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Le capitalisme
engendre inéluctablement la précarité
Le mot précarité est un mot à la mode qui a pour
objectif de nous empêcher de réfléchir. La précarité est une loi de la
condition humaine. (Laurence Parisot,
présidente du MEDEF, 3 septembre 2005)
La précarité a différents visages : la
précarité de l’emploi, la précarité conjugale et familiale, la précarité du
logement… qui malheureusement vont souvent de pair. (Sciences Humaines, février
2006)
Au lendemain du soulèvement de la jeunesse des quartiers pauvres, fruit du chômage, du racisme et de la mainmise policière, le Président de la République et le Premier ministre ont accusé à mots couverts le Droit du travail et la Sécurité sociale, voire les chômeurs eux-mêmes. Selon eux, ces derniers seraient trop coûteux à embaucher quand ils ne sont pas carrément inemployables. Il faut donc qu’ils reviennent moins chers aux patrons en exemptant ces derniers des charges sociales. Il convient de les mettre au pas, grâce à l’armée :
Il existe aujourd’hui un contrat jeune en entreprise
sans aucune charge sociale, réservé aux jeunes qui ont le baccalauréat. Dans
les zones urbaines sensibles, ce contrat sera ouvert à tous les jeunes, quel
que soit leur niveau de diplôme… Nous mettrons en place, conformément à la
volonté exprimée par le Président de la République, un service civil
volontaire, qui offrira un encadrement aux jeunes et un accompagnement vers
l’emploi ou la formation, lorsque cela est nécessaire. Il s’appuiera en
particulier sur le dispositif Deuxième chance mis en œuvre par Michèle
Alliot-Marie… J’ai annoncé la création de quinze nouvelles zones franches
urbaines, qui offrent un cadre fiscal favorable à l’activité et à l’emploi. (Dominique Villepin, Conférence de presse, 1er décembre 2005)
Chirac, Juppé, Raffarin, Sarkozy, de Villepin se targuent d’avoir l’audace de « moderniser », alors qu’ils sont nostalgiques du 19e siècle. Les représentants politiques des possédants et des exploiteurs font passer les conquêtes antérieures des travailleurs pour des « rigidités », des « blocages » et des « privilèges » ; ils nomment abusivement « réformes » leur entreprise systématique de liquidation des services publics, de la protection sociale et du droit du travail ; ils baptisent sans vergogne « loi pour l’égalité des chances » un dispositif supplémentaire de cadeaux aux patrons, de précarisation des familles démunies et des enfants d’ouvriers :
Le ministre de l'Emploi, de la Cohésion sociale et
du Logement et le ministre délégué à la Promotion de l'Egalité des Chances ont
présenté un projet de loi pour l'égalité des chances. Ce projet de loi a pour
objet de mettre fin aux situations d'inégalité des chances et aux discriminations
dont sont victimes les populations des quartiers difficiles, particulièrement
les jeunes. Il vise à renforcer la cohésion sociale et à préserver notre pacte
républicain. (Compte
rendu du Conseil des ministres, 11 janvier
2006)
Quand les droits des travailleurs sont démantelés, la charité humiliante reprend toute sa place. Outre Emmaüs, les Restaus du Cœur, etc. ATD Quart occupe le créneau de la pauvreté. Elle a longtemps été présidée par la nièce de Charles De Gaulle, aujourd’hui défunte, pour qui le PCF avait la plus grande vénération :
Toutes ces mises en commun suffiraient déjà à
justifier que Geneviève de Gaulle et Robert Hue décident de continuer à se
voir, se parler, à échanger des expériences et des combats dans le respect de
ce que ATD et le PCF ont de singulier… Quand la présidente de ATD-Quart Monde
rencontre le candidat communiste, c’est, bien sûr, pour mettre en commun
réflexions et actions contre l’exclusion. (L’Humanité, 19 avril 1995)
Le fondateur d’ATD, prêtre catholique, a ainsi défini la précarité dans un rapport officiel :
La précarité est l’absence d’une ou plusieurs des
sécurités permettant aux personnes et familles d’assumer leurs responsabilités
élémentaires… (Joseph Wresinski, Grande
pauvreté et précarité économique, Conseil économique
et social, 1987)
Wresinski part des « responsabilités » de la personne (et de la famille traditionnelle, bien sûr) et non de l’irresponsabilité collective de la classe possédante qu’il sollicite et qu’il conseille. Celle là même qui rejette une partie significative de la société, considérée comme inutile, tout en écrasant de besogne une autre partie qu’elle méprise presque autant et relègue loin de ses quartiers, sauf pour construire, nettoyer et réparer ses domiciles.
