Révolution Socialiste  

Accueil

Liens

Révolution Permanente

CRP en el Perú

Grupo Germinal

 

 

 

Aux élections présidentielle et législatives, vote contre les candidats des partis bourgeois

Pour enrayer l’offensive de la bourgeoisie, il faudra autre chose que des bulletins de vote

 

Dans la vie politique officielle, la lutte des classes disparaît au profit de la mystification de l’opposition entre la « gauche » et la « droite ».

Décider périodiquement, pour un certain nombre d'années, quel membre de la classe dirigeante foulera aux pieds, écrasera le peuple au Parlement, telle est l'essence véritable du parlementarisme bourgeois… (Lénine, L’Etat et la révolution, 1917)

Les députés, les ministres et les présidents passent, les hauts fonctionnaires et l’état-major restent. Il est difficile de percevoir une réelle différence entre les pratiques des gouvernements « de droite » et ceux « de gauche », que ce soit en France, en Italie, en Grande-Bretagne, en Espagne ou en Allemagne. Par exemple, le taux de profit, en France, est remonté à partir de 1982, grâce au blocage des salaires par le gouvernement Mitterrand-Mauroy et à la restructuration d’un certain nombre de groupes capitalistes « nationalisés » sous l’égide de l’Etat bourgeois. En plus, il arrive à des partis « de gauche » et à des partis « de droite » de gouverner ensemble, comme en 1944 en France ou, aujourd’hui, en Allemagne, en Autriche, en Finlande, aux Pays-Bas, en Slovaquie, au Brésil...

En 1958, à la suite d’un coup d’Etat, De Gaulle a diminué le rôle du parlement au profit du président. Même si le caractère bonapartiste de la 5e République s’est estompé, l’élection présidentielle présente, par nature, un caractère plus personnel que la désignation des candidats députés par des partis soit bourgeois, soit ouvriers par l’origine. Depuis la décision, prise par Lionel Jospin en novembre 2000, d’inverser le calendrier électoral, l’élection présidentielle précède les élections législatives. Tous ceux qui convoitent le palais de l’Elysée s’adressent directement à la « nation », au « peuple », par-delà leur propre parti. Les frontières de classe en sont encore plus brouillées.

À cause de l’affaiblissement de la classe ouvrière, dans une période marquée par les effets de la restauration du capitalisme en Russie, allant du chômage de masse jusqu’à la perte de nombre de conquêtes sociales, le centre de gravité de chaque élection française, depuis 1981, est plus réactionnaire. Toute la campagne présidentielle de 2007 est imprégnée de défense de l’ordre, de la nation, de la propriété, presque tous les candidats semblent partager la devise pétainiste Travail, famille, patrie.

La France dont on n’a pas assez parlé ces temps derniers, la France qui n’est pas assez respectée. La France dont le premier devoir de chaque Français est de l’aimer. (Nicolas Sarkozy, 9 mai 2006)

Il faut d’abord aimer la France, cette idée toujours neuve, et vouloir que les Français s’aiment en elle. (Ségolène Royal, 17 novembre 2006)

 

Les exigences des véritables maîtres de la société capitaliste et de l’Etat bourgeois

 

Sous les deux mandats présidentiels de Jacques Chirac, la « République » chère au PS, au PCF et à la LCR a agi conformément à sa nature d’instrument de la bourgeoisie française : résistance aux exigences du rival américain et interventions militaires à l’étranger, militarisme et renforcement de l’appareil de répression, atteintes aux libertés démocratiques, privatisations, attaques contre les retraites de 1995 et 2003, restrictions à l’entrée des réfugiés politiques et des travailleurs immigrés, déremboursement des soins et fermetures d’hôpitaux, restrictions de l’accès à la formation et mise au pas des professeurs du primaire, érosion du droit du travail (apprentissage à 14 ans, assouplissement du recours à l’intérim, aux contrats à durée déterminée et aux heures supplémentaires, contrat nouvelle embauche…), allègement de la fiscalité pour les riches, exonérations et subventions au patronat et à l’Eglise catholique…

