| Révolution Socialiste | ![]() |
|
Home |
Liens |
Révolution Permanente |
CRP en el Perú |
Grupo Germinal |
Italie : un gouvernement
bourgeois succède à l’autre
Listes et partis |
Nombre de voix |
Pourcentage des votes exprimés |
Nombre de députés |
Union |
19 002 598 |
49, 8 % |
347 |
|
L’Olivier (DS et DL) |
|
31, 3 % |
220 |
|
Parti de la refondation communiste (PRC) |
|
5,8 % |
41 |
|
La Rose au poing |
|
2,6 % |
18 |
|
Italie des valeurs |
|
2,3 % |
17 |
|
Parti des communistes italiens (PDCI) |
|
2,3 % |
16 |
|
Fédération des Verts |
|
2,1 % |
15 |
|
Union des démocrates européens (UDEur) |
|
1,4 % |
10 |
|
Autres |
|
1,8 % |
10 |
Maison des libertés |
18 977 843 |
49,7 % |
282 |
|
Force Italienne |
|
23,7 % |
140 |
|
Alliance nationale |
|
12,3 % |
72 |
|
Union des Démocrates chrétiens (UDC) |
|
6,7 % |
39 |
|
Ligue du Nord |
|
4,6 % |
26 |
|
Autres |
|
2,4 % |
4 |
Résultats des élections à la Chambre des députés, avril 2006
Les 9 et 10 avril 2006, la coalition de « l’Unione » représentée par Romano Prodi a remporté les élections législatives avec une avance de quelques dizaines de milliers de voix sur la Maison des Libertés, la coalition de Forza Italia, du capitaliste Silvio Berlusconi, avec l’Union des démocrates-chrétiens, la Ligue du Nord et l’Alliance nationale (néo-fasciste).
Le démocrate-chrétien Prodi, déjà Président du Conseil entre mai 1996 et octobre 1998, est de nouveau chef du gouvernement. Un gouvernement pléthorique, car des postes de ministres récompensent tous les partis de l’Unione : Ferrero (Parti de la refondation communiste), D’Alema (Démocrates de gauche, ex-stalinien du PCI), Rutelli (Démocratie et Liberté, dite Marguerite). Il comprend aussi Mastella, ancien ministre du travail du gouvernement Berlusconi en 1994, et Padoa-Schioppa, ancien membre du Directoire de la Banque centrale européenne.
La coalition dirigée par Prodi a donné toutes les garanties au grand patronat italien pour arriver aux affaires. D’ailleurs, l’Union a reçu le soutien d’une partie du grand patronat, déçue par le mandat du gouvernement de Berlusconi. Elle n’a soulevé aucun enthousiasme des masses et ne l’a emporté que de peu. Si le nouveau gouvernement Prodi jouit d’une confortable majorité à l’Assemblée nationale, ce n’est que grâce à la réforme de la loi électorale adoptée par les députés de la Maison des Libertés en octobre 2005 car elle accorde un bonus de sièges à la coalition arrivée en tête.
Pourtant, l’autre coalition et le gouvernement précédent avaient accumulé le mécontentement populaire, mais la soumission des partis ouvriers et des syndicats à la bourgeoisie a bouché toute perspective à la classe ouvrière et à la jeunesse.
En cinq ans, les deux gouvernements Berlusconi, comme tous ceux du reste de l’Europe, ont attaqué le droit du travail, les retraites, l’enseignement public, les travailleurs immigrés…
Le 21 juillet 2001, lors d’une manifestation à Gênes contre le sommet du G7 (les chefs des mafias impérialistes qui se partagent le monde), la police a réprimé violemment les manifestants et assassiné l’un d’entre eux, Carlo Giulani, âgé de 19 ans. Les organisateurs du Forum Social Européen (dont ATTAC de France) ont préféré accuser les anarchistes que l’Etat bourgeois.
