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Face à un plan de suppression de 350 postes

Grève à la CAMIF

 

Les travailleurs des entreprises de l’économie sociale savent –de l’intérieur– l’échec des tentatives visant à pérenniser au sein du système capitaliste des entreprises aux fondements inspirés des principes syndicalistes, mutualistes et coopératifs. Au fil du temps, sans transformation d’ensemble de l’économie, elles sont irrémédiablement vouées à se conformer aux lois du capital, sinon à disparaître. (Révolution socialiste n° 16, mai 2005, page 38).

Le conseil d’administration et la direction générale de la Coopérative des Adhérents de la Mutuelle des Instituteurs de France (CAMIF) décident de porter un nouveau coup sévère aux salariés de la coopérative : après les suppressions de  postes de 2006, elle annonce aujourd’hui un nouveau plan de 350 à 450 suppressions de poste !

 

Depuis bientôt 10 ans, la 3e entreprise de vente à distance inflige plan social sur plan social au personnel

 

La CAMIF a été créée en 1947 par des militants du Syndicat National des Instituteurs, antérieurement à l’origine de la MAIF, pour leur permettre d’accéder à des produits de consommation de qualité au meilleur coût et constituer une caisse de secours mutuel. À la fin des années 1990, la CAMIF était au bord du dépôt de bilan, ce qui avait entraîné un premier « plan social ». Cette restructuration avait déjà abouti en 2000 à supprimer environ 200 postes, certes sans licenciement contraint du fait de la grève puissante du personnel qui l’avait empêché, mais ceci permet de prendre la mesure de la descente aux enfers inexorable que connait le personnel de l’entreprise depuis plusieurs années.

Les dirigeants de la CAMIF, qui mènent souvent grande vie, utilisant sans vergogne les cartes de crédit, les logements, les voitures mises à leur disposition par l’entreprise, cherchent alors à adosser celle-ci à un vépéciste de plus grande dimension. Ils introduisent en 2005 le groupe capitaliste 3 Suisses International dans le capital de l’entreprise. Les 3 Suisses prennent aussi le contrôle de la filiale « crédit » de la CAMIF, jusqu’alors liée à la CASDEN, l’organisme bancaire  coopératif des personnels de l’Education Nationale.

Exhortés depuis par les grands patrons des 3 Suisses à « couper les branches mortes », intéressés à sécuriser au plus vite leur premier investissement avant d’aller plus loin, la direction générale de la CAMIF prononce sa sentence fin 2005 : suppression de 188 emplois sur environ 1 800 salariés. Dans son principe, ce plan consiste à supprimer des activités « génératrices de coûts et de pertes », c’est-à-dire réduire les charges fixes de l’entreprise, en premier lieu, sa masse salariale.

Des activités entières déclarées « structurellement non rentables » sont en ce début 2006 visées pour être soit supprimées, soit restructurées. L’ensemble des secteurs de l’entreprise est concerné, principalement à Niort, le siège historique de la coopérative, mais aussi les sites extérieurs. Ainsi, sont programmées : la fermeture d’un  magasin à Rouen,  celles d’un centre d’appels à Toulouse et d’une filiale à Angers.

Le plan se combine à une autre opération visant à détruire la nomenclature des emplois et à substituer la  convention collective des entreprises de Vente à Distance à la convention d’entreprise actuelle. Celle-ci, quoiqu’amputée depuis 20 ans de nombre de ses dispositions favorables aux salariés, reste encore trop chère aux yeux des dirigeants sociaux-démocrates de la CAMIF, qui bénéficient de la complicité de ceux de la mutuelle d’assurances MAIF.

Le plan de 2005

 

La seconde restructuration prend la forme légale d’un « plan de sauvegarde de l’emploi » (PSE). En pratique, chacun/e comprend très vite que plus de 1 000 salariés sont en danger.

Cette décision brutale en elle-même s’accompagne d’une résurgence du « projet » de nouvelle nomenclature des emplois basée sur un référentiel dit « des compétences », ayant pour but de casser la nomenclature actuelle fondée sur la reconnaissance des diplômes et des métiers et d’ouvrir la voie à un nouveau système de rémunération constitué d’une part fixe (les minima de la branche professionnelle de la vente à distance) et d’une part variable (liée aux résultats individuels et collectifs, mais aussi au « comportemental » de la salariée ou du salarié vis-à-vis de l’entreprise).

