| Révolution Socialiste | ![]() |
|
Home | Liens | Révolution Permanente | Lucha Marxista | Grupo Germinal |
Seule la grève générale aurait pu chasser le gouvernement
UMP et Chirac
Pendant que les médias focalisent sur « l’affaire Clearstream » et que le PS fait joujou à l’Assemblée en demandant la démission du gouvernement Chirac-Villepin-Sarkozy qu’il refusait d’exiger au moment où les masses étaient dans la rue, celui-ci continue à œuvrer dans l’intérêt des patrons et au détriment des travailleurs, qu’ils aient un emploi, qu’ils soient chômeurs ou en formation. Le PS, le PCF et la LCR avaient appelé en 2002 à voter Chirac. Celui-ci entend utiliser son mandat jusqu’au bout. Seule la direction de LO analyse que :
Contraint de reculer sur le CPE, déstabilisé par
l’affaire Clearstream, le gouvernement fait campagne pour le PS… ou l’extrême-droite. (Lutte de Classe, mai 2006)
Voila une revue bien mal nommée puisque les titres sont conçus par des dirigeants qui ne voient pas plus loin que les urnes. Pour des marxistes, le gouvernement Chirac-Villepin-Sarkozy ne conduit pas une campagne électorale, et encore moins pour le PS. Il mène, avant tout, une véritable guerre de classe qui ne souffre aucune interruption. Seule la grève générale, que LO a combattue aux côtés de l’appareil de la CGT, aurait pu la suspendre et seul un gouvernement ouvrier y mettre un terme définitif.
Il y a eu 3 millions de manifestants le 28 mars et autant le 4 avril. La classe ouvrière a ainsi appuyé l’intense mobilisation de la jeunesse scolarisée qui est entrée en lutte contre le gouvernement Chirac-Villepin-Sarkozy et contre les mesures de flexibilité et de précarité de l’UMP, le principal parti bourgeois.
Cependant, aucun secteur de la classe ouvrière n’a débordé le dispositif des « journées d’action » des bureaucraties du mouvement ouvrier (aidés par les faux trotskystes de LO, de la LCR, etc.) qui ont systématiquement limité les revendications au « contrat première embauche » (CPE) et qui s’en sont toujours remises aux instances de la 5e République : Conseil constitutionnel, parlement, gouvernement, présidence de la République.
Les directions syndicales ont refusé d’appeler à la grève jusqu’au retrait de la loi Villepin et se sont adressées à Chirac le soir même du 28 mars. De même, les partis réformistes ont appelé avec plusieurs partis bourgeois le gouvernement UMP et le président à agir dans « l'intérêt du pays » :
L’exécutif fait prévaloir des intérêts particuliers et
ses luttes internes sur l’intérêt du pays... Le gouvernement doit répondre aux
attentes de l’immense majorité des jeunes, des salariés, des citoyens. Les
organisations et partis politiques de gauche demandent solennellement à Jacques
Chirac le retrait du CPE... (PCF, PS, LCR,
Verts, Parti radical de gauche, MRC, Déclaration, 31 mars 2006)
Tout sauf la rue, tout sauf la grève générale ! Le pouvoir a utilisé cette capitulation. Chirac a promulgué le 31 mars la loi Villepin. Le 10 avril, le gouvernement a remplacé l’article 8 de la loi (qui concernait le CPE), par un dispositif supplémentaire d’aides aux patrons.
Sans la mobilisation étudiante et lycéenne, sans l’appui de gros bataillons de travailleurs salariés, le président Chirac, le gouvernement Villepin et la majorité UMP auraient asséné un coup supplémentaire à la classe ouvrière. Le pouvoir exécutif est sorti de cette épreuve affaibli, d’autant qu’il avait déjà subi des échecs électoraux et qu’il avait mis plusieurs semaines à maîtriser la révolte de la jeunesse des quartiers pauvres de novembre 2005.
Le mouvement de mobilisation contre la loi Villepin a contraint le gouvernement à un recul, mais il n’a pas abouti à une victoire complète, ni chassé le gouvernement au service du capital. Car les appareils corrompus du mouvement ouvrier (PS, PCF, directions de la CGT, de FO, de la FSU…) et leurs projections dans la jeunesse (UNEF, CE, FIDL, UNL…) ont réussi à protéger le pouvoir, à empêcher l’alliance de la jeunesse en lutte avec le prolétariat.
