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Stéphane Just
La contradiction n'en subsiste pas moins. Indépendamment du contenu de ce pacte, la simple réalisation du front unique du PCF et du PS, en unifiant les masses ouvrières, alors que la crise s'accentue, a une dynamique révolutionnaire. Objectivement et subjectivement, la question du pouvoir, du gouvernement, se trouve posée : quel gouvernement porter au pouvoir, sinon un gouvernement du PS et du PCF, un gouvernement des partis ouvriers sans représentants des organisations et partis bourgeois ?
Trotsky écrit en octobre 1934 :
Dès que les deux partis ouvriers qui se
concurrençaient vivement dans le passé ont renoncé à se critiquer l'un l'autre,
et à se conquérir l'un à l'autre des adhérents, par cela même ils ont cessé
d'exister en tant que partis distincts... Le front unique agit comme un Parti
inachevé, construit sur le principe fédéraliste [...]. Le bloc défensif contre
le fascisme ne pourrait être suffisant que si pour tout le reste les deux
partis conservaient une complète indépendance. Mais non, nous avons un front
unique qui embrasse presque toute l'activité publique des deux partis et exclut
leur lutte réciproque pour conquérir la majorité du prolétariat. De cette
situation, il faut tirer toutes les conséquences. La première et la plus
importante, c'est la lutte pour le pouvoir. Le but de ce front unique ne peut
être qu'un gouvernement socialiste-communiste, un ministère Blum-Cachin. Il
faut le dire ouvertement, si le front unique se prend au sérieux ‑ et
c'est à cette seule condition que les masses populaires le prendront au sérieux
‑ il ne peut se dérober au mot d'ordre de conquête du pouvoir. Par quels
moyens ? Par tous les moyens qui mènent au but. (Où
va la France ?)
Les masses prennent au sérieux le front unique : le front unique du PS et du PCF est une invite à l'action politique, à l'action centre le capital, le gouvernement, les bandes fascistes, et au combat pour porter au pouvoir un gouvernement des partis du front unique.
A tout prix, il faut éviter que se crée une situation semblable. D'autant plus qu'en conséquence de la venue au pouvoir d'Hitler ‑ écrasement du PCA, menace que constitue une Allemagne écrasée sous la botte nazie, où Hitler prépare ouvertement la guerre contre l'URSS ‑ la bureaucratie du Kremlin est obligée de chercher à nouer des alliances avec d'autres puissances impérialistes dites « démocratiques ». Il faut tourner à 180 degrés. Le PCF va devenir le héraut du « front populaire ». Il va tout faire pour noyer l'unité d'action entre les partis ouvriers en un rassemblement intégrant le Parti radical qui reste au gouvernement.
Ainsi, à la veille des élections cantonales, Marcel Cachin écrit dans L'Humanité du 10 octobre 1934 :
Dans l'état où la défaite électorale tant avouée ou masquée du fascisme obtenue par le désistement naturel communiste et du candidat socialiste d'un représentant avoué ou masqué du fascisme ne peut être obtenue par le désistement du candidat communiste et du candidat socialiste, le Parti communiste est même prêt à envisager le désistement en faveur d'un candidat radical. À la condition qu'il se prononce nettement contre le fascisme, contre sa préparation, contre les décrets-lois et contre la politique gouvernementale de préfascisme.
Les résultats des élections cantonales du 14 octobre 1934 sont significatifs du profond mouvement politique qui a commencé. Le PCF gagne 100 000 voix, ses élus passent de 10 à 28. Le PS maintient ses suffrages, mais le jeu des désistements porte ses élus de 105 à 109. Déjà, le Parti radical perd considérablement de voix, et 21 élus. Dès le 7 octobre, Maurice Thorez a lancé la fameuse formule du « front populaire » au cours d'un grand meeting à la salle Bullier, qui sera suivi de la proposition faite au comité de coordination du PS et du PCF d'élaborer un programme qui permette d'inclure au sein d'un front populaire le Parti radical. Le 24 octobre à Nantes où se tient le congrès du Parti radical, nouveau discours. Bien que le Parti radical continue à participer au gouvernement Doumergue, Maurice Thorez, au CC du PCF de novembre, se déclare satisfait de l'évolution de ce parti.
Ce virage à droite surprend la SFIO qui hésite avant de se rallier au front populaire que propose le PCF Le gouvernement Doumergue tombe le 8 novembre, la Chambre refusant d'adopter son projet de réforme de la Constitution. La situation économique ne cesse de s'aggraver. Mais la situation n'est pas telle qu'il apparaisse nécessaire au capital financier de liquider le parlementarisme, ainsi que le proposait Doumergue. Le tournant du PCF vers le front populaire lui donne la garantie que celui-ci se dressera contre les masses au cas où celles-ci deviendraient menaçantes. De son côté, la SFIO, si elle hésite à se prononcer clairement pour le front populaire, n'en montre pas moins ses dispositions à adopter cette politique. La Commission administrative permanente vote une résolution où on lit :
Si devant le péril couru par les libertés publiques et les libertés ouvrières, devant le ravage de plus en plus douloureux exercé par le chômage et la détresse paysanne, des républicains, sentant à leur tour le caractère exceptionnel des circonstances, se déterminent à opposer à la violence fasciste la force républicaine et constituent un gouvernement de combat pour la sauvegarde des libertés démocratiques et contre la crise, elle déclare ne poser d'avance aucune limite au concours que leur apporterait le Parti.
