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Les perspectives de la révolution socialiste au Proche-Orient après les nouvelles exactions israéliennes

Pourquoi il faut exiger le retrait des troupes
impérialistes françaises du Liban

 

Une nouvelle illustration du caractère belliqueux et barbare du colonialisme sioniste

Le 28 juin, l’armée israélienne a attaqué la bande de Gaza et le 12 juillet 2006, elle déclenchait la guerre contre le Liban en prétextant de vouloir récupérer des soldats enlevés par la milice du Hamas (islamistes des Territoires de l’Autorité palestinienne) et celle du Hezbollah (islamistes du Liban). Le déploiement de 30 000 soldats au Liban et le déclenchement simultané d’une répression féroce à Gaza ont vraisemblablement été longuement préparés. En tout cas, l’objectif du gouvernement d’Israël n’était pas de récupérer des soldats enlevés ni au Liban ni à Gaza, mais de maintenir et d’affermir l’ordre établi qui repose sur la spoliation et l’oppression d’un autre peuple.

En 5 semaines, l’opération du gouvernement Olmart-Peres « Punition adéquate » contre le Parti de Dieu (Hezbollah) a manifesté, une fois de plus, l’écrasante supériorité militaire d’Israël sur le Hezbollah et sur l’armée libanaise.

L’armée sioniste a occupé le sud du pays avec plus de 30 000 soldats, elle a chassé un million de civils vers le nord du pays ou vers la Syrie, elle a bombardé toutes les grandes villes et les camps de réfugiés palestiniens, elle a détruit toutes les infrastructures : ponts, routes, écoles, centrales électriques, bâtiments publics… Elle a interdit, de la mi-juillet à la fin du mois d’août, l’arrivée et la sortie de toute marchandise par le blocus des ports et aéroports.

Plus de 1 000 tués, plus de 4 000 blessés, officiellement. L’économie est saccagée, les dommages se chiffrent en milliards d’euros. Les masses libanaises manquent de tout : électricité, eau, médicaments et nourriture… L’armée israélienne ayant lâché des milliers de bombes à fragmentations sur le sud du Liban-Sud pendant, il reste des  milliers de mini-bombes qui sont prêtes à exploser, qui s’ajoutent aux milliers de mines  laissées par la même armée en 2000.

Pourtant, les 34 jours d’offensive féroce n’ont pas suffi pour écraser le Hezbollah et ses quelques centaines de miliciens sous-armés. Face à l’agression et aux attaques visant particulièrement la partie la plus pauvre de la population du Liban (sud du Liban, quartiers chiites de Beyrouth), le parti clérical a bénéficié d’un soutien populaire qui lui a permis, à défaut de frapper Tel-Aviv comme il le prétendait ridiculement, de poursuivre des actions de guérilla contre les occupants.

Loin des caméras et des envoyés spéciaux, dans les territoires de Gaza et de Cisjordanie, Israël poursuit son opération « Pluie d’été » qui se chiffre à plus de 250 morts et près de 1 000 blessés, souvent des femmes et des enfants. Manquant d’eau, sans électricité, subissant les humiliations et les destructions de leurs maisons, de leurs champs cultivés, de quartiers entiers, les habitants de la bande de Gaza sont aujourd’hui emprisonnés dans un ghetto bouclé par l’armée sioniste. Pour mettre au pas l’« Autorité » palestinienne, l’Etat sioniste a enlevé 40 ministres et députés du Hamas, dont le président du parlement de Gaza et de Cisjordanie, Aziz Doueik, arrêté le 5 août. La Cisjordanie a, elle aussi, été soumise au blocus. La colonisation s’étend en Cisjordanie.

Depuis sa création, avalisée par l’ONU en août 1947, sur la base de l’expulsion de 700 000 Palestiniens, Israël ne peut vivre qu’en menant une guerre récurrente au détriment des populations de toute la zone… y compris des Juifs d’Israël mystifiés par le nationalisme bourgeois qui les a transformés d’opprimés en oppresseurs.

 

L’ONU a couvert l’agression d’Israël et entend compléter la besogne au sud du Liban

 

En 2006, le Conseil de sécurité de l’ONU a couvert l’agression des troupes israéliennes au Liban. De visite en inspection, de négociations en projet de résolution, les grandes puissances de la planète ont laissé 5 semaines à l’armée israélienne. Pour finir, l’ONU a hypocritement mis sur le même plan une armée de 200 000 soldats, qui est munie de centaines de chars, de dizaines d’avions, de navires et qui dispose de l’arme de destruction massive nucléaire, qui a envahi un Etat qui siège à l’ Assemblée générale de l’ONU, avec la milice du Hezbollah qui s’est défendue contre cette invasion et qui ne compterait pas plus de 3 000 membres, dotés d’armes légères et de quelques milliers de roquettes. L’ONU donne en fait la responsabilité principale au Hezbollah qui aurait déclenché les affrontements :

Se déclarant extrêmement préoccupé par la poursuite de l'escalade des hostilités engagées au Liban et en Israël depuis l'attaque du Hezbollah en Israël le 12 juillet 2006, qui ont déjà fait des centaines de morts et de blessés des deux côtés… (ONU, Résolution 1701)

L’ONU charge le gouvernement libanais, qui comprend deux ministres du « Parti de Dieu », de désarmer les milices du Hezbollah :

Il importe que le Gouvernement libanais étende son autorité à l'ensemble du territoire libanais, conformément aux dispositions des résolutions 1559 (2004) et 1680 (2006), et aux dispositions pertinentes des Accords de Taëf, afin d'y exercer intégralement sa souveraineté, de sorte qu'aucune arme ne s'y trouve sans le consentement du Gouvernement libanais et qu'aucune autorité ne s'y exerce autre que celle du Gouvernement libanais. (ONU, Résolution 1701)

À cette fin, l’ONU promet l’aide de la FINUL, considérablement renforcée, à l’Etat libanais. Le cesser le feu décrété par l’ONU est effectif depuis le 14 août. Il n’empêche pas les avions de chasse, les tanks et les commandos israéliens d’intervenir dans le sud du territoire libanais.

 

Rappel des hauts faits de l’ONU
au Rwanda, en Bosnie et… au Liban

 

Sous couvert de l’ONU, les armées des pays impérialistes de la Méditerranée (France, Italie, Etat espagnol) occupent de fait le sud du Liban, avec le renfort de la marine allemande et de contingents grecs et turcs.

