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La MAIF et, par voie de conséquence, la CAMIF ont été explicitement
créées sur des principes opposés à l’exploitation capitaliste des risques et
des accidents de la vie, revendiquant
leur place au côté du syndicalisme. Alors même que cette coopérative dégénère
et perd chaque jour un peu plus de son identité au service des travailleurs de
l’enseignement public, la MAIF la rejoint. Toujours, quant à elle, sous le
contrôle de l’appareil de la confédération syndicale UNSA (ex-FEN), elle vient
de nouer un partenariat avec la Caisse d’Epargne et une autre mutuelle
d’assurances dont les dirigeants sont politiquement proches (la MACIF). Le
choix des partenaires industriels est apparemment plus social que celui pour
lequel a opté la CAMIF mais au fond, la démarche a les mêmes sources et il
suffit de rappeler que la première ouverture de la CAMIF a débuté, dans les
années 1980, vers des mutuelles de la fonction publique, pour finir dans les
bras de 3 Suisses International.
Prise à la gorge par le développement des groupes d’assurances
capitalistes contre lesquels la MAIF avait été sciemment fondée en 1934, elle
tente d’atteindre la taille critique dans l’univers concurrentiel de
l’assurance face aux géants capitalistes du secteur. Les gouvernements
bourgeois successifs de la France ont fait évoluer la législation et la
réglementation dans un sens défavorable aux mutuelles. Ainsi, le ministre de
l’économie du gouvernement Mitterrand-Mauroy (PS-PCF-PRG-MRC) annonçait au
Conseil National des Assurances :
L’assurance est une industrie et l’épargne qu’elle engendre doit servir
au financement direct de l’industrie. (Jacques Delors, février 1983)
Ce partenariat a en effet son pendant interne, au plan social, contre
le personnel de la mutuelle. La direction social-démocrate de la MAIF emboîte
le pas à celle de la CAMIF et dénonce pêle-mêle la grille de rémunération à
l’ancienneté pour mettre en place une rémunération variable et un nouveau
système d’évolution de carrières fondé sur le « mérite ». Bref,
l’attirail utilisé tant par les patrons privés que par l’Etat contre les
salariés du privé et du public pour faire baisser le coût du travail en brisant
les conquêtes sociales des travailleurs.
Dans les deux cas, le processus à l’œuvre est l’illustration du fait
que d’une manière générale, les coopératives ou les mutuelles ouvrières ne
peuvent être, à elles seules, le point de départ d’un nouveau mode de production.
Du point de vue des travailleurs et en positif, leurs expériences
montrent toutefois une chose essentielle : les travailleurs peuvent se
passer de patrons et gérer collectivement leurs affaires eux-mêmes, ce qui
d’une part renforce la revendication transitoire du contrôle ouvrier sur
l’économie, dans le cadre d’une stratégie de conquête du pouvoir ouvrier et de
l’autre, donne tout son réalisme au projet d’une société authentiquement
socialiste.
Les coopératives (de production ou de consommation) et les mutuelles
restent soumises aux lois du marché, à la loi de la valeur, à l’ensemble des
lois du mode de production capitaliste, ce qui implique qu’elles finissent
inéluctablement par s’adapter jusqu’à devenir des entreprises « comme les
autres » à moins qu’elles ne disparaissent purement et simplement… sauf si
leur principe est généralisé à l’échelle de la société entière, ce qui implique
l’abolition du capitalisme et la transition vers le socialisme.
Pour excellent qu’il soit en principe, et utile qu’il soit en pratique,
le travail coopératif, s’il reste circonscrit dans un secteur étroit, limité à
des efforts isolés et épars des travailleurs, ne sera jamais capable d’arrêter
la progression géométrique des monopoles, ni de libérer les masses… (Karl Marx,
Adresse de l’AIT, 1864)
La tendance à la socialisation des forces productives s’exprimait après
la seconde guerre mondiale, au sein de la société capitaliste, sous forme de
« services publics » et de « dépenses sociales », surtout,
et de l’existence d’une « économie sociale », dans une moindre
mesure. Mais la classe ouvrière n’a pas été en capacité de prendre le pouvoir,
malgré les multiples occasions favorables de la fin des années 1960 et des
années 1970, à cause de la trahison de ses directions, tant syndicales que
politiques. Les formes de socialisation antérieures ont été brutalement
réduites par la classe capitaliste, décidée à profiter du reflux pour restaurer
le taux de profit, sous couvert de « libéralisme ».
Une fois au pouvoir en 1981, les partis ouvriers traditionnels (PS,
PCF) ont réappris le « réalisme » qu’ils avaient déjà pratiqué avec
les gouvernements Blum et De Gaulle et contribué à sortir leur bourgeoisie de
la crise. La restauration du capitalisme en Russie les a dispensés de tout camouflage
socialiste. Quant aux appareils qui contrôlent les syndicats, ils sont passés
de la négociation de quelques améliorations du sort des salariés lors des
« 30 glorieuses » à la négociation des plans contre les travailleurs
durant les « 30 piteuses » qui ont suivi.
Les entreprises publiques sont privatisées, la
« déréglementation » et la « mondialisation » déstabilisent
les coopératives et les mutuelles, forcées de s’aligner ou de disparaître. En
particulier, la CAMIF, la MAIF et la MGEN sont d’autant plus en danger que les
chefs des fédérations syndicales enseignantes ont multiplié les scissions et la division des rangs syndicaux (UNSA,
FSU, FO, SUD) tout en capitulant toutes devant les gouvernements bourgeois successifs
et en cogérant toutes (du CA d’établissement au CSEN).
Bref, le combat immédiat contre les licenciements à la CAMIF, contre la
remise en cause des acquis des travailleurs à la MAIF et à la MGEN, pose aussi
la question de la démocratie ouvrière au sein des syndicats des travailleurs de
l’enseignement et lors des luttes, de la réunification du syndicalisme
enseignant, de la lutte effective contre les projets réactionnaires et pour la
défense du droit à la formation. Une ligne de lutte de classe, le contrôle
effectif des travailleuses et des travailleurs de l’enseignement public sur
leurs propres organisations, constituent la seule chance de maintenir des
mutuelles et coopératives d’enseignants distinctes du capital financier des
groupes de la distribution et des compagnies d’assurances.
En dernière analyse, le secteur de « l’économie sociale » ne
peut rester social que dans la perspective d’une économie majoritairement
sociale. La condition de la marche au socialisme est la conquête du pouvoir
politique par le prolétariat.
Au sein de la société bourgeoise fondée sur la valeur d’échange, il se
développe des rapports de distribution et de production qui sont autant de
mines devant la faire éclater. Les innombrables formes contradictoires de
l’unité sociale ne sauraient être éliminées par de paisibles métamorphoses. (Karl Marx, Grundrisse, 1857-1858)
Correspondant