrate, tant à la Chambre des représentants, renouvelée totalement, qu’au Sénat, renouvelé pour un tiers. Ce revers pour Bush découle en partie d’un rejet de la politique belliciste du pouvoir exécutif aux mains du Parti républicain, qui s’exprime aussi, en dehors des consultations électorales, par des manifestations répétées de dizaines de milliers de personnes, comme à Washington et San Francisco le 17 mars, à New York et Los Angeles le 18.

L’échec militaire en Irak, qui alimente un ressentiment grandissant aux Etats-Unis, ronge la représentation politique de la classe dominante. Totalement unis pour défendre leur impérialisme, les deux grands partis bourgeois se divisent —entre eux et en leur sein— sur les tactiques et les moyens de rétablir l’ordre en Irak et de renforcer sa domination au Proche-Orient, sans nuire à la stabilité interne. Une commission bipartite de dix « sages », le « Groupe d’études sur l’Irak » (ISG), s’est chargée d’élaborer un consensus.

Une des raisons des attentes tient à la stature des membres de l’ISG. Ils comprennent deux secrétaires d’Etat, une membre de la Cour suprême de justice, un ancien secrétaire à la défense… (The Economist, 2 décembre 2006)

La commission codirigée par le républicain James Baker, un proche de Bush père, et le démocrate Lee Hamilton a tiré un bilan négatif de l’occupation, sans mettre en cause l’intervention, et a proposé à la présidence et à l’administration de « nouvelles options ». Elle ne mâche pas ses mots : « La politique actuelle ne fonctionne pas ». Bref, Bush échoue à défendre les intérêts de l’impérialisme dominant, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur :

Un certain nombre de mesures peuvent être prises afin d’améliorer la situation et protéger les intérêts américains… Beaucoup d’Américains sont mécontents… La prolongation des problèmes en Irak pourrait conduire à une polarisation accrue aux Etats-Unis mêmes… Si l’Amérique devait donner l’impression d’avoir échoué là-bas, c’est toute sa crédibilité et son influence qui s’en trouveraient affectées, au cœur du monde musulman, dans une région essentielle à l’approvisionnement énergétique mondial… Nos dirigeants doivent adopter une démarche bipartisane susceptible de mettre fin de manière raisonnable à une guerre longue et coûteuse. (J. Baker et L. Hamilton, « La Marche à suivre », Le Monde, 8 décembre 2006)

 

…pour renforcer l’armée d’occupation et les services secrets…

 

Pour les solutions, la commission bipartite a fait 79 recommandations au président Bush. Comme mesures immédiates sur le plan militaire, tout en promettant un retrait des soldats américains une fois la situation stabilisée, l’ISG préconise de préparer le relais à l’armée irakienne selon un schéma qui a échoué au Vietnam :

Le gouvernement irakien devrait accélérer la prise en main de la sécurité du pays en augmentant le nombre et la qualité des brigades de l’armée irakienne. Pendant le déroulement de ce processus, et afin de le faciliter, les Etats-Unis devraient augmenter de façon significative le nombre de personnels militaires, y compris des troupes de combat, intégrés dans et appuyant les unités de l’armée irakienne… La CIA doit envoyer davantage d’agents en Irak… (Le Monde, 8 décembre 2006)

Tout en parlant d’un « éventuel retrait fin 2008 », les deux partis de la bourgeoisie américaine se sont mis d’accord pour qu’il y ait plus de soldats sur le terrain afin de contrôler la capitale irakienne. À Bagdad, l’opération Imposer la loi est menée depuis plusieurs mois par les troupes américaines et la nouvelle armée irakienne.

 

…neutraliser l’Iran et la Syrie…

 

Quant à l’aspect diplomatique, l’ISG préconise la pression sur la bourgeoisie de l’Iran et, dans une moindre mesure, celle de la Syrie, que Bush et Rice refusaient jusqu’alors de rencontrer :

Pourtant, les voisins de l’Irak n’agissent pas suffisamment pour aider l’Irak à parvenir à la stabilité. Certains agissent même dans le sens de sa déstabilisation… L’Iran devrait stopper le flot d’armes à destination de l’Irak et fermer les camps où s’entraînent les Irakiens, respecter la souveraineté territoriale de l’Irak et user de son influence sur les groupes chiites irakiens afin d’encourager la réconciliation nationale. La Syrie devrait contrôler sa frontière avec l’Irak afin d’interrompre le passage de fonds, d’insurgés et de terroristes à destination ou en provenance d’Irak. (Le Monde, 8 décembre 2006)