Des affrontements sectoriels tout au long du premier semestre 2005 avaient culminé en juin en une grève déterminée et victorieuse contre le projet de nouvelle nomenclature et de grille des salaires. Dès l’annonce du plan de restructuration fin 2005, 900 salariés sur 1 400 présents à Niort, encadrement compris, participent à une massive assemblée générale du personnel convoquée par toutes les organisations syndicales (CGT, CGT-FO, CFDT et CGC). Renouant avec le mot d’ordre de la grève de 2 000 contre le premier « plan social », l’assemblée du personnel confie alors aux dirigeants syndicaux le mandat de ne pas accepter les licenciements. Mais cette assemblée générale puissante, massive, n’a pourtant pas réussi à décider la grève illimitée, qui était le moyen d’empêcher les licenciements.

 

« Les patrons promènent le chien »

 

Grâce à l’orientation des directions syndicales dérivant le mécontentement vers le Comité d’Entreprise, la direction de l’entreprise a pu lui faire jouer son rôle d’amortisseur social fondé sur la collaboration entre partenaires sociaux, pour sauver ensemble l’entreprise.

Pendant le temps de la consultation, les travailleurs espèrent, pour éviter les licenciements « secs », une solution « négociée » qui les dispenserait d’un conflit dur et à l’issue hasardeuse, d’autant que tous les appareils syndicaux entretiennent l’illusion d’un règlement positif possible de la crise « autour du tapis vert ». Les responsables syndicaux expliquent que, pendant la procédure, l’employeur est « tenu de communiquer des chiffres », pour « justifier » son projet, offrant ainsi des possibilités de négocier des contre-propositions, voire de recourir aux tribunaux.

La vérité est cyniquement révélée par les confidences des DRH, au cours de leurs séminaires, pendant les pauses-café, etc. : « les patrons promènent le chien ». Autrement dit, ils occupent les délégués syndicaux tout en peaufinant leur plan.

Le personnel se divise, la mobilisation fléchit, les forces se dispersent. Les appels successifs à des assemblées générales du personnel par les dirigeants syndicaux, sans perspectives rationnelles ni décisives, ont abouti à une diminution chaque fois plus nette du nombre des salariés y participant. L’avant-dernière assemblée de janvier, convoquée par voie de presse, non par tract, réunit 250 à 300 personnes. La dernière assemblée de grévistes, le 2 février 2006, ne comptait plus que 80 personnes qui se sont repliées en bon ordre mais défaits.

Pour finir, le plan de la direction générale de la CAMIF s’applique. Si nombre d’employés sont reclassés  dans des entreprises locales ou partent à la retraite, d’autres perdent leur emploi. Le magasin de Rouen est fermé, une vingtaine de salariés licenciés. Une filiale est vendue à un « repreneur » avec son personnel (une vingtaine) mais rien ne peut garantir le maintien de ces emplois dans la durée. Le centre d’appel de Toulouse est fermé en juillet 2006 : moins 23 emplois.

 

Après la diversion du CE, celle des « Comités de défense »

 

Au lieu de quoi, les dirigeants syndicaux déblatèrent sur « l’absence de considération ou d’écoute » dont font montre à leur endroit les dirigeants de l’entreprise, ils fustigent « la mauvaise gestion » et « l’inspiration libérale » de la politique des dirigeants sociaux-démocrates de la CAMIF et réclament « un véritable plan stratégique de développement ». Les prises de parole pour dénoncer les erreurs de gestion, les carences et des pratiques frauduleuses des « manageurs » ne contribuent cependant pas à éclairer l’enjeu et à armer les salariés en colère.

Loin de tirer les leçons de l’impuissance du CE, qui n’a servi qu’à désarmer les travailleuses et les travailleurs de la CAMIF, les appareils syndicaux, le PCF, le PS, aidés par le PT et la LCR les orientent vers une autre impasse, en mettant sur pied des « comités de défense ».

Le premier est un « comité de défense de la CAMIF » où l’on retrouve la CGT avec le PCF, LCR, ATTAC, la députée PS et le maire PS de Niort… alors que les dirigeants de la CAMIF sont eux-mêmes d’éminents membres du PS. Le Comité de défense ne mise pas sur les travailleurs concernés et la solidarité de classe des autres salariés de Niort et des Deux-Sèvres, sur celle de tous les enseignants à qui est censée appartenir la CAMIF. Le « comité de défense de la CAMIF » s’en remet aux dirigeants du « monde mutualiste » qu’ils appellent à se ressaisir. Les petits-bourgeois de tout poil y bavardent interminablement sur la « révolution Internet que n’ont pas su anticiper les dirigeants de la CAMIF », la dénonciation de « la politique des remises commerciales » qui repousse le chaland coopérateur et préconisent... la vente de paquets de café « du commerce équitable », pour recouvrer la confiance des sociétaires CAMIF !