L’accumulation du capital, à technique égale, développe le prolétariat. L’extension du capitalisme, tant au niveau géographique que dans les branches qui lui échappaient, multiplie les travailleurs salariés.
Les nouvelles branches de la production auxquelles
le progrès technique donne lieu forment autant de débouchés additionnels pour
le travail. (Karl Marx, Le Capital, livre I, ch. 25, 1867)
En ce sens, le capital renforce son antagonique :
Ainsi, le développement de la grande industrie sape,
sous les pieds de la bourgeoisie, le terrain même sur lequel elle a établi son
système de production et d'appropriation. Avant tout, la bourgeoisie produit
ses propres fossoyeurs. (Friedrich Engels &
Karl Marx, Manifeste du parti communiste,
1847)
Cependant, le mouvement du capital, valeur qui se valorise grâce à l’exploitation, incorpore du changement technique. La recherche de l’augmentation de la productivité nécessite souvent un volume croissant de moyens de production (capital constant) au regard de la force de travail (capital variable). L’accroissement de la composition organique du capital (rapport entre valeur des moyens de production et valeur de la force de travail) tend à réduire l’emploi. Le résultat est que la force de travail croît, mais moins vite que le total du capital :
Le capital variable augmente avec le capital social dont il fait partie, mais il augmente en proportion décroissante. (Karl Marx, Le Capital, livre I, ch. 25, 1867 )
Par conséquent, il arrive le plus souvent que l’accroissement de la force de travail disponible à l’échelle de la population mondiale l’emporte sur l’accroissement de la force de travail nécessaire au capital mondial, en particulier à la suite des crises économiques :
La même offre de travail qui était jusque là normale devient désormais anormale, surabondante, des sorte qu’une fraction plus ou moins considérable de la classe salariée, ayant cessé d’être nécessaire pour la mise valeur du capital, et perdu sa raison d’être, est maintenant devenue superflue, surnuméraire. (Karl Marx, Le Capital, livre I)
La baisse du taux de profit des années 1960 a débouché sur la crise économique mondiale en 1973. Depuis, le fléau du chômage pèse lourdement dans les pays impérialistes, particulièrement en cas de récession. Il reste de toute façon à un niveau élevé, en dépit de la croissance de l’économie capitaliste de ces dernières années : officiellement 7 millions aux Etats-Unis ; presque 3 millions au Japon ; 4 millions en Allemagne ; 1,5 million en Grande-Bretagne ; presque 3 millions en France… Ce fléau a fait son apparition dans les pays où le capitalisme est rétabli (Russie, Europe centrale) ou en voie de rétablissement (Chine, Cuba).
Il est possible que l’organisation des travailleurs,
leur résistance toujours croissante opposent une certaine digue à
l’accroissement de la misère. Mais ce qui grandit certainement, c’est
l’incertitude de l’existence. (Friedrich
Engels, Critique du projet de programme d’Erfurt, 1891)
Faute d’avoir pris le pouvoir alors que c’était possible dans une série de pays d’Europe de l’Ouest, d’Europe de l’Est, du Proche-Orient et d’Amérique latine, le prolétariat, trahi par les bureaucraties de l’URSS, de la Chine et de Cuba et par ses directions réformistes ou nationalistes petites-bourgeoises, a vu ses acquis remis en cause par la contre-offensive de la bourgeoisie mondiale des années 1980. Tant dans les Etats ouvriers : soins gratuits, absence de chômage… que dans les centres impérialistes : indexation des salaires sur les prix en Italie, emploi à vie dans les grandes entreprises au Japon, indemnisation conséquente du chômage en France, etc.
Dans les pays capitalistes, le chômage de masse engendré par la crise capitaliste a aidé les patrons et les gouvernements à leur service.