A la fin de l’été, le gouvernement a décidé de supprimer l’article 18 de la loi de 1970 sur le Statut des travailleurs qui fut le sous-produit de la crise prérévolutionnaire de 1969. L’article imposait la réintégration d’un salarié lors d’un licenciement abusif dans les entreprises de plus de 15 salariés. Evidemment, l’article 18 a toujours été contourné de mille façons par le patronat, notamment grâce aux gouvernements de l’Olivier qui, entre 1996 et 2001, ont facilité le recours aux CDD et à l’intérim.
Berlusconi voulait en finir définitivement avec une entrave au licenciement. Les directions des confédérations ouvrières CGIL (qui proclame 5,5 millions d’adhérents) et UIL (1,8 million d’adhérents) ainsi que la confédération syndicale catholique CISL (3,8 millions d’adhérents) ont refusé d’appeler à la grève générale illimitée jusqu’au retrait du projet et ont décrété des « journées d’action » symboliques et impuissantes qui respectaient le service minimum dans les transports.
A plusieurs reprises, les 2 mars, 23 mars et 16 avril 2002, des millions de travailleurs ont fait grève et ont défilé contre le projet Berlusconi. Après quoi, en juin, les directions de l’UIL et de la CISL acceptèrent de s’asseoir à la table des négociations pendant que les dirigeants de la CGIL complétaient le travail de sabotage par une prétendue « grève générale tournante, région après région ».
En janvier 2002, le projet de loi Bossi-Fini était déposé pour renforcer les mesures anti-immigrés prises par l’Olivier (loi Turco-Napolitano de 1998). Les syndicats ne font pas grand-chose et la loi est adoptée le 4 juin.
Le 5 juillet 2002, le gouvernement de Berlusconi signait un « Pacte pour l’Italie » avec la direction de l’UIL et la CSIL. La réforme de l’article 18 était reportée, mais maintenue. La privatisation de l’agence pour l’emploi et la mise sous conditions de l’obtention des allocations chômage s’engageaient aussi.
Encouragé, le gouvernement de la Maison des libertés dévoile alors son projet de loi dit Biagi. Celui-ci définit de nouveaux contrats précaires : contrat le temps d’un « projet », contrat d’embauche à « l’appel » (la travailleuse ou le travailleur se dispose chaque jour à être appelé), contrat de couple (si l’un est malade, l’autre prend sa place !)… surtout contre les travailleuses et les jeunes travailleurs.
À nouveau, la résistance du prolétariat est cadenassée par les bureaucraties ouvrières qui se liguent contre la grève générale et le risque de crise révolutionnaire qu’elle pourrait ouvrir. D’un côté, les directions syndicales recourent aux « journées d’action » ; de l’autre, les partis réformistes (DS et PRC) détournent les travailleurs sur le terrain de la démocratie bourgeoise en recueillant 5 millions de signatures pour… un référendum.
En 1992, le gouvernement D’Amato (DS) avait repoussé l’âge de départ de 60 ans à 65 ans pour les hommes, de 55 ans à 60 ans pour les femmes. En 1995, le gouvernement Dini avait amorcé la retraite par capitalisation. En 1997, le gouvernement Prodi avait pris d’autres mesures dans ce sens, de même que le gouvernement D’Alema en 1999.
En septembre 2003, le gouvernement de Berlusconi décide d’abord de fixer définitivement à 60 ans l’âge minimal pour les femmes et 65 ans pour les hommes, ensuite de réduire la pension si les annuités ne sont pas toutes versées, enfin d’allonger la durée de cotisations de 35 à 40 ans. Le 24 octobre 2003, le 6 décembre, des millions de manifestants défilent, de manière dispersée, sans perspective.
Premier employeur industriel d’Italie, Fiat, qui perd des parts de marché, en fait payer le prix aux prolétaires. La multinationale de l’automobile est passée de 149 000 salariés en 1979 à 35 000 en 2001.
Pour augmenter la productivité et réduire les coûts, la direction du groupe a imposé l’augmentation des cadences par le biais des « flux tendus » et a décidé la suppression de 8 100 postes en 2002. Mais les ouvriers de Fiat ont engagé le combat. Les chefs des fédérations syndicales de la métallurgie (FIOM-CGIL, UILM-UIL, FIM-CISL) les ont désarmés à coup de journées d’action au long des mois de novembre et de décembre 2002, empêchant la grève générale de tout le groupe.
