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Aux élections comme dans la rue : classe contre classe !

Pour se débarrasser de Sarkozy et de Le Pen,
il faut rompre avec la bourgeoisie et ouvrir la voie du gouvernement ouvrier et du socialisme

 

 

La morgue de Sarkozy, la place de Le Pen proviennent des échecs de la classe ouvrière, entravée par ses directions

 

L’actualité politique française officielle est centrée sur l’élection présidentielle qui doit avoir lieu les 22 avril et 6 mai. Dès 2005, les premiers sondages ont été publiés. En 2006, les médias se sont penchés sur les rivalités des candidats à la candidature au sein des deux formations qui peuvent prétendre l’emporter, l’Union pour un mouvement populaire (UMP) et le Parti socialiste (PS). Désormais, ils suivent leur campagne.

La démocratie bourgeoise, en assurant à la population qu’elle élit librement ses représentants, remplit une fonction de légitimation de l’État bourgeois. Il n’en garantit que mieux, sauf crise majeure, le maintien de l’ordre, de l’inégalité économique et de l’exploitation.

Si le gouvernement Chirac-Villepin-Sarkozy va jusqu’au terme, s’il poursuit ses attaques jusqu’au dernier moment, si la 5e République impérialiste continue ses interventions militaires à l’étranger, si Sarkozy peut se présenter avec arrogance, si le PS est représenté par Royal, c’est pour la même raison : les chefs syndicaux (CGT, CFDT, FO, FSU, UNSA, Solidaires…), les partis et organisations réformistes (PS, PCF, LO, LCR…) ont protégé en permanence le gouvernement, ont fait échouer les mouvements de résistance du prolétariat et de la jeunesse.

Tous les appareils installés dans le capitalisme et dans les institutions de la 5e République ont empêché la grève générale contre la loi Fillon et contre la loi Villepin qu’ils ont limitée au CPE. Ils ont pactisé avec le gouvernement pour privatiser EDF, GDF, la SNCM… Ils ont toléré le plan Vigipirate, l’état d’urgence dans les banlieues, l’emploi du GIPN contre des postiers en grève et du GIGN contre des marins en grève… Les réformistes de tout poil ont isolé les jeunes des quartiers pauvres en révolte, ils ont abandonné les chômeurs, les travailleurs immigrés. Ils ont laissé tous les plans de licenciement s’appliquer, tous les budgets passer. Ils ont toléré, voire approuvé, les interventions militaires de leur impérialisme. À chaque difficulté du gouvernement, ils ont remis la situation dans les mains de Chirac, sauveur suprême qu’ils avaient intronisé.

Celui-ci achève tranquillement son mandat et son gouvernement œuvre jusqu’au dernier moment : allongement du temps de travail des enseignants, jugements des tribunaux contre les participants au soulèvement des banlieues et à la grève générale des lycéens et étudiants, licenciements de bagagistes à Roissy, intervention militaire au Tchad, adoption du projet de loi Sarkozy de « prévention de la délinquance », préparation de nouvelles attaques contre les retraites, etc.

Les syndicats égrènent les « journées d’action » et « interpellent les candidats », au lieu de mobiliser réellement les travailleurs eux-mêmes face aux derniers coups du gouvernement Chirac-Villepin-Sarkozy. Quant aux PS, PCF, LO et LCR, ils ne proposent pas une autre politique au moment des élections qu’entre les élections.

 

Le PS et le PCF se préparent à gouverner au compte de la bourgeoisie française

 

Les défaites successives de la classe ouvrière à partir des années 1980 (retour du chômage de masse, échec de la grève des mineurs en Grande-Bretagne, rétablissement du capitalisme en Russie, éclatement des anciennes citadelles ouvrières, flexibilité et intensification du travail) ont déplacé le mouvement ouvrier vers la droite. Le Parti « socialiste » et le Parti « communiste » ne font plus référence à la classe ouvrière. Le PS, le PCF, le PT, LO et la LCR ne se revendiquent plus, non plus, du socialisme.

Les acteurs de cette campagne seront les citoyennes et citoyens : dans chaque quartier, dans chaque village, nous voulons une campagne de terrain, qui parte de vos préoccupations réelles, qui mette en débat les propositions populaires et antilibérales : entre amis, entre voisins ou collègues de travail, au café, sur Internet ou tout simplement à la maison, chacun-e peut contribuer à créer la seule vraie surprise de cette campagne : l’irruption citoyenne. (PCF, Soutenez, participez à la campagne de Marie George Buffet !)