À mesure qu’il développe les pouvoirs productifs du
travail et fait donc tirer plus produits de moins de travail, le système
capitaliste développe aussi les moyens de tirer plus de travail du salarié,
soit en prolongeant sa journée, soit en rendant son labeur plus intense…
L’excès de travail imposé à la fraction de la classe salariée qui se trouve en
service actif grossit les rangs de la réserve, et, en augmentant la pression
que la concurrence de la dernière exerce sur la première, force celle-ci à
subir plus docilement les ordres du capital. (Karl
Marx, Le Capital, I)
En 1973, au moment même où le contrat à durée indéterminée atteignait le maximum de son caractère protecteur, il n’a pas empêché l’explosion du chômage en France. Aussitôt, les quelques barrières que le CDI imposait aux licenciements (autorisation, préavis, indemnisation, justification) ont été largement contournées par l’instauration de nouveaux contrats de travail : contrats à durée déterminée, intérim, temps partiel…
Au compte de leur bourgeoisie, les gouvernements de tous les pays capitalistes, quelque soit leur composition politique, ont réduit la part des « dépenses sociales »au profit de colossales dépenses d’armement et du renforcement de l’appareil policier et carcéral, ont modifié les prélèvements au détriment du prolétariat et à l’avantage de la bourgeoisie. Le recul de l’âge de la retraite rend incertain le revenu des travailleurs âgés, en prétextant de la diminution du nombre d’actifs occupés qui est elle-même, en partie, une conséquence du chômage de masse. Ce dernier, à son tour, a servi de justification à de multiples cadeaux des gouvernements bourgeois à la petite et à la grande bourgeoisies :
Les aides aux entreprises, au nom de l’emploi,
s’élèvent à 24,5 milliards d’euros en 2004. Un record absolu. Depuis leur
apparition en 1973, elles ont été multipliées par près de 40. (Le Monde Diplomatique, mars 2006)
La privatisation des entreprises publiques a servi à démanteler des bastions ouvriers et à en finir avec la garantie de l’emploi d’une fraction significative de la classe ouvrière (pour le cas de la Poste, voir Révolution Socialiste n° 11-12 et n° 15 et, pour celui d’EDF et de Gaz de France, Révolution Socialiste n° 18).
Sur les lieux d’exploitation, les capitalistes ont utilisé les dispositifs légaux et réglementaires mais aussi les nouvelles techniques de l’information et de la communication et les capitulations des bureaucraties syndicales. Ainsi, les grandes entreprises, voire les administrations, ont généralisé le toyotisme (le « juste à temps », la « qualité totale », etc.) afin de détruire les lieux de résistance à l’exploitation que constituaient certaines concentrations de travailleurs :
Pour ce qui est de la réorganisation la production,
la généralisation du flux tendu signifie que chaque segment de production des
biens et des services est mi en dépendance directe du segment amont et du
segment aval en faisant disparaître les stocks-tampons entre ces segments… afin
que les hommes se sentent mobilisés en permanence, s’activent en permanence
pour ne pas rompre le flux. Le lecteur peut observer, pur s’en convaincre, la
restauration rapide, les hypermarchés, les hôpitaux, le transport aérien, les
plateformes logistiques, les centres d’appel téléphoniques et bien sûr toute
l’industrie. (Jean-Pierre Durand, La
Chaîne invisible, Seuil, 2004)
Les progrès techniques, en particulier en électronique, sont, aux mains des capitalistes, des outils de contrôle et de pression sur les travailleurs :
L’organisation de l’entreprise ne flux tendus, mais
aussi le développement des NTIC, participent de cette culture de l’urgence… On
comprend mieux alors pourquoi les salariés nient que les NTIC leur procurent,
en définitive, davantage de liberté dans l’organisation de leur travail. 39 %
considèrent même les NTIC comme un nouveau moyen de contrôle. (L’Expansion, juillet
2002)
Outre les exclus de la production, des millions de travailleurs et de jeunes sont précarisés sur les lieux de travail. La pointe extrême est constituée des « travailleurs pauvres »
La persistance d'un chômage massif et durable et le
développement de certaines formes d'emploi précaire ont eu pour conséquence une
progression de la pauvreté des personnes d'âge actif. Le caractère précaire
d'un nombre croissant d'emplois et la faiblesse de certaines rémunérations
conduisent de personnes qui pont pourtant travaillé tout au long de l'année à
des situations de pauvreté. (Observatoire
national de la pauvreté, Rapport 2005-2006, février 2006)
Certaines sont, par conséquent, privées des moyens de paiement modernes, avec le lot d’ennuis et d’humiliations que cela comporte :
Ce sont en France 4 ou 5 millions de personnes en
situation d’exclusion financière… Pour les banques, la stratégie est
simple : il s’agit d’écarter du réseau ceux dont les difficultés ne
peuvent pas être monétisées… Quinze années de cette politique rigoureuse de
rationalisation, de segmentation, de sélection des clients ont conduit à faire
du secteur bancaire l’un des plus performants… (Alain
Bazot, UFC-Que choisir, Le Monde, 6 août
2005)
D’autres, ou les mêmes, sont mal logées : 330 000 familles attendent un logement HLM en Ile-de-France, l’été 2005, 48 immigrés africains ont été victimes d’incendies d’immeubles parisiens insalubres (voir Révolution Socialiste n° 17). Certains n’ont pas de logement du tout :
Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les SDF ne sont pas coupés de l’emploi. Selon l’INSEE, en janvier 2001, 30 % travaillaient et 36 % étaient à la recherche d’un emploi. (Sciences Humaines, février 2006)
Des centaines de milliers d’ouvriers et d’employés sans papiers sont surexploités, grâce aux lois xénophobes (à la Chevènement-Vaillant ou à la Pasqua-Sarkozy) qui fragilisent la plupart des travailleurs étrangers, devenus illégaux, et, par conséquent, toute la classe ouvrière.