La gestion en flux tendu permet aux patrons d’imposer une intensification du travail, au prix de la flexibilité des horaires. Cependant, la suppression des stocks entraîne une vulnérabilité pour le capital. En avril 2004, l’usine modèle de Fiat-Melfi, près de Naples, fut bloquée, paralysant l’ensemble de la production de Fiat sur tout le territoire. Dans cette usine construite en 1993, les salaires sont 15 % inférieurs aux autres, la convention collective n’est pas celle de tout le groupe Fiat, les cadences sont infernales, les ouvriers pouvant travailler 12 jours de suite sans repos. Le 19 avril, l’immense majorité des 5 100 ouvriers ont voté la tenue de piquets de grève interdisant l’entrée de l’usine.
Malgré l’ouverture de négociations visant à lever le blocus comme préalable, et à cantonner la grève à Melfi, les travailleurs ne cèdent pas. La CISL appelle à la levée du blocus pour « sauver l’emploi » dans toutes les usines Fiat, dont les travailleurs sont mis par le patron au chômage technique. Le « syndicat » prépare ainsi l’attaque de la police qui fait 13 blessés, permettant l’entrée de quelques jaunes. Dès le lendemain, la grève en soutien aux grévistes de Melfi est massivement suivie dans toutes les usines Fiat. Les directions syndicales cèdent en levant les piquets et les salariés de Melfi n’obtiennent qu’en partie satisfaction.
Berlusconi lance l’Italie dans l’agression contre l’Irak en mars 2002 au côté des impérialismes américain, britannique et espagnol. Le devoir de toute organisation ouvrière d’Italie, d’Espagne, de Grande-Bretagne et des Etats-Unis était d’empêcher par tous les moyens l’oppression de l’Irak et le massacre de milliers de travailleurs irakiens.
Les réformistes et les centristes restent sur le terrain du pacifisme et de l’antiaméricanisme, et non de l’internationalisme et de la lutte pour renverser le gouvernement italien.
Pendant la manifestation, cent cinquante militants
des jeunesses communistes et des adhérents au mouvement des disobbedienti ont
défié les forces de l’ordre pour aller présenter une lettre à l’ambassade des
Etats-Unis. (L’Humanité, 1er octobre 2002)
Ils s’en remettent à leur propre bourgeoisie et aux chefs de leur impérialisme. Le PRC Italie signe avec la LCR France, le SWP Grande-Bretagne, Workers Power Grande-Bretagne, lors de la préparation du Forum Social Européen, le 8 septembre, une déclaration commune :
À tous les citoyens d’Europe et à leurs
représentants… Les voix qui se solidarisent avec le peuple irakien n'ont aucune
chance d'être entendues par la Maison-Blanche. Mais nous avons encore la
possibilité d'influencer les gouvernements européens puisque beaucoup sont
opposés à cette guerre. Nous lançons donc un appel en direction de nos chefs
d'Etat européens pour qu'ils prennent publiquement position contre la guerre,
que celle-ci ait reçu ou non l'aval de l'ONU. Nous leur demandons également
d'exiger que George Bush mette fin à ses préparatifs de guerre. (Rouge, 19 septembre 2002)
Quand le conflit éclate, une partie des travailleurs et de la jeunesse s’est opposée à juste titre à la guerre impérialiste par des tentatives de blocage de trains et de bases militaires, des manifestations de centaines de milliers de personnes. Les dirigeants syndicaux et politiques se sont limités à un arrêt de travail :
Dès hier matin, dans les entreprises, les arrêts de
travail se sont multipliés sur toute la péninsule. Les fonctionnaires se sont
mis en grève pour toute la journée. Les trois grandes confédérations
syndicales, la CGIL, la CISL et UIL, n’ont certes pas prononcé les mots
« grève générale », mais elles appelaient bel et bien tous les
salariés à deux heures de grève, de 15 heures à 17 heures, « contre la
sale guerre ». (L’Humanité, 21 mars 2003)
En novembre et en décembre 2003, les travailleurs des transports publics qui sont contraints au service minimum (assurer 50 % du trafic en heures de pointe), ont bafoué les lois de 1990 et 2000. Refusant le projet d’une nouvelle convention collective à leur désavantage, les travailleurs arrêtent totalement les bus et le métro à Milan, lors de la journée de grève du 1er décembre. Malgré la condamnation des grévistes milanais par les directions syndicales CGIL et UIL, la base d’autres villes les rejoint.