Malgré tout, Jacques Chirac n’a pas pu être candidat en 2007, pas seulement à cause de son âge, mais aussi par usure politique. Ses successeurs présomptifs, Alain Juppé et Dominique de Villepin, ont été entraînés tour à tour dans son déclin et supplantés par un émule particulièrement retors. Le second mandat présidentiel de Chirac a été marqué par la perte de parts de marché mondial et le retour du déficit des échanges de biens et services à partir de 2005, l’échec du référendum pour le traité constitutionnel de l’Union européenne en mai 2005, le soulèvement de la jeunesse des quartiers pauvres en octobre 2005, le mouvement de la jeunesse scolarisée contre la loi Villepin en avril 2006.

La principale organisation patronale exprime l’impatience des grands groupes capitalistes devant ces atermoiements et ces échecs :

«Plus d’ambition». C’est ce que demande le Medef aux candidats… Aujourd’hui, estime le Medef, la politique économique ne s’appuie que sur un levier : celui «de la demande» avec la consommation des ménages. Pour l’organisation, il faut passer à une approche «qui met la priorité sur l’offre» en encourageant les entreprises à produire… Comment ? Supprimer la durée légale du travail et la taxe professionnelle, créer un licenciement «par consentement mutuel», décloisonner recherches publique et privée, réformer les universités, ou transférer «progressivement» les cotisations patronales famille ou maladie vers les contribuables… (Le Figaro, 20 mars 2007)

L’ambition personnelle de Nicolas Sarkozy coïncide avec les signes d’exaspération qui émanent des capitalistes, grands et petits.

 

Sarkozy, le principal candidat de la bourgeoisie

 

Le premier parti de la bourgeoisie française reste l’héritier du gaullisme, l’UMP, si bien que Nicolas Sarkozy en a fait le tremplin pour devenir le représentant officiel de cette classe exploiteuse, au poste suprême de la 5e République.

Son discours, fondé sur la revalorisation de la valeur travail et la récompense de l’effort, séduit le patronat. Notamment l’establishment parisien, au sein duquel il compte de nombreux soutiens : Martin Bouygues, Arnaud Lagardère, Bernard Arnault, Henri de Castries, François Pinault… Mais le candidat de la droite plaît aussi aux petits patrons. (L’Expansion, avril 2007)

En novembre 2004, plus de deux ans avant l’échéance électorale, il s’empare de l’UMP en affirmant être la personnification « du changement ». Puis, dès septembre 2005, il se déclare le candidat « de la rupture ». Par « changement » et « rupture », il faut entendre une offensive plus résolue contre les travailleurs conformément aux exigences du Medef.

Nicolas Sarkozy a présenté hier le projet économique de son parti, l’UMP… Un contrat de travail unique. Un impôt plafonné à 50 % des revenus du travail. Un impôt sur le revenu prélevé à la source. Une réforme de l’Etat au forceps, avec des suppressions massives de postes. L’autonomie des universités. La liberté de présentation aux élections syndicales dès le premier tour… Il veut, dit-il, favoriser une véritable rupture avec ce qui se fait depuis trente ans en France. (Les Echos, 8 septembre 2005)

Pour Sarkozy, comme pour l’ancien premier ministre Raffarin (« Il faut remettre la France au travail »), les travailleurs sont des fainéants :

Le mot « rupture », non seulement je le maintiens, mais je le revendique… La France doit rompre avec la culture du non-travail. (Le Figaro, 1er septembre 2006)

En fait de « valeur travail », le capitalisme prive une partie des travailleurs d’emploi et se sert de la menace du chômage pour exercer une pression sur les autres, à la fois pour les faire travailler plus et pour limiter leurs revendications salariales. Sarkozy annonce, en plus de la mise en cause de la carte scolaire, la suppression du contrat de travail à durée indéterminée, la limitation du droit de grève, l’allègement de l’impôt sur la fortune et l’exonération des successions, dans la continuité des gouvernements Chirac, Balladur, Raffarin et Villepin auxquels il a participé de 1987 à 2007. L’ancien maire de Neuilly, lui-même assujetti à l’ISF, entend faire travailler plus longtemps ou plus dur celles et ceux qui travaillent, afin d’augmenter le confort et les revenus de leurs employeurs capitalistes :