C’est là le sens de la « nouvelle stratégie » de Bush, qui a déjà conduit à une conférence internationale tenue à Bagdad le 10 mars 2007 avec tous les Etats de la région, y compris la Syrie et l’Iran. Alors qu’une armada fait pression sur Téhéran, une conférence s’est ouverte à Bagdad avec l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU. Elle fut l’occasion de menacer l’Iran et la Syrie. Après le soutien de tous les participants à la « souveraineté irakienne et le principe de non-ingérence », Bush rappelait à quoi doit servir la conférence de Bagdad :

S'ils veulent vraiment contribuer à stabiliser l'Irak, ils ont des choses à faire, telles que couper l'afflux d'armes et d'auteurs d'attentats suicide en Irak. (AFP, 12 mars 2007)

Une autre conférence doit se tenir en avril avec tous les Etats de la région et les puissances impérialistes ouest-européennes et américaine qui veulent continuer à la piller. La partie n’est pas pour autant gagnée…

 

…et réintégrer le Baas de Saddam Hussein

 

Le rapport de l’ISG insiste pour la « réconciliation nationale » entre les différentes fractions de la bourgeoisie irakienne. Revenant sur l’option prise en 2003 par l’administration Bush de chasser le Parti Baas de l’appareil d’Etat, Baker et Hamilton veulent croire qu’une fois Saddam Hussein et ses lieutenants exécutés, les anciens fonctionnaires et militaires, sunnites pour la plupart, pourront être associés au pouvoir.

Les Etats-Unis doivent œuvrer activement à l’implication de toutes les parties prenantes en Irak, à l’exception d’Al-Qaida… La réconciliation politique passe par la réinsertion des baasistes et des nationalistes arabes dans la vie de la nation, hormis les grandes figures du régime de Saddam Hussein. (J. Baker et L. Hamilton, « La Marche à suivre », Le Monde, 8 décembre 2006)

Dans le même sens, le rapport de l’ISG traduit clairement que l’impérialisme américain ne veut pas d’un Kurdistan irakien ou d’une République bourgeoise religieuse au sud de l’Irak qui disloquerait l’équilibre entre les Etats bourgeois de la région. La commission Baker-Hamilton a donc confirmé que le « Kurdistan autonome » devra mieux se soumettre au pouvoir central et que les partis chiites soutenus par Téhéran devront aussi accepter les frontières actuelles de l’Irak.

En ce qui concerne les acteurs régionaux, l’offensive diplomatique doit se fixer les objectifs suivants : soutien à l’unité et à l’intégrité territoriale de l’Irak ; cessation des interventions et actions de déstabilisation ; sécurisation des frontières irakiennes… Le transfert du pouvoir divisé en trois régions semi-autonomes sous la houlette d’un pouvoir central faible présente des risques trop importants… Les revenus pétroliers doivent revenir au gouvernement central… (Le Monde, 8 décembre 2006)

Pour surmonter l’éclatement de l’Irak qu’il a lui-même provoqué, l’impérialisme américain a pesé pour que le gouvernement Maliki adopte une loi sur les hydrocarbures qui entérinerait l’unité irakienne, tout en servant le capitalisme mondial :

Les régions sunnites dénuées de champs pétrolifères vont bénéficier d'une manne financière aussi importante que les zones de production, situées pour la plupart en secteur dans le sud chiite et le nord kurde. De leur côté, les « majors » pourront exploiter des réserves, considérées comme les troisièmes du monde, dans un cadre législatif clair. Des dizaines d'entre elles, dont de nombreuses entreprises américaines, russes ou chinoises, sont sur les rangs. (Le Figaro, 28 février 2007)

Mais dans ce domaine crucial, le chaos fait encore rage. La bourgeoisie kurde contrôle les puits et les raffineries du Kurdistan irakien, le marché noir y est roi et les milices et la police assurent le transport, l’achat et la vente du précieux or noir.

