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Forces et limites du combat des étudiants

 

Deux France : En mars, la Bourse de Paris a atteint son plus haut niveau depuis 2001. L’an dernier, les firmes françaises ont été au troisième rang des prises de contrôle d’entreprises à l’étranger. De la banque au téléphone, des soins du corps au verre, les groupes de la France sont à la conquête de nouveaux marchés, affrontent les concurrents et utilisent la mondialisation de l’économie. Pas exactement l’image que la France donne présentement au monde. Entre 1 et 3 millions de personnes ont manifesté le 28 mars… (The Economist, 1er avril 2006)

 

Depuis 1968, les universités françaises sont une poudrière

 

Dans les universités se trouve la masse de jeunes adultes la plus concentrée. Il y a 1,4 millions de jeunes inscrits dans l’enseignement supérieur. Bien que le démantèlement de l’Education nationale soit une des priorités de la bourgeoisie depuis des années, aucun gouvernement au service de cette classe n’est parvenu à faire l’accès massif à une formation qui échappe aux patrons et la relative unité de l’enseignement en France, y compris de l’enseignement supérieur, bien que des coups sérieux aient été portés.

En France, les universités ne forgent guère les « élites » (hauts fonctionnaires, dirigeants des grandes entreprises) car celles-ci  sont plutôt issues des « grandes écoles » (Polytechnique, Centrale, ENA, ESC, HEC, ENS…) dont le vivier est constitué des « classes préparatoires » des lycées. Les universités, comme les grandes écoles, forment la plus grande partie de la petite-bourgeoise moderne : les professions libérales et l’encadrement moyen des entreprises et des administrations. Comme les STS des lycées, les universités valident les qualifications de certaines couches du prolétariat, en particulier avec les IUT. La pauvreté de leurs moyens engendre un fort aux d’échec.

La dégradation des conditions d’existence que la bourgeoisie fait subir aux travailleurs se répercute sur les enfants des ouvriers et des employés qui veulent étudier : manque criant de moyens d’études, de postes d’enseignants et d’autres personnels, de locaux et de chambres en cité universitaire, dévalorisation des diplômes, autonomisation, concurrence des universités sur fond d’immixtion croissante du patronat.

Pour toutes ces raisons, l’université reste une poudrière dans la lutte des classes. L’étincelle a été la loi Villepin dite d’« égalité des chances » : confiant grâce à ses victoires précédents (CNE, privatisation de la SNCM, d’EDF, de GDF, coups contre les retraites, loi Fillon de réduction des savoirs au collège et au lycée, etc.) le gouvernement a cherché à soumettre plus durement encore à l’exploitation les jeunes travailleurs : apprentissage à 14 ans, contrat première embauche, stages jusqu’à 6 mois…

 

Les étudiants ont affronté le gouvernement Chirac Villepin Sarkozy

 

Pour cette raison, un puissant mouvement des étudiants s’est dressé contre le gouvernement Chirac Villepin Sarkozy et sa politique, une mobilisation pour le retrait de toute sa loi, pour lui infliger une véritable défaite.

Dès janvier, des étudiants des STAPS et de Lettres de Rennes ont engagé le combat contre le gouvernement pour l’augmentation des places aux concours de recrutement et pour le retrait de la loi Villepin dite « égalité des chances ». La première Coordination nationale s’est réunit le 18 février 2006 à Rennes, première ville universitaire à s’être engagé massivement dans la grève, suivie ensuite par Toulouse et par Paris.

Dés lors, le mouvement se développe et se centralise au travers de la Coordination. Les Coordinations sont apparues en 1986, dans la lutte des étudiants contre la loi Devaquet et le gouvernement Chirac. La Coordination nationale de 1986 fonctionnait comme un véritable comité central de la grève générale à l’Université, composée des délégués élus de chaque comité de grève local. Une revendication claire : retrait de toute la loi, la paralysie générale de l’Université, les montées massives à Paris de tous les étudiants, l’autodéfense face aux provocations et à la répression policière et, enfin, la participation de plus en plus massive des enseignants et de la classe ouvrière  aux manifestations ont eu raison de la loi Devaquet.

Tous les syndicats étudiants bouchent la voir du combat de la jeunesse et de l’alliance avec la classe ouvrière contre le capital, la 5e République et ses gouvernements. Tous, FSE, SUD Etudiants, UNEF, Confédération étudiante touchent des prébendes de l’Etat bourgeois pour cogérer l’université.