L’article CPE a été remplacé par de nouvelles aides aux patrons, adoptées à toute vitesse par l’Assemblée et le Sénat avec la complicité des groupes parlementaires du PS et du PCF qui se plaignaient quelques jours avant du manque de discussions à l’Assemblée. Le reste de la loi Villepin a été maintenu, ce qui permet l’apprentissage à 14 ans (au lieu de 16), le travail de nuit dès 15 ans, la coupure des prestations aux familles disloquées, les stages jusqu’à 6 mois, la rééducation des jeunes par la police et l’armée.
Le gouvernement bourgeois a surmonté l’épreuve et il peut donc poursuivre ses subventions aux patrons, ses fermetures d’hôpitaux et se préparer à étrangler les universités qui ont servi de base à la mobilisation contre la loi Villepin. La majorité parlementaire continue à légiférer contre les immigrés et, bientôt, les fonctionnaires ; la police continue à quadriller les quartiers pauvres et à traquer les immigrés jusque dans les écoles et les hôpitaux, les tribunaux continuent à condamner les étudiants qui ont manifesté au printemps, l’armée française continue à soutenir le pouvoir en sous-main au Tchad et à intervenir ouvertement en Afghanistan…
Confronté en novembre 2005 à la révolte de la jeunesse que le capitalisme condamne à l’échec scolaire, au chômage, à la discrimination et aux persécutons de la police, Jacques Chirac a annoncé de nouvelles attaques contre la jeunesse et de nouveaux cadeaux aux patrons, formalisées dans ce qui est devenu la loi Villepin dite « d’égalité des chances » (voir Révolution Socialiste n° 19). Confronté en mars 2006 au mouvement massif des étudiants contre la loi Villepin, Chirac a annoncé son intention de soumettre plus étroitement l’université au capital.
Pour cela, le 25 avril, quinze jours après le retrait de l’article concernant le CPE et le maintien du reste de la loi, dont l’apprentissage à 14 ans et les stages jusqu’à 6 mois, le Premier ministre a convoqué à la Sorbonne les dirigeants syndicaux qui avaient empêché la grève générale contre sa loi et son gouvernement.
Avant l'arrivée du premier ministre, les nombreux CRS
contiennent sans trop de difficulté deux cents irréductibles qui scandent
«Villepin au Karcher». A l'intérieur de l'université, les mille invités
écoutent religieusement les discours. Si les leaders de la CGT et de la CFDT
ont décliné l'invitation, ceux de la CFTC, de FO et de la FSU sont assis au
premier rang. Bruno Julliard (Unef) et Julie Coudry (Confédération étudiante),
deux des figures du mouvement anti-CPE, se sont installées en face de…
Dominique de Villepin. (Le Figaro, 26 avril 2006)
Villepin annonce une « Commission université-emploi » chargée de préparer les prochains plans du gouvernement qui étrangle déjà financièrement les universités, spécialement celles qu’il juge inutiles. Outre des universitaires, on y trouve la directrice « des ressources humaines » du groupe Danone, une journaliste au quotidien patronal Les Echos, une administratrice du groupe Holder (plus connu sous le nom de « boulangeries Paul »), un conseiller du président du groupe Axa, le directeur de la formation du groupe Veolia… La commission gouvernementale est chargée de travailler sur trois thèmes : l’orientation, la professionnalisation des études et l’apprentissage.
Le lendemain 26 avril, les ministres Gérard Larcher et François Goulard ont signé la Charte des stages étudiants en entreprise qui reprend l’article 9 de la loi Villepin : les stages peuvent aller jusqu’à six mois. Le 9 mai, on apprenait que le MEDEF « se réjouit de l’adoption de la Charte des stages étudiants en entreprise et invite l’ensemble de son réseau à la mettre en œuvre ».
Le 23 mai, Laurence Danon donnait une conférence de presse au siège du MEDEF sur le thème de la jeunesse.