Le second est un « comité de défense de la mutualité, de la coopérative et des services publics de Niort » où l’on retrouve les dirigeants de FO et le PT, l’organisation politique qui soutient « le candidat des maires ». Il ne s’adresse pas plus aux travailleuses et travailleurs de la CAMIF pour préparer la grève générale et la solidarité prolétarienne de la région, de l’enseignement public et du secteur de « l’économie sociale ». Le « comité de défense de la mutualité, de la coopérative et des services publics » explique que l’origine du mal est lointaine, à l’étranger, c’est « l’évolution de la législation issue des directives européennes». S’adressant le 16 juin 2006 à Ségolène Royal, Présidente de la Région Poitou-Charentes et députée PS des Deux-Sèvres, le Comité lui explique : « l’alliance contre nature avec les 3 Suisses a conduit les dirigeants de la CAMIF à mener une politique commerciale désastreuse, à remettre en cause les garanties collectives des salariés ».

Pourtant, la remise en cause de la convention d’entreprise date de 1984, le premier plan social date de 2000 ; ils sont bien antérieurs à l’entrée des 3 Suisses dans le capital de la CAMIF. Quant au lien entre les directives européennes et les pertes financières de la CAMIF, seul le PT le connait.

 

Grève à l’annonce par la CAMIF de la suppression de 350 à 450 postes de travail

 

Les deux « Comités de défense » n’ont pas empêché une nouvelle attaque contre les employés. Après des années de pertes financières et malgré les restructurations, les remises en cause des conditions de travail et les baisses de salaires des employés et cadres, le redressement économique de la CAMIF ne s’est pas produit. Alors que le précédent « plan social » de 2006 est encore en cours d’application, la direction de la CAMIF annonce un troisième plan, soit 350 à 450 postes supprimés en 2007-2008 ! Telles sont les garanties que la nouvelle CAMIF veut fournir au capital financier, aux nouveaux investisseurs privés…

Le 21 mars, sitôt la nouvelle connue, 4 à 500 salariés de la CAMIF ont tenu une assemblée générale et ont mandaté les délégués syndicaux CGT, CGT-FO et CFDT sur les mots d’ordre : Aucun licenciement, Qu’ils s’en aillent !  (les dirigeants de la CAMIF). La grève a été votée le 22 mars, bloquant le centre nerveux (la Direction Informatique) et les centres de production. L’encadrement, sans être en grève, s’inquiète car il est cette fois directement menacé par les licenciements.

Plusieurs centaines de travailleuses et de travailleurs ont interpellé Ségolène Royal, qui tenait un meeting électoral dans son fief le jour-même : la candidate du PS a déclaré vouloir « un moratoire », c'est-à-dire non l’abrogation du plan, mais sa suspension… jusqu’aux élections présidentielle et législatives ?

Une manifestation de 250 salariés a eu lieu le 23 mars sur le site de la MAIF pendant qu’une délégation rencontrait le président du Conseil d’administration de cette mutuelle historiquement liée à la CAMIF afin notamment de lui demander l’apport immédiat des millions nécessaires, sans condition.

Face à la manifestation de 600 à 700 personnes du samedi 24 mars, sur les mots d’ordre « aucun licenciement » et « dehors les dirigeants », le préfet a préconisé lui aussi le gel du plan social, le temps d’un audit des comptes de l’entreprise.

S’il veut mettre toutes les chances de succès de son coté, le mouvement de grève doit se généraliser à tout le groupe, procéder à l’élection d’un comité de grève composé de délégués élus et révocables et prendre le chemin d’une mobilisation des travailleurs à l’échelon local.

La première revendication doit être d’exiger le retrait pur et simple du plan de suppressions de postes, donc de licenciements. La deuxième revendication est l’ouverture des livres de comptes de l’entreprise et leur libre accès aux représentants des grévistes. La troisième revendication est d’exiger des dirigeants de la MAIF (et de la MACIF) qu’ils apportent l’argent nécessaire à la survie immédiate de la CAMIF, exigence fondée sur le fait que ces dirigeants ont cautionné la longue dérive de la coopérative depuis la rupture des liens organiques et juridiques qui unissaient les sociétés.

 

Grève générale de tout le groupe !

 Retrait du plan social !

 Pas un seul licenciement !

 

Niort, le 25 mars 2007, correspondant