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Projet de loi « prévention et délinquance »

 

Le gouvernement Chirac-Villepin-Sarkozy mène la guerre aux pauvres, aux malades, aux exclus et aux opprimés

 

Pour le plus grand nombre : plus d’exploitation, plus de précarité, moins d’enseignement, moins de soins

 

Les gouvernements RPR-UMP ont restreint les retraites et l’assurance-maladie. En mars 2006, le gouvernement Chirac-Villepin-Sarkozy a reculé sur le « contrat première embauche », mais il est resté en place et il a même sauvé le reste de la loi Villepin, grâce à l’attitude des directions des syndicats et aux partis réformistes qui ont empêché la grève générale et restreint la lutte de la jeunesse et de la classe ouvrière au CPE. La loi Villepin dite « pour l’égalité des chances » instaure le travail à 14 ans (« contrat apprentissage junior »), officialise les stages jusqu'à 6 mois, permet la privation des prestations familiales aux familles déstructurées… (voir Révolution Socialiste n° 19).

Pour la troisième fois depuis que Jacques Chirac a été élu avec le soutien du PS, du PCF et de la LCR, la majorité UMP a durci la législation d'entrée et de séjour des travailleurs et des étudiants étrangers. Les lois Sarkozy sont accompagnées d’une série de mesures policières, de restriction d'accès à l'aide médicale… (voir Révolution Socialiste n° 19).

Avec les budgets de l’éducation nationale et la promotion de l’apprentissage, le gouvernement Chirac-Villepin-Sarkozy prive des nombreux enfants de deux ans et des dizaines de milliers de jeunes d’instruction, jusqu’à supprimer 2 700 postes de professeurs en quatre ans, baissant le recrutement des professeurs de 400 postes (voir Révolution Socialiste n° 21). Avec le plan « Hôpital 2007 » et les budgets de la santé, il a diminué les établissements et le nombre de lits, créant des conditions difficiles pour les malades et les travailleurs des hôpitaux publics (voir Révolution Socialiste n° 18).

Pendant que les amis de Nicolas Sarkozy s’installent en Suisse et que les capitalistes du CAC 40 s’enrichissent, des quartiers entiers deviennent des ghettos sociaux, voire raciaux (voir Révolution Socialiste n° 17 et n° 18) et les travailleurs les plus vulnérables (malades, femmes seules, jeunes sans formation, immigrés sans qualification, etc.) subissent de plus en plus la pauvreté, la précarité, la privation de logement, l’exclusion médicale (voir Révolution Socialiste n° 21).

Le rapport Benisti cible les « classes dangereuses »

 

Pour les représentants politiques de la minorité capitaliste, la population laborieuse et les rejetés de la production sont potentiellement dangereux. Il convient de les encadrer, voire de les enfermer.

Les prisons sont surpeuplées : il y a 9 021 personnes en trop dans les maisons d’arrêt. Les sans-papiers à expulser sont regroupés dans des centres de rétention administrative avec « plus de 20 000 places en 2005 », selon Villepin. Les plus démunis  sur le plan sanitaire et social sont à la rue ou regroupés dans plus de 700 centres d'hébergement et de réinsertion sociale (CHRS). Certains accueillent plus de 300 personnes. Ils sont en majeure partie gérés par des associations privées.

Cela ne suffit pas aux nantis, à leurs politiciens. Pour tenter de contenir les tensions sociales que le maintien du capitalisme et les mesures de l’État bourgeois engendrent, le gouvernement a présenté au Parlement le 24 juin 2006 un projet de loi « prévention et délinquance » d’encadrement et de répression des jeunes et des exclus ou malades. Ce texte a été voté en première lecture au Sénat le 21 septembre et à l'Assemblée nationale le 5 décembre. Il va revenir devant les deux chambres parlementaires pour adoption définitive.