Chirac et le gouvernement UMP ont tergiversé quelques jours au sujet de la FINUL 2. Non seulement l’opération est risquée, entre Hezbollah et armée israélienne, mais cet impérialisme de second ordre est déjà engagé militairement au Kosovo, en Afghanistan et en Côte d’Ivoire. Le gouvernement italien de coalition s’est alors porté volontaire pour diriger l’opération. Finalement, l’exécutif français a décidé de s’investir pleinement dans la FINUL 2e version pour tenter de reprendre pied au Liban, qui faisait partie de sa zone d’influence traditionnelle.

Depuis, les chars français, repeints aux couleurs de l’ONU, patrouillent dans le sud du Liban et contrôlent les frontières que l’armée israélienne daigne lui laisser. Les armées française, espagnole, italienne et la marine allemande ont pour objectif d’aider l’Etat libanais à rétablir son autorité et à dissuader toute opposition à l’ordre impérialiste dont le principal pilier dans la région est Israël. Avec le renforcement de la FINUL, l’ONU relaie Israël pour maintenir la pression sur les Etats de la région que les Etats-Unis considèrent comme « voyous » (la Syrie et l’Iran).

Faire confiance à l’ONU et à l’armée française pour protéger les Libanais et les Palestiniens serait, pour les travailleuses et travailleurs français, de la plus extrême naïveté. Tous les politiciens qui tentent de faire croire à une telle fable sont des agents de l’impérialisme français, y compris ceux qui usurpent les noms de « communiste » ou de « socialiste » (PCF, PS, LCR…).

L’armée française est l’héritière de la guerre civile pour écraser le premier gouvernement ouvrier du monde (la Commune de Paris de 1871), de multiples fusillades d’ouvriers en grève et de massacres massifs d’indigènes des colonies, conquises par la violence et maintenues par la répression, y compris la torture républicaine en Indochine et en Algérie.

Comme son ancêtre la SDN, que l’Internationale communiste qualifiait à juste titre de « caverne de brigands », l’ONU a justifié, ratifié ou organisé les menées impérialistes contre des peuples opprimés et des pays dominés : en Palestine en 1948, en Corée en 1952, au Liban en 1978, en Irak en 1991, en Serbie en 1992, au Zaïre en 1994, en Côte d’Ivoire en 2004…

En avril 1994, au Rwanda, commencent 100 jours sanglants qui ont causé la mort d’environ 800 000 Tutsis (et Hutus modérés). La Mission des Nations unies pour l'assistance au Rwanda (MINUAR) reste l’arme au pied, de même que l’armée française, présente sur place. La garde présidentielle raciste Hutu qui déclenche le génocide a été encadrée et formée par l’armée française.

En juillet 1995, une unité militaire serbe de Bosnie a massacré près de 8 000 bosniaques musulmans dans « l’enclave de sécurité » de l'ONU, à Srebreniça. La force de maintien de la paix de l'ONU, l’UNPROFOR, était sous le commandement d'un officier français.

En 1978, les troupes de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL) débarquent au Liban. Elle n’empêche pas l’invasion israélienne du sud du Liban quelques jours après, en juin 1982. Par contre, la FINUL1 est opérationnelle pour désarmer l’OLP le 30 août. L’armée israélienne prend alors le contrôle des camps de réfugiés sans défense le 15 septembre 1978. Elle livre les Palestiniens de deux camps de la banlieue de Beyrouth,  Sabra et Chatila, à ses alliés des Kataëeb, les Phalanges fascistes chrétiennes qui violent et tuent pendant quarante heures sous la protection des soldats et des tanks israéliens. Le chef des Phalanges, Amine Gemayel, allait plus tard présider le Liban ; le général israélien Ariel Sharon, responsable de l’opération, devait finir sa carrière comme premier ministre d’Israël : voilà ce que valent les « démocraties » du Proche-Orient chères à Chirac, Blair et Bush.

 

Derrière le Hezbollah, les cibles de l’Etat sioniste et des puissances impérialistes sont la Syrie et l’Iran

 

L’agression israélienne de l’été 2006 et le renforcement consécutif de la FINUL participent à la nouvelle donne dans la région qui a suivi la restauration du capitalisme en Europe centrale et en Russie. D’une part, les bourgeoisies nationales arabes ne peuvent plus s’appuyer sur l’URSS pour desserrer l’étreinte de l’impérialisme ; d’autre part, la principale puissance impérialiste entend affirmer son hégémonie sur la région, tant au détriment des classes dominantes locales que de ses rivales européennes. Israël est renforcé dans son rôle d’agent impérialiste contre le peuple palestinien et contre les masses de la région.

En 2004, le projet de redécoupage de la région a pris pour Bush fils le nom le « Grand Moyen Orient », qui va du Maroc au Pakistan. Mais le premier acte de la nouvelle politique américaine l’a précédé, avec la guerre de 1991 contre l’Irak décidée par Bush père, acceptée par Mitterrand et endossée par l’ONU. Les Etats-Unis ont décidé de reprendre l’initiative, d’effacer la défaite au Vietnam, de rogner les positions des puissances de second rang : Japon et principaux Etats d’Europe, surtout la France qui conserve des prétentions en Afrique du Nord et au Proche-Orient.

Après l’invasion et l’occupation de l’Irak et de l’Afghanistan, les Etats-Unis visent les Etats les moins dociles de la région, la Syrie et l’Iran. En ce qui concerne la Syrie, le régime baasiste de El Hassad, qui a succédé à son père en 2000, est soumis à des sanctions économiques depuis 2002 (vote par le Congrès américain du Syrian Act) et a dû évacuer le Liban qu’il contrôlait depuis 1989.

La direction actuelle de l’impérialisme américain attribue son échec en Irak à la Syrie qui ouvrirait ses frontières à l’approvisionnement des « terroristes » libanais et aux déplacements des « terroristes » irakiens et encore plus à l’Iran qui fomenterait les en s’appuyant sur les chiites et qui chercherait à se doter d’armes de destruction massive.

Il était d’autant plus difficile aux Etats-Unis d’intervenir contre le Hezbollah et sur le territoire du Liban qu’ils sont déjà passablement embourbés en Afghanistan et en Irak. Israël, qui avait ses propres raisons de mettre au pas le Hamas et le Hezbollah, a servi de relais.

L’opération « Punition adéquate » de l’armée israélienne a été autorisée, voire encouragée par l’impérialisme américain, car elle visait indirectement l’Iran et la Syrie, à travers le Hezbollah. En effet, le Hezbollah sert au régime clérical iranien d’instrument de pression sur l’impérialisme américain, via les attaques contre son protégé israélien.

 

Le Liban, un Etat croupion oppresseur des Palestiniens

Les difficultés de l’armée étasunienne en Afghanistan et en Irak redonnent des marges de manœuvre à leurs rivaux. Chirac, au compte de l’impérialisme français, qui a ses propres intérêts au Liban, complète le travail de Bush et d’Olmert, avec le mandat de l’ONU et la complicité de tous les partis parlementaires, y compris les partis qui proviennent de la classe ouvrière, le PS et le PCF.

