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Soudan et Darfour

Pour une révolution sociale afin d’arrêter le pillage de l’Afrique et les massacres afférents

 

Toujours plus de massacres à l’ouest du Soudan

 

Le Soudan est le plus grand pays d’Afrique, 4,5 fois plus étendu que la France. Une guerre sanglante et interminable a fait deux millions de victimes au cours des deux dernières décennies, décimant des régions entières, au Sud et dans la région du Darfour.

Six millions de personnes risquent aujourd’hui de s’y retrouver sans vivres et sans protection. Depuis la signature d'un accord de paix en mai 2006 au Darfour, la violence n'a fait qu'augmenter, le cessez-le-feu étant constamment violé par les forces gouvernementales. Depuis 2003, le conflit au Darfour a fait 300 000 morts, déplacé 2 millions de personnes, dont 200 000 réfugiées au Tchad, qui meurent  de faim ou se font attaquer durant leur exode et dans des camps de fortune.

La féroce lutte pour le pouvoir qui s’y livre n'est que l'un des affrontements qui a saigné l’Afrique centrale au cours des dernières années. Le Rwanda a payé d’un génocide l’affrontement entre l’impérialisme français qui s'accrochait désespérément à une dictature sanglante et les impérialismes anglais et américain qui ont fini par abattre cette dictature à partir de l'Ouganda et arracher la région des Grands Lacs à l'influence française. Au Congo (RDC, ex-Zaïre) où le nouveau régime rwandais et le régime ougandais, forts du soutien américain, ont pu se livrer aux pires atrocités contre la population, Mobutu a été évincé par Kabila, le candidat de l’impérialisme américain.

 

Le Soudan, un Etat artificiel issu de la colonisation européenne

 

Après les escales commerciales, la traite des esclaves, les expéditions militaires, les guerres de conquête, l’asservissement du continent africain, la colonisation a imposé les rapports capitalistes de production.

Le Soudan actuel résulte de la rivalité entre l’impérialisme anglais et l'impérialisme français. Dans le partage de l’Afrique, la région occupée aujourd'hui par le Soudan constituait un enjeu majeur. La Grande-Bretagne avait réussi à évincer la France de l'Egypte, qui avait été un temps sous protectorat anglo-français. Mais pour que sa victoire soit complète, il fallait que ce territoire et les rives de la Mer Rouge échappent à l'influence française. En fait, si le Soudan vit le jour sous sa forme actuelle, ce fut en grande partie pour servir de zone-tampon entre les empires coloniaux français et britannique, ce qui explique en partie les guerres qui le déchirent jusqu’à aujourd’hui.

La mainmise britannique sur le Soudan marqua la dernière étape décisive dans le partage de l'Afrique entre les grandes puissances coloniales. Le massacre de 10 000 soldats soudanais à Fachoda, le 3 septembre 1898, permit l'intégration du Soudan dans l'empire britannique sous le statut de « condominium anglo-égyptien », comme « protectorat » d'une Egypte occupée elle-même par l'impérialisme britannique. L'administration et la police y étaient organisées et payées par l'Egypte, mais les officiers britanniques, formellement rattachés à l'armée égyptienne mais ne recevant d'ordres que de Londres, occupaient toutes les positions-clé.

La constitution artificielle du Soudan et la politique suivie par la suite par les autorités coloniales britanniques créèrent les conditions de la guerre civile qui le ravage aujourd'hui. Le caractère artificiel de ses frontières, tracées à la règle, coupent en deux plus d'une demi-douzaine d'ethnies différentes, partagées avec le Tchad, l'Egypte, l'Erythrée et l'Ethiopie.

Le colonisateur s'est toujours appuyé sur les dirigeants du Nord pour contrôler le Sud. Il a soumis le Soudan à une forme particulière d’Indirect rule, comparable au système mis en place en Afrique du Sud. Les « Arabes » du Nord occupent alors le rôle de privilégiés face aux « Noirs » du sud. Les conditions de l’indépendance de 1956 ont pérennisé cette domination et les clivages artificiels. En outre, les « civilisateurs » ont importé la vieille technique britannique consistant à créer des « villages sûrs », des camps où certains groupes de population étaient isolés par la force pour priver la guérilla de tout appui populaire, au moment de la guerre contre le Sud.