Il est impossible de dire mieux. C'est à juste titre que Trotsky écrira :
L'Humanité répète que c'est le front unique qui a chassé Doumergue. Mais c'est pour parler modérément une fanfaronnade creuse. Au contraire, si le grand capital a jugé raisonnable, possible, de remplacer Doumergue par Flandrin, c'est uniquement parce que le front unique, comme la bourgeoisie s'en est convaincue par l'expérience, ne représente pas encore un danger révolutionnaire immédiat... Les véritables maîtres de la situation [... ] maintiennent l'union nationale et ses décrets bonapartistes, ils mettent le Parlement dans la terreur, mais ils laissent se reposer Doumergue. Les chefs du capital ont apporté une certaine correction à leur appréciation primitive, en reconnaissant que la situation n'est pas révolutionnaire, mais prérévolutionnaire. (Encore une fois, où va la France ? mars 1935)
Le gouvernement Flandrin constitué le 8 novembre continue la politique de Doumergue au point de vue économique et social.
Le mouvement politique de regroupement des masses derrière les partis ouvriers ne s'en poursuit pas moins. Une fois encore, les élections vont traduire ce mouvement et permettre aux masses une expression nationale. L'avance du PCF aux élections municipales est impressionnante :
Ces élections qui eurent lieu le 5 et le 12 mai (1935) furent un grand succès pour notre Parti. Huit conseillers municipaux communistes étaient élus à Paris, alors que précédemment il n'y en avait qu'un seul. Dans la banlieue (département de la Seine), le nombre des municipalités communistes passait de 9 à 26 et parmi elles on comptait de grandes villes comme Montreuil, Drancy, Issy-les-Moulineaux, Aubervilliers, etc.
En Seine-et-Oise le nombre des municipalités communistes passait de 6 à 29, parmi lesquelles la grande cité industrielle d Argenteuil, et Villeneuve-Saint-Georges.
Dans le Nord et le Pas-de-Calais, les municipalités
communistes passaient de 17 à plus de 50, tandis qu'une vingtaine de
municipalités communistes étaient élues dans le Gard, une trentaine dans
l'Allier et beaucoup d'autres dans la Corrèze, la Creuse, le Lot-et-Garonne, la
Haute-Vienne. Dans la banlieue de Lyon, nous enlevions Villeurbanne. De même
nous gagnions Concarneau sur la côte bretonne. Le nombre de nos municipalités
dans les communes de plus de 5 000 habitants était passé de 38 à 90. (Jacques Duclos, Mémoires 1935-1939, 1969)
Plus loin :
Dans les communes de banlieue du département de la Seine, les élections municipales avaient été suivies des élections cantonales qui donnèrent au Parti 25 sièges sur 50, alors qu'il n'en avait que 4 auparavant.
Le nombre de voix qui se portent sur la SFIO se maintient, ainsi que le nombre de ses élus. Le grand perdant est encore le Parti radical.
Duclos écrit encore :
À Aubervilliers, Laval fut battu par une liste qui avait à sa tête les camarades Charles Tillon et Emile Dubois.
Ironie de l'histoire : le 2 mai 1935, le même Laval, alors ministre des Affaires étrangères, signait le pacte franco-soviétique et le 15 mai, à l'issue d'un entretien à Moscou avec Staline, il obtenait la fameuse déclaration de ce dernier :
M. Staline comprend et approuve pleinement la politique de défense nationale faite par la France pour maintenir sa force armée au niveau de sa sécurité.
Immédiatement, le PCF emboîte le pas et publie une affiche où on lit :
Pour faire face au danger menaçant, l'Union soviétique, dont l'intérêt permanent est la paix, a raison d'agir de concert avec les puissances qui ont un intérêt momentané à maintenir la paix. Ainsi s'exprime la politique réaliste des communistes qui veulent de toutes leurs forces : la sauvegarde de la paix.
Désormais, le PCF devient tricolore et ses dirigeants entonneront La Marseillaise à tout propos et hors de propos. Finie la politique des « gueules de vaches », du « drapeau dans le fumier », de l'affirmation d'Aragon : « Je conchie l'armée française » ; la déclaration de Staline a réussi une magnifique métamorphose : l'armée française, son corps d'officiers, sont devenus l' « armée républicaine ». La politique de front populaire prend son plein essor.