La bourgeoisie française est unanime dans sa défense du Liban, tant face à la Syrie qu’Israël. Par conséquent, ses agents au sein de la classe ouvrière défendent « l’autonomie politique du Liban » (PS) ou « la souveraineté du Liban » (PCF)…

Les organisations signataires sont convaincues qu’une solution viable et durable aux tragédies que vit le Proche-Orient passe par la garantie des droits des peuples libanais, palestinien et israélien à vivre en paix, dans des États aux frontières sûres et reconnues (Parti communiste libanais, PCF, FSU, Solidaires, LCR, PCOF, etc. Appel pour la manifestation du 23 septembre)

Le Liban actuel est en réalité une création de deux puissances impérialistes d’Europe et une ancienne colonie française. Les discussions franco-britanniques pour partager les dépouilles de l’empire ottoman débouchent sur un traité secret en 1916 entre les deux bandits impérialistes. L’accord Sykes-Picot qui laisse la plus grand partie du Proche Orient et ses réserves pétrolières à la Grande Bretagne et le « Levant » à la France. Après la guerre mondiale, Londres contrôle l’Iran et crée de toutes pièces l’Irak confiée à une monarchie. La grande province syrienne de l’empire ottoman est partagée sous l’égide de la SDN (l’ancêtre de l’ONU) : Transjordanie et Palestine pour la Grande-Bretagne, Syrie et Grand Liban pour la France. En 1920, la SDN donne officiellement mandat sur le Liban à la puissance coloniale française qui avait déjà des liens avec le « Petit Liban » ou Mont-Liban.

Au « Petit Liban » sont alors adjoints les territoires limitrophes du nord et du sud, à population musulmane. La Constitution qui régit ce « Grand Liban » a été rédigée en 1926 à Paris. Cette constitution, toujours en vigueur, garantit les libertés démocratiques, ce qui est exceptionnel dans la région, et met en place un système parlementaire. Mais l’Etat libanais ainsi bâti par la 3e République française comporte aussi des traits archaïques, de fait ethniques, puisque la religion des populations est le critère du partage du pouvoir. Une règle, non écrite, permet à la bourgeoisie chrétienne maronite, minoritaire dans la population, d’avoir accès aux postes décisifs : 50 % des sièges au parlement, présidence de la République et état-major de l’armée. Les musulmans, majoritaires, se partagent les restes : le premier ministre est un musulman sunnite, le parlement est dirigé par un musulman chiite.

L’institutionnalisation par la France du communautarisme a considérablement entravé la lutte des classes, jusqu’à causer la guerre civile qui a ravagé le pays de 1975 à 1990. Elle a multiplié les occasions pour les puissances impérialistes (France, Etats-Unis) et pour les Etats voisins (Egypte, Israël, Syrie, Iran) de nouer des alliances avec les clans locaux et facilité les interventions étrangères (Israël, Etats-Unis, France, ONU, Syrie).

L’indépendance du Liban en 1947 accompagne la naissance d’Israël. Des centaines de milliers d’Arabes chassés de Palestine par la colonisation et la guerre s’y réfugient. Pays de 4 millions d’habitants, le Liban accueille officiellement sur son territoire 400 000 réfugiés palestiniens.

L’Etat libanais leur interdit de travailler, donc tout salaire reçu est un travail au noir. Ils ne peuvent même pas devenir propriétaire de leur maison, ni en construire. Sous prétexte que le retour des réfugiés est un droit, l’Etat libanais organise la discrimination et entretient la paupérisation des réfugiés depuis 1948. Aucun droit aux études, à la nationalité libanaise, aucun droit de créer un syndicat ou un parti. L’immense majorité des réfugiés est parquée dans l’un des 12 camps officiels qui sont en banlieue des grandes villes, formant les quartiers les plus pauvres, souvent sans eau ni électricité (voir les reportages de lecteurs publiés dans Révolution Socialiste n° 11-12 & n° 15). Les réfugiés, parfois rejoints dans les camps par les plus pauvres des travailleurs syriens ou libanais, sont souvent réduits à recevoir l’aide dérisoire de l’UNRWA (Agence des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine), qui n’a pas cessé de se réduire. L’UNRWA ne reconnaît que les réfugiés de 1948, alors que le Liban compte aussi, comme la Jordanie, des dizaines de milliers de réfugiés chassés après les guerres de 1967 et 1973.

 

Septembre noir 1970 : premier massacre de Palestiniens par un Etat arabe

 

En 1948, un million de Palestiniens sont chassés par la bourgeoisie colonisatrice juive. La plupart des exilés, paysans dépossédés et travailleurs salariés, sont parqués dans des camps misérables à peine tolérés par les Etats bourgeois arabes voisins, alors que la bourgeoisie palestinienne a rejoint généralement les quartiers résidentiels de ces pays, voire les métropoles des pays impérialistes comme Londres.

Les masses laborieuses ou déclassées palestiniennes n’ont pas cessé de lutter contre l’occupant sioniste et pour le droit au retour à leur pays d’origine, tandis que les propriétaires fonciers et les capitalistes palestiniens parlaient en leur nom, pour les trahir d’abord au compte de leurs homologues arabes et, pour finir, pour la bourgeoisie israélienne elle-même et leur maître commun, la bourgeoisie américaine.

Une expression de la vague révolutionnaire mondiale des années 1960 et 1970 est la révolte des Palestiniens des camps contre Israël, leur autodéfense qui s’inspire du combat des masses cubaines et surtout de l’exemple héroïque des combattants vietnamiens. Les travailleurs arabes des villes et même des campagnes de Syrie, d’Egypte, d’Irak, de Jordanie et du Liban sympathisent largement avec leur cause, d’autant que les puissances impérialistes haïes soutiennent l’Etat sioniste.

Mais le mouvement nationaliste palestinien respecte la propriété privée et les régimes arabes qui la défendent. C'est d'ailleurs dans le cadre de la Ligue des Etats arabes qu'a été créée l'Organisation de libération de la Palestine en 1964. La principale composante de l’OLP est le parti bourgeois qui se veut laïque et anti-impérialiste Fatah dirigé par Yasser Arafat. Ses autres composantes, les organisations nationalistes petites-bourgeoises FPLP, FDPLP, etc. font confiance à la bureaucratie du Kremlin qui a pourtant présidé à la fondation d’Israël et qui combat partout dans le monde la révolution socialiste. Toutes les composantes de l’OLP sont d’accord  sur un point : il ne faut pas s’en prendre aux régimes arabes… surtout les « progressistes » comme l’Egypte, la Lybie, l’Irak et la Syrie avec qui elles entretiennent de multiples liens.