Entre 2002 et 2005, la masse salariale distribuée par les sociétés du CAC40 à leurs salariés a reculé de 1 % alors que, dans le même temps, les stars de la cote parisienne signaient à leurs actionnaires des chèques en hausse de 36 %… une rallonge d’environ 8 milliards qui tranche avec la quasi-inertie des fiches de paie. (L’Expansion, mars 2007)

 

Ses rivaux bourgeois, Bayrou et Le Pen

 

François Bayrou a percé dans les sondages de manière inattendue. Bayrou, qui a maintenu l’UDF, une sorte de parti démocrate-chrétien fondé par Giscard d’Estaing en 1978 se prend à espérer rejouer le coup de Giscard, qui avait réussi à supplanter à l’élection de 1974 le candidat du parti gaulliste.

Une partie de la bourgeoisie le pense plus apte que Sarkozy à réaliser l’association capital-travail, à s’appuyer sur les directions syndicales pour « négocier » des coups décisifs aux travailleurs. Il bénéficie aussi de la déception des couches petites-bourgeoises (cadres et travailleurs indépendants) tant envers l’UMP que le PS, voire de la désorientation de certains travailleurs salariés après les expériences de « l’Union de la gauche » et de la « Gauche plurielle ». Son programme économique est proche de celui de Sarkozy, il comporte des exonérations supplémentaires pour les employeurs, compensées par une « TVA sociale payée par tous », la réforme de l’ISF, la destruction des régimes spéciaux…

L’idée d’un « centre », que met en avant le candidat Bayrou vaut autant que celle de « droite » et de « gauche ». Bayrou s’est lui-même classé à « droite » en d’autres temps et son parti s’est plus d’une fois situé à droite de l’UMP.

Bayrou a été ministre de l'Education nationale des gouvernements Balladur et Juppé. À ce titre, en 1994, il a voulu financer les investissements et la construction des établissements d’enseignement confessionnel et intégrer à la fonction publique les enseignants recrutés par l’Eglise catholique. Une manifestation laïque d’un million de travailleurs obligea le gouvernement à retirer la loi Bayrou qui venait d’être votée par le parlement.

L’UDF a demandé le soutien du Front national lors des élections des présidents de régions en 1998. L’UDF a fourni au gouvernement Chirac-Villepin-Sarkozy un ministre de l’Education nationale parmi les plus cléricaux et réactionnaires, Gilles de Robien.

En guise de « centre », à l’Assemblée nationale, Bayrou a systématiquement critiqué le gouvernement UMP pour l’insuffisance de ses attaques : il s’est prononcé pour la suppression de l’ISF, pour la liquidation des régimes spéciaux de retraites, pour plus d’autonomie aux universités… Durant sa campagne, Bayrou reprend certains thèmes de Jean-Marie Le Pen : dénonciation de « l’establishment », éloge des « vertus de la famille » traditionnelle, etc. Autrement dit, le « centre » est parfois bien près de « l’extrême-droite ».

L’assujetti à l’ISF Le Pen veut, lui aussi, faire « travailler plus pour gagner plus », c’est-à-dire faire travailler plus les salariés pour faire gagner plus aux patrons. Hormis un caractère xénophobe plus prononcé, le programme affiché du FN diffère peu de celui de Sarkozy et de Bayrou, on y retrouve les attaques habituelles contre l’impôt progressif et l’impôt sur la fortune, contre la carte scolaire, le droit de grève, les charges sociales et les impôts des employeurs, la retraite à 60 ans, etc.

