| Révolution Socialiste | ![]() |
|
Accueil |
Liens |
Révolution Permanente |
CRP en el Perú |
Grupo Germinal |
Grève générale en Guinée
Débutée le 10 janvier 2007, la
grève générale des travailleurs et de la jeunesse de Guinée est suivie
massivement à Conakry et dans les principales villes. Annoncée le 2 janvier par
les deux principales centrales syndicales, l’Union syndicale des travailleurs
de Guinée (USTG) et
La grève générale contre le pouvoir et la misère capitalistes
Le déclenchement de la grève
générale fut le résultat d’un nouvel épisode de la corruption de la classe
capitaliste. Le 16 décembre 2006, c’est le président Conté lui-même qui vint
ouvrir les portes de la prison centrale de Conakry où étaient enfermés deux de
ses proches pour détournement de fonds de
La grève générale et politique est alors devenue inéluctable. Le feu couvait depuis un an. En février 2006, 5 jours de grève ont eu lieu à l’initiative des enseignants et des fonctionnaires afin d’obtenir des augmentations de salaires face à une inflation galopante, de l’ordre de 38 % par an. Alors que les salaires des fonctionnaires avaient été revus à la hausse de 30 % après ce premier affrontement, le gouvernement de Conté avait fait dévaluer le franc guinéen en mars. Puis il a fait annuler en mai 2006 les subventions au prix de l’essence à la pompe. L’augmentation de 30% des salaires était donc réduite à néant alors que le prix du riz (base de l’alimentation) a été multiplié par 5 depuis 2000. Début juin 2006, la misère ainsi créée déclenche de nouvelles manifestations et le boycott des examens par les enseignants. Les manifestations d’étudiants et de lycéens, au côté des travailleurs, sont réprimées très durement. Au moins 15 grévistes sont assassinés le 12 juin 2006. À partir des massacres, tout le prolétariat guinéen n’a qu’une perspective : chasser Conté, bourreau et affameur du peuple.
Depuis 20 ans et l’arrivée du colonel dictateur, la Guinée est restée l’un des pays les plus pauvres du continent, malgré des ressources agricoles et minières, notamment la bauxite (minerai d’aluminium) dont il est le deuxième producteur mondial, le diamant, l’or, le fer et les grandes réserves d’eau. Or la corruption, le marché noir (qui concernerait 60% de l’activité salariale) et la crise capitaliste saignent les plus pauvres et profitent à la clique militaire et gouvernementale qui négocie les contrats avec les multinationales impérialistes, françaises notamment. L’ancienne puissance coloniale, chassée en 1958, fait toujours de juteuses affaires en Guinée.
Contre cette misère et un régime répressif de plus de 20 ans, la grève générale qui a débutée le 10 janvier ne s’est pas cantonnée à des revendications salariales et économiques. Les grévistes exigent le retour en prison de Sylla et Soumah, et les travailleurs et la jeunesse veulent la tête de Conté. La grève illimitée touche les mines, secteur décisif de la classe ouvrière guinéenne :
Le secteur de la bauxite est également atteint par
le mouvement de grève. Les salariés de la mine de Sangaredi,
le principal site d’extraction situé au nord de Conakry, appartenant à
Avant même le déclenchement de
la grève, les directions syndicales ménageaient une issue à l’État bourgeois et
au capitalisme. Tout en considérant que Conté devait laisser la place, Hadja
Diallo de
Considérant que la vaillante Armée Guinéenne
continuera de jouer son rôle et défendre le laborieux peuple de Guinée en
détresse… Considérant que la dernière grève de juin 2006 n'est que suspendue,
l'Inter Centrale CNTG-USTG, n'ayant plus d'interlocuteurs crédibles tant du
coté du Gouvernement que celui du Patronat, pour l'application correcte et
intégrale des accords tripartites passés le 3 mars et le 16 juin 2006 entre le
Gouvernement, le Patronat et le Syndicat, décide du déclenchement d'une grève
générale et illimitée, sur toute l'étendue du territoire national, à compter du
mercredi 10 janvier 2007 jusqu'au rétablissement de l'ordre républicain… (Déclaration de l’Inter Centrale, 2 janvier 2007)
Comme il était prévisible, le gouvernement Conté n’a pas bougé de ses positions et son armée rétablit l’ordre dans le sang des grévistes.