Le PCF s’est allié au Parti radical en 1935 et a étouffé la grève générale de 1936. Il a gouverné avec De Gaulle, désarmé les travailleurs, dénoncé les grèves et remis en selle le capitalisme français de 1944 à 1947. Il a sauvé de Gaulle en 1968 contre le mouvement de la jeunesse et la grève générale. Il a gouverné avec Mitterrand, il a gouverné avec Jospin.

Le PCF, après chaque participation à un gouvernement bourgeois, tente d’en faire porter toute la responsabilité au PS. L’ancienne ministre Buffet prétend avoir découvert soudain, en 2002, que le gouvernement auquel elle participait depuis 5 ans… était « libéral ». Quelle travailleuse consciente, quel travailleur conscient pourrait accorder sa confiance à une telle candidature et à un tel parti ?

Les pseudo-trotskystes aussi tentent de faire croire que le PCF est bien différent du PS, sa victime en quelque sorte. Ils coopèrent à ce maquignonnage qui travestit le vieux canasson stalinien fourbu en un jeune poulain antilibéral et anticapitaliste fringant.

Mais, quand vient l’heure de sauver les postes d’élus locaux et de députés, de quémander des strapontins au gouvernement, l’appareil du PCF remise sa dénonciation du PS et passe des accords.

Ce n’est pas à cause du PS que Marie-George Buffet se garde, en politique intérieure, de toute incursion dans la propriété privée et, en politique extérieure, de toute mise en cause de son impérialisme. Aussi, quand le PCF propose de désarmer les bases militaires, ce sont celles des États-Unis, pas celles de l’impérialisme français :

Les bases militaires étrangères en Méditerranée sont à démanteler pour aboutir à une zone dénucléarisée, de paix. (PCF, Programme, 6 avril 2006)

Buffet place toute sa confiance dans l’ONU où l’impérialisme français a un droit de veto. Elle propose de lui confier le Proche-Orient, alors que l’ONU autorise la colonisation sioniste depuis 1948 et qu’elle vient d’envoyer des troupes françaises au Liban.

François Mitterrand avait gagné l’élection en 1981 contre Valéry Giscard d’Estaing en promettant —frauduleusement— le socialisme. Royal rivalise avec Sarkozy en cherchant à démontrer son égale capacité à défendre les intérêts des grands groupes capitalistes français, dans le pays comme à l’étranger, et  sa supériorité pour prévenir ou étouffer la résistance de la classe ouvrière et de la jeunesse. Les deux présidentiables se rejoignent dans le même autoritarisme et le même militarisme :

Même message : la protection contre les menaces du dehors (mondialisation, délocalisations) et du dedans (délinquance, crise de l’éducation, faillite de l’intégration). (Le Figaro, 13 novembre 2006)

Le Conseil d’orientation des retraites, auquel participent toutes les directions syndicales, vient d’annoncer qu’il fallait porter un coup supplémentaire aux régimes de retraite des salariés, en plus des lois Juppé (1995) et Fillon (2003). Royal est d’accord sur le principe. Elle n'est pas opposée à des assouplissements concertés du Code du travail : modulation du temps de travail, heures supplémentaires, etc.

Royal veut « assouplir » la carte scolaire, un dispositif limité d’égalité sociale. Elle veut doubler le temps de présence des enseignants dans les collèges, les lycées professionnels, les lycées. Elle a annoncé que les jeunes délinquants seraient pris en main par l’armée. Elle veut maintenir et développer l’armée française, y compris l’arme nucléaire.

Par contre, Royal dénie à l’Iran l’accès…. au nucléaire civil. En septembre 2006, elle a visité le Sénégal pour assurer que, comme de Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand et Chirac, elle entretiendrait la domination de l’impérialisme français dans cette zone et continuerait à soutenir les régimes locaux.

 

De l’ambiguïté du Non au référendum au fiasco de la « gauche antilibérale »

 

Face à la réaction d’indignation qui secoua la classe ouvrière et la jeunesse contre le résultat du premier tour de l’élection présidentielle en avril 2002, le PS, le PCF, la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) et les directions syndicales volèrent au secours de la 5e République et de la « démocratie » en faisant un bloc avec l’UMP, l’UDF et les Églises. En mai 2005, la majorité du PS appelait à voter Oui au projet de traité constitutionnel de l’Union européenne comme le PRG, les Verts, l’UDF et l’UMP ; une minorité du PS, le PCF, LO, la LCR appelant à voter Non comme une minorité de l’UMP, le MRC, le MPF et le FN.

Le Groupe bolchevik avait été une des rares organisations ouvrières à refuser de voter Chirac en 2002 et à prôner le boycott du référendum en 2005. Au contraire de tous les pseudo-trotskystes qui militaient avec le PCF pour le Non, entaché de chauvinisme, associé à Chevènement, Le Pen et de Villiers, les bolcheviks avaient averti que le vote Chirac et le vote Non se situaient sur le terrain de la collaboration de classes.

