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Les
coups pleuvent sur l’enseignement public
Entre 2003 et 2007, c’est une hécatombe de 27 000 emplois d’enseignants qui a frappé les collèges et lycées. Aux concours de recrutement de professeurs en 2006, 4 000 postes de moins, une baisse de 33 % tous corps confondus, de 50 % pour les enseignants d’éducation physique, les CPE, les conseillers d’orientation. De source ministérielle, pour le secondaire, les besoins annuels sur 2006-2010 s’élèvent à 16 800 recrutements : les mêmes sources annoncent que le nombre de postes ouverts aux concours est seulement de 10 000 pour 2007.
Les conséquences immédiates sont dramatiques pour des milliers de non-titulaires qui sont licenciés (estimés à 10 000 l’an dernier, 8 000 à cette rentrée), pour des milliers d’étudiants qui voient fondre leurs possibilités de débouchés professionnels.
Les conditions de travail et d’études se dégradent : augmentation des effectifs par classe, suppressions de dédoublements, moins de remplacements de professeurs assurés, baisse du nombre d’enfants de 2 et 3 ans scolarisés en maternelle, réduction des options dans les collèges et lycées, de filières dans l’enseignement professionnel public… Par milliers, les emplois précaires continuent de remplacer les postes statutaires d’agents dans le second degré, avec d’énormes pertes en matière de salaire et de garanties pour ces personnels.
Le gouvernement maquille sa politique de coupes drastiques en évoquant la baisse du nombre d’élèves dans le second degré. Pour comprendre la supercherie, il suffit de savoir que 8 élèves en moins dans le secondaire se soldent par la perte d’un poste, tandis qu’il faut 45 élèves de plus dans le premier degré pour en créer un ! Quand le ministre déclare l’attribution de 1 000 postes aux collèges « ambition réussite », il omet de dire qu’ils résultent de la suppression d’une demi-heure à l’emploi du temps de tous les élèves de 5e et de 4e.
En réalité, les Chirac, Villepin et compagnie mettent en œuvre la volonté du capitalisme français de faire maigrir la Fonction publique. Avec le remplacement d’un seul fonctionnaire sur deux départs à la
retraite, ils programment, dans le budget 2007, 15 000 suppressions de postes, dont 8 700 dans l’éducation nationale. Alors que la pénurie de postes étrangle les universités, seules 15 000 sur les 30 000 créations promises seront honorées.
Des dizaines de milliers d’ouvriers et d’agents administratifs ne sont plus fonctionnaires de l’État, mais personnels des Régions. Ils rejoignent la Fonction publique territoriale dont 20 % des effectifs sont des agents non titulaires.
Le tiers des écoles et collèges en Zone d’éducation prioritaire devraient voir fondre les budgets dont ils ont bénéficié ; les pauvres n’ont qu’à le rester.
Il n’y a d’ailleurs pas de petites économies : en cas d’absence de professeur, Fillon a décidé qu’on se passerait de professeur remplaçant qualifié : que le chef d’établissement cherche un volontaire parmi les enseignants pour assurer ce service supplémentaire…
La déréglementation devient la norme : ainsi dans les collèges « ambition réussite », les horaires nationaux d’enseignement sont dynamités, « l’expérimentation » de la bi ou tri - valence est lancée.
Partout, les pouvoirs des chefs d’établissement tendent à être élargis puisqu’ils président le (nouveau) Conseil pédagogique, censé mettre son nez dans le contenu des cours et les méthodes d’enseignement pour imposer l’application du projet d’établissement et… des circulaires ministérielles. À eux de répartir les décharges de service dont bénéficiaient jusque là tous les professeurs enseignant dans les sections de techniciens supérieurs : non seulement la chasse à la récupération de ces heures est ouverte mais, en plus, elles deviennent des gratifications « au mérite », à l’appréciation du patron.
Les élèves aussi doivent afficher leur docilité et pas seulement se former, apprendre, manifester leur intelligence : la note de « vie scolaire » comptabilisée dans leur moyenne trimestrielle récompensera les têtes baissées. C’est le principal du collège qui la délivre.
Aux rétifs ou à ceux qui ne réussissent pas, la loi Villepin assène l’apprentissage dès 14 ans. Cette mesure touchera exclusivement les enfants des prolétaires. Pour augmenter le nombre d’apprentis - juniors et atteindre les 15 000 que le patronat espère en 2006, « l’option » « découverte professionnelle » est généralisée à tous les collèges ; 3 heures par semaine sans enseignement de véritables contenus disciplinaires, pendant que les autres élèves étudient une 2e langue vivante, par exemple.