De leur côté, les chefs
réformistes offrent trêve, délai et négociation au pouvoir assassin. En vain.
Le 12 janvier, une première rencontre entre le général Conté et l’Inter
Centrale se solde par des menaces de mort proférées par le président lui-même
contre les dirigeants syndicaux. Le 15 janvier, une seconde rencontre échoue,
faute d’acceptation par le dictateur d’un « gouvernement d’union
nationale » que demande l’Inter Centrale. Le 16 janvier, l’Inter Centrale
a rencontré les mollahs du pays représentés par
Le prolétariat et la jeunesse de Guinée veulent chasser Conté et sa clique militaire, le mot d’ordre de « À bas la dictature !» lancé par la jeunesse désigne l’objectif. En guise de réponse, les brigades anti-émeutes répriment : 23 morts, arrestation de Hadja Diallo (CNTG) et Elhadj Fofana (USTG). Pendant ce temps, les présidents sénégalais et nigérian bavardent sur la « crise guinéenne » à la demande de l’ONU.
Les chefs de l’Inter Centrale s’opposent à la prise du pouvoir, ils demandent un autre gouvernement négocié, avec d’autres partis de la bourgeoisie, alors que l’armement des travailleurs, qu’un gouvernement s’appuyant sur eux est le débouché positif de la grève générale. Toutes les hésitations, le « pacifisme » face aux massacres invoqué par l’opposition et les deux centrales syndicales paralysent le mouvement et font courir le risque de la restauration de l’ordre par l’armée sur les cadavres des travailleurs et des jeunes.
Pour résoudre la crise en leur faveur, les travailleurs doivent prendre le pouvoir. Faute de quoi, la clique de Conté ou un autre secteur de bourgeoisie le gardera. Le prolétariat et la jeunesse doivent exiger de leurs organisations, à commencer par leurs syndicats, qu’ils prennent en main le pays, qu’ils liquident les institutions de la dictature militaire de Conté, ses milices, son armée et sa police qui arrêtent et assassinent les opposants et les grévistes. Seul un gouvernement ouvrier et paysan est capable, appuyé sur la grève générale et l’auto-organisation des travailleurs et des jeunes, de satisfaire les revendications ouvrières, d’assurer les libertés démocratiques, l’indépendance du pays, d’avancer vers les États-Unis socialistes d’Afrique. Un tel gouvernement repose sur la prise du pouvoir par la classe ouvrière et la paysannerie pauvre.
La responsabilité des organisations ouvrières dans le monde, notamment dans les pays impérialistes comme la France qui soutiennent la dictature, est d’appeler à l’arrêt des massacres et au départ du dictateur Conté. En outre, la France est aussi un pays où vivent de nombreux travailleurs et étudiants guinéens. La solidarité de classe, l’internationalisme prolétarien peuvent non seulement aider les travailleurs de Guinée à prendre le pouvoir aujourd’hui, mais rapprocher le moment où les travailleurs de France, quelque soit leur origine, en feront autant. Que ce soit en Guinée ou en France, l’avant-garde doit se regrouper dans un parti de type bolchevik, si elle ne veut pas voir les luttes et les sacrifices des masses trahis par les directions réformistes.
Front unique des
organisations ouvrières de France pour l’aide à la grève générale !
Manifestation à l’ambassade de Guinée !
Libération de tous les
prisonniers politiques ! Arrêt de la répression !
À bas Conté et son
gouvernement ! Autodéfense des travailleurs et désarmement des corps de
répression ! Gouvernement ouvrier et paysan !
22 janvier 2007