Le Soudan continue à payer depuis, sa position géographique sur la ligne de front des rivalités impérialistes. Les États impérialistes sont aidés par la bourgeoisie nationale et le seul parti ouvrier, le Parti communiste du Soudan, forgé par la bureaucratie du Kremlin.

 

La décolonisation : les puissances impérialistes passent le relai aux bourgeoisies nationales

 

Au début du 20e  siècle, le pillage colonial s’est étendu aux minerais et ressources du sous-sol africain. À côté de la paysannerie pauvre, est apparu un prolétariat des mines, des compagnies de transport et des docks. La paysannerie s’est rapidement réduite à un prolétariat agricole, corvéable à merci dans de grandes plantations. Le reste des paysans pauvres a aussi été intégré aux monocultures d’exportation ou bien, ruiné, est allé gonfler les bidonvilles des grandes agglomérations.

Au moment de la décolonisation, le stalinisme a prétendu que les effectifs du prolétariat étaient trop faibles pour diriger le mouvement révolutionnaire des masses. La force principale de la révolution résidait donc dans les masses paysannes, et les révolutionnaires n’avaient qu’à s’intégrer dans les fronts anti-impérialistes. Le contrôle du mouvement ouvrier par les appareils réformistes et staliniens a ainsi permis aux bourgeoisies ou à des fractions de la petite-bourgeoisie de s’emparer dans les pays dominés d’Afrique de la direction du mouvement des masses en camouflant leurs objectifs de classe. Aidées par les « Unions nationales » et la collaboration de classes anti-impérialiste, les directions nationalistes ont préféré le joug impérialiste au danger de la classe révolutionnaire qui l’affrontait.

La théorie stalinienne de la « révolution par étapes », « nationale, démocratique et populaire », a imposé l’illusion que la bourgeoisie nationale avait la capacité historique de jouer un rôle dans la conquête de l’indépendance nationale alors qu’elle a instauré les nouveaux instruments de la domination impérialiste : la plupart du temps, des régimes de parti unique dont la première tâche a été de détruire les organisations de classe construites par le prolétariat dans sa lutte contre le colonialisme. En Afrique, plus de trente coups d’État ont installé des dictatures militaires usant d’une répression policière atroce pour préserver le pouvoir des bourgeoisies dominées. Lorsque la lutte de classe s’est développée contre ces bourgeoisies compradores et leurs États, lorsque grèves ouvrières, révoltes paysannes et émeutes étudiantes ont cherché à ébranler les bourgeoisies compradores, les partis « communistes » ont encore servi à saboter ces combats et à faciliter leur répression.

Deux ans après l'indépendance de 1956, le Soudan connaît le premier d'une longue série de coups d'État. En 1958, le général Abboud s'empare du pouvoir, soutenu par l'impérialisme américain. Celui-ci convoite la position stratégique du Soudan comme rempart au nationalisme arabe de Nasser. Mais les méthodes brutales d'Abboud ne réussiront pas à écraser la mobilisation des classes laborieuses et des étudiants.

Le Parti communiste du Soudan (PCS), clandestin, prend la tête des mouvements de protestation et de grèves qui culminent lors de la grève générale du 26 octobre 1964. Abboud finit, par peur du soulèvement des masses, par remettre le pouvoir au Front National, une coalition entre les vieux partis religieux, le parti stalinien et les syndicats illégaux.