Comme souvent, le projet de loi du gouvernement a été préparé par un rapport officiel, qui permet d’associer les organisations issues de la classe ouvrière, suivant le cas des chefs syndicaux, des représentants des mutuelles ou des élus des partis réformistes. En l’occurrence, le projet Sarkozy s’appuie sur le rapport du député UMP Jacques-Alain Benisti commandé par le Premier ministre de Villepin, que le PS a cautionné en participant aux auditions préparatoires.

Dans ce rapport, il était question du parcours « d'un jeune qui au fur et à mesure des années s'écarte du droit chemin pour s'enfoncer dans la délinquance ». Selon le sieur Benisti, « les difficultés de la langue », un « comportement indiscipliné », le « redoublement des classes », la « démission des parents » débouchent entre 0 et 23 ans sur la consommation de drogues douces, les vols à la tire, les cambriolages, les trafics, les vols à main armée.

Le rapport ne se prononce pas sur l'origine ethnique. Mais cette caricature abjecte vise particulièrement les enfants des immigrants puisqu’une recommandation du rapport Benisti est « l'obligation à parler le français dans leur foyer pour habituer les enfants à n'avoir que cette langue pour s'exprimer ».

Les autres conseils sont la relation avec des services de pédopsychiatrie, l’entrée dans un dispositif social, le départ du système scolaire traditionnel, l’entrée dans un centre d'éducation prioritaire, l’apprentissage, voire le « centre de délinquance fermé » ou le « centre de désintoxication ».

La boucle est bouclée. La bourgeoisie française n’a pas l’usage de dizaines de milliers de jeunes arabes ou noirs des banlieues, comme la bourgeoisie mondiale n’a que faire de millions de citadins paupérisés des grandes métropoles.

Une logique policière de ce type n’épargne personne. Le rapport élargit ses constats et ses propositions à l'ensemble des enfants et des jeunes. Pour tous, le rapport dresse un catalogue de dispositions à prendre :

Au niveau des collectivités locales… mise en place d'équipes référentes… Lors de la détection par l'enseignant des premières difficultés… les maires seront informés. Au niveau de l'éducation nationale… L'éducation nationale ne pouvant assurer les missions d'éducation et de suivi psychologique ou social qu'on lui demande… il serait donc utile de faire intervenir les spécialistes ou les maires… Au niveau social et médical… faciliter l'accès de l'école aux pédopsychiatres. Au niveau parental… projet éducatif… comme avec les  enfants handicapés… Au niveau judiciaire… revenir aux valeurs fondamentales… sanctions dès le plus jeune âge.

Dans les propositions, on trouve aussi :

Revaloriser les formations professionnelles et les stages en entreprise… Placer au cœur de la nouvelle politique les maires des structures placées dans l'établissement scolaire, sans être sous la responsabilité de l'éducation nationale… Redéfinir la notion de secret professionnel…

 

Comment Sarkozy a traduit le rapport Benisti

 

Le titre du projet de loi Sarkozy est trompeur, car il ne s'agit pas de prévention au sens véritable du terme, à savoir de repérages de troubles, de difficultés suivis de mesures d'accompagnement, d'aides à leurs victimes mais de surveiller et punir à l’aide de dispositifs de type policier.

Tous les ingrédients sont présents pour que l'appareil d’État, avec sa police, sa justice, son armée, utilisant des élus locaux, des travailleurs de l’éducation et de la santé, quadrille la population au détriment de la dignité des pauvres, des libertés démocratiques, des droits à l'éducation, à la santé, à la protection sociale les plus élémentaires.

Pour les mineurs délinquants, le chapitre VII du projet Sarkozy prévoyait l’annulation des mesures de 1945 :

Présentation immédiate devant les magistrats. Cette procédure modifie de façon radicale l'ordonnance de 1945 consacrée à l'enfance qui parlait de jugement à délai rapproché ainsi que de l'excuse de la minorité. Mesure que Sarkozy a retirée à la demande de Villepin et de Clément, garde des sceaux, mais qu'il appliquera si il est élu président. (Le Monde, 5 décembre 2006)

Pour ces jeunes, il est toujours prévu un placement pour un mois, hors du lieu de résidence, dans un établissement « permettant la mise en œuvre d'un travail psychologique, éducatif et social portant sur les faits commis »; un placement en internat pour une année scolaire, avec avertissement solennel du tribunal ; une mesure d'activité de jour obligeant le mineur, pour un an maximum, à participer à « des activités d'insertion professionnelle ou scolaire » auprès d'organismes habilités, un contrôle judiciaire avec un placement en « centre éducatif fermé » (CEF) et mise en œuvre de programmes à caractère éducatif et civique.