Le 20 décembre 2003, les directions syndicales signent précipitamment un accord, à l’exception des Cobas (la Fédération des Comités de Base dirigée par le PRC) qui appelle à son tour à une « journée d’action » sans suite en janvier 2004. Ainsi, les grèves spontanées et sauvages ne purent déborder les appareils syndicaux et arracher le paiement des journées de grève, ni l’abrogation des lois du service minimum.
En octobre 2005, ce sont les étudiants qui se mettent en grève et qui occupent les universités face au projet de loi Moratti qui privatise les établissements universitaires et autorise le recrutement d’enseignants en contrats précaires. Le 25 octobre, plus de 100 000 étudiants défilent à Rome et ils commencent à se défendre, armés de casques et de bâtons, contre la police. Comme en France en février et mars 2006, les dirigeants des fédérations syndicales enseignantes et étudiantes vont interdire la jonction entre le prolétariat et la jeunesse. La réforme Moratti est adoptée.
Lors des élections législatives précédentes, en 2001, Berlusconi s’était présenté comme un futur « PDG de l’Italie » et avait promis des réductions d’impôts, du nombre de fonctionnaires, la baisse des charges sur les entreprises, la création d’un million et demi d’emplois, la diminution de moitié du chômage, la lutte contre la délinquance, ainsi que la hausse jusqu’à 520 euros de la pension des retraités italiens.
Toutes les promesses au capital ont été tenues : coupes drastiques du budget contre les fonctionnaires, la santé publique et l’enseignement public, nouveaux contrats aidés (loi Biagi), réductions d’impôts directs, diminution des retraites, décentralisation, auxquelles il faut ajouter la loi Bossi-Fini de juillet 2002 contre les immigrés et l’occupation de l’Irak par 3 000 militaires…
Pourtant, le bilan est bien terne du point de vue de la Cofindustria (l’organisation patronale) et de son président :
Luca di Montezemolo, qui préside aussi le groupe Fiat,
n'est pourtant guère enclin à encenser le bilan économique de Silvio Berlusconi
: «Peu ou rien n'a été fait pour
stimuler la compétitivité des entreprises. Le programme libéral de la coalition
au pouvoir est resté sur le papier.» (Le Figaro, 6 mars 2006)
Bien qu’importants, les coups portés contre les acquis sociaux des travailleurs et pour faire baisser le coût du travail sont restés insuffisants pour faire face la concurrence des autres impérialismes.
Bien sûr, Silvio Berlusconi, « PDG de l’Italie » conscient de ses propres intérêts, n’a pas oublié de se servir le premier, en faisant adopter des lois en vue de privatiser la télévision publique RAI ou pour se protéger des conséquences de ses propres fraudes à la tête de Mediaset, son empire audiovisuel.
Mais l’accumulation du capital est insuffisante. L’économie a connu le plus faible taux de croissance de l’Union européenne sur quinze ans. Le PIB a même stagné depuis un an (+ 0,5 % dans les 12 mois qui ont précédé les élections). Dans les échanges internationaux, la part de l’Italie est passée de 4,6 % des exportations en 1995 à 3,8 % en 2004.