Le regard que porte le Medef sur « la révolte des
étudiants et lycéens face au CPE »… est plutôt brouillé : « Le
sens de l'épisode se dérobe », estime le rapport, tout aussi perplexe face
à la crise qui a enflammé les banlieues à l'automne, des violences « pour
ainsi dire privées de sens », symptôme d'un « profond malaise
indéchiffrable ». (Actuchomage, 24 mai 2006)
Pour qui vit dans les « banlieues », la révolte des jeunes qui y habitent, si elle a pris des formes stériles à cause de son rejet par le mouvement ouvrier officiel, y compris LO qui réclamait plus de police de proximité, n’est pas « indéchiffrable ». La PDG du Printemps sait mieux déchiffrer la politique gouvernementale de développement de l’alternance au détriment de l’enseignement public : loi Borloo, loi Fillon et article 1er de la loi Villepin qui abaisse l’âge de l’apprentissage à 14 ans…
Le patronat n’a surtout pas renoncé à intervenir dans
l’évolution du système éducatif. D’abord en faveur de l’orientation
professionnelle et dans la mise en place de filières de formation, notamment à
l’université. Pour Mme Danon, qui s’interroge sur le financement de
l’université, il serait notamment utile d’afficher les débouchés des formations
les plus fréquentées en précisant bien que désormais « le diplôme ne donne
plus droit à un statut ». (Le
Monde, 25 mai 2006)
Les « licences professionnelles » mises en place par le gouvernement Jospin-Buffet en 1999 et les « pôles de compétitivité » voulus par Chirac en janvier 2005 ne sont qu’un avant goût de l’immixtion des patrons dans l’université. Le patronat le plus libéral sait s’appuyer sur l’Etat...
Au sein de la classe ouvrière et de la jeunesse, la plupart des bureaucraties syndicales, certaines fractions du PS, le PCF et son ombre portée, la LCR, désignent comme ennemis le « libéralisme » et les Etats-Unis, ce qui revient à protéger le capitalisme et à défendre les puissances impérialistes européennes.
Tous, chacun dans nos pays, nous subissons les
politiques du capitalisme mondialisé… Les politiques libérales accélérées par
la mise en œuvre du traité de Maastricht aggravent les inégalités, le chômage,
la précarité, l’exploitation… Nous voulons une Europe indépendante des
Etats-Unis, respectueuse des souverainetés, active dans le monde pour la paix,
le désarmement, la solution politique des conflits, la promotion de l'ONU… (PCF, PDS, PCB, IU, PRC, PCP, PST, KPÖ, ODP, Synapismos,
Akel… Déclaration, 9 novembre 2003)
Les partis « communistes » ne sont plus communistes depuis trois quarts de siècle. Devenus staliniens, puis repentis mais toujours sociaux-patriotes, ils tentent de faire croire que seule l’internationalisation de l’économie, la prétendue « mondialisation », aurait entraîné les difficultés économiques et sociales contemporaines, au détriment d’un âge d’or où l’économie capitaliste aurait eu pour guide l’économiste Keynes, pour souci le plein emploi et pour moyen l’intervention de l’Etat bourgeois,
Il faut revenir à un régime dans lequel la finance est
non le maître, mais le serviteur de l’investissement. (François Chesnais, ATTAC, Le Monde, 1er septembre 1998)
En France, cette nostalgie est plus ou moins teintée d’éloges envers De Gaulle. Ce n’est pas pour rien qu’il arrive à Chirac de flirter avec l’« altermondialisme » et de dénoncer le « libéralisme ».
N’en déplaise aux partisans du capitalisme dans un seul pays, tout est faux dans le mythe altermondialiste, tant du point de vue théorique qu’historique. D’une part, l’Etat n’a jamais pu et ne saura jamais réguler l’économie capitaliste, contrairement aux prétentions de Keynes et de nombreux révisionnistes du 20e siècle (Kidron, Mandel, Boccara…). Les politiques économiques dites keynésiennes ont été mises en cause par la classe dominante quand elle a été confrontée à la baisse du taux de profit et à l’inflation galopante des années 1970, aux crises à répétition depuis 1973. Les travailleurs paient le prix du ralentissement de l’accumulation du capital, notamment sous la forme de chômage de masse, y compris dans les pays capitalistes les plus avancés.
D’autre part, loin de se contenter de s’en remettre aux marchés, l’Etat national intervient dans les rapports sociaux, économiques, juridiques. Il l’a fait hier à grande échelle dans l’Italie fasciste et l’Allemagne nazie. Il le fait toujours, sous d’autres formes, des Etats-Unis au Japon en passant par la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la France.