Pourtant, le pacte franco-soviétique, la déclaration de Staline, n'ont pu sauver de la faillite le gouvernement Flandrin-Laval : l'inflation commence, la fuite de l'or également, le chômage continue à s'accroître. Flandrin ne peut obtenir les pleins pouvoirs le 31 mai à la Chambre. Les élections municipales lui ont porté un coup fatal.
Laval, l'homme des accords avec Mussolini, et qui vient d'obtenir la magique déclaration de Staline, après l'intermède d'un gouvernement Bouisson qui dure deux jours, obtient l'investiture de la Chambre le 7 juin, assortie de « pouvoirs exceptionnels ». Les radicaux, dont Herriot, participent à ce gouvernement.
Mais le front populaire ne peut vraiment naître et prendre son essor que si la SFIO donne son accord et y participe. De ce point de vue, le congrès de Mulhouse va avoir une importance décisive. Il se tient du 9 au 12 juin 1935. La situation à la SFIO est bien particulière. A l'instigation de Trotsky, les trotskystes sont entrés en août 1934 à l'intérieur de la SFIO ouvertement, en y défendant leur programme. Le mode de fonctionnement, le droit de tendance reconnu à la SFIO donnent cette possibilité. L'appréciation de Trotsky est qu'après la capitulation de l'IC en Allemagne et la politique de la troisième période, dans les pays où se produira une nouvelle montée des masses, cela se traduira en un premier temps par un afflux de travailleurs révolutionnaires à l'intérieur des partis sociaux-démocrates. Se constitueront alors de puissants courants cherchant la voie de la révolution, cherchant un programme révolutionnaire, cherchant à constituer un parti révolutionnaire. Il faut être avec eux, dégager, armer politiquement, organiser ces courants qui deviendront alors l'élément premier du parti révolutionnaire qu'il faut construire et que ne peuvent prétendre être, ni même ne peuvent construire indépendamment de ces militants, les faibles organisations trotskystes. Aucune illusion cependant, les partis sociaux-démocrates sont et resteront des partis ouvriers-bourgeois, à un certain stade la rupture avec eux ne sera pas moins indispensable que ne l'a été l'entrée en leur sein.
Les trotskystes ont rapidement obtenu dans la fédération de la Seine, parmi les Jeunesses socialistes, et en province, d'importants succès. Ils vont combattre au congrès de Mulhouse contre la politique du front populaire.
De son côté, Marceau Pivert amorce sa rupture avec la « Bataille socialiste » que dirige Zyromski. Cette tendance est depuis plusieurs années considérée comme l'aile gauche de la SFIO, partisane de l'unité d'action avec le PCF. En cette année 1935, Zyromski l'aligne entièrement sur les positions du PCF, du front populaire au soutien à la défense nationale.
Marceau Pivert repousse la défense nationale mais ne s'oppose pas au front populaire. Plus tard, il adoptera le mot d'ordre de « front populaire de combat ». Il ne mènera pas bataille au congrès de Mulhouse contre la politique de « front populaire ».
Les résultats du congrès de Mulhouse seront les suivants : la résolution Molinier-Rous qui préconise la lutte pour le pouvoir, un gouvernement du PS et du PCF, un programme de revendications transitoires, obtient 105 mandats ; celle de la « Bataille socialiste » (à laquelle Pivert s'est rallié) obtient 777 mandats. Celle de Blum obtient 2 025 mandats. Les deux dernières motions se situent sur l'orientation de la politique de front populaire. Aucun obstacle n'existe plus sur la voie qui mène au Front populaire, il suffira que le Parti radical s'y rallie en temps opportun.
Le 17 juin se constitue le « Comité du rassemblement populaire ». Sa tâche immédiate sera de préparer les manifestations populaires du 14 juillet 1935. La date de la « fête nationale » est évidemment politiquement significative. Le matin se tient au stade Buffalo un immense meeting où parlent les représentants des organisations et partis qui constituent le Comité du rassemblement populaire. Duclos nous apprend que « le serment » que les manifestants prêtèrent dans la matinée du 14 juillet 1935 au stade Buffalo, après qu'Octave Rabaté en eut donné lecture, était ainsi formulé :
Au nom de tous les partis et groupements de liberté et des organisations ouvrières et paysannes, au nom du peuple de France rassemblé aujourd'hui sur toute l'étendue du territoire, nous, représentants mandatés ou membres du Rassemblement populaire du 14 juillet 1935, animés de la même volonté de donner du pain aux travailleurs, du travail à la jeunesse et la paix au monde, nous faisons le serment solennel de rester unis pour désarmer et dissoudre les ligues factieuses, pour défendre et développer les libertés démocratiques et pour assurer la grande paix humaine.
Toujours selon la même source :
En conclusion, les manifestants déclaraient : Dans cette journée du 14 juillet, ils saluent dans les armées de Terre, de Mer, de l'Air, officiers, sous-officiers, soldats et marins les forces nationales constituées pour la défense des libertés.