L’incertitude n’épargne pas les travailleuses et les travailleurs au service de l’Etat : 14 % des salariés des hôpitaux sont précaires, 18 % de ceux de l’enseignement, 21 % de ceux des communes, départements et régions. Elle s’étend à des catégories très qualifiées : médecins étrangers dans les hôpitaux publics, ingénieurs en « stages » de plusieurs mois, chargés de cours du supérieur et enseignants vacataires du secondaire, post-doctorants en CDD, etc.
La précarisation du prolétariat divise les collectifs de travail, elle facilité le despotisme du capital sur le travail car certains sont plus vulnérables, ceux qui n’ont pas de statut ou qui ne font que passer, et aussi parce que ceux qui le sont moins se perçoivent comme distincts des autres. L’instabilité et la pauvreté sont le lot de la plupart des travailleurs immigrés, des travailleuses sans qualification, des travailleurs âgés et usés, voire d’une partie grandissante de la jeunesse. Au premier chef, les jeunes sortis sans diplôme du système éducatif : le taux de chômage des non-diplômés de moins de 25 ans était de 2,4 % en 1970, il est de 44,5 % actuellement. Les diplômés ne sont pas pour autant épargnés.
En tant que victime de la remise en cause du droit à la formation dont une des formes est le développement de l’apprentissage patronal, à cause de sa position d’entrante sur le marché du travail qui la rend particulièrement vulnérable aux fluctuations du chômage. Les jeunes travailleurs en subissent des conséquences sur tous les plans : émancipation tardive envers la famille, difficulté à se loger et à emprunter, etc.
La sécurité et la santé des travailleurs s’en ressentent :
Avec quelque 2 000 accidents du travail par
jour, la situation de la France est une des pires d’Europe. On peut supposer
qu’il y a un lien entre l’augmentation du nombre d’accidents professionnels et
l’intensification du travail résultant de la réduction du temps de travail. Par
ailleurs, on assiste depuis dix ans à une montée des fameux troubles
musculo-squelettiques… Fait troublant, ils touchent des personnes de plus en
plus jeunes… (Management, mai 2005)
Alors que sa nocivité était connue depuis plusieurs décennies, l’amiante ne fut interdit qu'en 1997. Auparavant, le scandale a été couvert par le Comité permanent de l’amiante, créé en 1982, auxquels participaient des représentants de la CGC, de la CDTC, de la CFDT et de la CGT :
À l’exception de FO, les syndicats étaient tous
représentés. La CGT affirme qu’elle est « contre la politique de la chaise
vide ». Quant aux pouvoirs publics, ils sont présents par l’intermédiaire
de fonctionnaires du ministère du travail. (Le
Monde, 16 décembre 2004)
Ce retard criminel des capitalistes et de l'Etat est aujourd'hui à l'origine d'une hécatombe estimée à 100 000 morts d'ici 2025. Du moins l’amiante est désormais interdit, même s’il en subsiste beaucoup, y compris dans les hôpitaux.
Selon une enquête du Ministère du travail de 2003, près de 38 % des salariés sont exposés au moins à un produit chimique dans le cadre du travail, alors qu’ils n’étaient que 34 % en 1994. Par conséquent, près de 7 millions de salariés courent des risques de brûlure, d’irritations, d’allergie, à des cancers différés.