Pourtant, l’existence d’organisations palestiniennes armées se révèle incompatible avec l’autorité des bourgeoisies arabes sur leur propre territoire. En 1970, les masses ouvrières et paysannes du royaume de Jordanie se révoltent contre la monarchie hachémite mise en place par l’empire colonial britannique, allant jusqu’à constituer un soviet dans la ville d’Irbid. Au nom du nationalisme panarabe, l’OLP condamne la révolution sociale. Yasser Arafat interdit l’usage des armes à leurs militants contre le roi Hussein, considéré comme un « ami des Palestiniens ». Ce dernier, soutenu par l’impérialisme, fait massacrer les ouvriers et paysans révoltés le 17 septembre. L’armée jordanienne massacre au moins 3 500 réfugiés dans les camps. Les combattants palestiniens survivants fuient au Liban.

 

La faillite de la « révolution par étapes » et du « front uni anti-impérialiste » au Proche-Orient

 

La bourgeoisie libanaise a toujours été incapable de surmonter l’héritage français, de s’unifier par delà les clans ethniques pour moderniser le pays. Même en Irak, en Iran, en Egypte, en Syrie où des régimes bonapartistes, en s’appuyant sur l’URSS, ont défié dans les années 1950 et 1960 les puissances impérialistes, les classes dominantes autochtones se sont révélées incapables de réaliser pleinement les tâches nationales.

La raison en est que le capitalisme a achevé son rôle progressiste et que la classe exploiteuse de ce mode de production n’est plus capable de jouer un rôle révolutionnaire, comme elle l’avait fait parfois dans le passé. Seule la révolution prolétarienne, à l’époque de la décadence du capitalisme, est capable de briser les liens de dépendance des pays dominés, de libérer les femmes, de résoudre la question agraire, d’édifier une base industrielle, de faire vivre les peuples sur un pied d’égalité, d’émanciper la jeunesse, d’épanouir les sciences et les arts, de séparer l’Etat de toute religion et de tout clergé, etc. L’ensemble de ces tâches nécessite que le prolétariat se mette à la tête de tous les opprimés, contre toutes les fractions des capitalistes et des féodaux, qu’il lutte pour le pouvoir des ouvriers et des paysans. Bref, qu’il se dote d’un parti indépendant, révolutionnaire, internationaliste.

Or, la première tentative de créer de tes partis, sous l’impact de la révolution d’Octobre et dans le cadre de l’Internationale communiste, a échoué, à cause de la dégénérescence de l’Etat ouvrier et de l’IC. Les seuls partis ouvriers qui existent actuellement au Proche-Orient sont depuis longtemps des partis réformistes. Dès la fin des années 1920, les partis communistes  sont passés sous le contrôle de la bureaucratie conservatrice d’URSS. Celle-ci redoutait toute révolution prolétarienne au Proche et au Moyen Orient, qui se serait étendue inexorablement au sud de l’URSS et aurait remis en cause des privilèges et son usurpation du pouvoir.

Suivant les directives de Staline, Kroutchev et Brejnev, ces partis s’opposent désormais à la révolution en invoquant la « révolution par étapes » (d’abord la démocratie ou l’indépendance, plus tard, bien plus tard la lutte pour le socialisme) et le « front uni anti-impérialiste » (c’est-à-dire la subordination du prolétariat à la bourgeoisie nationale). Dans les années 1950 et 1960, au Liban, les partis staliniens cherchent désespérément une fraction de la bourgeoisie à soutenir pour réformer l’Etat bourgeois. En Egypte, en Iran, en Irak, en Syrie, ils la trouvent : ils se soumettent aux partis nationalistes et aux régimes bonapartistes alors même que ceux-ci les répriment, maintiennent les masses exploitées et opprimées dans le respect de la propriété privée et des frontières issuse des découpages impérialistes.

Le « front uni anti-impérialiste » des staliniens laisse toujours les mains libres à la bourgeoisie nationale et débouche sur des catastrophes, pour le prolétariat, lors des crises révolutionnaires d’Egypte (1952), d’Iran (1953), d’Irak (1958), du Liban (1976), d’Iran (1979)…

 

1976 : la révolution libanaise trahie par l’OLP et le PCL

 

En mai 1973, le prolétariat libanais riposte à l’agression des camps de réfugiés par l’armée libanaise, orchestrée avec l’armée israélienne. Le 23 mai 1975, la bourgeoisie libanaise veut en finir avec le bouillonnement des masses prolétariennes, en tentant un coup d’Etat pour écraser la résistance ouvrière. Le prolétariat réagit de nouveau et le 26 mai, les généraux quittent le pouvoir. Imposant à leurs directions syndicales et au Parti communiste libanais une grève insurrectionnelle, les masses s’en prennent aux piliers de l’Etat bourgeois et s’engagent dans la révolution. Des milices populaires défendent les camps de réfugiés, tous les travailleurs s’organisent contre la réaction.

Mais ils n’ont pas de parti révolutionnaire pour postuler au pouvoir. Le PCL, l’OACL (une scission du PCL soutenue par la LCR), le Fatah et le FPLP vont conjuguer leurs forces pour promouvoir une alliance avec un secteur de la bourgeoisie libanaise, présentés comme « anti-impérialistes » et « progressistes » et avec la Syrie, découverte comme le nouveau champion de la « Nation arabe », après le discrédit du successeur de Nasser, Sadate, qui a commencé à négocier avec Israël. Le camp « progressiste » libanais est soi-disant le Mourabitoun des nationalistes libanais nasséristes et le parti bourgeois musulman druze PSP dont le chef est Kamal Jumblatt. Ce dernier fait certes partie de l’Internationale « socialiste », mais comme bien d’autres partis nationalistes qui n’ont d’ouvrier ni le programme, ni l’origine : APRA du Pérou, PASOK de Grèce, CHP de Turquie, PS du Sénégal… Le but du PSP est en fait de participer au pouvoir, ce que lui refuse la bourgeoisie chrétienne maronite. Quant au régime baasiste, il défend la propriété privée en Syrie depuis 1963, réprime les grèves, interdit les organisations ouvrières, contrôle étroitement les réfugiés palestiniens, persécute ses propres minorités nationales, en particulier les Kurdes.