L'ISF, je crois que c'est un impôt absurde car il est démagogique. Il postule la haine de ceux qui ont réussi, la haine des riches. Mais les riches sont importants pour notre économie. (Jean-Marie Le Pen, 21 mars 2007)

Le FN conserve une base électorale conséquente. Son candidat, un ancien tortionnaire de la guerre d’Algérie, recourt à l’idéologie la plus réactionnaire : nationalisme, chauvinisme, xénophobie, racisme… que tous les partis attachés au capitalisme en déclin véhiculent peu ou prou. Le parti fascisant et son chef détournent du grand capital le mécontentement des petits patrons et des travailleurs indépendants ruinés par celui-ci, voire des chômeurs, pour le diriger contre « Bruxelles », les partis gouvernementaux et, surtout, les travailleurs étrangers. Ainsi, le FN occupe une fonction utile aux yeux de la grande bourgeoisie, même si elle le méprise, et il s’assure bien des complicités dans l’appareil répressif d’Etat, l’armée, la police et les gardiens de prison.

Nicolas Sarkozy et l’UMP, François Bayrou et l’UDF, Jean-Marie Le Pen et le FN, Philippe de Villiers et le MPF, Frédéric Nihous et CPNT sont des ennemis déclarés du prolétariat et de la jeunesse. Le moins que puisse faire une travailleuse ou un travailleur qui participe aux élections présidentielle et législatives, c’est voter contre eux.

 

Sur la marge, Voynet, Bové & Schivardi

 

Pour la classe ouvrière, le terrain des élections n’est pas le meilleur pour défendre ses intérêts. Les dés sont pipés.

José Bové (pour quelques rescapés des « Collectifs antilibéraux » issus du Non au référendum qui n’ont pas suivi Royal, Buffet ou Besancenot) et Dominique Voynet (pour les Verts) écologisent, altermondialisent au nom de « la gauche ». Voynet est, comme Buffet, une ancienne ministre du gouvernement bourgeois de Jospin. Comme tous les « antilibéraux », Bové participe à l’empoisonnement chauvin des travailleurs et des jeunes. En particulier, il s’est fait connaître pour des attaques contre McDonald’s au nom de la « malbouffe », mais a toujours épargné le groupe français Sodexho, le premier fournisseur de restauration collective du monde, sans parler des groupes français fournisseurs d’armes comme Thales, EADS, DCN, SNECMA, Dassault Aviation, SAGEM, GIAT… qui vendent des produits autrement dangereux pour la santé qu’un hamburger.

Bové et Voynet refusent de voir que les menaces envers l’environnement viennent du mode de production capitaliste, ils gomment les frontières de classe, ils tournent délibérément le dos à la seule issue positive pour l’humanité : le pouvoir de la classe ouvrière, la socialisation des moyens de production, la direction de l’économie par les producteurs associés, le socialisme mondial.

De telles candidatures sont étrangères au mouvement ouvrier. Dans le même sac, doit être jeté Gérard Schivardi, qui s’est présenté comme « le candidat des maires », comme si les 36 500 maires ne comportaient pas des représentants de toutes les classes. La candidature Schivardi s’inscrit dans le processus de dégénérescence réformiste et chauvine du courant lambertiste dont le fondateur Boussel (Lambert) avait obtenu 0,38 % des votes en 1995, dont le secrétaire national Gluckstein a obtenu 0,47 % en 2002. Le prétendu Parti des travailleurs parle de « dislocation de la nation », de « pays tout entier » et a pour axe la défense de la République (française) « face à l’Union européenne ». Confronté au plan de licenciements de l’entreprise franco-allemande Airbus, le PT couvre FO, et refuse, comme la bureaucratie syndicale, d’appeler à la grève générale. Le PT met tout son espoir dans le gouvernement Chirac-Sarkozy et défend l’Etat bourgeois, à condition qu’il soit français :

Renationaliser Airbus, c’est permettre à l’Etat d’investir… C’est cela le progrès. Ce serait tant mieux pour l’Etat-nation et tant pis pour Bruxelles et les spéculateurs. (Fédération de Loire atlantique du PT, 22 février 2007)

 

Les directions syndicales participent au brouillage des frontières de classe

 

Les dirigeants des syndicats qui ont appelé à voter Chirac en 2002 utilisent la neutralité aujourd’hui, pour les mêmes raisons : aider le jeu électoral, la stabilité des institutions bourgeoises. Tous se sont adressés aux candidats, sans distinction, légitimant ainsi la prétention mensongère du personnel politique de la bourgeoisie à apporter des solutions aux revendications ouvrières. Les directions syndicales font croire aux travailleurs que des programmes différents s’affrontent et qu'un test comparatif saura les éclairer.

