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Grève générale en Guinée

À bas Conté et son gouvernement soutenu par l’impérialisme français !

Débutée le 10 janvier 2007, la grève générale des travailleurs et de la jeunesse de Guinée est suivie massivement à Conakry et dans les principales villes. Annoncée le 2 janvier par les deux principales centrales syndicales, l’Union syndicale des travailleurs de Guinée (USTG) et la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG), la grève est aujourd’hui déclarée « illégale » par le pouvoir du président-colonel Lansana Conté, à la tête du pays depuis son coup d’État en 1984 et maintenu à coups d’élections frauduleuses, de massacres d’opposants et de détournement de fonds. Depuis le 17 janvier, toute manifestation sur la voie publique est attaquée par la police et l’armée qui ont fait, à ce jour, au moins 40 morts et des dizaines de blessés. Dans plusieurs villes, des responsables syndicaux et des manifestants ont été arrêtés. Contre une jeunesse révoltée par le despotisme de Conté et la misère, les forces de l’ordre tirent à balles réelles pour disperser les manifestants, toujours plus nombreux malgré la répression.

 

La grève générale contre le pouvoir et la misère capitalistes

 

Le déclenchement de la grève générale fut le résultat d’un nouvel épisode de la corruption de la classe capitaliste. Le 16 décembre 2006, c’est le président Conté lui-même qui vint ouvrir les portes de la prison centrale de Conakry où étaient enfermés deux de ses proches pour détournement de fonds de la Banque centrale du pays. Le premier, Mamadou Sylla, ancien patron des patrons de Guinée, PDG de Futurelec Holding et première fortune du pays, avait été reconnu coupable du vol de 2 millions d’euros. Le second, Fodé Soumah, ancien président de la Banque centrale de la République de Guinée, avait aidé le premier dans l’escroquerie. Depuis, Sylla est redevenu président de l’organisation patronale pendant que le colonel Conté se justifiait clairement : « La justice, c’est moi ! ».

La grève générale et politique est alors devenue inéluctable. Le feu couvait depuis un an. En février 2006, 5 jours de grève ont eu lieu à l’initiative des enseignants et des fonctionnaires afin d’obtenir des augmentations de salaires face à une inflation galopante, de l’ordre de 38 % par an. Alors que les salaires des fonctionnaires avaient été revus à la hausse de 30 % après ce premier affrontement, le gouvernement de Conté avait fait dévaluer le franc guinéen en mars. Puis il a fait annuler en mai 2006 les subventions au prix de l’essence à la pompe. L’augmentation de 30% des salaires était donc réduite à néant alors que le prix du riz (base de l’alimentation) a été multiplié par 5 depuis 2000. Début juin 2006, la misère ainsi créée déclenche de nouvelles manifestations et le boycott des examens par les enseignants. Les manifestations d’étudiants et de lycéens, au côté des travailleurs, sont réprimées très durement. Au moins 15 grévistes sont assassinés le 12 juin 2006. À partir des massacres, tout le prolétariat guinéen n’a qu’une perspective : chasser Conté, bourreau et affameur du peuple.

Depuis 20 ans et l’arrivée du colonel dictateur, la Guinée est restée l’un des pays les plus pauvres du continent, malgré des ressources agricoles et minières, notamment la bauxite (minerai d’aluminium) dont il est le deuxième producteur mondial, le diamant, l’or, le fer et les grandes réserves d’eau. Or la corruption, le marché noir (qui concernerait 60% de l’activité salariale) et la crise capitaliste saignent les plus pauvres et profitent à la clique militaire et gouvernementale qui négocie les contrats avec les multinationales impérialistes, françaises notamment. L’ancienne puissance coloniale, chassée en 1958, fait toujours de juteuses affaires en Guinée.

Contre cette misère et un régime répressif de plus de 20 ans, la grève générale qui a débutée le 10 janvier ne s’est pas cantonnée à des revendications salariales et économiques. Les grévistes exigent le retour en prison de Sylla et Soumah, et les travailleurs et la jeunesse veulent la tête de Conté. La grève illimitée touche les mines, secteur décisif de la classe ouvrière guinéenne :

Le secteur de la bauxite est également atteint par le mouvement de grève. Les salariés de la mine de Sangaredi, le principal site d’extraction situé au nord de Conakry, appartenant à la Compagnie des bauxites de Guinée (CBG) ont procédé à des débrayages. Les mines de Sigiuri, qui sont exploitées par le groupe sud-africain Anglogold, ont également subi des débrayages. La Guinée est le deuxième producteur mondial de bauxite, qui sert à la fabrication de l’aluminium. Des incidents ont été également signalés mercredi soir au centre minier de Labé, où un jeune homme de 20 ans a été tué lors de la dispersion d’une manifestation. La ville de Labé est située dans le massif du Fouta-Djalon à 250 kilomètres au nord de la capitale. L’armée y est intervenue pour protéger la résidence du préfet. (RFI, 18 janvier 2007)

 

L’Inter Centrale de la CNTG et de l’USTG protège la bourgeoisie guinéenne et son Etat

 

Avant même le déclenchement de la grève, les directions syndicales ménageaient une issue à l’État bourgeois et au capitalisme. Tout en considérant que Conté devait laisser la place, Hadja Diallo de la CNTG et Elhadj Fofana de l’USTG défendaient « l’ordre républicain » et  s’en remettaient à l’armée :