Le chef des Phalanges libanaises fascistes, Pierre Gemayel, est reçu avec les honneurs par le général Al-Assad à Damas en décembre 1975. Quelques jours plus tard, les Phalanges bloquent les camps palestiniens de Beyrouth. Le 14 janvier 1976, les fascistes massacrent les réfugiés palestiniens (par ailleurs chrétiens maronites) du camp de Dbayé, puis liquident physiquement leurs  opposants dans le quartier de la Quarantaine. Les organisations palestiniennes, qui s’étaient refusé à intervenir au Liban au nom du « principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des pays arabes » ripostent. Le 22 janvier, une partie de l’armée les rejoint. Les masses sont armées, l’Etat bourgeois se disloque.

Aucune organisation n’ouvre de perspective, aucune ne propose aux masses de s’organiser pour créer un nouveau gouvernement, un nouvel Etat. Le Front des forces progressistes fait appel à la Syrie. La Syrie impose un cessez-le-feu. En février 1976, Al-Assad reçoit le président chrétien libanais Frangié à Damas. Le 6 juin 1976, l’armée syrienne intervient directement au Liban, sauve les milices chrétiennes et rétablit l’ordre.

En refusant de lutter pour le pouvoir, en se soumettant à des clans libanais et à des régimes arabes « progressistes », le stalinisme libanais et le nationalisme palestinien ont réussi à empêcher la révolution socialiste, ont abouti à la défaite politique des travailleurs libanais et des réfugiés palestiniens, ce qui a débouché sur l’isolement accru des Palestiniens et sur la mainmise de la dictature syrienne sur le Liban.

 

Les ingrates puissances impérialistes chassent la Syrie du Liban

 

L’intervention contre-révolutionnaire syrienne a eu l’approbation totale des Etats-Unis. De juin à octobre 1976, l’armée syrienne finit par réduire au silence toutes les forces et milices armées qui s’opposaient au rétablissement de l’ordre bourgeois. Le 12 août 1976, leurs alliés des Phalanges prennent le camp de refugiés de Tell el-Zaatar et y massacrent un millier de Palestiniens.

En octobre 1976, les sommets de Ryad et du Caire de l’Organisation des Etats arabes avalisent l’occupation syrienne de la plus grande partie du Liban. De 1976 à 2005, l’armée de Damas n’a pas quitté le territoire libanais, étayant l’Etat libanais, assurant l’ordre capitaliste. Elle n’a pas servi contre l’armée israélienne quand celle-ci a envahi en 1982 le sud du Liban, complétant ainsi l’offensive de la Syrie contre la résistance palestinienne et l’accord entre l’impérialisme américain et de la bureaucratie de l’URSS qui s’étaient accordés pour installer la FINUL 1 de l’ONU en 1978.

En mai 1985, les milices chiites Amal (Espoir) liées à l’Iran attaquent les camps palestiniens de Beyrouth, avec le soutien de la Syrie. En 1989, les accords de Taëf sont signés par la quasi-totalité des forces politiques, dont le PSP de Joumblatt. Ils permettent une révision de la constitution, mettant à parité les députés chrétiens et musulmans et diminuant les pouvoirs du président qui reste chrétien. La Syrie devrait quitter progressivement le pays. En octobre 1990, le général chrétien et pro-français Michel Aoun se rebelle contre les accords. Comme la Syrie soutient la première guerre du Golfe, les Etats-Unis lui donnent de nouveau le feu vert au Liban : une offensive menée par l'armée syrienne et une partie de l'armée libanaise écrase la révolte d’Aoun, qui se réfugie en France.

Mais le gouvernement syrien refuse son soutien en 2002 à l’intervention américano-britannique contre l’Irak. Le 2 septembre 2004, le Conseil de sécurité de l'ONU, à l'initiative conjointe de la France et des États-Unis, adopte la résolution 1559. La résolution comprend deux volets : le retrait des troupes syriennes du Liban ainsi que le désarmement des milices et groupes armés non étatiques. Cette mention visait explicitement les combattants palestiniens des camps et la branche armée du Hezbollah dans le sud du pays.

En février 2005, l’un des principaux dirigeants politiques libanais, le capitaliste Rafic Hariri, lié à Chirac, explosait avec sa voiture et ses gardes du corps, laissant au centre de Beyrouth, un cratère de 5 mètres de profondeur. Utilisant le mécontentement contre l’occupation, les partis bourgeois libanais chrétiens maronites, musulmans druzes et musulmans sunnites exigeaient alors l’application de la résolution onusienne. La commission d’enquête de l’ONU sur l’attentat accusait alors Damas d’être l’auteur de l’assassinat. Sous ces pressions, l’armée syrienne quittait le Liban en avril.

Pour empêcher toute vacance du pouvoir, les partis bourgeois libanais de toutes les confessions (chiite, sunnite, musulman druze, chrétien) mirent en place le gouvernement d’union nationale en juin 2005, intégrant deux ministres du Hezbollah.

 

Le Hezbollah est un ennemi des femmes, des jeunes et des travailleurs

 

Fondé en 1982 avec le soutien de la Syrie et de l’Iran, lors de l’invasion par Israël du sud du Liban, le Hezbollah n’a jamais eu l’intention de détruire Israël et encore moins de renverser l’Etat-croupion libanais. Son orientation est déterminée par les intérêts de la bourgeoisie chiite libanaise, de taille réduite et jusque là écartée des centres de décision, et surtout de la fraction de la bourgeoisie perse au pouvoir, disposant des ressources d’un Etat pétrolier et d’une autorité religieuse chez les adeptes de l’islam chiite.

Au Liban, le principal parti islamiste bénéficie d’un grand prestige depuis le retrait de l’armée israélienne en 2000, qu’il s’attribue, et de ses organismes de charité dans un pays pauvre et dévasté, qu’il finance grâce aux prébendes iraniennes. Le succès du Hezbollah vient aussi de la faillite du Parti communiste libanais. La stratégie menchevik de soumission à telle ou telle fraction de la bourgeoisie arabe, l’incapacité à prendre la tête des paysans pauvres et des ouvriers (qui sont souvent des chiites libanais, des réfugiés palestiniens et des ouvriers immigrés syriens) ont ouvert la voie aux islamistes, une des pires formes de la réaction mondiale.