Dans cette longue liste des attaques du gouvernement UMP, il faut ajouter le sort ignoble fait aux milliers d’élèves sans papiers : cet été, quelque 6 000 familles seulement ont obtenu une carte de séjour d’un an, quand 25 000 avaient constitué un dossier dans les préfectures. Des dizaines de milliers de jeunes et d’enfants vivent sous la menace d’une expulsion.
Et de
nouvelles attaques sont programmées
Le ministère
de l’économie et des finances a commandé plusieurs audits pour « dégager
des marges de manœuvre budgétaires » dans l’Education nationale. Les
décharges horaires de plusieurs corps de professeurs du secondaire sont visées.
Non seulement le gouvernement entend dépenser moins pour l’école, mais il
entame ainsi une offensive longtemps différée pour allonger le temps de travail
des enseignants. Première étape : la publication du projet de décret
supprimant ou réduisant, selon les catégories, les décharges statutaires.
Alors que l’augmentation des frais d’inscription à l’université, la nécessité pour un étudiant sur deux de travailler pour payer ses études, la pénurie de logement sont déjà des obstacles majeurs au suivi d’études supérieures, la bourgeoisie française veut resserrer l’accès aux universités. L’un de ses candidats favoris à l’élection présidentielle n’en fait pas mystère :
Nicolas Sarkozy propose
« d’en finir avec l’obligation pour l’université d’accueillir les
étudiants qui ne sont pas suffisamment préparés aux études supérieures. »
Dotée de « plus de moyens », l’université serait aussi « plus
proche du monde de l’entreprise ». (Les
Echos, 4 septembre 2006)
L’avalanche de coups, les succès remportés par le gouvernement contre l’enseignement public ne s’expliquent pas par une prétendue adhésion des personnels et des élèves à cette politique, ni par leur passivité : massivement, ils se sont mobilisés contre la loi Fillon ; massivement, ils se sont retrouvés aux côtés des élèves sans papiers et de leurs familles ; massivement, ils ont fait grève et manifesté contre la loi Villepin dite d’égalité des chances.
La responsabilité des échecs de notre camp est entièrement imputable à la politique des sommets syndicaux. Ils dialoguent en permanence avec le gouvernement comme avec un partenaire fiable, ils lui font des propositions, ils se plaignent de n’être pas assez associés à ses décisions. Ainsi, ils ont roucoulé d’aise dans les salons De Robien pour trois mots lénifiants sur le maintien de la carte scolaire ; ils continuent de « négocier » la définition du « socle commun de connaissances » de la loi Fillon ; ils dénoncent « la méthode de non concertation » qui a prévalu à la rédaction du décret contre les décharges horaires.
Pas une réunion d’instance syndicale sans ces tirades sur « l’action dans la durée » pour camoufler qu’on ne fait rien tout de suite, sur « la bataille de l’opinion publique » pour ne pas organiser le combat contre le gouvernement Chirac – Villepin – Sarkozy - De Robien.
Au mépris des intérêts des personnels et des élèves, les directions nationales des fédérations de l’enseignement public égrènent les journées d’action de 24 heures dont les travailleurs de la Fonction publique, comme tous les autres, ont plus d’une fois expérimenté l’inefficacité. La fausse grève du 28 septembre en est le dernier exemple, et les personnels l’ont nettement boycottée.
Des syndicats réellement au service des personnels commenceraient par rompre tout lien avec le gouvernement bourgeois, en boycottant l’ensemble des « concertations » par lesquelles il les associe à l’élaboration ou l’application de sa politique. Assez d’entrevues avec les ministres et leurs conseillers qui nous matraquent ! À bas la participation à tous les étages !
Ainsi, dans les établissements du secondaire, alors que la guerre des postes est déclenchée, la consigne syndicale devrait être partout : pas un enseignant, pas un lycéen, pas un agent dans les conseils d’administration, boycott des élections au CA !
Contre le budget 2007, pour empêcher son adoption, la responsabilité des dirigeants syndicaux est d’organiser la manifestation de tout l’enseignement public, personnels et élèves, à l’Assemblée nationale, le jour du vote. Cette manifestation doit se préparer par des réunions dans les établissements et les circonscriptions, pour discuter de la situation, élire les délégués pour une conférence nationale de l’enseignement public contre la politique Chirac – Villepin – Sarkozy - De Robien de saccage de l’école publique.