Mais, depuis 1986, chaque mobilisation importante des étudiants voit réapparaître des coordinations qui débordent les syndicats participationnistes. Il est arrivé que les appareils syndicaux étudiants, liés au PS, au PCF et à la LCR, créent de toute pièces des pseudo coordinations pour empêcher toute centralisation réelle du combat. Comme instrument de la lutte des étudiants, les coordinations sont aussi un enjeu de celle-ci.

Cette fois-ci, la Coordination a émergé du mouvement des étudiants qui a réussi à surmonter les obstacles des petites bureaucraties syndicales étudiantes. Des AG puissantes ont organisé le mouvement et les piquets de grève (« blocages ») ont été mis en place.

 

La jeunesse en formation a ouvert une brèche que le prolétariat n’a pu utiliser

 

Malgré leur nombre, les étudiants ne forment pas pour autant une véritable classe sociale car ils sont hétérogènes par leur destin social et pas insérés dans le processus de production. Pour vaincre, il leur fallait lier leur mouvement à celui du prolétariat.

Ce qu’ils ont d’ailleurs parfaitement compris, puisqu’à plusieurs reprises, la Coordination nationale étudiante, la seule représentation des assemblées générales des étudiants grévistes, s’est prononcée pour l’appel à la grève générale jusqu’au retrait de la loi « égalité des chances ».

C’est d’une extension encore plus forte que nous avons besoin maintenant. Les lycéens commencent à rejoindre en masse le mouvement. Lycéens et étudiants, nous devons entraîner l’ensemble des jeunes dans la bataille dans les universités, les lycées, les entreprises et les quartiers. Mais c’est un mouvement d’ensemble, une grève générale des jeunes et des travailleurs qui est nécessaire pour gagner. (Appel de la Coordination nationale étudiante de Poitiers, 11 mars 2006)

Mais elle n’est pas parvenue à surmonter le dispositif de ceux, partis et syndicats, qui ont supplié Chirac d’être l’arbitre du conflit, de ceux qui ont laissé passer la loi « égalité des chances ». Tout a été fait pour empêcher la jonction de la jeunesse en formation avec les gros bataillons d’enseignants et des autres travailleurs, pour empêcher la déroute du gouvernement.

Seule la grève générale des travailleurs salariés pouvait balayer la loi Villepin, le CNE et arracher les postes aux concours. Mais tous les appareils financés par la 5e République s’y sont opposés, car la grève générale est potentiellement révolutionnaire :

Ce ne sont pas des grèves corporatives. Ce ne sont pas des grèves. C’est la grève C’est le rassemblement au grand jour des opprimés contre les oppresseurs. C’est le début classique de la révolution. (Léon Trotsky, La Révolution française a commencé, 1936)

Par une politique de diversion, désormais classique, les appareils syndicaux et partis ouvriers dégénérés, leurs appendices dans la jeunesse, leur « extrême gauche » de LO, de la LCR ou du PT, sont parvenus, à coup de gesticulations au Parlement, de journées d’action et de grèves reconductibles, à empêcher une mobilisation du prolétariat comparable à celle de la jeunesse en formation, à prévenir la grève générale. Aucun secteur de la classe ouvrière n’a réussi à déborder les appareils confédéraux unis dans les journées d’action (CGT, CFDT, FO, Solidaires, UNSA, FSU et même CNT).

 

Les appareils syndicaux et leurs flancs-gardes centristes ont sauvé la mise à Chirac

 

En février, le collectif « Stop CPE » qui regroupe l’UNEF, SUD Etudiants, l’UNL, UNSA Jeunes, CGT Jeunes, MJS, MJC et UEC, JCR, Jeunes Verts… est la première tentative des appareils pour limiter la mobilisation. Stop CPE a servi, en utilisant ses moyens matériels, de cheval de Troie des bureaucraties conservatrices du mouvement ouvrier au sein de la Coordination nationale étudiante. Ce bloc réformiste va en appeler à Chirac, de même que la direction de FO et ses laquais du PT. Quand la situation se tend, il sera remplacé par l’Intersyndicale.

La direction de l’UNEF, qui reste présente dans la Coordination pour la freiner et la saboter, va s’intégrer à l’intersyndicale avec la CGT, FO, la CFDT, la CFTC après la manifestation du 7 mars, et devenir l’interlocuteur du gouvernement, au nom des étudiants. La politique de la direction de l’UNEF, de la FIDL, de l’UNL, toutes organisations contrôlées par le PS (et le PCF, dans le cas de l’UNEF), a été de protéger Chirac, d’éviter qu’il subisse une défaite politique.