Aujourd’hui, le Parti communiste libanais CL dirige encore la principale centrale syndicale. Mais, alors qu’il était le seul parti multiconfessionnel, il a largement perdu sa base ouvrière chrétienne maronite et sa base ouvrière musulmane chiite à la suite de sa coalition des années 1970 avec le parti bourgeois musulman druze. Le PCL recherche toujours des partenaires bourgeois : maintenant, il s’adresse plutôt au Hezbollah. Une ex-responsable de l’OACL ralliée au PCL le révèle dans la presse de la LCR :

Rouge : Quelle est ton appréciation politique sur le Hezbollah ? N. Chahal : Je pars de la position du Parti communiste libanais (PCL), qui travaille main dans la main avec le Hezbollah… Il y a une alliance pratique et politique entre le Hezbollah, le Parti communiste libanais et le Parti du peuple, qui est un parti nationaliste de gauche. Ils se voient régulièrement… (Rouge, 15 septembre 2006)

Le Hezbollah, qui se soucie peu des offres d’alliance du PCL, a annoncé par la voix de son chef, vouloir un gouvernement d’union nationale pour créer un Etat fort au Liban :

Hassan Nasrallah a réclamé un gouvernement d’union nationale qui n’exclurait personne et à qui reviendrait la tâche de créer un Etat fort, résistant et juste. (Le Monde, 24 septembre 2006)

Le Hezbollah envisagerait même son désarmement :

L’armement du Hezbollah « n’est pas destiné à durer éternellement » a-t-il dit, mais il sera maintenu aussi longtemps que « les causes » dont il n’est que « l’effet » auront été éliminés, à savoir : l’occupation israélienne, la détention de Libanais en Israël, le détournement par l’Etat juif des eaux de fleuves libanais et les agressions contre la souveraineté du Liban. (Le Monde, 24 septembre 2006)

Par son caractère bourgeois et clérical, le « Parti de Dieu » est voué à trahir les aspirations des masses libanaises. Les réfugiés, les travailleurs, les femmes et les jeunes ne peuvent rien attendre d’un tel parti. Son but n’est pas de renverser l’ordre capitaliste, mais de le réaménager, d’exercer une pression sur l’impérialisme. Son antisémitisme rejette les travailleurs juifs dans les bras de l’Etat sioniste et renforce ainsi la bourgeoisie israélienne. En outre, lors des élections qui ont suivi le départ des troupes syriennes, le Hezbollah s’est allié avec Amal, le parti bourgeois libanais chiite qui avait massacré les réfugiés palestiniens des camps de Beyrouth tout au long de 1985 à 1987. Il participe actuellement au gouvernement bourgeois depuis le printemps 2005, un gouvernement qui ne doit son existence qu’à l’impérialisme. Ses maîtres perses sont des enrichis et des exploiteurs qui s’insèrent dans le cadre du capitalisme mondial et qui persécutent les masses d’Iran, y compris les minorités nationales arabes et kurdes.

Les bandes armées islamistes ont servi d’auxiliaires à l’impérialisme en Iran en 1953, en Irak en 1958, en Indonésie en 1965, en Afghanistan en 1979.

La percée du fondamentalisme religieux dans les pays dominés, cléricalisme musulman, bouddhiste ou hindouiste, s’explique par les reculs du prolétariat mondial, incluant le rétablissement du capitalisme en Russie, et l’incapacité des anciennes directions nationales -plus ou moins laïques- à faire face à la pression renforcée de la bourgeoisie des centres impérialistes, au premier chef de la seule puissance mondiale, les Etats-Unis. Comme ses maîtres et inspirateurs, le Hezbollah est un défenseur du capitalisme, un ennemi de la révolution prolétarienne, qui rivalise avec les autres formations bourgeoisies grâce à l’efficacité de la religion en matière d’adhésion des masses et de maintien de l’ordre.

Il est d’autant plus criminel de cautionner l’islamisme, ce courant bourgeois, antisémite, anti-ouvrier et contre-révolutionnaire, comme l’ont fait les révisionnistes du trotskysme du PT d’Algérie, du  SWP de Grande-Bretagne ou de la LCR de France.

Au contraire, il faut préparer le moment où les travailleurs du Liban, quelles que soient leur origine et leurs croyances, interviendront collectivement sur leur propre terrain. Le prolétariat du Liban doit rejeter la collaboration de classe prônée par le PCL, se dresser contre la domination impérialiste et contre tous ses relais locaux, la bourgeoisie israélienne, la bourgeoisie syrienne et surtout la bourgeoisie libanaise, tant ses partis chrétiens « modérés » que fascistes, tant ses partis musulmans « modérés » qu’islamistes. La révolution socialiste du Liban sera le plus sûr appui à l’émancipation nationale des Palestiniens.

 

Les directions nationalistes laïques et cléricales interdisent la résolution de la question nationale palestinienne

 

À chaque fois que la jeunesse et le prolétariat palestinien s’engagèrent dans la lutte pour leur droit à l’existence sur leurs terres, ils furent bloqués par leurs directions nationalistes bourgeoises et petites-bourgeoises. Depuis 1964, l’OLP a toujours combattu l’internationalisme prolétarien, la révolution socialiste, l’expropriation des capitalistes israéliens et arabes. Le Hamas, s’il a remplacé le nationalisme panarabe de l’OLP par un nationalisme panislamiste, est sur le même terrain de classe.

En 1987 débutait l’Intifada : la masse de la jeunesse s’attaquait à l’armée d’occupation. En plus de freiner la révolte, de lui boucher toute perspective révolutionnaire, la réponse d’Arafat et de l’OLP fut de discuter d’un nouveau « plan de paix » avec l’oppresseur. À la suite de l’écrasement des masses irakiennes en 1991, le temps de la reconnaissance d’Israël était arrivé pour Yasser Arafat et l’OLP.

En 1993, les accords du « processus de paix » furent signés à Washington, prévoyant l’existence de 2 Etats… inégaux. Bien que les Ligues des droits de l’Homme et leurs amis des bureaucraties ouvrières pleurent aujourd’hui la mort du « processus de paix », appelant à le ressusciter, ces négociations se sont conclues sur le dos du peuple palestinien. L’OLP a eu en charge une « Autorité » sur les ghettos de Gaza et de Cisjordanie à la condition de se soumettre à l’Etat bourgeois israélien. C’est ce qu’ont rappelé en 2003 l’ONU, les Etats-Unis et les puissances européennes (France, Allemagne, Grande-Bretagne et Russie) en décidant leur « feuille de route » (voir Révolution Socialiste n° 9-10).

Pour consolider ses frontières, l’Etat israélien a édifié un mur sur plus de 600 kilomètres. Pendant que les Palestiniens continuent de se faire voler leurs terres et leur eau en Cisjordanie, l’armée israélienne y pénètre périodiquement ainsi qu’à Gaza, emprisonne les militants palestiniens pour faire plier définitivement le Hamas. Celui-ci n’avait jamais eu l’intention de récupérer les territoires perdus en 1948 et a toujours exigé que les frontières de 1967 soient rétablies. Mais cela ne suffit pas pour avoir le droit de diriger les territoires, selon Israël, les Etats-Unis et l’Union européenne.