Le nouveau gouvernement comporte un ministre issu de chacun des partis religieux, un ministre du PCS, le secrétaire général de la fédération syndicale soudanaise et le président de l'association des paysans de Gezira, l'organisation paysanne la plus importante du pays. Il n'est évidemment pas question pour les dirigeants « communistes » de postuler au pouvoir au nom des travailleurs. Sous prétexte de front uni anti-impérialiste, le Front national organise la soumission de la classe ouvrière et des petits paysans à la classe bourgeoise et aux chefs tribaux, représentée par les partis religieux. N'offrant aucune perspective à la population pauvre qui avait renversé la dictature, le PCS œuvre à la démobiliser et la désarmer. Bientôt, l'ordre est rétabli. Trois ans après le renversement d'Abboud, les partis religieux peuvent expulser du Parlement les 16 députés du Parti communiste du Soudan.

Mais bientôt, devant la classe ouvrière qui se lève, exaspérée par les atteintes à leur seul parti et par des conditions de vie désastreuses, l'armée est rappelée en renfort. En mai 1969, le colonel Gaafar Nemeiry s'empare du pouvoir au nom de l'armée, avec de nouveau le soutien du PCS, des syndicats et des associations paysannes. Nemeiry s'engage à suivre « la voie du socialisme », rebaptise le pays « République démocratique du Soudan »… Grâce à l'appui du parti « communiste », Nemeiry a eu les mains libres pour écraser le prolétariat et la paysannerie paupérisés. Une fois l’État stabilisé, il interdit tous les partis politiques, fait emprisonner à partir de 1971 des centaines de militants communistes et exécuter des responsables.

Nemeiry ne tarde pas à proposer aux partis religieux traditionnels et intégristes islamistes une « réconciliation nationale ». Il réintroduit l'Islam dans la phraséologie officielle du régime. Plus sa politique répressive devient impopulaire et la situation économique dramatique, plus il cède du terrain aux partis religieux. En 1983 il fait du droit islamique archaïque, la « charia », la base du régime, qui transforme les non-musulmans que sont les habitants du Sud en citoyens de seconde classe.

En 1989, le lieutenant-général Hassan Al Bashir, ministre de la Charia sous Nemeiry, organise un nouveau coup d'État, avec l'aide du Front national islamique d’Al Tourabi. Les partis politiques sont à nouveau interdits et la République devint officiellement un État islamique, renforçant la discrimination à l'égard des non-musulmans.

 

Un pays ravagé par des guerres récurrentes

 

La guerre actuelle au Darfour plonge ses racines dans la guerre civile qui a opposé le Nord et le Sud du pays depuis des décennies. Celle-ci remonte à 1955, un an avant l'accession du pays à l'indépendance. Les soldats du Sud soudanais se rebellent alors contre la politique de discrimination du gouvernement semi-autonome d'alors, en particulier la nomination systématique au Sud de fonctionnaires venus du Nord. Cette guerre n'a cessé qu’entre 1972 et 1983.

En 1972, l’autonomie régionale du Sud est concédée ainsi que l'abrogation de toute discrimination légale fondée sur la religion. Mais lors de la découverte des gisements de pétrole dans le Sud, cette semi-autonomie est supprimée en 1982 par le gouvernement central et une province dite de l’Unité est créée correspondant à la zone pétrolière. En 1983, la mutinerie de deux bataillons de l'armée soudanaise au sud fonde un nouveau mouvement de guérilla, l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA), au moment où la loi islamique est installée sur l’ensemble du pays. Avec le temps, la SPLA est devenue une coalition de chefs de guerre, plus que la branche armée d'un mouvement nationaliste. Le conflit s’est soldée par le partage du contrôle des richesses entre le régime de Khartoum et la SPLA. En 1989, à la suite d'un coup d'État, le général Omar Al Bashir devient chef d'État, Premier ministre et chef des forces armées.

Depuis 1983, la guerre contre le Sud a fait plus de 2 millions de morts, plus de 4 millions de personnes déplacées et plus de 500 000 réfugiés. Dans cette guerre entre le Sud sédentaire et le gouvernement soutenu par le Nord nomade, le gouvernement de Khartoum a tout fait pour diviser les paysans du Sud en opposant les chrétiens aux animistes. Pour leur part, chaque État voisin a soutenu telle ou telle faction.