Aux salariés, en particulier aux fonctionnaires, le gouvernement Chirac-Villepin-Sarkozy explique que le déficit du budget doit cesser et qu’ils doivent y contribuer. Dans ce sens, le gouvernement va soumettre au Parlement un projet de loi sur la fonction publique qui portera de nouveaux coups aux garanties statutaires. Par contre, Chirac a réclamé de l’Union européenne le maintien des subventions aux entreprises agricoles au titre de la PAC. Aux patrons qui ont monté des projets appelés « pôles de compétitivité », son gouvernement consentira de l’argent à foison. 67 ont été retenus, une des conditions étant de lier des établissements d’enseignement supérieur et de recherche aux entreprises privées :
Ces projets doivent, avant tout, assurer une mise en
réseau des entreprises, de la recherche publique et de l’enseignement
supérieur… Les pôles de compétitivité seront financés à hauteur de 1,5 milliard
d’euros sur trois ans, à travers des crédits d’intervention, des aides de
divers organismes publics et un régime d’exonérations fiscales et sociales. (Crédit Agricole Eclairages, janvier 2006)
Le 25 avril, Chirac a lui-même annoncé les aides publiques à 6 projets « de taille mondiale » conçus par des groupes français, parfois en partenariat avec des firmes allemandes (PSA, Alcatel, Thomson & Arvato, Siemens France, Schneider, Roquette).
Le président de la République a rendu publics, mardi
25 avril, les six premiers projets d'innovation industrielle retenus par
l'Agence de l'innovation industrielle (AII), officiellement lancée le 30 août
2005… Ces programmes expérimentaux, d'une durée de trois à sept ans, sont
cofinancés par l'AII, dotée d'un budget d'1,7 milliard d'euros, et les
entreprises elles-mêmes. La plupart d'entre eux impliquent des collaborations
avec des entreprises étrangères, allemandes en particulier, et des PME
françaises. (Le Monde, 25 avril 2006)
Le premier ministre Dominique de Villepin a avisé à son tour les petits patrons de nouveaux cadeaux :
Ce qu’il faut comprendre, c’est que tout ou presque,
en France, vient entraver la croissance de ces PME. Celles-ci ont besoin
d’investir massivement, elles doivent d’abord consacrer leur trésorerie au
paiement de leurs impôts et charges. Elles ont du mal à trouver des
financements bon marché. Leurs patrons craignent aussi qu’en devenant plus
gros, ils ne franchissent des seuils qui viennent compliquer encore leur
affaire… Le gouvernement souhaite lever ces obstacles. C’est l’objectif des
mesures proposées : le gel de l’impôt sur les sociétés, l’étalement des
charges sociales, d’autres simplifications aussi. Toutes ces mesures,
applicables dès 2007, sont naturellement les bienvenues. (Les Echos, 12 mai 2006)
Ce financement d’entreprises privées par l’Etat est peu conforme à la doctrine libérale. Le PS et le PCF n’en rejettent pas le principe :
La création de pôles de compétitivité basés sur des
relations universités/entreprises/recherche est louable en soi, mais fragilisé
par l'état de délabrement des universités françaises. (Éric Besson, secrétaire national du PS à l'économie, & Jean-Louis
Levet, responsable national PS aux entreprises, 12 juillet 2005)
À nous d’y mettre les ingrédients nécessaires pour
susciter le débat et les choix politiques sur lesquels se rassembler. Que
fait-on par rapport à la recherche, à la politique industrielle : on laisse les
pôles de compétitivité orchestrer de nouvelles inégalités de développement ou
on rétablit une véritable maîtrise publique et démocratique ? (Richard Sheehan, Rapport au Conseil national
du PCF, 21 octobre 2005)
Les rumeurs d’OPA de l’américain Pepsi sur le groupe français Danone, en juillet 2005, ont provoqué une véritable union nationale, les chefs syndicaux CGT et FO, le PS et le PCF se joignant au chœur du MDC, de l’UMP, de l’UDF et du FN contre la menace en provenance de l’étranger. Les sociaux-patriotes ont mauvaise mémoire : le caractère français des actionnaires du groupe Danone n’a pas protégé les travailleurs de Lu des licenciements décidés par le groupe Danone en 2001.
Quand le groupe indien de droit néerlandais Mittal Steel a lancé une OPA sur le groupe de droit luxembourgeois Arcelor, la même levée de boucliers s’est opérée.
Un « non » unanime et ferme. C’est la réponse
que les syndicats européens d’Arcelor ont voulu adresser à l’OPA du groupe
Mittal. (L’Humanité, 4 février 2006)
Le Premier ministre Dominique de Villepin a appelé
mardi les chefs d'entreprises français à « s'organiser » pour
« résister à des attaques » comme celle du numéro un mondial de
l'acier Mittal Steel sur Arcelor. » L'Etat peut accompagner ce mouvement à
travers une vraie politique d'intelligence économique et des garanties
juridiques », a-t-il ajouté. (Blog
Villepin, 1er février 2006)
Arcelor est le résultat de la fusion en 2002 d’Usinor (France), Arbed (Luxembourg) et Aceralia (Espagne)… au prix de milliers de licenciements dans la sidérurgie de chacun des pays concernés (France, Espagne, Luxembourg, Belgique).