 

Seul le prolétariat peut défaire l’impérialisme en Irak et au Proche-Orient

 

La tenue des élections en 2005 puis l’adoption d’une nouvelle Constitution en 2006 n’ont pas réglé le conflit entre, d’une part, la bourgeoisie sunnite que représentait autrefois le parti Baas et, d’autre part, la bourgeoisie kurde ou chiite, elle-même soutenue en sous-main par Téhéran. Portés au pouvoir grâce à l’intervention américano-britannique, les partis religieux chiites et nationalistes kurdes s’efforcent de réduire l’irrédentisme sunnite selon les mêmes méthodes que le régime baasiste opprimait les Kurdes et les chiites. Les milices chiites font régner la terreur dans les rues contre les travailleurs, les femmes et la jeunesse. Les seconds, religieux sunnites et anciens militaires de Saddam, posent des bombes dans les quartiers populaires chiites de Bagdad plus souvent qu’ils n’attaquent l’armée d’occupation. Tous sont partisans du capitalisme, tous ces partis sont des ennemis du prolétariat.

Quand la résistance s’en prend aux troupes d’occupation, elle mérite le soutien des organisations ouvrières du monde entier, dont celles des Etats-Unis et de Grande-Bretagne. Mais il est indispensable que ce soit les travailleurs d’Irak qui prennent en charge la lutte anti-impérialiste et la lutte contre l’oppression nationale. Aucune « résistance »bourgeoise irakienne ou kurde, même quand elle affronte l’armée impérialiste, ne veut menacer la propriété foncière ni celle des grandes entreprises, ne peut par conséquent s’appuyer sur l’énergie des masses prolétariennes et des autres travailleurs des villes et des campagnes, sans parler d’en appeler aux classes ouvrières des pays occupants.

Cette guerre pour savoir qui protègera la propriété capitaliste, avec ou sans l’occupant, avec ou sans les frontières actuelles de l’Irak, n’a aucune chance d’extirper les racines de l’occupation : l’impérialisme. Celui-ci est l’expression du partage de la planète, sans cesse renouvelé, entre les classes capitalistes les plus puissantes. Tant que celles-ci ne sont pas renversées, l’exploitation, le chômage et la guerre resteront le sort du prolétariat mondial. Ce dernier n’a pas d’autre choix que de s’unifier, au-delà de ses particularités nationales, pour chasser l’oppresseur et éradiquer la propriété privée des moyens de production.

En conséquence, toute alliance avec telle ou telle fraction de la bourgeoisie irakienne ne peut aboutir qu’au maintien de l’ordre capitaliste. Seule la rupture avec la bourgeoisie, impérialiste ou nationale, peut ouvrir une perspective aux exploités, qu’ils soient kurdes, arabes ou turkmènes. Seule la rupture avec la bourgeoisie, impérialiste ou nationale, peut ouvrir la voie à l’indépendance de l’Irak et à la coexistence de tous ses peuples.

 

Le mouvement ouvrier irakien reste paralysé par les séquelles du stalinisme

 

La classe ouvrière ne peut pas compter sur un parti ouvrier révolutionnaire. Le premier parti ouvrier, Al-Hizb al-Chuyû'î al-'Irâqî (Parti communiste irakien, PCI) regroupait après la seconde guerre mondiale les travailleurs avancés et était implanté dans la population kurde. Mais l’Irak n’a pas échappé aux conséquences de la dégénérescence de l’Internationale communiste passée sous le contrôle de la bureaucratie du Kremlin.

En 1958, quand la révolution éclata, le PCI interdit aux masses de s’en prendre à la propriété foncière et capitaliste, dans les villes comme dans les campagnes. Il offrait en effet ses services à des forces soi-disant anti-impérialistes et soutenait Abd al-Karim Qasim, un nationaliste bourgeois. Qasim le récompensa par des interdictions et des persécutions. Quand le parti nationaliste panarabe Baas prit le pouvoir en 1963, il emprisonna et assassina des milliers de militants. Pendant les années qui suivirent, les enlèvements, les tortures et les meurtres se poursuivirent. Cela n’empêcha pas le PCI, soumis au Kremlin, de soutenir le régime de Saddam Hussein. Inutile de dire que ses forces n’ont pas cessé de se réduire.