En siégeant dans tous les organismes où se discutent l’élaboration et la mise en place des mesures nécessaires aux intérêts des capitalistes, en jugulant systématiquement les résistances des travailleurs et des jeunes à coup de journées d’action et de mobilisations éparpillées, impuissantes, les représentants des appareils syndicaux pratiquent à tous les échelons la collaboration de classe. L’Etat bourgeois les rétribue pour ce faire. Ils ont permis que Chirac garde son poste, que ses gouvernements appliquent sans défaite les attaques contre la classe ouvrière. Ils sont prêts à servir pareillement un gouvernement bourgeois de coalition entre PS, PCF, PRG, MRC et autres débris, que Royal constituerait. C’est pourquoi ils ne disent pas au prolétariat : « Si vous voulez utiliser votre bulletin de vote, droit démocratique, votez contre les représentants directs du capital, c’est une façon de manifester que vous existez comme classe et pas seulement comme individu. Mais sachez que les élections n’ouvriront pas une issue positive pour les exploités et les opprimés ; seule la lutte révolutionnaire victorieuse le fera. »

 

Royal, candidate du PS, du PRG et du MRC

 

Le PS est un parti ouvrier par ses origines et bourgeois par son appareil, sa politique, entièrement inféodé à la défense du mode de production capitaliste, à la société bourgeoise. Il témoigne de ses liens avec la classe exploiteuse jusque dans la candidature Royal, directement soutenue par deux formations bourgeoises, le PRG de Taubira et le MRC de Chevènement. Le fait que ces derniers s’effacent devant Royal exprime le pourrissement accentué de la vieille social-démocratie qui pratique depuis près d’un siècle la collaboration entre les classes. La candidate du PS confirme, avec de tels parrains, qu’elle entend gouverner avec la bourgeoisie si elle est élue.

Brouillant sciemment les lignes, le PS prend ainsi sa part dans le dispositif empêchant l’expression d’un vote de classe à la présidentielle. Les déclarations de Royal sur sa « liberté » par rapport au PS ont le même sens, se présenter en bonne adepte de la 5e République au-dessus des classes et des partis. « Je veux m’adresser à tous les Français », ainsi commence son Pacte présidentiel, annoncé le 11 février. Jospin, avec le succès que l’on sait, avait usé de la même recette.

Même si les médias la présentent comme une « nouvelle venue faisant de la politique autrement », Royal n’en est pas moins une éléphante du PS : plusieurs fois ministre, mouillée jusqu’au cou dans les attaques que les gouvernements sous égide de Mitterrand ou de Chirac ont perpétrées contre le prolétariat et la jeunesse, énarque et assujettie à l’impôt sur la fortune, présidente de Conseil régional. Voici comment un journal patronal présente « les solutions de Ségolène Royal » :

En affirmant la nécessité de « réconcilier les Français et l’entreprise pour sortir la France des déficits », la présidente de Poitou - Charente a créé la surprise : c’était aussi le slogan utilisé par Laurence Parisot pour séduire les électeurs du MEDEF en juillet 2005. (L’Expansion, avril 2007)

Le « programme » de Royal est au service de la France, c'est-à-dire de l’impérialisme français, de la défense de ses intérêts face à ses concurrents. Il est logique qu’elle s’enroule dans le drapeau tricolore en chantant la Marseillaise. Pour garantir le taux de profit des capitalistes nationaux, Royal pourfend « la société de l’assistanat », apportant sa caution aux offensives passées et futures contre les chômeurs, contre les pauvres, les victimes du capitalisme. Elle n’évoque aucunement l’abrogation de toutes les lois contre la Sécurité sociale (fiscalisation, maladie, retraites). Pour assurer les prébendes de son impérialisme, la candidate du PS défend l’armée française, son niveau d’équipement, la légitimité de ses interventions en Afrique.