Dans la Coordination, les organisations anarchistes et centristes (« l’extrême gauche » des journalistes), et SUD-Etudiants ont couvert cette orientation principalement par le soutien et la participation aux journées d’action et le refus de combattre l’éparpillement imposé par les directions des centrales syndicales ouvrières. Ainsi, les journées d’actions été présentées dans le meilleur des cas comme autant de tremplins vers la grève générale, ce qui revenait à s’appuyer sur la bureaucratie syndicale en lieu et place de la combattre. Centristes, anarchistes, syndicalistes « de gauche » ont eu recours au même pratiques que leurs grands frères bureaucrates : élections de délégués douteuses, travail en « commission » hors AG, organisation de l’éparpillement : intrusions à Eurodisney, au salon de l’agriculture, pendant le marathon de Paris, sit-in dans les endroits les plus incongrus, manifestations improvisées et ultra-minoritaires facilitant la répression, etc.

Malgré l’adoption du mot d’ordre clair de  retrait de la loi « égalité des chances » par les AG et la Coordination, celle-ci s’est soumise aux journées d’action décidées par les confédérations. Le mouvement des lycéens et des étudiants n’a pas pu empêcher les appareils de se borner avec l’aide de la LCR et de LO au « retrait du CPE » pour laisser une porte de sortie au gouvernement Chirac Villepin Sarkozy. Les réformistes en ont toujours appelé à Chirac, à la majorité parlementaire, au Conseil constitutionnel pour, finalement, négocier directement avec l’UMP.

 

Le gouvernement et sa justice répriment

 

Si le gouvernement des capitalistes a subi un revers en devant renoncer au dispositif phare de sa loi, il peut néanmoins poursuivre sa politique et se venger. Par conséquent, les étudiants, les lycéens et les jeunes travailleurs qui se joints à eux subissent une répression lourde, puisqu’à ce jour, il y a eu 4 350 arrestations dont 1 985 gardes à vue avec 637 procédures judiciaires (dont 271 comparutions immédiates) qui ont donné lieu à 71 peines de prison ferme, 167 peines de sursis, travaux d’intérêt général ou mises à l’épreuve, 188 mesures alternatives. Voila les fruits de la ligne de l’UNEF, de la CGT et du PS pour ne pas infliger de défaite au gouvernement. Pendant ce temps, les appareils avec qui LO et LCR ont fait des meetings commun appellent à des « Etats généraux de la jeunesse » pour élaborer des « propositions »…au gouvernement.

La bourgeoisie va continuer son offensive, les peuples dominés, le prolétariat et la jeunesse restent dans sa ligne de mire, comme en témoignent l’intervention de l’armée française au Tchad et en Afghanistan, le projet de loi « sur l’immigration choisie » et celui sur la « prévention » de Sarkozy, la préparation d’un plan contre le droit aux études supérieures.

 

Pour une organisation révolutionnaire de la jeunesse

 

D’autres combats important sont devant nous. La jeunesse doit apprendre à se défendre, politiquement et physiquement, de ses ennemis. Tirer des leçons du combat est nécessaire pour aller de l’avant, pour cela, il faut construire une organisation révolutionnaire de la jeunesse à l’université avec pour devise : « la jeunesse est la flamme de la révolution ».

Arrêt immédiat des expulsions des élèves et étudiants étrangers sans papiers ! Levée de toute inculpation et de toute sanction judiciaire des manifestations des lycéens du printemps 2005, du mouvement des jeunes des banlieues de novembre 2005, du mouvement des étudiants et des lycéens de 2006 ! Fin de Vigipirate !

Abrogation du CNE, de la loi Villepin et retrait des lois Sarkozy ! Suppression des stages non payés ! Diminution du temps de travail sans baisse de salaire et répartition du travail entre tous les travailleurs disponibles !

Pas un syndicaliste à la Commission université-emploi ! Pas un étudiant dans les organismes de cogestion de l’université ! Des postes aux concours ! Des moyens pour étudier ! Dehors, l’armée et les patrons de l’université et de la recherche !

Unité de la jeunesse quelle que soit son origine et son ethnie ! Pour une organisation révolutionnaire de la jeunesse et une internationale révolutionnaire de la jeunesse !

Fin des interventions impérialistes en Côte d’Ivoire, en Afghanistan et retrait immédiat de toutes les troupes de l’impérialisme français !

Pour le renversement de Chirac, de la 5e République ! Pour un gouvernement des travailleurs ! Pour les Etats-Unis socialiste d’Europe ! Pour la révolution socialiste mondiale !