En début d’année, le gouvernement Chirac-Villepin a décidé de fusionner deux groupes français, à la fois pour faire échapper l’un d’entre eux à la menace d’OPA d’un groupe italien et pour prendre place dans l’oligopole mondial du gaz :
Le moins qu'on puisse dire, c'est que Dominique de
Villepin, dans ce dossier Suez-GDF, joue une partie culottée. D'abord, parce
que la rapidité d'intervention du gouvernement a laissé sur place à la fois
l'Italie avec son champion national Enel et… les Français, des milieux
d'affaires aux syndicats, qui ne s'attendaient certainement pas à une telle
rapidité dans l'action. En ce sens, la manœuvre est plutôt finement jouée, dans
la mesure où elle prend à contre-pied Enel, dont l'offre de rachat de Suez n'a
jamais été officialisée. (La Tribune, 28 janvier 2006)
Le PCF et le PS condamnent la méthode, mais certainement pas la défense de grands groupes de l’impérialisme français :
Loin d’être la manifestation d’un prétendu patriotisme
économique, la fusion Suez-GDF est contraire à l’intérêt national. (Christian Martin, secrétaire national du PS chargé des services publics, 31 mars 2006)
Le PCF défendra avec conviction les intérêts du pays
et de la population qui impliquent, tout à la fois, le maintien de GDF dans la
sphère publique et la défense de nos fleurons industriels, dont le groupe Suez,
contre les OPA. (PCF, Déclaration, 26 février 2006)
Le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, prend la posture de la victime parce que son nom est cité dans une liste. Son existence et la connaissance de son caractère faux sont probablement connues par le chef de la police depuis des mois. Mais on connaît pire, de son fait.
Mariam Sylla et ses deux enfants Mohamed (5 ans et ½)
et Aïssata (3 ans) ont été montés de force dans un avion pour le Mali, le
samedi 13 mai. Cette jeune femme vivait en France depuis sept ans. Ses enfants
y sont nés. Mariée très jeune, elle avait été victime de violences conjugales
qui lui avaient laissé un lourd handicap : elle est pratiquement sourde.
Réfugiée à Orléans, elle tentait de se reconstruire. Ses enfants y étaient
scolarisés… (Réseau éducation sans frontières,
16 mai 2006)
Pour la deuxième fois en trois
ans, le ministre de l’Intérieur a concocté un projet de loi modifiant le
CESEDA, le Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile
(voir Révolution Socialiste n° 19). Il a été adopté par l’Assemblée
le 17 mai et sera discuté par le Sénat à partir du 6 juin. La presse s’est
bornée à un débat sur « l’immigration choisie ». Les étrangers
visés sont évidemment les pauvres, les travailleurs. Les riches, les
capitalistes étrangers, sont bienvenus aux yeux du gouvernement. Le projet
Sarkozy aboutit au Code le plus restrictif depuis la Seconde Guerre mondiale.
Il supprime la délivrance de la carte de séjour aux étrangers qui vivent en
France depuis 10 ans. Il rend plus difficile le regroupement familial et la
délivrance de la carte de résident. Il rétablit la double peine.
Pour présenter son projet de loi, le porte-flingue de la bourgeoisie s’est abrité derrière la xénophobie et le racisme que le capitalisme entretient en permanence.
Pour beaucoup de nos compatriotes, l'immigration est
une source d'inquiétude. Ils y voient une menace pour leur sécurité, leur
emploi, leur mode de vie. Les Français qui pensent de la sorte sont aussi
respectables que les autres. Il faut comprendre les attentes de cette majorité
silencieuse, pour qui l'immigration est d'abord une réalité quotidienne. (Nicolas Sarkozy, Discours à l’Assemblée
nationale, 2 mai 2006)
Le 22 avril, devant les nouveaux adhérents de l'UMP à Paris, leur chef a déclaré : « S’'il y en a que cela gêne d'être en France, qu'ils ne se gênent pas pour quitter un pays qu'ils n'aiment pas. » Une formule analogue à celle de Philippe de Villiers, un partisan du Non au référendum, : « La France, tu l'aimes ou tu la quittes », reprise des parti fascisants (MNR et FN) ou des bandes gaullistes (MIL et UNI).