L’ordre juste qu’elle professe continue à fermer les frontières, ouvre des prisons militaires et réclame, par la suppression de la carte scolaire, que les serviettes bourgeoises et petites-bourgeoises ne soient pas mélangées aux torchons prolétaires.

Si la candidate du PS reste en lice au second tour, les travailleurs qui iront voter Royal le feront pour battre Sarkozy, sans illusion et sans apporter leur soutien à son « programme », qui ne leur réserve rien de bon.

 

Buffet, candidate de « la gauche populaire et antilibérale »

 

Les travailleurs qui voudraient participer aux élections en votant PCF doivent être prévenus : ils ne trouveront pas ce bulletin sur la table. Buffet a démissionné de son fauteuil de secrétaire nationale du PCF, pour faire campagne sans le sigle de son parti, sur des tribunes où la couleur orange est de rigueur et les drapeaux rouges, bannis. Elle est la candidate d’un soi-disant « rassemblement populaire et antilibéral », issu des Comités pour le Non au référendum Chirac. La campagne « pour le Non de gauche » a été marquée par le chauvinisme, la prétendue identité d’intérêts des patrons et des ouvriers, pourvu qu’ils soient français, le crétinisme parlementaire. Ce rassemblement hétéroclite a aussi accouché de la candidature Bové (Besancenot ayant compris, un peu avant, qu’il n’avait aucune chance d’investiture).

Une fois encore, le PCF en décrépitude pense sauver les meubles en effaçant toute frontière de classe. Buffet s’adresse aux « citoyens », « aux hommes et aux femmes de progrès ». Elle plaide pour « la France », reproche à Sarkozy d’avoir instauré « une fracture entre notre police nationale et la population ».

Jamais elle ne désigne le mode de production capitaliste comme le responsable des maux qu’elle dénonce et surtout, jamais elle n’explique que sans le briser, sans instaurer un mode de production socialisé, basé non sur le profit mais sur la satisfaction des immenses besoins des masses, il n’y a pas de solution au chômage, à la misère, à la vie chère, au manque de logements.

L’espace vital du PCF se réduit ; une alliance avec le PS pour les législatives, les municipales, constitue son seul espoir de garder les financements versés par l’Etat et de sauver des sièges. Que ce soit au nom du « rassemblement contre la droite » si Sarkozy est élu, ou au nom du « rassemblement de la gauche pour peser dans le bon sens » si Royal accède à l’Elysée, le PCF passera un accord semblable à tous ceux qu’il a déjà noués auparavant. C’est possible parce que PS et PCF sont frères jumeaux, deux partis ouvriers-bourgeois, traîtres à leur classe depuis des décennies, habitués à participer directement à des gouvernements bourgeois et/ou à les soutenir.

En même temps, le terrain qu’il occupait lui est disputé par l’extrême gauche de la 5e République.

 

Le réformisme « 100 % à gauche »

 

Au soir de sa qualification par le Conseil constitutionnel, la LCR présente Besancenot et résume son « programme » :

Avec Olivier Besancenot, nous entendons être les porte-parole du mécontentement des travailleurs, candidats pour le partage des richesses, contre le chômage et la précarité, pour les salaires, contre les discriminations, pour une véritable démocratie, celle des mobilisations et des luttes. (Communiqué LCR, 23 mars 2007)

Benoîtement, la LCR attribue aux travailleurs l’origine des solutions qu’elle préconise : le partage des richesses. Il signifie que le capitalisme peut être réformé, géré en satisfaisant les intérêts du prolétariat. C’est une duperie car la racine des énormes inégalités sociales réside dans l’existence de la classe capitaliste qui est propriétaire des moyens de produire, tandis que les prolétaires n’ont pour survivre que la vente de leur force de travail. Tant que cette appropriation privée existera, la classe des patrons aura le pouvoir de décider qui travaille ou pas, qui mange ou pas. Elle accaparera la masse de plus-value que la classe ouvrière crée et luttera pied à pied pour payer le moins cher possible les producteurs.