L’inflation, tout en étant modeste, se situe au dessus des autres grands pays d’Europe, sauf l’Espagne, avec une hausse des prix de 2,1 % depuis un an. Plus grave, le dernier déficit des finances publiques a dépassé 4 % du PIB, nettement au-dessus du plafond de 3 % autorisés par le Pacte de stabilité européen et la dette publique italienne n’a pas cessé de croître durant le mandat de Berlusconi pour atteindre 1 500 milliards d’euros, soit près de 110 % du PIB.
L’Unione promet à la bourgeoisie italienne de faire mieux.
La campagne électorale fut un affrontement entre deux coalitions ayant les mêmes objectifs : augmenter le taux de profit et permettre à la bourgeoisie italienne d’être plus compétitive face à la concurrence européenne et mondiale. Tous les capitalistes, les PDG et les actionnaires des grands groupes transnationaux, comme les patrons des entreprises bornées au marché italien, veulent l’assurance que le gouvernement qui gère leurs intérêts collectifs saura museler la classe ouvrière, que la « négociation » des plans pro capitalistes, la « concertation » entre les « partenaires sociaux » permettront de liquider ce qui reste des acquis sociaux hérités de la révolution de 1943 et de la vague révolutionnaire de 1969.
Née à la fin de l’hiver 2005, l’Unione s’est construite autour de l’Olivier, l’alliance entre les ex-démocrates-chrétiens de Démocratie et liberté (Marguerite) et des ex-staliniens du PCI (renommés Démocrates de gauche, DS). L’Olivier a permis à la bourgeoisie, dans les années 1990, de surmonter une crise de domination au moyen de l’opération « Mains propres » qui a modernisé un Etat inefficace et corrompu, entraînant au passage l’explosion des partis les plus compromis, la Démocratie Chrétienne et le Parti Socialiste.
L’Olivier avait déjà choisi Prodi, issu de la DC, comme candidat en 1996. Elle s’est élargie en « Union » grâce au ralliement d’autres partis bourgeois (Verts, UDE, Italie des Valeurs…) et surtout des deux autres partis issus de l’ex-Parti Communiste Italien : Refondazione (PRC), et le Parti des communistes italiens (PDCI).
L’Unione a adopté en septembre 2005 un « Projet pour l’Italie ». La défense du capitalisme italien et de l’ordre bourgeois en est le centre : « Constitution », « lutte contre le terrorisme », « relance de la productivité », « acquisition progressive de la citoyenneté »… Pour faire avaler la pilule aux travailleurs, étaient ajoutées quelques phrases rituelles sur la paix, la protection sociale et le pouvoir d’achat. Bien évidemment, le « Projet pour l’Italie » ne contient pas l’abrogation des coups portés depuis 2001, ni le retrait des troupes italiennes d’Irak, ni aucune revendication ouvrière conséquente.
Le 16 octobre 2005, Prodi était désigné comme chef de l’union de collaboration de classe. Le 11 février 2006, l’Unione et Prodi précisaient leur programme, long de 281 pages, Pour le bien de l’Italie. Les seules promesses sont destinées au patronat :
La baisse du coût du travail pour relancer la
compétitivité économique, demandée avec insistance par le patronat italien, est
l’une des mesures préconisées : dès la première année, un gouvernement
Prodi baisserait de 5 % la fiscalité sur le travail qui pèse sur les
employeurs et les salariés. (Le Monde, 12 février 2006)
L’Unione jouit du soutien de toutes bureaucraties syndicales. La direction de la plus importante confédération syndicale ouvrière, la CGIL, a ainsi reçu Prodi en ami :
Le leader de la gauche a été vivement acclamé par
les 1 200 syndicalistes réunis ce week-end dans la station balnéaire de
Rimini, sur l'Adriatique, quand il leur a lancé : « J'ai besoin de
vous ». Dans sa réponse, le leader
de la CGIL, Giuglielmo Epifani, tribun habile d'une cinquantaine d'années, lui
a offert un « pacte de législature de mille jours » afin de
« refonder l'Italie ». (Le
Figaro, 6 mars 2006)
Avec un tel pacte, le prochain gouvernement peut espérer poursuivre ce que Berlusconi a bien entamé depuis 2001.