Le formaldéhyde, autre nom du formol, sert de
conservateur dans le milieu médical, d’agent désinfectant pour
l’agroalimentaire et d’agent de synthèses pour la chimie, d’adjuvant pour des
teintures, des engrais ou des produits pharmaceutiques. Il est aussi utilisé
pour des colles, adhésifs, encres d’imprimerie, vernis, huiles de coupe,
produits d’entretien ou cosmétiques. Le formaldéhyde est surtout massivement
utilisé dans les panneaux de bois aggloméré ou les plaques de contreplaqué… Au
moins un million de salariés européens seraient exposés au formaldéhyde sur
leur lieu de travail dont 154 000 en France… Pourtant, l’administration ne
suggère pas, pour le moment, d’interdire le formol. (Vincent Nouzille, Les Empoisonneurs, Fayard, 2005)
Il faut ajouter les multiples troubles psychologiques dont sont victimes des étudiants pauvres, des salariés soumis au mépris et au harcèlement ainsi que des chômeurs :
Le chômage engendre des psychopathologies
(nervosité, anxiété, angoisse, céphalées, insomnies, vertiges) ainsi que des
pathologies spécifiques (ulcères, eczéma, angine de poitrine). Plus banalement,
on observe une augmentation de la consommation de cigarettes, d’alcool ou de
nourriture. (Patrick Cingolani, La
Précarité, PUF, 2005)
La complicité des bureaucraties syndicales est nécessaire pour autoriser l’expérimentation de la « sécurisation des parcours professionnels » (sic) et du « contrat de transition professionnelle » du gouvernement.
Le 12 décembre 2005, D. de Villepin a rencontré les
partenaires sociaux afin de faire le point avec eux sur trois dossiers sur
lesquels ils avaient déjà eu des discussions en novembre (la sécurisation des
parcours professionnels, l’amélioration du pouvoir d’achat et la lutte contre
les discriminations sur le marché du travail) tandis que Jean-Louis Borloo,
ministre de l’Emploi, de la Cohésion sociale et du Logement, le ministre du
Travail annonçait, le même jours, l’expérimentation du « contrat de
transition professionnelle » dans six sites pilotes. (La France en 2005, La Documentation Française, 2006)
Tandis que le gouvernement UMP renforce de son côté le contrôle des chômeurs (décret du 22 décembre 2005), l’accord UNEDIC du 22 décembre 2005 entre les « partenaires sociaux » augmente une fois de plus les cotisations des salariés. Il utilise l’argent qui devrait servir à indemniser les travailleurs (leur salaire différé) pour aider la « politique de l’emploi » du gouvernement et restreint le nombre de chômeurs indemnisés alors que, sur 4,2 millions de demandeurs d’emploi, seuls 2,2 millions sont bénéficiaires du régime de l’assurance chômage ou de la solidarité. Plus d’1,5 million, soit plus de 40 % des chômeurs, ne touchent pas d’indemnités.
Si les directions confédérales FO et CGT n’ont pas signé cet accord scandaleux, elles n’en sont pas moins disposées à remettre en cause le peu de droits qui subsistent :
La construction d’une sécurité sociale professionnelle partie intégrante d’un nouveau statut du travail salarié se confirme… Elles constitueront le socle des futures négociations sur la « remise à plat » du régime. (CGT, 23 décembre 2005)
LO tire ainsi les leçons de l’accord UNEDIC de décembre 2005 :
Face aux entreprises qui suppriment des emplois par
milliers… le gouvernement se garde bien de prendre la moindre mesure… Il n’y a
pas de « bon » gouvernement. (Lutte
Ouvrière, 30 décembre 2005)
Aucune travailleuse consciente, aucun travailleur conscient ne croit que Chirac, Villepin et Sarkozy vont s’en prendre aux patrons. La direction de LO est idéologiquement arriérée et politiquement retardée. Il faut dire qu’elle s’est adressée en 2003 à Chirac pour qu’il interdise le foulard des jeunes musulmanes dans les lycées et les collèges (voir Révolution Socialiste n° 11-12) et au gouvernement Villepin-Sarkozy pour qu’il développe la « police de proximité » (voir Révolution Socialiste n° 18).
