Révolution Socialiste  

Home

Liens

Révolution Permanente

CRP en el Perú

Grupo Germinal

 

Déclin de la France ?

 

Le recul du capitalisme français limité par des attaques incessantes contre la classe ouvrière

 

Les dirigeants du PS et de la CGT défendent « la France »

 

Le discours sur le déclin de la France, qui n'est pas récent, est avant tout un subterfuge idéologique visant à justifier les attaques contre la classe ouvrière dont a besoin la bourgeoisie.

Pour Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur et candidat du principal parti bourgeois aux prochaines élections présidentielles, « face au déclin de la France, on n'a jamais le droit de répondre: je n'y peux rien » (Réunion publique, 9 novembre 2006). Il est massivement relayé par les éditorialistes, les intellectuels et les économistes bourgeois. Il a été récemment relancé par la publication de La France qui tombe (Perrin, 2003) par Nicolas Baverez, un plumitif bourgeois éditorialiste à l’hebdomadaire Le Point.

À l'inverse, nier le recul de l'impérialisme français revient à nourrir des illusions sur les capacités du capitalisme à satisfaire les besoins de la classe ouvrière.

Ségolène Royal, la candidate du Parti socialiste aux prochaines élections présidentielles, « déplore le discours défaitiste de certaines élites. À les entendre, la France est en déclin. C'est faux : elle reste un pays attractif pour les investissements internationaux » (Le Monde, 22 juin 2006). Pour Bernard Thibault, dirigeant du principal syndicat ouvrier, « la France n’est pas menacée d’un déclin ou d’une désindustrialisation inéluctable, à condition de préserver l’emploi industriel » (L'Humanité, 13 décembre 2003).

À vrai dire, la tendance de fond des rapports de force internationaux voit la part de l'impérialisme français, aux côtés des impérialismes allemand et japonais, se réduire, notamment au profit des capitaux chinois et indien, sans pour autant que le capital américain décline de façon significative.

Pourtant, la période récente est marquée par la vigueur du capitalisme français. Après une période de creux en 2005, il connaît une relative bonne santé. La croissance du PIB en 2006 sera, selon les prévisions et malgré une stagnation au troisième trimestre, de 2 à 2,5 %, avec une hausse de la consommation d'environ 4 %. Cela est proche de la croissance de la zone euro (2,6 %), qui est à son plus haut depuis le début de la décennie. Loin de reproduire les périodes de croissance des années 1950 et 1960, le deuxième trimestre 2006 a connu un taux de croissance relativement élevé (plus de 4 % en rythme annuel). Ces bons chiffres reflètent une offensive couronnée de succès contre la classe ouvrière.

 

Poids relatif dans le PIB mondial (% au prix de 2002) source : Rexecode

 

 

1990

2005

États-Unis

21,9

20,5

Chine

6,2

15,8

France + Allemagne

9,3

7,2

Japon

8,8

6,4

Inde

4,4

6,2

 

 

Une croissance au service des plus riches

 

Les moyennes ont beau faire bonne figure, elles ne le font que pour le capital, puisque cette croissance économique recouvre des inégalités de plus en plus fortes.

La hausse de 2,4 % de la consommation des ménages prévue pour 2006 est peu significative pour la classe ouvrière lorsque l'on sait qu'elle reflète une plus faible progression des impôts, que les plus pauvres ne payent pas, une plus forte hausse des dividendes et un redressement des profits des entreprises. Elle est donc à mettre au profit des plus riches, dont le nombre a massivement augmenté. En 2005, le nombre de déclarations d'impôt sur la fortune a augmenté de 17,6 % pour atteindre près de 400 000. À cet égard, le budget 2006 s'est montré extrêmement indulgent pour les plus riches, puisqu'il a mis en place un « bouclier fiscal » permettant de limiter le versement de l'impôt à 60 % des revenus.

À l'inverse, la classe ouvrière souffre de la hausse des prix des matières premières (+ 29,5 % pour le fioul domestique, + 13,1 % pour les carburants, + 6,8 % pour le gaz) et des loyers (+ 4 %), ce qui affecte le budget des plus pauvres. En 2005, les dépenses de logement sont passées de 16,6 % à 18,1 % des dépenses de consommation ; les dépenses de santé à charge des ménages ont augmenté de 6,6 %.