Lutte ouvrière (LO) ne s’est pas ralliée à Chirac, mais n’a pas appelé les travailleurs et les jeunes à chasser Le Pen et le FN de la rue le 1er mai 2002. LO a participé au référendum en mai 2005, poursuivant son adaptation au PCF et à l’État bourgeois. Celle-ci s’est manifestée avec l’appel à Chirac pour une loi contre le foulard musulman (en compagnie du PS) et avec la signature d’une déclaration pour le maintien de l’ordre lors du soulèvement de la jeunesse des banlieues (avec le PCF, le PS, le PRG, le MRC, les Verts, etc.). LO a participé avec le PCF et le PS aux meetings mystificateurs de la « gauche unie » aux côtés des Verts, du PRG et du MRC (« contre le CPE », « en défense des services publics »). LO présente de nouveau Arlette Laguiller pour réclamer l’amélioration du sort des travailleurs qui pourrait être obtenue en « faisant peur » aux patrons pour aménager le capitalisme :

Ce ne sont nullement des revendications révolutionnaires, loin de là. Ce ne sont que les mesures indispensables pour que les travailleurs retrouvent simplement leurs conditions d’existence d’il y a trente ans, où pourtant, déjà, la vie n’était pas rose pour le monde du travail… Il faut que le vote de l’électorat populaire soit ressenti comme l’annonce ou du moins la possibilité d’une menace… Contre le mur d’argent, comme on disait dans le temps, contre la dictature du capital, il n’y a pas d’autre moyen que la puissance des masses exploitées, que leur colère, qui fasse vraiment peur au grand patronat et à la bourgeoisie. (Arlette Laguiller, Discours à Chartres, 19 janvier 2006)

Le Parti des travailleurs (PT) avait mené la campagne référendaire dans le cadre d’une sorte de microscopique front populaire, avec le petit parti bourgeois MRC. Chevènement et son MRC se ralliant à Royal, le PT s’est rabattu sur un autre personnage douteux, Gérard Schivardi. Celui-ci a soutenu aux élections européennes de 2004 la liste nationaliste « Languedoc et Catalogne » du Parti de la nation occitane. Ni l’individu, ni sa campagne contre l’Union européenne et « l’intercommunalité », pour « la reconquête de la démocratie », n’ont quoi que ce soit à voir avec le mouvement ouvrier.

Les « comités pour le Non » de 2005 constituaient une sorte de front populaire entre une partie du PS, le PCF et la LCR d’une part, et les altermondialistes (ATTAC, Confédération paysanne, etc.) et des débris nationalistes (MRC, MARS, GR…) d’autre part. Après la victoire du Non le 29 mai 2005, tous se congratulent de la « nouvelle situation à gauche » et prétendent fonder une « alternative unitaire » en transformant les « comités unitaires pour le Non » en « collectifs antilibéraux ». Mais une des principales composantes,  ATTAC, le fer de lance du Forum social européen avec le PRC italien (aujourd’hui dans le gouvernement Prodi), explose quand ses membres apprennent que le président (venu du PCF) truque les votes. Et, à l’approche des échéances électorales, le reste du bloc sans principes se défait piteusement.

D’abord, les tenants PS du Non se tournent vers leur parti pour soutenir qui la candidature de Fabius, qui celle de Royal. Tous font maintenant allégeance à celle qui distribuera  les postes en cas de succès le 6 mai. En même temps, le MRC investit Jean-Pierre Chevènement. Puis celui-ci monnaye son désistement auprès de la candidate désignée par le PS. Ensuite, la direction de la LCR annonce qu’elle présente Olivier Besancenot, sur un programme réformiste.

Face à cette droite dure, il faut au contraire une gauche de combat, avant comme après 2007, une gauche anticapitaliste et antidiscriminations que ma candidature veut incarner. Les effets des politiques libérales-capitalistes menées depuis un quart de siècle atteignent de plus en plus de gens… La politique que nous voulons passe par le partage des richesses… (Olivier Besancenot, Pourquoi je suis candidat, 15 octobre 2006)

« Partager les richesses », « modifier la répartition des revenus entre capital et travail » (Rouge, 3 novembre 2005), c’est faire croire que la marche à l’abîme peut être arrêtée avec une simple redistribution des revenus entre « citoyens » dans « la République », c’est accepter qu’il reste des capitalistes, que l’exploitation continue. C’est soigner l’effet et non éradiquer la cause.

Enfin, ce qui reste des Collectifs désigne majoritairement Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF, comme candidate, provoquant la colère des autres composantes. José Bové envisage malgré tout d’être candidat « antilibéral », en plus de Besancenot et Buffet.