Certes, on trouve les termes « éducatif », «  social », « scolaire », mais, dans tous les cas, il s’agira de centres spéciaux.

Pour les parents de ces mineurs délinquants, chapitre VIII, il est prévu des stages de responsabilité parentale. Dans cette vision paranoïaque de la société, les parents ne sont plus vus que pour punir ou pour être eux-mêmes éduqués.

Pour la santé mentale et la psychiatrie, le chapitre V du projet de loi fait voler en éclat les sauvegardes qui existaient. Il est prévu un « fichier national des données administratives » des hospitalisations d'office. Le nom des malades en sortie d'essai sera transmis à l'autorité municipale. Jusque là, le malade mental était protégé par une série de dispositifs quand il s'agissait d'hospitalisation en milieu spécialisé psychiatrique. Désormais, une personne « pourra être hospitalisée d'office par le maire sur avis motivé au vu d'un certificat médical ou, en cas d'urgence, d'un avis médical ». Le malade va être aux mains d'un non-professionnel. Ce qui n’empêche pas Xavier Bertrand, ministre de la santé, de prétendre que « ces simplifications donneraient des garanties nouvelles plus protectrices des droits de la personne ».

Le projet de loi s’en prend aux professionnels de la santé, un secteur qui subit depuis 20 ans des plans d'austérité successifs. En particulier, le projet veut utiliser les travailleurs du secteur psychiatrique. L'article 5 prévoit —sous peine de sanction— que tout soignant devra signaler au maire de la commune concernée les « personnes présentant de graves difficultés sociales, éducatives ou matérielles… ». Bref, le projet pulvérise le secret professionnel qui serait « partagé »… avec le maire. Même l'Ordre des médecins a dénoncé « une violation grave des droits à la vie privée et à l'intimité des patients ».

 

L’Etat bourgeois criminalise ceux que le capitalisme écrase et rejette

 

Les conditions de vie qu’impose la société capitaliste fabriquent, déclenchent, aggravent nombre de maladies mentales. La compétition, l’épuisement, le chômage, la solitude, la misère, la précarité, brisent les plus fragiles, ceux qui perdent l’emploi, le logement, ceux qui consomment trop d’alcool, de drogues, de psychotropes, de somnifères…

Selon l'équipe santé mentale et exclusion sociale de l'hôpital Sainte-Anne à Paris… il y aurait 10 000 errants dans la capitale… On peut dire que 30 % des gens de la rue présentent de réels troubles psychiatriques... Le vieux thème de "l'inutilité sociale", déjà débattu à la veille de la révolution française, conceptualisé jusqu'au meurtre entre les deux guerres refait surface… Le vieux couple de la folie et de la misère est de nouveau là… Fous, délinquants et criminels se retrouvent une fois de plus sous le même toit, comme au temps de Louis XIV. (Patrick Coupechoux, Un monde de fous, Seuil, 2006)

Les sans-abris qui auront la chance de trouver une place iront dans des centres d'hébergement d'urgence gérés par les organisations caritatives.

Ceux en crise aiguë iront peut-être dans des centres spécialisés. Mais, après des années de baisse des budgets, la disparition du diplôme d'infirmier spécialisé, la fermeture de 30 000 lits, la suppression de 5 000 postes d’infirmiers, la vacance de 800 postes de psychiatres, les possibilités d’hospitalisation sont restreintes et les soins d’accompagnement et de prévention se dégradent.

De plus en plus d’hospitalisations se font sous contrainte, de plus en plus de prisonniers sont soignés dans les hôpitaux psychiatriques. Tout cela s'accompagne de mesures sécuritaires : PTI (protection de travailleur isolé), caméras de surveillance des chambres, vigiles pour les violences à l'intérieur, etc.