La pression des pays impérialistes sur le Hamas les a conduits à organiser le chantage, la famine dans les territoires occupés de Gaza et de Cisjordanie, qui depuis le « processus de paix » et le contrôle des frontières des territoires par Israël dépendent de la charité des Etats bourgeois d’Europe de l’Ouest, d’Amérique du nord, du Proche-Orient.

En Palestine, l’écho du Hamas provient des trahisons et de capitulations de l’OLP, aggravées par la corruption du Fatah et l’incapacité de ses rivaux laïcs à rompre avec l’étapisme et le terrorisme envers les civils juifs, à s’orienter vers le prolétariat, y compris le prolétariat juif. Il provient aussi des fonds de l’Arabie saoudite et de l’Iran, qui sont des défenseurs du capitalisme à l’intérieur comme à l’extérieur de leurs frontières. Ainsi, le Hamas assure des services  sociaux que l’Autorité palestinienne est incapable de fournir à la population.

A cet égard, les attentats suicides sont un indice du désespoir des Palestiniens face à l’étreinte sioniste, à l’isolement international et aux trahisons de la direction nationale traditionnelle. Ils en disent aussi long sur la nature politique du Hamas et du Djihad, leurs principaux instigateurs, voire celle des courants laïques qui les imitent : milices du Fatah et, dans une moindre mesure, FPLP. Les dirigeants islamistes et les prêtres fanatiques se gardent bien de donner l’exemple et de rejoindre au plus vite le paradis qu’ils promettent à celles et à ceux qu’ils envoient à la mort pour tuer des travailleurs qui ont le tort d’être juifs. Ces barbus d’âge mûr prodiguent d’autant plus facilement les vies des jeunes qu’ils redoutent leur révolte. Leur modèle, après tout, est le clergé d’Iran qui s’est enrichi considérablement, après avoir envoyé des dizaines de milliers de jeunes conscrits, en 1987, contre les lignes irakiennes dans des opérations suicidaires.

Leurs attentats visent souvent des civils juifs, car leur but n’est en aucun cas d’unir les jeunes et les travailleurs arabes et juifs pour en finir avec la domination impérialiste, l’oppression nationale et les exploiteurs locaux. Ces réactionnaires ne cachent pas leur racisme anti-juif : pour eux, les Juifs n’ont pas de place au Proche-Orient. En réalité, ils s’en prendront tout autant aux Arabes qui sont chrétiens ou athées, aux femmes et aux jeunes qui veulent s’émanciper, aux travailleurs, même musulmans, qui entreront en lutte contre les propriétaires foncier et les capitalistes.

 

Une solution démocratique passe par la révolution prolétarienne et la destruction de l’Etat colonial israélien et des Etats croupions arabes voisins

 

La question nationale est directement reliée à la question sociale en Irak, au Liban, dans les territoires et ailleurs : terre, eau, travail pour tous, logement, instruction, soins… Seule la destruction, par les masses, de l’Etat colonial et des Etats artificiels issus des découpages impérialistes ouvrira une perspective pour tous les peuples vivant au Proche-Orient.

Les organisations nationalistes bourgeoises de la région (Hezbollah, Hamas, Fatah…) et petites-bourgeoises (FPLP, FDPLP, PKK…) sont incapables de résoudre ces questions, car elles refusent de mobiliser réellement les prolétaires et leurs alliés potentiels, paysans pauvres, étudiants, etc. Une telle lutte de classe déborderait forcément les limites nationales et déboucherait sur la mise en cause de la propriété privée des moyens de production. Le Fatah, devenue le kapo des ghettos de Gaza et de Cisjordanie, en est un exemple. La question de l’oppression nationale, celle de la terre, la séparation de la religion et de l’Etat, rejoignent, s’unissent à la question sociale. La constitution d’une unique Palestine, laïque, démocratique, ne peut qu’aboutir par la révolution socialiste, qu’avec la révolution permanente.

Pour les pays à développement bourgeois retardataire, et en particulier pour les pays coloniaux et semi-coloniaux, la théorie de la révolution permanente signifie que la solution véritable et complète de leurs tâches démocratiques et de la libération nationale ne peut être autre que la dictature du prolétariat, qui prend la tête de la nation opprimée, avant tout de ses masses paysannes… Mais l’alliance entre ces deux classes ne se réalisera pas autrement que dans une lutte implacable contre l’influence de la bourgeoise nationale. (Léon Trotsky, La Révolution permanente, 1931)

Seule la classe ouvrière sera capable d’accomplir cette tâche historique : en finir avec l’oppression nationale des Arabes palestiniens, liquider Israël et les Territoires, permettre à tous les travailleurs de vivre en paix dans une Palestine multiethnique et laïque, qu’ils soient Arabes ou Juifs, qu’ils parlent hébreu ou arabe, qu’ils soient athées, musulmans sunnites, chiites ou druzes, chrétiens ou israélites.

Cela nécessite de rassembler le prolétariat, d’exprimer ses intérêts de classe. Il faut édifier de véritables syndicats et des comités de quartier qui organisent les travailleurs, qui permettent d’engager leurs forces unies pour arracher la satisfaction des revendications urgentes. Cette mobilisation pour l’emploi, le logement, contre la vie chère, pour l’accès aux soins et à l’école, pour l’égalité des femmes, contre l’oppression et la colonisation trouverait sa voie jusqu’aux travailleurs juifs les plus conscients.

Un gouvernement des ouvriers et des paysans de toute la Palestine, un gouvernement appuyé sur les organes de leur mobilisation politique sera l’instrument de cette libération. Les travailleurs arabes palestiniens ne peuvent à eux seuls détruire Israël, mais ils peuvent constituer l’avant-garde et entraîner l’ensemble des travailleurs des pays voisins, arabes, kurdes, perses, turcs, juifs, dans la transformation révolutionnaire de tout le Proche-Orient, débouchant sur la Fédération socialiste du Proche-Orient. Dans cette voie, les masses révolutionnaires sonneront le glas des Etats bourgeois de la région, à commencer par la Jordanie et le Liban, oppresseurs de toujours des Palestiniens.

Pour cela, les travailleurs palestiniens doivent rompre avec les directions bourgeoises qui défendent les États bourgeois actuels et la propriété privée des grands propriétaires fonciers et des capitalistes. Quelques soient l’intensité de leur conflit pour le pouvoir, l’OLP et le Hamas les ont trahis, les trahissent et les trahiront. Il faut aux ouvriers et aux employés leur propre parti, un parti ouvrier révolutionnaire de toute la Palestine, basé sur le marxisme, lié au prolétariat conscient de tous les pays par une internationale ouvrière révolutionnaire.

·       Droit au retour de tous les réfugiés ! Destruction de l’Etat colonisateur israélien, de ses ghettos des Territoires de l’Autorité palestinienne !