La pirouette de la fin de l’éditorial de Lutte Ouvrière est faussement radicale : selon la direction de LO (qui signe tous les éditoriaux : « Arlette Laguiller »), il n’y aurait jamais de « bon gouvernement ». Mais qu’est-ce que ces « révolutionnaires » de télévision qui n’envisagent même pas qu’un gouvernement, radicalement différent, puisse sortir d’une révolution ? Qu’est-ce que ces « trotskystes » de pacotille qui renoncent à un bon gouvernement, au pouvoir des travailleurs ?
Il y a une question qui domine toutes les autres,
c’est celle-ci : quelle est la classe qui détient le pouvoir ? (Léon Trotsky, Du plan de la CGT à la conquête
du pouvoir, 1935)
L’autre béquille du PCF, la LCR, soutient tout autant la ligne de l’appareil de la CGT :
L’engagement à revoir de fond en comble, dès 2006, l’architecture
d’ensemble de l’UNEDIC ouvre aussi l’opportunité d’un front syndical de
contre-propositions… (Rouge, 5 janvier 2006)
Tremblez, capitalistes, la Ligue « communiste » « révolutionnaire » délègue à Bernard Thibault le soin de faire des propositions au MEDEF !
Quand Villepin dit qu’il entend
garantir un «parcours professionnel sécurisé», Thibault lui fait écho
avec la « sécurité sociale professionnelle ».
Il s’agit de conquérir une sécurité sociale
professionnelle pour que les salariés n’aient pas à souffrir des transitions
entre deux emplois que leur imposent les restructurations, délocalisations, ou
fermetures d’entreprises dictées par les stratégies économiques et
industrielles. (CGT, Document
d’orientation, 27 avril 2006)
Quelques jours avant le congrès de la CGT, la « sécurité sociale professionnelle » a reçu l’appui du président de l’UMP, qui est aussi le premier flic de France et le persécuteur en chef des ouvriers et employés immigrés :
Il nous faut adapter les protections du salarié aux
besoins d’aujourd’hui. Alors que les parcours professionnels sont discontinus
et marqués par des périodes de chômage plus ou moins longues, par des
reconversions et l’acquisition de compétences nouvelles, les protections
doivent désormais être attachées aux salariés et non aux emplois qu’ils
occupent. C’est cela le cœur de la Sécurité sociale professionnelle. (Nicolas Sarkozy, Intervention à l’usine
Métaleurop, 13 avril 2006)
La « sécurité sociale professionnelle » de Messieurs Thibault & Sarkozy ne sert qu’à faire avaler aux prolétaires les exigences brutales du capitalisme français : la flexibilité de l’emploi, à travers l’institutionnalisation de périodes de formation imposée et de chômage.
La vague de réaction qui a déferlé à l’échelle mondiale dans les années 1980 et 1990, le rétablissement du capitalisme en Russie, l’expérience des politiques pro-capitalistes menées par le PS et le PCF au pouvoir, l’échec du mouvement contre les lois Fillon, l’incapacité à empêcher les plans de licenciement, nourrissent chez de nombreux travailleurs le scepticisme et la résignation.
Cependant, les coups du capital et de son Etat alimentent la haine de l’ordre établi et la rébellion, en particulier dans les nouvelles générations. La résistance quotidienne des salariés à l’accroissement des cadences et à la flexibilité des horaires passe le plus souvent inaperçue. Parfois, elle apparaît au grand jour, avec les grèves dures menées par des jeunes travailleurs dans des entreprises traditionnellement peu syndiquées comme MacDonald’s et de Pizza Hut. Les salariés concernés sont généralement des étudiants-travailleurs, à l’intersection de la jeunesse en formation et du prolétariat, n’en déplaise au MEDEF.
La France est l'un des rares pays où les jeunes
n'ont pas de job pendant leurs études ! (Laurence
Danon, conférence de presse du MEDEF, 23 mai 2006)
La PDG du Printemps devrait regarder qui fait l’inventaire dans ses magasins. D’après l'Observatoire de la vie étudiante (OVE), 48 % des 2 millions d'étudiants français travaillent, justement, pour les financer…
Le pays a connu des manifestations de masse pour le droit aux études et pour la défense des retraites (voir Révolution Socialiste n° 9-10) mais aussi toute une série de mobilisations numériquement plus limitées de « sans » : chômeurs, immigrés sans titre de séjour, mal logés, intermittents du spectacle, sans parler des multiples tentatives par les salariés d’empêcher des licenciements collectifs, dont la mobilisation commune de salariés de STMicroelectronics, Philips et Thomson à Rennes, l’été 2003 (voir Révolution Socialiste n° 11-12).