Le directeur de l'hôpital de Villejuif envisage d'instaurer un contrôle d'accès, à l'aide de cartes magnétiques. Afin de protéger les malades du monde extérieur, on va donc à nouveau les enfermer… Si l'hôpital ne peut remplir sa fonction, Burgelin, ancien procureur de la Cour de cassation a une idée : la commission Burgelin préconise la création de centres fermés de protection sociale destinés à accueillir, une fois leur peine purgée, les personnes estimées dangereuses. Une sorte de « Guantánamo », qui ne serait donc ni la prison ni l’hôpital. L’enfermement pourrait durer un an, renouvelable en fonction de l’évolution de la dangerosité estimée. (Le Monde Diplomatique, juillet 2006)

Bien sûr, le projet Sarkozy s’intéresse aux personnes ayant fait usage de stupéfiants. Le chapitre VI prévoit une « aggravation des peines » et l'obligation de soins ou « injonction thérapeutique » par le procureur. Sarkozy et le gouvernement s'assoient sur la notion de volonté du patient de se soigner, qui est essentielle pour les usagers de produits stupéfiants et la majorité des soignants.

 

Sarkozy veut transformer les travailleurs sociaux en indicateurs de police

 

Le chapitre II concerne le champ social. Sarkozy veut étendre la collaboration entre le maire et la psychiatrie au champ social. Les travailleurs sociaux, au travers des « conseils pour les droits et devoirs des familles » seront amenés à donner le nom des familles qui posent des problèmes sociaux, de sécurité. Comme dans le chapitre santé mentale-psychiatrie, la loi ficherait les malades mentaux.

Le principe du fichage s’étend. En 1999, l'administration fiscale est autorisée à échanger des informations avec les services sociaux. En 1999 également, le ministère des Finances peut utiliser le NIR (numéro d'inscription au répertoire) qui contient des informations sur le lieu de naissance. En 2005, la loi Borloo dite « de cohésion sociale » instaure le renforcement des opérations de contrôle des chômeurs qui permet de croiser les fichiers des administrations sociales et fiscales avec ceux de l’assurance-chômage. En 2006, le système ELOI créé par Sarkozy permet le fichage des personnes hébergeant un étranger assigné à résidence ainsi que des visiteurs étrangers placés en rétention.

La police dans l’école et la police par l’école

 

La police est déjà sporadiquement dans l'école. En 2003, le conseil général des Hauts de Seine, présidé par Sarkozy, décide de mettre en place la vidéosurveillance autour de 90 collèges publics du département. En septembre 2004, à Rennes, un enfant de 6 ans est envoyé dans un centre de détention avec sa mère déboutée du droit d’asile et expulsable, suite à un courrier envoyé aux directeurs d’école pour retrouver un élève (sans notifier le motif). En octobre 2004, à Metz, deux enfants de 3 et 6 ans sont emmenés avec leurs parents au centre de rétention de Lyon. En octobre 2004, à Nantes, des gendarmes recherchent un enfant dans des écoles sans prévenir les directeurs. En novembre 2004, des enseignants sont arrêtés pour avoir hébergé un enfant de 8 ans dont les parents ont été arrêtés… En janvier 2005, la police déclenche une vaste opération aux portes des collèges et des lycées des quartiers pauvres en application d’un protocole Sarkozy-Fillon (voir Révolution Socialiste n° 15).

Pour Sarkozy, il faut que cela devienne une habitude. Il faut légiférer et associer les professeurs, les directeurs, les inspecteurs… Plusieurs articles du projet de loi « prévention de la délinquance » concernent le secteur éducatif et scolaire.

En 2005, un rapport d'expertise de l'INSERM préconisait un dépistage précoce des « troubles des conduites chez l'enfant et l'adolescent ». Au même moment, le « plan prévention et délinquance » du gouvernement Chirac-Villepin-Sarkozy prônait la détection très précoce des « troubles comportementaux » censés annoncer la délinquance. Devant la levée de boucliers, tous deux ont fait machine arrière.