De 1985 à 2003, des milices nomades (les Murahelin) ainsi que des jeunes enrôlés de force ont été employés par le gouvernement pour attaquer, tuer et déplacer une grande partie de la population rurale. Dans la province d’Unité, le paysage est aujourd’hui désert, le pays n'est que terre brûlée, les anciens bergers et fermiers ont fui dans les villes, la terre autrefois cultivée par les Nouba est désormais utilisée par de grandes exploitations agricoles gérées par des Nordistes. Des avions Antonov et des hélicoptères de combat de l’armée de l’air soudanaise ont systématiquement attaqué les civils.

 

La guerre du régime islamiste au Darfour

 

Grand comme la France, le Darfour constitue l’Ouest du Soudan auquel il a été incorporé en 1916. Une grande partie de son territoire est désertique, c’était la région la plus pauvre du Soudan. La découverte de pétrole dans la région du Darfour a aiguisé la volonté d’appropriation exclusive par la fraction du général Al Bashirn d’où le déclenchement de la rébellion par les élites du Darfour, se posant en représentantes du peuple défavorisé et oublié contre Khartoum.

La rébellion a éclaté en février 2003, menée par l'Armée soudanaise de libération (ALS), composée des compagnons d'armes d'Idriss Deby, dictateur du Tchad et grand ami de la France. Un second groupe appelé Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE), est dirigé par un ancien responsable du parti islamiste de Hassan Al Tourabi, jadis au pouvoir. Ils combattent pour obtenir leur part des revenus du pétrole. La faction Minnawi de l’ALS a été la seule à signer l’« accord de paix » en mai 2006 avec le gouvernement et lutte depuis aux côtés des forces gouvernementales. D’autres factions de l’ALS ainsi que le MJE, peu satisfaits de ces concessions en matière de partage des richesses comparées à leurs positions du temps de Tourabi, ont formé le Front national du salut.

Le gouvernement a substitué un critère de différenciation ethnique ou religieux propre à faire se dresser les exploités les unes contre les autres. Il a inspiré à ceux qui se perçoivent comme « Arabes », les Soudanais des abords immédiats de la vallée du Nil, le sentiment selon lequel les «Négro-animistes » étaient la cause de tous leurs maux. Affirmer qu’il s’agit d’un conflit « ethnique » entre des éleveurs nomades « arabes » et des fermiers sédentaires « africains » ignore que l’on puisse être à la fois arabisé et Noir. L'antagonisme a été attisé par la politique du gouvernement de Khartoum contre la rébellion. Il s’agit aussi de masquer sous l’émotion et l’effroi les intérêts liés au pétrole et de permettre aux États occidentaux, se présentant comme missionnaires de la paix et de la démocratie, d’y prendre pied.

L’État soudanais et les puissances impérialistes continuent de décrire le conflit du Darfour avant tout comme une « guerre tribale ». La moitié nord du pays est saharienne, parcourue par des nomades chameliers. Au centre et au sud, tribus pastorales et populations paysannes voisinent. Au cours du siècle dernier, les distinctions entre groupes ethniques d'une part, et entre éleveurs nomades et paysans sédentaires d'autre part, ont été de plus en plus gommées par les mariages mixtes et l'interdépendance économique des uns et des autres. Ainsi, la majorité de la population est de peau noire et de langue arabe. Leur point commun est d'avoir longtemps été soumis au pillage des commerçants et marchands d'esclaves venus d'Egypte. C'est ainsi que l'islam a été imposé à la majorité de ces populations au fil des siècles, ainsi que l'usage de l'arabe.

À la place de l’armée régulière, peu fiable car composée de nombreux soldats originaires du Darfour, la dictature a fait appel à des milices, les Janjawids ou « hordes à cheval ». Elles regroupent des bandits de grands chemins, des criminels de droit commun, des étrangers, des chômeurs, des nomades lumpenisés qui eux-mêmes ne se revendiquent pas « arabes ».