En 2003, ce qui reste du PCI participe au gouvernement provisoire sous le commandement américain. Après avoir pris part aux élections de 2005 au sein d’une coalition dite Liste nationale irakienne (9 % des suffrages), le Parti « communiste » irakien obtient en mai 2006 le ministère de la technologie et des sciences.

Le parti, dès le début, a plaidé pour un gouvernement qui incorpore toutes les forces politiques. (Salam Ali, Morning Star, 2 juin 2006)

Sur sa gauche, un autre parti issu de scissions maoïstes du PCI, le Hizb al-Shuyu'i al-'Ummali al-'Iraqi (Parti communiste ouvrier irakien, PCOI), ne participe pas au gouvernement fantoche. À contre-courant, le PCOI organise aussi les femmes (Organisation des femmes indépendantes) et se prononce contre les persécutions envers les homosexuels.

Mais il semble ne pas avoir rompu pour autant avec l’étapisme démocratique bourgeois, ni avec l’impasse des alliances avec la bourgeoisie. Dans la tradition stalinienne et maoïste, le PCOI a fondé un « front », le Congrès des libertés, qu’il a constitué avec les « organisations de masse » qu’il dirige. Ce front se garde de mettre en cause la propriété capitaliste, aspire à la reconstruction de l’Etat bourgeois et fait même confiance à l’ONU :

Ce gouvernement devrait faire de la sécurité, de la liberté et de la prospérité ses priorités. Une élection libre pourrait avoir lieu dans un délai de 6 mois, sous les auspices d’organisations internationales, à la suite de la dissolution de toutes les milices et la mise en place des capacités d’Etat pour que toutes les forces participent aux élections. (Samir Adil, Iraq Freedom n° 11, 15 mars 2007)

La confédération syndicale soumise à l’Etat bourgeois dirigé par le Baas s’est transformée en Fédération des syndicats irakiens (FSI), seule confédération reconnue par l’occupant. Historiquement liée au PCI, ce syndicat a accepté l’occupation en prétendant parler au nom des travailleurs.

Liée pour sa part au PCOI, la Fédération des conseils ouvriers et des syndicats irakiens (FCOSI) est tolérée par le pouvoir, mais harcelée par les milices réactionnaires, kurdes ou cléricales. Elle organise les chômeurs et les travailleurs du pétrole. Cependant, la FCOSI, qui est membre du Congrès des libertés en Irak, limite comme lui ses revendications politiques à la « démocratie » et aux « libertés ».

 

La collaboration de classe prolonge la guerre

 

Les bureaucraties du mouvement ouvrier des pays qui occupent l’Irak soutiennent l’« intérêt national », c’est-à-dire leur bourgeoisie, leur impérialisme. Le Parti travailliste est au pouvoir en Grande-Bretagne et porte la responsabilité de la trahison du prolétariat mondial, de l’intervention et de l’occupation de l’Irak.

Aujourd’hui encore, malgré le mécontentement grandissant dans les masses, le président de l’AFL-CIO, qui finance la Parti démocrate, a la même position que ce dernier. Il encourage les enfants de prolétaires à s’engager, refuse de mettre en cause son impérialisme, mais s’interroge seulement sur l’insuccès de Bush :

Ces soldats - les hommes et les femmes risquant leurs vies en Irak - viennent des familles de travailleurs des Etats-Unis. Ils sont nos fils et filles, nos sœurs et frères, nos maris et épouses. Ils répondent toujours, une fois appelés au devoir. Pour cet engagement fondamental à la nation, ils méritent les chefs qui les appelleront seulement quand la sécurité de la nation est en danger et qu’il y a un plan clair pour la victoire. (John Sweeney, www.afl-cio.org, 11 janvier 2007)

Les directions des confédérations syndicales de Grande-Bretagne (TUC) et des Etats-Unis (AFL-CIO, SEIU) n’ont pas mené de lutte contre le chantage à l’engagement pour obtenir la nationalité américaine ou britannique, contre le recrutement par l’armée sur les lieux d’études et dans les quartiers pauvres, ni contre l’intervention et l’occupation alors que les travailleurs contrôlent la fabrication des armements, le transport des troupes et des armes, les moyens de communication et de paiement.