Mais l'article 5 du projet de loi prévoit toujours la levée du secret professionnel dans le cas des personnes « présentant des difficultés sociales, éducatives ou matérielles » au profit du maire de la commune qui gère les crèches, les haltes-garderies…

L'article 9 précise que les établissements scolaires et universitaires « concourent à l'éducation à la responsabilité civique et participent à la prévention de la délinquance ». Dans le cadre du « partenariat de la prévention », le maire aura des prérogatives pour lutter contre l'absentéisme scolaire. Il aura le pouvoir de supprimer les allocations familiales en dehors de toute procédure. Des fichiers seront créés  au niveau communal pour contrôler l'assiduité scolaire… De ce fait, il y aura un croisement entre les données informatisées par les organismes de versement des prestations familiales et ceux de l'académie, des directeurs d'établissement qui signaleront les données personnelles relatives à l'absentéisme.

Dans le primaire, un projet national concernant les élèves et leur parcours scolaire (« base élèves ») et les écoles maternelles et élémentaires (« base écoles ») a été mis en place depuis 2004 et doit se terminer en 2006. Cette base élèves, outre les renseignements administratifs, mentionnera la nationalité, la langue, la culture d'origine, la situation familiale, la fréquentation de l'élève. En ce qui concerne les précautions prises, « l'accès aux données nominatives est réservée aux acteurs locaux (directeurs d'école, mairies, inspecteurs de circonscription, inspecteurs d'académie, directeurs des services départementaux de l'éducation nationale) selon des procédures sécurisées » (Direction générale de l'enseignement scolaire, 1er septembre 2006). Mais l'anonymat pourra être levé en fonction des besoins de l'administration. Ces bases serviront dans la cadre du contrôle social des populations scolarisées.

Dans le second degré, Xavier Darcos, actuel ministre délégué à l'enseignement, a développé le logiciel SIGNA, issu du ministère de la Défense, initié par Jack Lang. SIGNA recense les incidents survenus dans tous les établissements.

 

Les patrons incités à la délation

 

L’amployeur pourra interpeller directement le procureur. Le procureur pourrait effectuer des contrôles d'identité et des prélèvements sanguins sur les lieux de travail, « s’il existe une raison plausible de soupçonner l'usage de stupéfiants ». Il s'agit d’une attaque supplémentaire au Code du travail et d’une atteinte aux prérogatives du médecin du travail ainsi qu’à celles des CHSCT (comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail).

 

Des sanctions supplémentaires

 

Le chapitre IX énonce toute une série d'interdictions, assorties d'amendes, concernant le blocage de circulation des trains, l'entrée dans des lieux attenants aux voies ferrées. Ces dispositions visent des grèves et des manifestations qui comportent des occupations des voies  publiques.

Parmi les nouvelles infractions, le projet classe « embuscades avec usage ou menace d'une arme commise en bande organisée ou avec guet-apens sur un membre des forces de l'ordre, un pompier ou un agent des transports publics », « transport de substances incendiaires ou explosives ».

Il prévoit le doublement des peines en cas de rébellion. Toute tentative de résistance à la police, à la gendarmerie sera réprimée. Il s'agit ainsi d'annoncer aux travailleurs qui font grève et à la jeunesse en révolte qu’ils encourent de plus graves sanctions. Les Tziganes et les gens du voyage pourront être expulsés sans que la justice soit saisie. Le maire pourra faire appel directement aux forces de police via le préfet. Il pourra donner l'ordre d'évacuation même s'il n'a pas prévu des terrains aménagés comme le demande la loi.

 

Les organisations ouvrières traditionnelles acceptent de discuter le projet Villepin-Sarkozy et en appellent à l’UMP et à Chirac

 

Les partis de l’opposition parlementaire, les syndicats, les organisations professionnelles se contentent de mettre en cause la confusion et l’insuffisance du projet… Ils se placent dans le cadre de l’acceptation du problème posé, de la légitimité du gouvernement et même du texte de Sarkozy dont ils demandent simplement l’amélioration.