Par conséquent, les travailleurs sont contraints de puiser dans leurs économies, et le taux d'épargne, qui sert également à l'investissement des entreprises, est en diminution ; il est passé de 17 % en 2002 à 15 % en 2005. La consommation se concentre de plus en plus sur les produits d'importation pour lesquels les prix sont en baisse, si bien que les industriels français seront pénalisés à moyen terme. Les campagnes chauvines contre le textile asiatique ou les plombiers polonais reçoivent le soutien de cette fraction des capitalistes qui ne profite pas de l’embellie acquise en attaquant les acquis et les droits des travailleurs.

 

Le chômage pèse sur la force de travail

 

réserve relativement importante, dont la fonction est d'exercer une pression à la baisse sur les revendications de la classe ouvrière.

Les chiffres officiels du chômage ont pour but d'informer la classe capitaliste à la fois sur la quantité de main-d’œuvre disponible et sur la capacité de résistance de la classe ouvrière.

La diminution des chiffres officiels du chômage – de 2,4 millions en décembre 2005 à 2,2 millions en septembre 2006 – n'est pas un mensonge, mais ces chiffres sont restrictifs, puisque la baisse passe largement par des radiations et des emplois instables qui fragilisent les travailleurs.

De fait, l'ANPE comptabilise près de 4,5 millions de chômeurs, un nombre stable depuis 15 ans, et à peine plus de la moitié sont indemnisés (53 %). Selon la définition officielle, pour être chômeur, il faut n'avoir pas travaillé une seule heure la semaine précédente, être immédiatement disponible, et rechercher « activement » un emploi. Sont exclus les chômeurs des « départements d'outre-mer », ceux qui recherchent un emploi à temps partiel ou temporaire, les chômeurs malades... Ces chômeurs « invisibles » voient leur nombre augmenter régulièrement, puisque de 10 % du total des chômeurs en 1982, ils en représentent la moitié aujourd'hui.

Pourtant, malgré ces artifices, le nombre officiel de chômeurs est plus élevé aujourd'hui qu'en 2002. Depuis plus de dix ans, les droits des chômeurs sont attaqués, et ils sont contraints d'exercer des activités précaires. L'intérim représente en 2006 3,3 % de l'ensemble des salariés. En 2005, le nombre d'emplois intérimaires a augmenté de près de 3 %, après une hausse de 2,6 % en 2004, en particulier dans la construction, où la croissance de l'emploi est particulièrement forte. Une mission d'intérim dure en moyenne moins de deux semaines, et seul un intérimaire sur sept travaille plus de six mois par an.

 

Des cadeaux à la bourgeoisie

 

La bourgeoisie ne s’en satisfait pas et livre une lutte acharnée contre les acquis ouvriers qui menacent son taux de profit. Les cotisations sociales versées par le patronat ont eu beau diminuer massivement au cours des vingt dernières années —en 2005, tout comme en 2004, la bourgeoisie a bénéficié de près 20 milliards d'euros d'exonérations— les représentants du patronat, relayés par les éditorialistes de la presse bourgeoise, continuent à se plaindre de leur niveau trop élevé. Les cotisations patronales pour la seule Sécurité sociale, qui s'élevaient encore à 28,1 % du salaire brut au niveau du SMIC, sont réduites à 2,1 % par la loi Chirac-Fillon de 2003, puis supprimées à partir du 1er juillet 2007. Au final, le niveau des cotisations sociales patronales sur le SMIC s'élève à 19 %, en moyenne, du salaire brut.

Rien d'étonnant alors à ce que, trois ans après l'adoption de la loi Fillon, le gouvernement s'inquiète de la détérioration des comptes de la branche vieillesse de la Sécurité sociale. Son déficit est prévu à 2,2 milliards d'euros pour 2006, et il pourrait atteindre 4 milliards en 2007, ce qui reste relativement faible par rapport aux exonérations de charges, mais qui n'empêche pas le gouvernement de prévoir de nouvelles offensives contre le droit à la retraite prévues dans le récent rapport du Conseil d'orientation des retraites, dans lequel siègent des représentants de la CGT, de FO, de la FSU.