Le PT, LO, la LCR et le PCF auront ainsi contribué un peu plus à désorienter la classe ouvrière. Rien ne peut sortir de bon des alliances douteuses avec des débris petits-bourgeois réactionnaires (José Bové) et bourgeois chauvins (Jean-Pierre Chevènement), rien ne peut sortir de bon de la reprise du programme frelaté des secteurs les plus attardés de la bourgeoisie, même rebaptisé « antimonopoliste » hier, « antilibéral » aujourd’hui.

 

Pas une voix ouvrière aux candidats des partis bourgeois !

 

Le PS défend « la France » depuis 1914 et le PCF depuis 1934. Ils ne mobilisent plus depuis les travailleurs, mais ils s’adressent aux « citoyens », aux « Français ». Pourtant, les travailleurs se tournent périodiquement vers eux, comme ils essaient de se servir des syndicats malgré la corruption de leurs appareils dirigeants. Ils le feront tant qu’ils ne disposeront pas de formes d’organisation supérieures, à savoir des conseils ouvriers et un parti ouvrier révolutionnaire.

Donc, le prolétariat et une partie de la jeunesse tenteront d’utiliser les urnes pour réaliser ce que les directions syndicales, le PS, le PCF, leurs adjoints de LO et de la LCR les ont empêchés de faire par la lutte de classe depuis le premier tour de l’élection présidentielle de 2002. Au printemps 2007, des millions de travailleuses et de travailleurs voteront à l’élection présidentielle (puis aux élections législatives) pour balayer Sarkozy, Villepin, Chirac (et aussi contrer les autres candidats bourgeois Le Pen, de Villiers, Bayrou, Voynet…). Il est probable que, par souci d’efficacité électorale, le vote des ouvriers et des employés profitera au PS, plus qu’au PCF, à la LCR et à LO, sans qu’il y ait pour autant beaucoup d’illusions envers Royal et le PS.

Partisans de la rupture de toute organisation ouvrière avec la classe dominante, les bolcheviks ne s’opposent pas à l’expression, aussi déformée et limitée soit-elle, de la lutte entre les classes au cours des élections. Au premier comme au second, à la présidentielle comme aux législatives, les voix des travailleuses et des travailleurs ne peuvent aller qu’aux partis et organisations ouvrières (PS, PCF, LO, LCR), jamais aux candidats de formations bourgeoises.

 

Pour un programme d’action ouvrier, pour un gouvernement qui l’applique contre les capitalistes

 

Pour autant, dans le cadre de l’État bourgeois et du mode de production capitaliste, aucune élection ne résoudra les problèmes décisifs de la classe ouvrière et de l’humanité : racisme, chômage, pauvreté, guerres, crises économiques, environnement… Il faudra une tout autre politique que les unions de la gauche-fronts populaires et que la collaboration avec la bourgeoisie, à savoir l’expropriation du capital et la révolution. Il faudra une démocratie bien supérieure à celle de la 5e République gaulliste, c’est-à-dire celle des conseils ouvriers. Il faudra agir à une autre échelle que les étroites frontières de la France, celle des États-Unis socialistes d’Europe et de la fédération socialiste mondiale.

Ni Arlette Laguiller, ni Olivier Besancenot, ni Marie-George Buffet, ni Ségolène Royal ne défendent une telle perspective.

Elle se traduit dans un programme d’action, de transition entre la situation actuelle et la dictature du prolétariat : la confiscation des logements inoccupés et un plan d’urgence de construction massive de logements, l’interdiction des licenciements et la baisse du temps de travail, l’échelle mobile des salaires et le rétablissement de retraites décentes, le droit à la santé et à l’éducation, la laïcité complète et la fin de toute subvention de tout clergé et de « l’enseignement privé », l’abrogation de toutes les lois de Chirac-Fillon-Villepin-Sarkozy, l’indépendance des syndicats et leur retrait de tous les organismes de cogestion et de collaboration de classes, la liberté de circulation de tous les travailleurs et l’égalité des droits pour les travailleurs immigrés, la fermeture des bases militaires à l’étranger et le retrait des troupes françaises des pays dominés, la dissolution des corps de répression et l’expropriation des groupes capitalistes, le renversement de la 5e République et le pouvoir des travailleurs.

Les éléments combatifs, faute d’un cadre collectif marxiste, se dispersent ou se découragent, se font broyer ou absorber par les bureaucraties ouvrières. Il  faut bâtir un nouveau parti pour défendre un tel  programme, lors des élections et surtout dans la lutte de classe, car seules la mobilisation des masses, l’affaiblissement de la classe dominante, l’ouverture d’une révolution permettront de le réaliser.

21 janvier 2007