Historiquement, la classe ouvrière a franchi un grand pas quand elle a constitué ses propres partis au lieu de servir de force d’appoint à l’aile prétendument « libérale » ou « démocratique » des politiciens qui représentent ses exploiteurs.
Dans sa lutte contre le pouvoir collectif des
classes possédantes, le prolétariat ne peut agir comme classe qu’en se
constituant lui-même en parti politique distinct opposé à tous les anciens
partis formés par les classes possédantes. (1e
Internationale, Résolution sur les statuts, 1872)
Participer aux élections n’a de sens que dans ce cadre, pour s’opposer aux partis bourgeois, renforcer l’organisation des ouvriers et préparer la révolution. Or, loin de s’opposer aux partis des classes possédantes, les héritiers des partis ouvriers distincts, constitués par la classe ouvrière, n’ont de cesse de pactiser avec eux.
En 1892, le parti ouvrier italien (PSI) est formé. Mais un quart de siècle après, l’aile réformiste du Parti socialiste participe au gouvernement de guerre en 1917. En 1919, la majorité du PSI, sous la conduite du révolutionnaire Amedeo Bordiga adhère à la 3e Internationale et prend en 1921 le nom de Parti communiste. Une minorité maintient alors un PSI réformiste et social-chauvin. Un ancien socialiste devenu nationaliste, Benito Mussolini, propose des bandes armées aux propriétaires fonciers et aux capitalistes contre la montée révolutionnaire.
Quand la bureaucratie de l’URSS s’empare du pouvoir, Bordiga est évincé et le parti est mis au pas. Antonio Gramsci l’aligne sur la direction de l’IC de Boukharine et de Staline. Gramsci étant emprisonné en 1926 par le régime fasciste, Palmiro Togliatti prend la direction du PCI. Togliatti va suivre tous les tournants de Staline et va même tremper personnellement dans l’étouffement de la révolution espagnole et l’assassinat d’Andrés Nin.
Dans le cadre de la stratégie de front populaire, le PSI réformiste et le PCI devenu stalinien cherchent tous deux le rapprochement avec tout parti hostile à Mussolini. En 1936, le PCI adopte le drapeau italien et va jusqu’à courtiser le base du parti fasciste :
Le Parti communiste d’Italie déclare faire sien le
programme fasciste de 1919, qui est un programme de liberté. (CC du PCI, Pour le salut de l’Italie, août 1936)
En 1943, la révolution éclate contre le régime fasciste. Le PSI, aux forces réduites, et le PCI, qui dirige la résistance sur un programme bourgeois et nationaliste, tentent de sauver la monarchie qui avait appelé Mussolini au pouvoir. En 1944, les dirigeants des deux partis ouvriers rejoignent les partis bourgeois dans un gouvernement d’union nationale pour désarmer les travailleurs, reconstruire l’Etat bourgeois et ranimer le capitalisme italien.
Quand s’ouvre la guerre froide, en 1947, le PCI est chassé du pouvoir, alors que le PSI continue à y être admis par le principal parti bourgeois, lié à l’Eglise catholique, la DC. Face à la crise révolutionnaire de 1969, le successeur de Togliatti, Enrico Berlinguer fait -en vain- des offres à la DC, le « compromis historique ».
En 1994, le principal dirigeant du PSI, Bettino Craxi, s’enfuit à l’étranger pour échapper à un procès qui allait examiner ses liens avec la mafia et le parti est dissout. Deux fractions en sortent, les Socialistes Démocrates Italiens rebaptisés récemment la Rose au Poing, qui font partie de l’Union, et le Nouveau Parti Socialiste Italien, allié à Berlusconi dans la Maison des Libertés.