Jacques Duclos, ce même 14 juillet, déclare au nom du Parti communiste :
Nous voyons dans le drapeau tricolore le symbole des luttes du passé et dans notre drapeau rouge le symbole des luttes et des victoires futures. Et si l'immense foule chante notre hymne d'espérance et de lutte, L'Internationale, mais aussi La Marseillaise, nous n'oublierons pas que La Marseillaise est un chant révolutionnaire dont nous reprenons volontiers l'appel vibrant : « Liberté, liberté chérie, combats avec tes défenseurs. »
L'après-midi, des centaines de milliers de travailleurs défilent de la Bastille à la Nation derrière Thorez, Léon Blum et Daladier venu à titre personnel.
Lors des premières négociations pour définir le programme du Front populaire, les dirigeants de la SFIO n'en croient pas leurs oreilles : le Parti communiste refuse toutes mesures qui peuvent sembler porter atteinte au capital et que met en avant l'aile gauche du Parti socialiste, telle la nationalisation des banques, des chemins de fer et des mines, en expliquant que de telles exigences ne pourraient qu'épouvanter le Parti radical, défenseur de la propriété privée.
Et pourtant, les nationalisations, comme l'explique Léon Blum :
Ce n'est pas la révolution : les nationalisations sont aux socialisations ce que l'exercice du pouvoir est à sa conquête. Les nationalisations se placent dans le cadre du régime capitaliste. Elles sont exécutables sans conquête préalable de l'appareil politique de la bourgeoisie. Elles sont un moment de l'évolution capitaliste et non pas un moment de la révolution sociale.
Qu'importe ! Les dirigeants du PCF entendent dresser un barrage contre la montée des masses. Démonstrativement, ils s'allient au parti parlementaire classique de la bourgeoisie française : ils veulent élargir sans limites à droite le Rassemblement populaire. Leur objectif est de défendre la propriété privée des moyens de production et, bien sûr, l'Etat bourgeois instrument politique de la domination de classe de la bourgeoisie sur la société.
Après la manifestation du 14 juillet 1935, Jacques Duclos explique devant les militants communistes de la région parisienne la signification de cette politique:
Nous ne repoussons pas les hommes qui sont à la droite du Parti radical, qui veulent avec nous défendre la liberté. Pour notre part, nous n'avons jamais demandé au Parti radical d'accepter nos mots d'ordre et notre programme. Mieux, nous avons eu l'occasion, aussi bien dans le comité d'action à Paris qu'à Lyon, de nous élever contre certaines exigences mises en avant par d'aucuns pour amener la rupture avec les radicaux.
La lutte des classes s'aiguise. Expulsés du processus de production, travailleurs et jeunes manifestent. Les heurts avec la police se multiplient. Le cabinet Laval au sein duquel siègent six ministres du Parti radical, dont Edouard Herriot, son président, se livre à une attaque forcenée contre la classe ouvrière et les masses au moyen des décrets-lois.
Le 15 juillet 1935, décrets-lois qui réduisent de 10 % toutes les dépenses publiques (sauf les pensions militaires) de l'Etat et des collectivités locales (dont les salaires des fonctionnaires et assimilés) ; réduction des prestations des assurances sociales et des rentes, majoration de 20 à 25 % de l'impôt sur le revenu, baisse de 10 % sur le prix de l'électricité, du gaz et des loyers professionnels. La somme des économies devait permettre de retirer 11 milliards de l'époque de la circulation. Le 8 août, nouvelle série de décrets-lois, et encore le 30 octobre.
La classe ouvrière subit toujours les attaques du capital, mais elle se prépare incontestablement à prendre l'offensive. Dès lors et jusqu'à la grève générale de juin 1936, le mouvement va se préparer, mettre ses conditions en place. De puissantes manifestations toujours plus impressionnantes se succèdent.
Les militants des partis ouvriers, et singulièrement ceux du Parti socialiste, encadrés par le service d'ordre des TPPS que dirige Marceau Pivert, vont chasser des quartiers ouvriers les ligues fascistes. Ils mettent en fuite Camelots du roy, Volontaires nationaux, Croix-de-Feu. Ceux-ci s'accrochent : ils organisent de grandes manifestations paramilitaires le jour de la fête de Jeanne d'Arc à Paris par exemple. Ils organisent également d'imposants rallyes au cours desquels des centaines d'automobiles convergent vers une ville de province où les « chefs » viennent inspecter leurs troupes. A différentes occasions, la parade motorisée se termine en déroute.
Ainsi à Limoges où les TPPS leur organisent une « chaleureuse réception ». Le prolétariat utilise l'ensemble des formes de lutte politique dont il dispose malgré l'entrave des appareils. La marée monte, et les masses s'ordonnent politiquement. Depuis la grève générale du 12 février et plus encore la conclusion du pacte d'unité d'action entre la SFIO et le PCF, inéluctable : se pose la question de l'unité syndicale, d'une centrale unique.