Le projet de budget 2007 établit un nouveau record, celui du nombre de suppressions de postes de fonctionnaires : 15 002 équivalents temps-plein, après 4 537 suppressions en 2004, 7 392 en 2005, et 5 430 en 2006. Ces chiffres correspondent à un cinquième des départs prévus en retraite en 2007 qui ne seront pas remplacés. Sur cinq ans, 33 242 postes de fonctionnaires auront été supprimés. Pour le budget 2007, les suppressions touchent pour plus de la moitié l'enseignement public, avec 8 700 postes en moins dans le secondaire, sans compter le transfert de 23 500 personnels techniques aux collectivités locales.

C'est à ce prix que la bourgeoisie française parvient relativement à maintenir sa position comme impérialisme.

 

L'impérialisme français maintient ses positions

 

pour l'accueil des investissements étrangers, avec plus de quarante milliards d'euros, derrière le Royaume-Uni, les États-Unis et la Chine. À cet égard, l'Agence Française pour les Investissements Internationaux, contrôlée par l'État, considère l'année 2006 comme une année « record », meilleure que 2004 et 2005. Déjà, entre 1993 et 2003, la part de la richesse créée en France par les entreprises étrangères était passée de 10 à 17 %, et en 2005, un salarié sur sept en France est employé dans une filiale d'un groupe étranger, contre un sur dix en Allemagne et au Royaume-Uni, et un sur vingt aux États-Unis.

Le gouvernement fait tout son possible pour offrir au capital international les meilleures garanties de réalisation de profits : un haut niveau de productivité et des infrastructures de qualité. La productivité de la main-d’œuvre place la France en troisième position derrière la Belgique et les États-Unis. Elle forme plus d'ingénieurs (par habitant) que les États-Unis, et les secteurs attirant les investissements étrangers autorisent une forte valeur ajoutée : la pharmacie, la logistique, les secteurs de l'innovation... La qualité des télécommunications, le niveau de la recherche, attirent les capitaux étrangers.

Le capital français est à l'offensive au cours de la période récente, et il est aujourd'hui en tête des investissements directs à l'étranger, principalement du fait de son offensive accrue dans des opérations d'acquisition d'entreprises étrangères, pour des montants se chiffrant en milliards d'euros (achat de l'américain Lucent par Alcatel pour 11 milliards, de la Banca Nazionale del Lavoro italienne par BNP Paribas pour 9 milliards, du belge Electrabel par Suez pour 11 milliards, du britannique Allied-Domecq par Pernod-Ricard pour 15 milliards...). Une telle situation explique d'ailleurs l'émoi suscité par l'achat d'Arcelor par l'indien Mittal Steel pour plus de 25 milliards d'euros.

L'impérialisme français lutte pour conserver ses intérêts partout dans le monde, en particulier en Afrique, qui est sa traditionnelle source de plus-value à l'extérieur de la métropole. À coups de pillage, directement ou via des dictateurs à sa botte, l'impérialisme français est le principal responsable de la misère dans laquelle se trouve actuellement le continent. C'est le prix que paient les populations locales pour qu'une poignée de capitalistes puissent extraire une plus-value de ce continent riche en ressources naturelles. En témoignent ses interventions récentes en Centrafrique, au Tchad, en Côte-d'Ivoire, son combat pour l'exploitation de puits de pétrole récemment découverts en Afrique centrale.

 L'impérialisme français maintient donc ses positions malgré la tendance en cours depuis une quinzaine d'années, grâce aux coups portés par les derniers gouvernements de la bourgeoisie contre son prolétariat et contre celui des pays qu'il domine.

Tous les partis et les candidats qui veulent renforcer « la France », en fait le capitalisme français, suivront le même chemin contre les travailleurs et la jeunesse, y compris le PCF et l’ancien ministre Marie-George Buffet, le PS et Ségolène Royal…

12 janvier 2007