Sans révolution ouvrière, sans expropriation des capitalistes, sans fondation d’une nouvelle organisation sociale correspondant à la propriété collective des moyens de produire et de distribuer ce dont les populations humaines ont besoin, il n’y aura aucune égalité. Besancenot, dès qu’il a un micro, raconte au contraire qu’« il n’y a pas besoin de révolution pour ça ».

La France est la cinquième puissance économique du monde. Les entreprises du CAC40 affichent, cette année, 80 milliards de profits et leurs patrons gagnent jusqu’à 500 fois le Smic ! Alors, pour peu que l’on veuille réellement s’en prendre aux privilégiés, il est tout à fait possible d’augmenter les salaires, de développer la protection sociale et les services publics. Il suffit de faire exactement ce qu’a fait le patronat depuis plus de 30 ans… mais à l’envers. (Besancenot, 17 février 2007)

Un réformiste convaincu ! Et aussi, ne l’oublions pas, un rabatteur pour le vote Chirac en 2002. Que prône-t-il comme gouvernement ? Mystère. Quelle est cette « véritable démocratie » qui naîtrait « des mobilisations et des luttes » ? Silence. Si Besancenot combattait pour un gouvernement ouvrier, pour le socialisme, il le dirait dans la campagne électorale, en s’adressant aux travailleurs, aux jeunes qui cherchent une issue ouvrière. Il ne le fait pas, d’accord en cela avec Laguiller, candidate de Lutte ouvrière.

Elle aussi dénonce les attaques anti-ouvrières, les conditions faites au prolétariat et liste des « mesures d’urgence » :

Il faut que l’Etat embauche dans les hôpitaux, dans l’Education nationale… Il faut que l’Etat crée un service public du logement… Il faut une augmentation de tous les salaires d’au moins 300 euros… Il faut que tous les contrats précaires soient remplacés par des CDI… (Lutte de Classe, mars 2007)

L’Etat bourgeois pourrait donc décréter ces mesures ! Crétinisme et réformisme ne s’excluent pas, comme on le voit. LO se sent obligée d’ajouter :

Mais nous expliquerons aussi que cela ne pourra être imposé que par des luttes collectives et qu’il n’y a rien à espérer sur ce terrain-là du résultat de l’élection présidentielle. (Lutte de Classe, mars 2007)

L’organisation qui présente Laguiller considère les luttes de la classe ouvrière comme des moyens de pression sur l’Etat bourgeois, pour le contraindre à servir les intérêts de la classe ouvrière. Le problème est que les bandes armées, les diverses institutions coercitives qui forment l’Etat bourgeois, sont là pour protéger les capitalistes de la classe dangereuse pour eux, le prolétariat. Pour que cela change, il faut une révolution qui le renverse, qui disperse ses flics et ses administrations. Il faut que la classe ouvrière prenne le pouvoir. Rien n’est plus urgent, comme mesure radicale. Et LO le tait, quand elle ne défend pas la « police de proximité » ou les revendications des gendarmes.

C’est donc bien à tort que les médias présentent LO, la LCR et le PT comme des disciples de l’organisateur de l’insurrection d’Octobre et du fondateur de l’Armée rouge.

 

Pour contrer la bourgeoisie française, il faut recourir à la lutte de classe

 

S’il y avait dans ce pays un parti ouvrier révolutionnaire, il présenterait des candidats aux élections législatives et à l’élection présidentielle pour défendre le programme communiste devant des millions de travailleuses et de travailleurs. Si une organisation défendait les revendications ouvrières, le renversement de l’Etat bourgeois et l’expropriation des grands groupes capitalistes, le Groupe bolchevik lui apporterait son soutien.

Aucun parti ouvrier ne mène de campagne sur ce terrain. Il en résulte une aggravation de la confusion politique qui pèse sur la classe ouvrière. Dans ces conditions, le Groupe bolchevik ne peut soutenir aucune candidature. Néanmoins, il appelle les travailleuses et les travailleurs qui peuvent et qui désirent voter à choisir, lors des premiers tours, une candidate ou un candidat d’une organisation issue de la classe ouvrière (PS, PCF, LCR, LO) contre tous les candidats bourgeois. Pour les mêmes raisons, le Groupe bolchevik appelle, si une candidate (ou un candidat) d’une organisation ouvrière reste au second tour, à lui apporter son vote, sinon à s’abstenir.