En 1991, l’effondrement de l’URSS fait disparaître la base politique et financière qui séparait les deux types de partis ouvriers bourgeois, les sociaux-démocrates et les staliniens : le PCI éclate en deux fractions, PDS et PRC. Les Démocrates de gauche, qui dirigent la CGIL, sont l’ancienne majorité du PCI stalinien de Togliatti et de Berlinguer. Leur héritier, le secrétaire national des DS, se félicite que le front populaire soit au service du patronat :
Il y a une convergence significative entre l’Unione
et les indications de la Confindustria (Piero
Fassino, Le Monde, 18 mars 2006)
Les DS discutent aujourd’hui de fusion avec la Marguerite. Autrement dit, ils envisagent de détruire jusqu’à la forme d’un parti ouvrier distinct des partis des classes possédantes.
Le Parti de la Refondation Communiste est donc l’ancienne minorité du PCI de 1991 qui avait estimé que l’étiquette communiste restait utile pour garder la confiance des travailleurs et continuer à jouer ainsi le rôle de défenseur en dernier recours de la bourgeoisie.
Le PRC est un des moteurs du Forum Social Mondial et du Forum Social Européen qui prétendent guérir le capitalisme de ses maux, une fois débarrassé de l’erreur du « libéralisme ». Depuis sa fondation, le PRC de Fausto Bertinotti se coule, comme les DS, dans les institutions bourgeoises et, comme les DS, il a toujours cherché -et souvent signé- des accords électoraux avec la Marguerite démocrate-chrétienne. Le PRC a pu organiser des manifestations massives, mais s’est toujours gardé d’affronter la direction de la CGIL et d’ouvrir une alternative au règne de la bourgeoisie. Sans y appartenir, il a soutenu le gouvernement bourgeois de l’Olivier présidé par Prodi qui a multiplié les attaques contre les travailleurs de 1996 à 1998. Le PDCI est une scission, sur la droite du PRC. Ils sont tous d’accord maintenant puisque, lors de son 6e congrès, en mars 2005, le PRC a décidé de participer au gouvernement bourgeois :
Le gouvernement n’est pas le but stratégique mais il
peut se révéler comme un passage nécessaire. (Fausto
Bertinotti, secrétaire
général du PRC, L’Humanité, 4 mars 2005)
L’appareil du PRC est l’héritier de 70 ans de trahisons de la révolution mondiale et du prolétariat italien. Le PRC a ouvertement rejoint l’Union de Prodi et souscrit à son programme bourgeois.
En 1998 quand mon gouvernement a été en crise,
Bertinotti fit une erreur, mais il n'était pas lié par un pacte de
gouvernement, et je n'avais donc aucun moyen de le contenir. Maintenant, en
revanche, nous avons signé un programme tous ensemble. Il y a eu de nombreuses
tensions, mais désormais nous avons un programme commun. (Romano Prodi, La Repubblica, 16 février 2005)
En récompense de cet accord, Bertinotti vient d’être élu président de la chambre des députés.
Dans bien des pays, les courants se réclamant frauduleusement de Trotsky aident à édifier des partis nationalistes (SSP Grande-Bretagne, PRD Mexique, FZLN Mexique, QS Canada, MB Venezuela…), à mettre sur pied des partis réformistes (PT Brésil, Respect Angleterre…) ou à maintenir en vie les anciens partis staliniens déséquilibrés par la disparition de la bureaucratie du Kremlin (IU Espagne, PDS-LP Allemagne…).
En Italie, c’est le dernier cas : toutes les variantes du révisionnisme pabliste, la Gauche Critique (Sinistra Critica) de la « 4e Internationale » mandéliste, Proposition (Proposta), Faucille et Marteau (Falce Martello) du courant grantiste, le Projet Communiste (Projetto Comunista) lié à la « 4e Internationale » altamiriste construisent loyalement le PRC depuis sa fondation. Ils sèment le pires illusions au sein de la jeunesse et du prolétariat sur l’appareil stalinien en reconversion. En contrepartie, Livio Maitan, qui a servi de bras gauche à Bertinotti, a fini sa vie dans la peau d’un sénateur PRC, après avoir aidé à détruire la 4e Internationale en 1952-53 et poussé des centaines de jeunes révolutionnaires d’Amérique latine dans l’impasse de la guérilla à la fin des années 1960 avec ses compères Ernest Mandel et Daniel Bensaïd, professeurs d’université comme lui.