Considérant que la vaillante Armée Guinéenne continuera de jouer son rôle et défendre le laborieux peuple de Guinée en détresse… Considérant que la dernière grève de juin 2006 n'est que suspendue, l'Inter Centrale CNTG-USTG, n'ayant plus d'interlocuteurs crédibles tant du coté du Gouvernement que celui du Patronat, pour l'application correcte et intégrale des accords tripartites passés le 3 mars et le 16 juin 2006 entre le Gouvernement, le Patronat et le Syndicat, décide du déclenchement d'une grève générale et illimitée, sur toute l'étendue du territoire national, à compter du mercredi 10 janvier 2007 jusqu'au rétablissement de l'ordre républicain… (Déclaration de l’Inter Centrale, 2 janvier 2007)

Comme il était prévisible, le gouvernement Conté n’a pas bougé de ses positions et son armée rétablit l’ordre dans le sang des grévistes.

De leur côté, les chefs réformistes offrent trêve, délai et négociation au pouvoir assassin. En vain. Le 12 janvier, une première rencontre entre le général Conté et l’Inter Centrale se solde par des menaces de mort proférées par le président lui-même contre les dirigeants syndicaux. Le 15 janvier, une seconde rencontre échoue, faute d’acceptation par le dictateur d’un « gouvernement d’union nationale » que demande l’Inter Centrale. Le 16 janvier, l’Inter Centrale a rencontré les mollahs du pays représentés par la Ligue islamiste au nom de l’ « intérêt national ». Le 17 janvier, les mêmes Diallo et Fofana, à la tête d’une puissante manifestation, se rendent au Parlement. Alors que l’armée tire à balles réelles sur la foule des grévistes, les chefs réformistes acceptent de discuter. Avec le soutien de 14 partis dits « d’opposition », ils se rendent de nouveau à des négociations le 20 janvier, invités par le président du Parlement et soutenus par les Églises catholiques du pays. Une fois encore rien n’en est sorti, sinon la désorientation des masses exploitées, laissées sans perspective politique qui leur soit propre.

 

À bas la dictature ! Gouvernement ouvrier et paysan !

 

Le prolétariat et la jeunesse de Guinée veulent chasser Conté et sa clique militaire, le mot d’ordre de « À bas la dictature !» lancé par la jeunesse désigne l’objectif. En guise de réponse, les brigades anti-émeutes répriment : 23 morts, arrestation de Hadja Diallo (CNTG) et Elhadj  Fofana (USTG). Pendant ce temps, les présidents sénégalais et nigérian bavardent sur la « crise guinéenne » à la demande de l’ONU.

Les chefs de l’Inter Centrale s’opposent à la prise du pouvoir, ils demandent un autre gouvernement négocié, avec d’autres partis de la bourgeoisie, alors que l’armement des travailleurs, qu’un gouvernement s’appuyant sur eux est le débouché positif de la grève générale. Toutes les hésitations, le « pacifisme » face aux massacres invoqué par l’opposition et les deux centrales syndicales paralysent le mouvement et font courir le risque de la restauration de l’ordre par l’armée sur les cadavres des travailleurs et des jeunes.

Pour résoudre la crise en leur faveur, les travailleurs doivent prendre le pouvoir. Faute de quoi, la clique de Conté ou un autre secteur de bourgeoisie le gardera. Le prolétariat et la jeunesse doivent exiger de leurs organisations, à commencer par leurs syndicats, qu’ils prennent en main le pays, qu’ils liquident les institutions de la dictature militaire de Conté, ses milices, son armée et sa police qui arrêtent et assassinent les opposants et les grévistes. Seul un gouvernement ouvrier et paysan est capable, appuyé sur la grève générale et l’auto-organisation des travailleurs et des jeunes, de satisfaire les revendications ouvrières, d’assurer les libertés démocratiques, l’indépendance du pays, d’avancer vers les États-Unis socialistes d’Afrique. Un tel gouvernement repose sur la prise du pouvoir par la classe ouvrière et la paysannerie pauvre.

La responsabilité des organisations ouvrières dans le monde, notamment dans les pays impérialistes comme la France qui soutiennent la dictature, est d’appeler à l’arrêt des massacres et au départ du dictateur Conté. En outre, la France est aussi un pays où vivent de nombreux travailleurs et étudiants guinéens. La solidarité de classe, l’internationalisme prolétarien peuvent non seulement aider les travailleurs de Guinée à prendre le pouvoir aujourd’hui, mais rapprocher le moment où les travailleurs de France, quelque soit leur origine, en feront autant. Que ce soit en Guinée ou en France, l’avant-garde doit se regrouper dans un parti de type bolchevik, si elle ne veut pas voir les luttes et les sacrifices des masses trahis par les directions réformistes.

Front unique des organisations ouvrières de France pour l’aide à la grève générale ! Manifestation à l’ambassade de Guinée !

Libération de tous les prisonniers politiques ! Arrêt de la répression !

À bas Conté et son gouvernement ! Autodéfense des travailleurs et désarmement des corps de répression ! Gouvernement ouvrier et paysan !

22 janvier 2007