Le drame du Darfour, comme du Sud, découle des attaques systématiques de civils, perpétrées par l’État bourgeois soudanais qui organise, arme et commande les milices janjawids. Le pouvoir a en fait opté pour un déplacement de populations. Il veut ainsi éviter les conflits permanents comme au Nigeria entre les habitants pauvres du Delta pétrolifère et les firmes pétrolières, protégées militairement par le gouvernement.

Les Janjawids à la solde du gouvernement ne se comportent pas comme des pillards traditionnels. Ils mettent le feu aux champs, aux villages et tuent le cheptel, ce qui signifie qu’ils ne sont pas là pour les vivres. Ils attaquent les tribus sédentarisées pour les faire fuir de leurs terres, leurs récoltes sont systématiquement brûlées et les systèmes d'irrigation détruits, pour être sûrs qu’ils ne reviennent pas chez eux. Ils sont quelquefois accompagnés de forces armées gouvernementales, armées de fusils d’assaut Kalachnikov, de grenades propulsées par fusée et de mitrailleuses Douchkas. Leurs attaques sont précédées ou suivies par des bombardiers Antonov, des avions de combat Mig ou des hélicoptères de combat qui bombardent les villages ou vérifient qu’ils ont bien été vidés.

 

Le rôle majeur de l’impérialisme français

 

Aujourd’hui, il ne s’agit plus de colonisation, mais de savoir quelles compagnies feront main basse sur les ressources naturelles du Soudan, exploiteront sa main-d’œuvre et lui vendront des marchandises, dont les armes. Les puissances impérialistes ont parié sur des camps opposés dans la guerre civile soudanaise et entendent tirer, au gré d’alliances de circonstance, le maximum de profits. L’impérialisme français reste un soutien du régime de Khartoum, tandis que l’autre allié historique des régimes dictatoriaux soudanais, l’impérialisme américain, longtemps principal soutien financier de Khartoum, est plutôt prêt à le sanctionner.

L’impérialisme français a soutenu activement la dictature de Nemeiry puis le putsch militaire d’Al Bashir, mais a refusé son soutien au régime « parlementaire » qui a succédé à Nemeyri. La situation du Soudan explique cette fidèle amitié, entouré qu’il est d’États de la « Françafrique » (Congo, Centrafrique, Tchad). C’est du Darfour qu’est partie la conquête du pouvoir tchadien par Idriss Déby en 1990. Paris et Ndjamena ont en fait toujours entretenu des liens « amicaux » avec les deux camps belligérants, ce qui explique la longueur des conflits.

En 1994, la France obtient pour les troupes de Khartoum un droit de passage à travers la République centrafricaine, pour leur permettre de prendre la SPLA à revers. En même temps, Paris fournit à l'armée soudanaise des images satellites montrant la position des bases et des troupes de la SPLA. Les pistes d'atterrissage du Haut-Zaïre au Congo sont utilisées par l'aviation soudanaise pour ravitailler des troupes postées de l'autre côté de la frontière du Congo, grâce à un autre « protégé » de Paris, le dictateur Mobutu.

L’impérialisme français a largement profité de la restructuration économique entreprise par le gouvernement, suite au retrait de la Banque mondiale : réalisation d’un complexe industriel dénommé Jihad pour la production de matériel militaire, acquisition par Total d’un site d’exploitation pétrolière, obtention d’un marché hydro-électrique par Alstom, permis de prospection minière décerné au Bureau de géologie et de recherche minière, vente d’Airbus et obtention des marchés du bâtiment et du génie civil par les Grands travaux de Marseille.

En 2004, en pleine guerre au Darfour, une quarantaine d’entreprises françaises ont participé en compagnie du ministre français du commerce extérieur à la Foire Internationale de Khartoum. Dominique de Villepin y loue le sens humanitaire d’Al Bashir. En 2004, la France s'est opposée à la mise en œuvre de sanctions « immédiates » proposées par Washington. Quant à l’embargo sur les armes à destination du Soudan imposé par l’Union européenne en 1994, il précisait : « les contrats en vigueur avant la date de prise d’effet de l’embargo n’étaient pas touchés par la présente décision » afin de préserver le partenariat soudano-français.