En novembre 2005, la jeunesse des quartiers pauvres s’est soulevée contre la déqualification, le chômage et le racisme (voir Révolution Socialiste n° 18). Les stagiaires ont commencé à s’organiser et à revendiquer.
En avril 2006, la mobilisation acharnée de la jeunesse, étudiante, en débordant les petites bureaucraties syndicales étudiantes qui cogèrent l’université, a pu faire reculer le gouvernement sur le CPE, un dispositif-clé de la loi Villepin dite « d’égalité des chances ».
Pour autant, le respect de la 5e République par le PS et le PCF et surtout les « journées d’action » des chefs de la CGT, de la CFDT, de FO, de la FSU, de Solidaires et de l’UNSA ont empêché la grève générale contre les lois de précarité, ont permis au pouvoir de survivre et ont préservé le CNE et le reste de la loi Villepin, à savoir la multiplication des zones franches, la légalisation des stages jusqu’à 6 mois, l’apprentissage dès 14 ans, le travail de nuit à 15 ans, la privation des allocations aux familles déstructurées, la remise d’une fraction de la jeunesse aux mains des mercenaires de l’ordre bourgeois (armée et police).
Le CPE lui-même a été remplacé par de nouvelles aides aux employeurs. Le gouvernement continue à développer l’apprentissage contre l’enseignement professionnel public, à restreindre le rapprochement familial des travailleurs étrangers, etc.
Les partis réformistes (PS, PCF) veulent faire patienter les masses jusqu’en mai 2007 en promettant une nouvelle mouture des gouvernements d’Union de la gauche - Gauche plurielle qui ont développé l’alternance (contrats de qualification et d’adaptation, 1983), multiplié les emplois précaires dans les administrations (CES, 1987 ; emplois-jeunes, 1997), instauré l’annualisation du temps de travail (lois Aubry, 1998 & 1999), privatisé de multiples entreprises publiques (le record des privatisations est détenu par le gouvernement Jospin-Buffet de 1995 à 2002)… Les directions syndicales qui leur sont liées se révèlent impuissantes, quand elles ne s’associent pas à l’élaboration et à l’application des plans patronaux et gouvernementaux.
Pour unir la classe ouvrière contre le capital qui tantôt l’exploite tantôt la rejette, qui toujours la divise, il faut mettre sur pied une seule centrale syndicale rassemblant les travailleurs sans emploi et les travailleurs salariés qui en ont un. Leur mobilisation commune pour l’indemnisation correcte de tous les chômeurs, pour l’augmentation des cotisations patronales, pour l’interdiction des licenciements, pour la réduction du temps de travail et le partage du travail entre tous les travailleurs disponibles, pour la formation sur le temps de travail, pour les droits égaux pour tous les travailleurs quelle que soit leur sexe, leur âge ou leur nationalité, est indispensable.
Comme la précarité des producteurs est au cœur du capitalisme, la lutte ne peut aboutir que si elle débouche sur l’éviction du gouvernement au service des capitalistes, sur le démantèlement de l’Etat bourgeois, la prise du pouvoir, ouvrant la voie aux Etats-Unis socialistes d’Europe et au socialisme mondial.
Le programme le plus élémentaire d’un gouvernement ouvrier doit consister à armer le prolétariat, à désarmer les organisations bourgeoise contre-révolutionnaires, à instaurer le contrôle de la production…
Un gouvernement de ce genre n’est possible que s’il
naît dans la lutte des masses elles-mêmes, s’il s’appuie sur des organes aptes
au combat et créés par les couches les plus vastes des masses ouvrières
opprimées. (Internationale communiste, Résolution
sur la tactique, 1923)
Depuis 90 ans, le PS a renié ce programme ; depuis 70 ans, le PCF l’a trahi ; le PT, la LCR et LO les ont suivis.
Aux jeunes, aux travailleuses et aux travailleurs qui veulent combattre pour le socialisme, aux militantes et aux militants ouvriers qui veulent lutter pour la dictature du prolétariat, le Groupe bolchevik déclare honnêtement et clairement : pour extirper les racines de la précarité, il faut un nouveau parti à la classe ouvrière, un parti qui s’oppose irréductiblement à toute alliance avec les exploiteurs et leurs représentants politiques, un parti dont la tâche sera de renverser la bourgeoisie, dont la méthode est la révolution prolétarienne.