La direction de FO fait confiance à l’État bourgeois. En novembre 2006, «elle demande l’application quotidienne et universelle, de tous les principes de la République Française : la Liberté, l’Egalité, la Fraternité, ainsi que la Laïcité » (déclaration À nous la République, FO action sociale). La CFDT « souhaite un débat sans tabou » et « accueille favorablement la coordination proposée entre les différents acteurs de prévention » (déclaration de la secrétaire nationale, 13 septembre 2006).

Le 10 octobre et le 18 novembre, des manifestations symboliques ont été appelées à Paris, mais sans mobilisation réelle et sans objectif clair. Les organisateurs, le « Collectif national unitaire de résistance à la délation » qui regroupe la CGT, la FSU, Solidaires (SUD), le Syndicat de la magistrature…, la Ligue française des droits de l'homme, qui dénoncent à juste titre la généralisation du fichage et de la délation, ne réclament pas le retrait pur et simple du projet.

Les dirigeants de la CGT se contentent de vœux pieux : « Il est urgent de réintroduire le social et la démocratie »  (déclaration confédérale, 30 juin 2006) et de réclamer « une conception progressiste de la prévention et de la sécurité dans la cité et le travail » (déclaration confédérale, 29 septembre 2006). Nadine Prigent, secrétaire fédérale CGT santé - action sanitaire et sociale, annonce dès le 24 octobre 2006 que la journée d’action du 16 novembre n’est pas faite pour gagner :

Nous ne sommes pas sans perspectives de mobilisations et d'actions… la CGT portera l'idée de démultiplier les initiatives dans les territoires.

De même, les dirigeants de SUD annoncent que cela ne servira à rien et que le projet passera.

Le projet sera sûrement voté par le parlement. Alors, ce sera à chacune et à chacun d'entre nous de résister en empêchant dans nos établissements la circulation d'informations pouvant criminaliser les enfants des classes populaires. (SUD Éducation, septembre 2006)

Gérard Aschieri, secrétaire de la FSU, principale fédération de l'éducation nationale « conteste l'efficacité » du projet de loi, « qui va à l'encontre des pratiques professionnelles » (Déclaration, 5 décembre 2006). Pour la direction du principal syndicat des professeurs des écoles, le SNUipp-FSU, « le principe de précaution s'impose ». Il demande un simple moratoire.

Pour couronner le tout, la CGT, SUD lancent des campagnes de pétitions adressées aux maires et aux députés, alors que la majorité de ces derniers sont UMP… et viennent d’adopter le projet en première lecture. Cela rappelle le vote pour Chirac, les suppliques à Chirac pour qu’il restaure l’ordre dans les banlieues, pour qu’il modifie la loi Villepin, qu’il défende un rapprochement entre EDF et GDF  ou, dernièrement, la lettre des syndicats de l’Education, de l’UNEF et de la FCPE  à Chirac pour qu’il intervienne, comme « la plus haute autorité de l'État », « face aux expulsions de jeunes ou d'enfants scolarisés en situation irrégulière » pour défendre « la digité des personnes et des droits des enfants » (13 décembre 2006).

 

Front unique pour le retrait du projet réactionnaire !

 

tous les parents, tous les jeunes sont concernés par ce projet de loi liberticide, policier et réactionnaire.

Mais ce ne sont pas les « journées d’action », les appels à Chirac et les pétitions aux députés UMP qui peuvent empêcher les mauvais coups du capital gouvernement, c’est la mobilisation des travailleurs. Encore faut-il que les organisations qui parlent en leur nom ne sabotent pas toute possibilité de résister et de le vaincre.

Ce projet n'est ni amendable, ni négociable. Il est de la responsabilité des confédérations et des partis ouvriers d’exiger le retrait pur et simple de ce texte au service de l'ordre bourgeois. Il faut combattre la pauvreté et non les pauvres. Il faut un gouvernement des travailleurs pour garantir leurs conditions d’existence.

28 décembre 2006