·       Une seule Palestine ! Pour une Palestine démocratique et laïque ! Assemblée constituante de tous ceux qui veulent vivre sur un pied d’égalité en Palestine, Juifs comme Arabes !

·       Gouvernement ouvrier et paysan en Palestine ! Pour la révolution prolétarienne au Liban et dans tout les pays du Proche-Orient ! Fédération socialiste du Proche-Orient !

 

La responsabilité des directions du mouvement ouvrier des pays impérialistes

 

Les masses du Proche-Orient ne pourront faire échec seules aux puissances impérialistes, à Israël et aux bourgeoisies locales et encore moins édifier le socialisme, qui réclame le niveau le plus élevé des forces productives mondiales. Il leur faut le soutien des classes ouvrières d’Europe, du Japon et des Etats-Unis pour en finir avec l’oppression nationale, les interventions militaires, développer l’économie.

Le principal obstacle dans la voie de l’unité du prolétariat mondial vient de la corruption par la bourgeoisie impérialiste des appareils des organisations ouvrières. Aux Etats-Unis, où il n’y a pas de parti ouvrier bourgeois, la direction de l’AFL-CIO a appuyé les interventions en Afghanistan et en Irak. En Grande-Bretagne, le Parti travailliste a fait de même. Ce même parti et le PSOE de l’Etat espagnol soutiennent les gouvernements impérialistes Blair et Zapatero qui envoient des troupes au Liban. Ce qui reste de la social-démocratie italienne et les trois partis issus de l’éclatement du Parti communiste italien (DS, PDCI et PRC) participent au gouvernement Prodi et le SPD d’Allemagne est partie prenante du gouvernement Merkel qui fournissent tous deux des mercenaires à la FINUL 2. En France, le PS et le PCF supportent leur bourgeoisie et son  président :

La demande formulée par M. Chirac d’un « désarmement de toutes les milices » a été saluée par le Parti socialiste (…) La secrétaire nationale du PCF, Marie-Georges Buffet, a écrit, lundi, à M. Chirac pour lui demander de « prendre une initiative au sein du Conseil de sécurité de l’ONU afin que celui-ci condamne vivement les frappes aériennes du gouvernement israélien ». (Le Monde, 19 juillet 2006)

Leurs appendices « d’extrême-gauche », chacun à sa manière, accompagnent ces engagements à laisser le monde tel que les grandes puissances le veulent.

Comme le PS, LO s’est abstenue de participer aux premières manifestations de protestation contre les nouvelles agressions de l’armée israélienne. Elle ne fait aucune différence entre oppresseurs et opprimés, colonisateurs et colonisés (comme l’impérialisme français), elle renvoie dos à dos Israël et le Hezbollah (comme l’impérialisme français) et défend l’existence d’Israël (comme l’impérialisme français) :

En ce qui nous concerne, nous sommes pour l’existence d’un Etat palestinien et nous ne sommes pas pour la destruction de l’Etat d’Israël. (Lutte Ouvrière, 31 janvier 2003)

La direction de LO, qui avait appelé Chirac à prendre une loi contre le voile dans les écoles en 2003, regrette que les résolutions de l’ONU ne soient pas toutes appliquées et minimisent son rôle pro-impérialiste :

Face au drame qui se joue actuellement au Liban et à Gaza, la montagne du G8 a accouché d’une souris, réclamant l’application d’une résolution des Nations unies demandant le désarmement des milices du Hezbollah. Mais se gardant bien de faire la même chose en ce qui concerne une autre résolution, bien plus ancienne, qui demandait en novembre 1967 l’évacuation par l’armée israélienne de tous les territoires occupés.(Lutte Ouvrière, 21 juillet 2006)

Comme le PCF, la LCR qui avait appelé à voter Chirac en 2002, en appelle aussi à l’ONU et au Président de la 5e République lui-même.

Et si une conférence internationale devait se tenir, comme l’évoque Chirac, ce devrait être pour faire appliquer toutes les résolutions des Nations unies concernant les occupations de Palestine, du Liban, de Syrie. (Rouge, 21 septembre 2006)

En outre, les anciens staliniens et bon nombre de faux trotskystes demandent à leur gouvernement, c’est-à-dire aux représentants de leur propre impérialisme, de prendre des sanctions envers  Israël :

Nos organisations ne sauraient accepter que la diplomatie française cautionne de quelque manière que ce soit les ambitions hégémoniques des Etats-Unis au Proche-Orient… Nos organisations interpellent les autorités et gouvernements de l'Union européenne. Elles réclament de leur part des sanctions contre le gouvernement israélien…  (PCF, PCL,  LCR, PCOF...., 1er septembre 2006)

Comme si l’impérialisme français valait mieux que l’impérialisme américain ! Comme si les maîtres impérialistes valaient mieux que leur principal agent au Proche-Orient !

Tous semblent oublier  que leur propre armée qui est chargée de relayer l’armée israélienne pour désarmer les combattants du sud du Liban et des camps palestiniens.

Pourtant, la classe ouvrière a les moyens de mettre fin à l’occupation de la Côte d’ivoire par la France, à l’occupation de l’Afghanistan par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, l’Espagne, l’Allemagne, le Canada… à l’occupation de l’Irak par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne… La classe ouvrière peut empêcher l’ONU d’occuper le Liban. Elle a le potentiel de renverser les Bush, Chirac, Merkel, Blair, Zapatero. Il lui manque une internationale ouvrière qui soit le lien entre les masses opprimés du Proche Orient et les classes ouvrières des centres impérialistes.

Pour empêcher le désarmement des combattants anti-impérialistes du Liban et des Territoires, les massacres répétés des opprimés du Proche-Orient, les travailleuses et les travailleurs de France et d’Europe doivent exiger de toutes leurs organisations qu’elles œuvrent au retrait des troupes de leur Etat, qu’elles multiplient les manifestations et les grèves pour empêcher leur transport, leur ravitaillement, leur paiement, leurs communisations qui dépendent en fait du travail d’ouvriers, de marins, d’employés, de techniciens.

 

Front unique ouvrier pour :

·       Retrait des troupes impérialistes du Proche et Moyen Orient, à commencer par les troupes françaises ! Aucun soldat de l’ONU sur le sol libanais !

·       Cessation immédiate la présence militaire israélienne au Liban, de l’offensive militaire d’Israël contre les Territoires palestiniens !

·       Gouvernement ouvrier en France, en Italie, en Espagne, en Grèce, en Turquie ! Etats-Unis socialistes de la Méditerranée avec les gouvernements ouvriers et paysans du Proche-Orient !

 

27 septembre 2006