De l'or vient d'être découvert au nord du Soudan et c'est une compagnie française, Ariab, qui a remporté la concession et non pas les géants américains, britanniques ou sud-africains de l'or.

 

Le rôle tout aussi décisif de son rival américain

 

Le Soudan est proche de l'Egypte et l'Arabie saoudite, deux pays-clés pour le contrôle du Proche-Orient. Il est devenu une pièce importante des États-Unis pour redessiner la région en fonction de ses  intérêts stratégiques et en défense de ses compagnies pétrolières.

À partir des années 1950, les services secrets américains misent sur les islamistes pour contenir l’influence de l’URSS et maintenir l’ordre bourgeois, de l’Afrique de l’est à l’Indonésie en passant par l’Afghanistan, l’Iran et l’Irak. Dans les années 1970, le groupe pétrolier américain Chevron découvre d'immenses réserves de pétrole au sud du Soudan et au large des côtes de la Mer Rouge. La guerre Nord-Sud compromet l’exploitation de ce pétrole. Les États-Unis ont alors aidé le pouvoir central de Khartoum à vaincre le SPLA, soutenue par le régime éthiopien de Mengistu aligné sur Moscou.

En 1972, l’accord de paix signé avec les dirigeants du Sud se fait sous le patronage des États-Unis. Il leur donne aussi mandat de veiller à l'application du plan de paix et d'organiser le retour des réfugiés. Leur rôle apparemment humanitaire sert de couverture à une politique visant à sélectionner, recruter et former dans les institutions américaines une génération de cadres politiques et militaires prêts, le moment venu, à servir loyalement les intérêts de l'impérialisme. Le principal dirigeant de la SPLA et ex-colonel de l'armée soudanaise, John Garang, peu après l'accord de paix de 1972, a été envoyé à Fort Benning aux États-Unis. Le millionnaire anglais « Tiny » Rowlands devint membre d'honneur de la SPLA un an après sa création, en reconnaissance de son généreux soutien financier.

Mais pour avoir resserré ses liens avec l'Iran à la fin des années 1980, puis refusé de se joindre à la croisade impérialiste contre l'Irak au moment de la guerre du Golfe, la dictature islamique de Khartoum se retrouve en 1993 sur la liste des régimes dits terroristes.

Lorsque Museveni, l'un des plus fidèles auxiliaires régionaux des États-Unis, prend le pouvoir en Ouganda, ce pays devient la principale base arrière de l'APLS et la source de ses armes, financées par les États-Unis. L’impérialisme américain impose des sanctions au Soudan au nom de « la lutte contre le terrorisme » au lendemain des attentats contre les ambassades des États-Unis au Kenya et en Tanzanie. L’armée américaine bombarde en 1998 à Khartoum l’usine Al-Shifa qui fabriquait la moitié des médicaments consommés au Soudan sous prétexte –déjà— d’armes chimiques.

Fin 2001, Al Bashir cède et renoue une étroite coopération avec Washington, en collaborant cette fois à sa « lutte contre le terrorisme ». Il fait exécuter 30 partisans d’Al-Qaida. Al Bashir pousse Saddam Hussein à accepter les enquêteurs de l’ONU, en violation des droits de l’Irak. En 2005, le chef des services de renseignement soudanais est invité à Washington par la CIA.

Chevron (dont Condoleezza Rice fut administratrice) exige que le gouvernement intervienne activement pour le retour de l’ordre. En octobre 2002, George W. Bush ratifie le Sudan Peace Act qui accorde 100 millions de dollars d’aide au gouvernement de Khartoum pour lequel les États-Unis ont déjà dépensé 144,2 millions de dollars (Wall Street Journal, 5 août 2004).