En octobre 1934, les dirigeants de la CGT, Jouhaux, Dumoulin, Bothereau, etc., modifient leur position : jusqu'alors ils exigeaient des dirigeants de la CGTU qu'ils rentrent à la CGT en dissolvant la CGTU et ses syndicats. Ils acceptent que des discussions s'engagent sur la réalisation de l'unité organique des deux centrales. Mais les « unitaires » ne tiennent pas à l'unité organique, et les « confédéraux » exigent la dissolution des fractions au sein des confédérations. Lefranc signale un article que Les Cahiers du communisme publient le 1er novembre, où on lit :
L'unité du mouvement syndical assure la possibilité au Parti communiste d'exercer son influence sur des masses plus larges que ce n'est le cas actuellement. C'est pourquoi les camarades français ont agi avec juste raison en ne faisant pas dépendre la question de l'unité de la question de l'indépendance du mouvement syndical. Que signifie cette indépendance ? Les communistes renoncent-ils à avoir des fractions communistes dans les syndicats ? Renoncent-ils à y poursuivre leur politique ? Bien entendu que non.
Le 19 mars 1935, les comités confédéraux nationaux avaient constaté l'échec des pourparlers sur l'unité organique. Après le pacte franco-soviétique, brusque tournant du PCF. Le 6 juin, Gitton dans L'Humanité annonce que le PCF renonce aux fractions dans les syndicats. Les pourparlers sont repris. Le 27 septembre 1935, les congrès de la CGT et de la CGTU fixent une procédure de réunification syndicale : au sommet, une commission mixte ; fusion des syndicats, des fédérations et des unions départementales ; un comité confédéral national enregistrera ces fusions et désignera un bureau national provisoire ; réunion d'un congrès confédéral national qui se tint à Toulouse du 2 au 5 mars 1936.
A la vérité, l'unification syndicale était devenue inévitable, bien avant que l'unité soit décidée, de nombreux syndicats fusionnaient.
Les ex-confédérés étaient largement majoritaires au congrès de Toulouse, 5 500 mandats contre 2 500 environ. En juillet 1935, les effectifs de la CGT étaient évalués à 700 000 membres, ceux de la CGTU à 200 000. En 1937, le nombre de cartes placées sera de 4 936 025 !
Au mois d'août 1935, les travailleurs des arsenaux réagissent contre les conséquences des décrets Laval qui les frappent durement. À Brest et à Toulon, les ouvriers font grève. Ils hissent le drapeau rouge sur les arsenaux de ces deux villes. Du 5 au 9 août, se déroulent de violentes manifestations au cours desquelles il y a trois morts.
Quelque temps après, Léon Trotsky écrit :
Le danger immédiat en France consiste en ce que
l'énergie révolutionnaire des masses, dépensée morceau par morceau dans des
explosions isolées comme à Toulon, à Brest, à Limoges, fasse place à
l'apathie... La tâche des partis prolétariens consiste non pas à freiner et à
paralyser ces mouvements, mais à les unifier et à leur donner la plus grande
place. (Pour les comités d’action, pas pour le Front populaire, novembre
1935)
Les résultats des élections municipales sont significatifs, des batailles de classe comme celles de Brest et de Toulon ne le sont pas moins, l'unification syndicale que la base impose l'est également. Manifestement, une crise révolutionnaire se prépare. A tout prix, il faut dresser un barrage qui endigue la montée des masses et les détourne de leurs objectifs de classe. L'alliance ouverte, proclamée, au nom de la défense de la démocratie contre le fascisme, est indispensable pour que les masses sachent bien qu'au moment les plus extrêmes de la crise, il faut, il faudra respecter le système capitaliste et l'Etat bourgeois.
Le Kremlin et les dirigeants du PCF ont élaboré, contre le mouvement des masses qui monte, la politique du front populaire.
Jacques Duclos ne s'y trompe pas, dans le discours déjà cité du 23 juillet 1935, il déclare :
La secte des trotskystes qui s'intitule bolchevik-léniniste, alors qu'ils sont aussi éloignés du bolchevisme-léninisme que le socialisme national de Jean Hennessy du socialisme, n'a qu'un objectif : consommer la rupture entre les masses populaires groupées derrière le Parti radical et celles qui suivent les autres groupements du Front populaire.