À l’exception de certains militants de Projetto Comunista, les « trotskystes » du PRC ont refusé de défendre l’Irak. Ces révisionnistes se sont dérobés quand il fallait la grève générale contre le gouvernement Berlusconi. Si ces courants étaient vraiment communistes, s’ils prenaient au sérieux leurs références à Marx, à Lénine et à Trotsky, ils devraient déclencher une lutte à mort pour l’indépendance de classe, pour la rupture avec Prodi, pour démasquer la direction du PRC aux yeux des ouvriers, pour ouvrir la voie d’un parti ouvrier révolutionnaire.
À la coalition ouverte ou masquée entre bourgeoisie
et social-démocratie, les communistes opposent le front unique et la coalition
politique de tous les partis ouvriers contre le pouvoir bourgeois, pour le
renversement définitif de ce dernier. (3e
Internationale, Résolution sur la tactique, 1922)
Or, ces courants restent au sein du front populaire, continuent leurs petites manœuvres au sein du parti traître et continuent à conseiller les agents de la bourgeoisie qui sont à sa tête :
Se barricader au gouvernement, comme le propose la
majorité du parti, pourrait être une perspective très dangereuse. (Rouge, 27
avril 2006)
La recommandation au PRC est de garder un pied dans les masses et de ne pas se contenter des postes ministériels, sans mettre en cause la collaboration de classes elle-même. Il faut dire qu’au Brésil, la tendance Démocratie socialiste du PT (l’organisation-sœur de la LCR France) participe directement au gouvernement bourgeois de Lula-Alencar.
Les travailleurs n’ont pas d’organisation fiable puisque les bureaucraties des syndicats sont corrompues et que les partis issus de la classe ouvrière se sont tous intégrés à l’Etat de la bourgeoisie. Les prolétaires et les opprimés résisteront aux mesures du patronat et à la politique du nouveau gouvernement Prodi à son service. Cependant, face aux mystifications et aux tromperies des partis ouvriers bourgeois, face aux obstacles que mettront sur leur chemin les bureaucraties syndicales, ils auront besoin d’un nouveau parti, d’un parti communiste et internationaliste comme celui qu’avaient voulu constituer la fraction de Bordiga et les fondateurs de l’Internationale Communiste en 1919.
Un tel parti, lié aux autres organisations constituées dans le monde sur la base du marxisme, proposera aux travailleurs, aux chômeurs et aux jeunes travailleurs en formation de constituer leurs organismes de lutte démocratiques (comités de grève élus, piquets de grève, corps d’auto-défense…), de les centraliser, d’imposer le contrôle ouvrier sur l’économie.
Un tel parti reprendra les revendications pour l’égalité des femmes, pour les droits des homosexuels et homosexuelles, pour en finir avec la misère et le chômage, pour partager les heures de travail entre tous les travailleurs, pour mettre en œuvre un plan de production sans crainte d’incursion dans la propriété privée.
Le parti ouvrier révolutionnaire engagera la lutte pour un gouvernement ouvrier, pour l’expropriation des groupes capitalistes, pour la dictature du prolétariat sur la bourgeoisie, pour l’extension de la révolution à toute l’Europe et à tout le bassin méditerranéen.
Front unique de toutes les organisations ouvrières
contre les plans réactionnaires du gouvernement Prodi et du patronat !
Retrait immédiat de toutes les troupes d’Irak,
d’Afghanistan, de Bosnie et du Kossovo ! Abrogation de toutes les lois de
Berlusconi ! Echelle mobile des salaires et diminution du temps de
travail ! Libre circulation pour les travailleurs immigrés et mêmes droits
pour tous les travailleurs !
À bas le gouvernement de l’Unione ! Non à la
soumission à la bourgeoisie et à la coalition de l’Union ! Rupture des
partis ouvriers et syndicats avec la bourgeoisie ! Pour le gouvernement
ouvrier ! Pour les États-Unis socialistes d’Europe !