En Grande-Bretagne comme aux Etats-Unis, les manifestations contre la guerre ont réuni des centaines de milliers de personnes sans faire vaciller les gouvernements agresseurs. La raison fondamentale de cet échec est que ces mouvements sont restés sur le terrain du pacifisme petit-bourgeois, qu’ils n’ont jamais fait de la rupture avec leur propre bourgeoisie l’axe de la lutte, quand il fallait tendre la main au prolétariat d’Irak, faire la guerre à la guerre impérialiste et organiser la défaite de sa propre bourgeoisie.

Aux Etats-Unis, la protestation a été animée par des héritiers du stalinisme (WWP, RCP) qui s’allient avec des fractions chrétiennes et des bouts du Parti démocrate ; en Grande-Bretagne, les révisionnistes du trotskysme (SWP) ont fait un bloc avec des travaillistes de gauche et des musulmans, et s’en sont plus pris à Bush qu’à Blair. Tous, en Amérique et en Europe, ont protégé les directions des confédérations, alors que les organisations syndicales ont le potentiel de contrer le recrutement dans l’armée et de s’adresser aux travailleurs des secteurs concernés par la guerre : dockers, industries d’armement, transports, banques, télécommunications…

 

Pour le renversement de Bush et de Blair, pour la fédération socialiste du Proche-Orient

 

Les partis se réclamant des travailleurs et les chefs des syndicats ouvriers, parce qu’ils sont corrompus par leur propre bourgeoisie, interdisent le combat pour la défaite des armées impérialistes en Irak. Depuis 4 ans, les prolétariats d’Irak et des pays de la coalition impérialiste n’ont pas pu unifier leurs intérêts convergents car leurs chefs veulent leur interdire de défaire l’ennemi commun : le capitalisme impérialiste.

En Irak, en Palestine, au Kurdistan comme sur toute la planète, le capitalisme engendre la barbarie. La classe capitaliste qui le porte et défend son existence doit être défaite pour que cessent les génocides, l’annexion de pays, les occupations militaires et la misère pour les centaines de millions de travailleurs.

Mais cette classe d’exploiteurs ne s’éteindra pas sans lutte. Dans chaque pays, l’Etat et ses bandes armées défendent la propriété privée de la minorité capitaliste. Cette dernière a développé toute une corruption financière et matérielle pour que la bureaucratie des syndicats et des partis se réclamant des travailleurs, comme le New Labour de Tony Blair, se rangent définitivement de son côté.

Pour en finir avec la soumission à l’ennemi de classe, le prolétariat doit se doter de nouveaux partis ouvriers révolutionnaires, d’une internationale révolutionnaire capable d’unifier le combat contre la bourgeoisie mondiale. Seul un parti comme celui de Lénine et de Trotsky, appuyé sur l’auto-organisation, l’armement des masses, les milices et les conseils ouvriers, pourra mener victorieusement la lutte pour exproprier la classe capitaliste, les grands propriétaires fonciers et détruire leur Etat en Irak. Une victoire du prolétariat irakien contre l’armée d’occupation et les partis bourgeois qui la servent serait un levier considérable pour la classe ouvrière en Palestine, en Iran, en Turquie, en Syrie, en Egypte…

Pour la libération de l’Irak, la démocratie et le développement, il faut un parti ouvrier révolutionnaire qui prenne la tête de tous les opprimés. Pour mettre fin aux guerres impérialistes, il faut un parti révolutionnaire dans chaque pays avancé qui lutte pour l’alliance avec les travailleurs de tous les pays et pour renverser sa propre bourgeoisie. Pour préserver l’environnement et développer harmonieusement les forces productives de l’humanité, pour le socialisme, il faut construire un parti mondial, une internationale ouvrière révolutionnaire.

Retrait immédiat de toutes les troupes d’occupation ! Défaite de l’impérialisme ! Victoire de la résistance irakienne face aux troupes d’occupation !

À bas les gouvernements agresseurs de l’Irak ! Front unique de toutes les organisations syndicales et politiques issues des travailleurs pour mener la guerre à la guerre impérialiste ! Création d’un parti ouvrier révolutionnaire aux Etats-Unis !

Gouvernement ouvrier et paysan en Irak ! Laïcité, émancipation des femmes et de la jeunesse ! Droit à la séparation pour les Kurdes ! Création d’un parti ouvrier révolutionnaire de tout l’Irak ! Révolution en Irak et dans tout le Proche Orient ! Pour la Fédération socialiste du Proche-Orient !

21 mars 2007