Le front populaire exige la chasse aux trotskystes. Mais tenter de contenir et de faire refluer le mouvement des masses exige qu'à la SFIO aussi s'organise la chasse aux sorcières. Déjà, au congrès de Mulhouse, Blum a annoncé qu'il faudrait en finir avec la tendance trotskyste des bolcheviks-léninistes. Ce sont d'abord les militants dans les JS qui sont frappés. À la conférence nationale de Lille, le 29 juillet, douze membres de la Commission exécutive de la Seine des JS, trotskystes et sympathisants trotskystes, sont exclus. Le 1er octobre, ce sont quinze dirigeants trotskystes que la Commission administrative permanente exclura. C'est au même moment que Marceau Pivert rompt définitivement avec la « Bataille socialiste » de Zyromski. Le 26 septembre, la 15e section du PS, qui est la section de Pivert, organise une réunion de militants socialistes de gauche de la Seine, à laquelle mille militants participent. Le 30 septembre, la « Gauche révolutionnaire » est constituée : l'orientation affirmée est celle de la lutte des classes, elle démarque souvent l'orientation que Trotsky défend dans ses écrits, mais elle se prononce (point 1) pour le front populaire, en le gauchissant sous l'appellation de « front populaire de combat » ; et elle se conclut ainsi au point 7 : « Notre but est de gagner la majorité des militants SFIO à ces points de vue ».
Il est difficile de ne pas voir que la constitution de la « Gauche révolutionnaire » survient à propos pour couper les militants révolutionnaires de la SFIO des « bolcheviks-léninistes » qui viennent d'en être exclus.
Du côté du capital financier, une politique complexe contre la montée du mouvement des masses s'élabore. D'un côté, les ligues continuent à être généreusement arrosées financièrement, le gouvernement Laval poursuit ses attaques contre les masses ; de l'autre, le Parti radical va accepter, tout en continuant à être au gouvernement Laval et à le soutenir au Parlement, de participer au Front populaire. L'opération se réalise en octobre 1935 où le congrès du Parti radical qui se tient à la salle Wagram décide d'adhérer au Front populaire.
Le gouvernement Laval tiendra jusqu'au 22 janvier. Auparavant, un épisode significatif a éclairé le sens de la politique de front populaire. Le 6 décembre, Ibarriegaray déclare à la Chambre que les Croix-de-Feu consentiraient à leur désarmement. Par sa bouche, c'est le grand capital, lequel arme et entretient les ligues fascistes, qui parle. Le désarmement réel est une chose. L'opération politique en est une autre. Immédiatement, Blum et Thorez prennent, l'un au nom de la SFIO, l'autre du PCF, un engagement parallèle. Le gouvernement dépose trois projets de loi qui renvoient devant une juridiction criminelle les auteurs de provocations au meurtre, prononcent la dissolution des milices privées, édictent des peines de prison pour ceux qui seront trouvés porteurs d'armes prohibées. Tout cela n'aura pas d'efficacité pratique. Léon Blum lui-même sera le jeudi 13 février 1936 victime d'une agression fasciste. Ce qui importe, c'est l'opération politique qui se prépare.
À la suite de divergences au Comité exécutif du Parti radical, Herriot, ministre du gouvernement Laval, démissionne de la présidence du Parti. La politique étrangère de Laval est mise en cause à la Chambre, car il a soutenu l'Italie fasciste qui a occupé l'Ethiopie en torpillant les sanctions. Le 10 janvier 1936, l'accord sur le programme de Front populaire se réalise entre le PCF, la SFIO, le Parti radical. Le 18 janvier, 88 députés du Parti radical votent contre la confiance au gouvernement Laval, 45 ont voté pour, 10 se sont abstenus. Le 19 janvier, Daladier est élu président du Parti radical. Les ministres radicaux vont démissionner du gouvernement Laval, qui à son tour démissionne.
Sarraut, radical « de droite », forme le nouveau gouvernement. Un gouvernement de transition jusqu'aux élections législatives. De nombreux radicaux occupent d'importants ministères, mais Régnier, ministre des Finances de Laval, garde son poste. Les députés SFIO votent pour la confiance, ceux du PCF s'abstiennent. C'est certainement le premier gouvernement de front populaire, et même, au-delà, il anticipe sur le « front des Français » de « Thorez à Paul Reynaud ».
Le décor est posé. Le programme de Front populaire, dont l'objectif est « la défense de la République », exclut toute atteinte à la propriété privée des moyens de production, assure la défense des institutions, de la police, du corps des magistrats, des hauts fonctionnaires : de l'Etat.
Il s'agit d'une alliance qui subordonne les intérêts de la classe ouvrière au maintien du système capitaliste à un moment extrême de crise.
Le ralliement du Parti radical s'explique aisément : la radicalisation des « classes moyennes » jetées dans la misère par la crise du système capitaliste aboutit à une polarisation classe contre classe dont la première conséquence serait la liquidation quasi totale sur le plan électoral du Parti radical. Pour sa propre défense comme parti bourgeois, le Parti radical, porté aux nues par les dirigeants du PCF, adhère, sur sa politique, comme parti de la grande bourgeoisie, au Front populaire.