Cette attitude découle de toute la tradition marxiste, qui comprend que la classe ouvrière doit s’opposer à l’ennemi de classe en toute circonstance. Mais l’histoire contemporaine a aussi montré que rien d’essentiel ne change par les urnes. Quand le résultat lui agrée, la bourgeoisie invoque la démocratie pour légitimer l’exploitation et l’oppression ; quand le résultat lui déplaît, elle défend malgré tout ses privilèges par tous les moyens, du chantage au coup d’Etat. Par conséquent, si la lutte pour le front uni de classe inclut un aspect électoral, elle se déroule au premier chef dans les lieux de formation et de travail, dans la rue et dans les quartiers populaires.

Si la classe ouvrière l’oubliait, le capital lui rappellerait. La lutte entre les classes ne connaît aucun répit électoral. D’après le gouvernement lui-même, il y a plus de 2 millions de chômeurs. Le gouvernement privatise l’ANPE. Le gouvernement supprime 5 000 postes de professeurs dans l’enseignement secondaire et allonge le temps de travail de 100 000. Le groupe EADS prévoit 10 000 suppressions d’emploi. Le groupe Alcatel-Lucent a annoncé 1 468 suppressions d’emploi. Le fonds de pension BS Private Equity ferme l’usine Arena de Libourne (Gironde). La SNCF veut se débarrasser de la caisse de prévoyance et de retraite des cheminots. Idem à la RATP. Des travailleurs se suicident sous la pression de leur hiérarchie. Des dizaines de milliers de femmes deviennent domestiques des riches. Des milliers de travailleurs n’ont pas de domicile. Des quartiers deviennent des ghettos sociaux, miséreux, soumis à la violence de la police, des gangs. La police, la douane et l’armée françaises quadrillent les aéroports, les gares et les stations de métro. Le climat se détériore par suite de la course mondiale au profit. L’armée française parade en Afghanistan, en Côte d’Ivoire, au Tchad, au Kosovo, au Liban, au Congo…

Mais le 20 mars, parents d'élèves et enseignants se sont opposés à l'arrestation d'un grand-père par la police devant l'école maternelle de la rue Rampal à Paris.  Les ouvriers et techniciens de l’usine Arkema de Pierre-Bénite (Rhône) occupent l’usine pour empêcher la suppression de 226 postes. Les employés de la CAMIF de Niort (Deux-Sèvres) sont en grève contre la suppression de 350 postes. Les ouvriers de l’usine PSA d’Aulnay sous Bois (Seine-Saint-Denis) sont en grève pour arracher 300 euros d’augmentation.

 

Pour ouvrir un avenir, il faut une révolution sociale

 

Le prolétariat a la capacité de bloquer toutes les attaques dont il est la cible, car il produit la quasi-totalité des richesses sociales et il est de plus  la classe sociale la plus nombreuse aujourd’hui. S’il est décidé à affronter la minorité capitaliste, il ralliera une grande partie des autres travailleurs et la majorité de la jeunesse et il sera en mesure de vaincre les corps de mercenaires de la bourgeoisie, d’instaurer une véritable démocratie sur le modèle de la Commune de Paris ou des soviets de 1917. Le gouvernement des travailleurs qui en sera issu ouvrira la perspective des Etats-Unis socialistes d’Europe et de la fédération socialiste mondiale.

Pour cela, il faut aux travailleurs les plus résolus se regrouper sous le drapeau rouge, renouer avec le marxisme, mettre sur pied, au sein des luttes elles-mêmes et par la délimitation la plus stricte envers la collaboration de classes et le chauvinisme, un nouveau parti ouvrier, vraiment socialiste, vraiment communiste, donc révolutionnaire et internationaliste.

31 mars 2007