En 2005, à peine la fin de la guerre entre le pouvoir central et le Sud a-t-elle été scellée que les grandes compagnies pétrolières se sont bousculées aux portes du Soudan exsangue. Toutes les compagnies sont les bienvenues, dans le cadre d'une « concurrence ouverte ». Premières à avoir mené des explorations dans le pays avant de le quitter dans les années 1980, les compagnies américaines sont aussi les premières à y retourner. Dès la signature de la paix, Colin Powell a indiqué que les États-Unis allaient assouplir les sanctions économiques et militaires contre le Soudan, donnant ainsi son feu vert au retour des compagnies pétrolières américaines (et des autres). Au sud, Marathon Oil, un des soutiens financiers du candidat Bush, a ainsi été autorisée à « réactiver » un accord d'exploration et de partage de production. Elle y est associée, avec 32,5 % des parts, à la française Total (32,5 %).

 

Le régime joue la carte de l’Afrique du Sud, de l’Inde, de la Chine…

 

La fin de la guerre au Sud-Soudan pourrait faciliter les opérations des compagnies du continent asiatique. Le principal producteur soudanais, le consortium Greater Nile Petroleum Operating (CGNPO), appartient pour 40 % à la China National Petroleum Corporation, pour 30 % à la Petronas, une entreprise malaisienne, à 25 % à l’ONGG Videst Limited, un groupe indien, et pour 5 % à l’État soudanais. Les accords de paix stipulent toujours que les contrats existants seront respectés.

La Chine, de plus en plus présente en Afrique et qui importe 10 % de son pétrole du Soudan, a promis d’opposer au Conseil de sécurité de l’ONU son veto à toute sanction grave contre le pétrole soudanais. Non contentes d'avoir réalisé le premier oléoduc vers la Mer Rouge, les entreprises chinoises modernisent la raffinerie de Khartoum. La compagnie nationale chinoise a amené ses propres ouvriers : plus de 20 000 prisonniers de droit commun chinois qui ont bénéficié d’une dispense de peine.

Une firme indienne s'est également lancée dans la construction d'un oléoduc qui permet d’acheminer le pétrole extrait dans le centre-Sud du pays vers la Mer Rouge.

Les capitaux du Golfe sont accueillis dans les banques, les bâtiments et travaux publics, l’électricité, etc.

Le 1er janvier 2005, le président de l’Afrique du Sud, Thabo Mbeki, était invité au Parlement soudanais. Mbeki a cautionné le régime du Front national islamiste au nom de l’ANC, d’origine nationaliste, devenu depuis 1994 un parti bourgeois qui défend le capitalisme sud-africain (et qui a fusionné récemment avec le parti fondateur de l’apartheid). À la fin de l’année 2006, les autorités sud-africaines ont reçu à leur tour le vice-président du Soudan, du SPLM :

Le Président Thabo Mbeki aura des discussions avec le vice-président Salva Kiir Mayardit à Pretoria la semaine prochaine… Avec environ 80 % des réserves de pétrole du Soudan, le Sud attire une attention internationale. Les milieux d’affaires d’Afrique du Sud ne font pas exception… (Business Day, 23 novembre 2006)

Cette tentative de la dictature soudanaise de desserrer l’étreinte des puissances impérialistes en recourant à des partenaires économiques moins agressifs explique qu’en retour, l’Europe occidentale et l’Amérique du Nord aient redécouvert le génocide du peuple du Darfour.

Les Américains ont intégré un deuxième volet de sanctions contre le régime de Khartoum, qui gêne les Russes, les Chinois et les Algériens. Les Européens, qui votent sans problème les sanctions, s’opposent en revanche aux États-Unis sur la partie du texte concernant la poursuite des responsables des exactions perpétrées au Darfour. (Le Monde, 19 mars 2005)

 

Aucune confiance en l’ONU !

 

Le 30 juillet 2004, le Conseil de Sécurité de l’ONU adopte une résolution sur le Darfour qui impose un embargo sur les armes en direction des Janjaweeds sans que le gouvernement qui les approvisionne soit visé. Et quand, à la tribune de l'ONU, Colin Powell qualifie la situation au Darfour de « génocide » perpétré par le régime de Khartoum, il s’agit encore de la défense des intérêts impérialistes dans la région. Le « processus de paix » lancé sous l'égide de l'impérialisme américain avec le soutien total de la Grande-Bretagne n'a jamais eu pour but de protéger les populations. L’objectif est de faire en sorte que le pillage du pays par les entreprises des puissances impérialistes puisse reprendre son cours, que les ennemis « réconciliés » coopèrent désormais pour soumettre la population en échange de quelques miettes prises sur les revenus pétroliers.