Mais la participation du Parti radical au Front populaire doit être analysée plus fondamentalement. Y compris en Allemagne, le capital financier a longtemps hésité avant de confier le pouvoir à Hitler et à ses séides. Longtemps, il les a utilisés pour attaquer le prolétariat, faire contrepoids à la classe ouvrière. Ce n'est qu'avec l'éclatement de la crise économique qu'il a procuré aux nazis les moyens qui leur ont permis de développer leur propagande, leur agitation, leur organisation, de payer des dizaines de milliers de SA, de SS, de fonctionnaires, de s'appuyer sur l'appareil d'Etat, la police, l'armée, etc. Ce n'est que devant l'impossibilité de résoudre la crise économique, autrement qu'au moyen d'un vaste plan de réarmement, et la certitude qu'en fin de compte s'ouvrirait une crise révolutionnaire si une solution n'était pas apportée aux crises politiques et économiques, que le capital financier a confié le pouvoir à Hitler. Le capital financier allemand pouvait avoir de toutes autres perspectives que son homologue français pendant ces années 1930.
Jouant de la division des puissances impérialistes européennes « victorieuses » en 1918, de la crise qui secouait l'impérialisme, US, en raison de sa puissance et de sa place en Europe, le capital financier allemand peut tenter l'aventure de l'hitlérisme : subordonner l'Europe au cours d'une seconde guerre mondiale. Le risque est énorme, mais l'impérialisme allemand a les moyens de cette fuite en avant, et ne pas la pratiquer est pour lui tout aussi aventureux. Il en va tout autrement du capital financier français. Tout conserver, maintenir les choses en l'état, c'est son credo. Pour le reste, il est poussé par l'événement. Trotsky souligne qu'en février 1934 le capital financier français n'a pas voulu aller plus loin.
La montée des masses, la faiblesse des ligues, conjuguées à son incapacité à ouvrir à la façon hitlérienne de « grandioses perspectives », la difficulté de « radicaliser », d'« électriser » dans ces conditions la petite bourgeoisie désespérée, la peur du lendemain, de l' « aventure », amènent le capital financier à pratiquer une politique d'équilibre : d'un côté, appui aux ligues fascistes, à la « droite » de l'autre, par Parti radical interposé, appui à la politique de Front populaire qui dresse un barrage contre la montée révolutionnaire des masses. Le choix du Parti radical est fondamentalement celui que le capital financier fait pour lui, le rôle qu'il lui dicte. Trois ans plus tard, ce même parti sera celui qui en terminera avec le Front populaire pour passer à une politique de répression ouverte contre les masses et leurs organisations, de remise en cause des conquêtes sociales de la grève générale de juin 1936.
La campagne électorale s'ouvre le 7 avril. Les élections législatives auront lieu au scrutin uninominal à deux tours. Le premier tour le 26 avril, le second le 3 mai. Innovation : pour la première fois, les principaux partis pourront utiliser les ondes de la radiodiffusion.
Le chômage s'est développé, la situation internationale fait peser sur les masses le risque de la guerre.
Les candidats socialistes font campagne sur le thème :
Imposition des deux cents familles, organisation de grands travaux pour résorber le chômage, réduction de la semaine de travail à quarante heures.
Les communistes, eux, proposent d'élargir le front populaire en front national.
Maurice Thorez déclare à la radio le 7 avril :
Nous te tendons la main, catholique, ouvrier, employé, artisan, paysan, nous qui sommes des laïques, parce que tu es notre frère et que tu es comme nous accablé par les mêmes soucis. Nous te tendons la main, volontaire national, ancien combattant devenu Croix-de-Feu, parce que tu es fils de notre peuple, que tu souffres comme nous du désordre et de la corruption, parce que tu veux comme nous éviter que le pays ne glisse à la ruine et à la catastrophe.
François Mauriac, étonné par les propos de Thorez, les commente en ces termes dans Le Figaro :
Or, dans ce vieux salon où j'étais seul, attentif à la voix du rossignol qui essayait de chanter bien que la nuit fût froide, une autre voix s'éleva, presque aussi douce, une voix tendre et bêlante, plus persuasive que celle de Philomène, la voix du communiste Thorez.
Daladier, s'appuyant sur les déclarations de Maurice Thorez, assure à la grande bourgeoisie que la victoire du Front populaire, c'est la victoire de la France et de la « sécurité ».
La droite, elle, va à la bataille en ordre dispersé. Un argument domine tous les autres : l'anticommunisme.
Le premier tour exprime dans ses résultats une formidable poussée à gauche.
Très forte participation d'électeurs (84 %), 174 élus, 424 ballottages. Communistes et socialiste progressent, quant aux radicaux, ils s'effondrent.
N'oublions pas qu'en 1936, la classe ouvrière est numériquement beaucoup moins nombreuse en France qu'elle ne l'est aujourd'hui, que la population des campagnes reste supérieure à celle des villes, que le nombre et la proportion des salariés sont beaucoup plus faibles. La force organisée, les positions que la classe ouvrière occupe en tant que classe à l'intérieur même de la société bourgeoise sont également bien moindres que celles d'aujourd'hui. Mais le rôle politique du prolétariat, lui, est le même qu'aujourd'hui. Bien que minoritaire, mal organisée, n'occupant que de faibles positions, la classe ouvrière entraîne dans son mouvement la population laborieuse, jusqu'à des fractions importantes de la petite-bourgeoisie, et de la petite et moyenne paysannerie.
Dès le lundi 27, Daladier, au nom du Parti radical, Séverac pour la SFIO, et Thorez au nom du Parti communiste, lancent un appel commun de désistement en faveur du candidat « de la gauche » le mieux placé. Cette politique va sauver le Parti radical du désastre : dès le premier tour, une partie des petits-bourgeois des villes et des campagnes, des paysans, bref, de la clientèle électorale du Parti radical, a voté pour les candidats de la SFIO et du PCF.
Dans les usines et les entreprises, on sent que la victoire est à la portée de la main. Bien que le 1er Mai ne soit pas chômé, des débrayages importants et spontanés ont lieu : les résultats du second tour donnent la victoire absolue en majorité et en sièges au Front populaire.
Les résultats électoraux sont les suivants :
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Nombre de voix (premier tour) |
1932 |
1936 |
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Radicaux et apparentés |
2 315 000 |
1 745 000 |
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Socialistes et apparentés |
2 094 000 |
2 206 000 |
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Communistes et apparentés |
783 000 |
1 468 000 |
Les partis appelés « de droite » n'avaient déjà en 1932 recueilli que 37,5 % des suffrages. Ils tombent à seulement 35,38 %. Le grand perdant est le Parti radical. Le, PCF d'abord, la SFIO ensuite, sont en voix comme en sièges les grands gagnants. Les sièges, les pertes et les gains se répartissent ainsi : PCF + 62, PUP —1, SFIO + 49, USR —19, PR —43.
Ces résultats expriment la polarisation, la division de la société : d'un côté, les masses s'alignent derrière le PCF et le PS et les poussent en avant ; de l'autre, tous ceux qui redoutent la révolution s'alignent et s'abritent derrière les partis bourgeois les plus réactionnaires. Ajoutons que même sur le plan électoral, l'effondrement en voix et en élus du Parti radical devait être infiniment plus considérable s'il n'avait bénéficié de la couverture des partis ouvriers, du manteau de Noé que le Front populaire a jeté sur lui.
Résultats impressionnants. Pourtant, ils ne transcrivent pas les rapports de force réels. Premièrement, le poids social d'un électeur n'égale pas le poids social d'un autre électeur. Les producteurs sont la force sociale déterminante d'une société, et non les douairières du 16e arrondissement, les bonnes sœurs, les curés, les patrons, les parasites sociaux de toutes origines. Mais même les producteurs n'ont pas tous le même poids social : la classe ouvrière exerce les fonctions productives vitales de la société capitaliste. Les élections atomisent la société : chaque électeur n'est plus qu'un individu. Or, ce sont les classes sociales qui fondamentalement s'affrontent.
Enfin, l'image du rapport entre les classes que donnent les élections est une image déformée, elle ne montre pas la dynamique de ces rapports. La victoire de la classe ouvrière dans sa lutte contre le capital, la société bourgeoise, l'Etat bourgeois, dépend uniquement de la conscience qu'elle acquiert de sa puissance sociale, et que seuls les rapports politiques permettent d'exprimer vraiment et pleinement. Les résultats des élections de 1936 doivent être interprétés comme un moment du mouvement politique de la classe ouvrière contre la société et l'Etat bourgeois. La classe ouvrière, s'appuyant sur ces résultats qui lui permettent de vérifier sa force politique, va aller plus loin.
Le Populaire en date du 5 mai titre :
Après le triomphe électoral de dimanche, le Parti socialiste est prêt à former le gouvernement de Front populaire.
Et, immédiatement, dirigeants socialistes, communistes et radicaux de rassurer la bourgeoisie sur la signification de la victoire du Front populaire. Waldeck Rochet écrit dans L'Humanité :
Les électeurs ne se sont pas prononcés pour la révolution. Nous ne sommes ni des putschistes ni des partisans du tout ou rien.
Maurice Thorez, interrogé le 6 mai lors d'une conférence de presse par un journaliste : Que ferez-vous de la Banque de France ? répond : Nous, rien. Ce sera l'affaire du gouvernement.
Blum constate :
Il n'y a pas de majorité socialiste, il n'y a pas de majorité prolétarienne, il y a la majorité du Front populaire dont le programme de Front populaire est le lieu géométrique. Notre mandat, notre devoir, c'est d'accomplir et d'exécuter ce programme.
Doucement, constitutionnellement, le Front populaire s'apprête à former un gouvernement.
Stéphane
Just
Fronts populaires d’hier et d’aujourd’hui, 1977