Pendant toute cette période, l’ONU s’est déclarée « préoccupée » par les « crimes contre l’humanité » commis au Soudan. En effet, le régime soudanais arme et protège les milices sanguinaires qui s’acharnent sur les populations accusées de soutenir les rebelles, tandis que ces derniers sont armés et financés par certains pays voisins comme le Tchad. Mais en réalité, derrière ces deux pays et les « rebelles », il y a d'autres bandits, bien plus puissants, notamment français et américain, qui disposent chacun d’un droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU.

Une fois de plus, cela prouve que la population du Darfour, les peuples d’Afrique, le prolétariat mondial ne peuvent faire aucune confiance à cette caverne de brigands qu’est l’ONU.

 

Front unique ouvrier contre les interventions impérialistes, révolution socialiste pour renverser les régimes bourgeois

 

L’alignement des partis ouvriers sur les intérêts de classe de la bourgeoisie au moment de la décolonisation a aussi signifié l’abandon de l’alliance entre le mouvement ouvrier des métropoles et les mouvements de libération des masses colonisées. Les prolétariats d’Amérique du Nord, dont une partie significative est noire, et d’Europe, qui comporte des millions de travailleurs d’origine africaine, doivent briser le lien qui subordonne les syndicats et les partis issus de la classe ouvrière à leur impérialisme et affirmer pleinement leur solidarité avec les victimes de leurs bourgeoisies rapaces.

Rappelons-nous le principe fondamental de l'Internationale : la solidarité. Ce n'est que quand nous aurons établi ce principe vital sur des bases sûres chez les travailleurs de tous les pays que nous serons capables d'accomplir le grand but final que nous nous sommes fixés. (Karl Marx, Discours au congrès de la 1e Internationale, 1872)

Les blocs entre bureaucraties ouvrières et bourgeoisie impérialiste —sous hégémonie de cette dernière— aboutissent à la domination du continent africain, au pillage, à l’exploitation, aux dictatures, aux affrontements ethniques. En retour, les profits impérialistes ainsi obtenus permettent de corrompre les appareils des organisations ouvrières.

Dans les  centres impérialistes, imposer l’indépendance de la classe ouvrière et renouer avec la solidarité internationale impose le regroupement des éléments d’avant-garde en un parti communiste et internationaliste.

En Afrique même, il faut que, dans chaque pays, les travailleurs salariés, se dotant d’un parti à eux, ouvrier et révolutionnaire, prennent la tête de tous les opprimés (paysans pauvres, femmes travailleuses, minorités discriminées, jeunes travailleurs en formation, chômeurs…) pour les unir, quelles que soient leurs croyances, leur ethnie, leur nationalité, contre les régimes compradores. Il revient à la classe ouvrière, seule classe révolutionnaire à l’époque de la décadence du capitalisme, de prendre la tête de tous les opprimés et exploités contre la bourgeoisie et la domination étrangère. Seule l’union ouvrière et paysanne sous la direction du prolétariat organisé contre la bourgeoisie, impérialiste et nationale, peut en finir avec leur oppression.

Seule la lutte pour éradiquer les fondements du sous-développement, de l’oppression nationale, c’est-à-dire le capitalisme mondial, permettra de mettre définitivement fin à la présence de bases militaires étrangères, aux interventions impérialistes, aux coups d’État, aux conflits entre États croupions, aux guerres racistes, aux massacres récurrents comme ceux du Darfour.

Cette lutte passe par une série de révolutions à caractère socialiste, y compris dans les pays dominés, débouchant sur la fédération socialiste mondiale. Pour les mener à bien, il faut recréer une internationale communiste et édifier des partis ouvriers révolutionnaires et internationalistes.