Selon les partis ouvriers réformistes, il faut y voir là... de l’électoralisme. En d’autres termes, une partie des masses est spontanément raciste et, pour avoir des voix, les politiciens ne font que s’y adapter :
Depuis quand un gouvernement prend-il une disposition
de cette importance à quelques mois de la fin de sa législature ? Alors, quand
il explique clairement qu’il a le désir de séduire l’électorat du Front
national, il y a une grande inquiétude ! (Malek
Boutih, secrétaire national du PS aux
questions de société, 29 mars 2006)
Dans ces conditions, Sarkozy instrumentalise une fois
de plus le débat sur l’immigration à des fins électoralistes. (Rouge, 12 mai
2006)
La loi de Sarkozy n’a pas d’autre objectif que de
spéculer sur le racisme, les préjugés xénophobes et réactionnaires d’une partie
de l’électorat d’extrême droite qu’il convoite. (Lutte
Ouvrière, 26 mai 2006)
« Pas d’autre objectif » qu’électoral ? Tous ces petits-bourgeois ignorent la lutte des classes, atteints qu’ils sont de myopie électoraliste, liée à leur insertion prolongée dans la démocratie bourgeoise. Les communistes comprennent qu’il est décisif, pour chaque fraction de la bourgeoisie mondiale, de tenter de persuader son prolétariat que le sort de toutes les classes est lié par un destin national :
Le patriotisme constitue l’élément essentiel de cette
idéologie au moyen de laquelle la bourgeoisie empoisonne la conscience de
classe des opprimés et paralyse leur volonté révolutionnaire, parce que le
patriotisme signifie la soumission du prolétariat à la nation sur laquelle la
bourgeoisie est assise. (Léon Trotsky, Leçons
d’Octobre, 1935)
De manière complémentaire, chaque bourgeoisie essaie de diviser la classe ouvrière entre nationaux et étrangers :
Ce qui est primordial, c'est que chaque centre
industriel et commercial d'Angleterre possède maintenant une classe ouvrière
divisée en deux camps hostiles : les prolétaires anglais et les
prolétaires irlandais… Cet antagonisme est artificiellement entretenu et
développé par la presse, le clergé et les revues satiriques, bref par tous les
moyens dont disposent les classes dominantes. Cet antagonisme est le secret de
l'impuissance de la classe ouvrière anglaise, malgré son organisation. C'est le
secret du maintien au pouvoir de la classe capitaliste, et celle-ci en est
parfaitement consciente. (Karl Marx, Lettre
à Siegfried Mayer et August Vogt, 1870)
En fait, les dispositifs à la Pasqua-Chevènement-Vaillant-Sarkozy n’empêchent pas l’immigration, mais font juridiquement des prolétaires venant d’Afrique et d’Asie des délinquants, économiquement des salariés surexploitables, politiquement un outil de division de la classe ouvrière.
Toute domination par une minorité est socialement
organisée d’une manière qui concentre la classe dominante, la rend apte à une
action unifiée et, par là-même, désorganise et émiette les classes opprimées… (Georg Lukács, Lénine,
1924)
En pratique, le PCF a déployé moins d’énergie contre le projet de loi Sarkozy, qui s’en prend à des travailleurs, que lorsqu’il embouchait les trompettes du patriotisme lors de la campagne pour le Non au référendum sur le projet de constitution de l’Union européenne. Le PS s’est moins mobilisé contre la loi anti-immigrés que pour demander au Parlement la démission de Villepin, au nom de « l’image de notre pays ». D’ailleurs, lors du vote le 17 mai à l’Assemblée, Ségolène Royal n’a pas voté contre le projet Sarkozy et deux autres députés PS ont voté pour, avec ceux de l’UMP et de l’UDF.
La restriction des libertés, l’accroissement des effectifs et des pouvoirs de la police ne s’arrêtent pas aux travailleurs immigrés. Le gouvernement vise aussi ceux qui ont la nationalité française. Un projet de loi pénale confie aux maires un pouvoir de sanction, qui transforme les organismes d’éducation et de protection sociale en informateurs, qui abolirait l’ordonnance de 1945 qui crée une justice pénale spécifique pour les mineurs.
Pour appuyer son raisonnement, M. Sarkozy inclut dans
un même panorama de la « montée de la violence gratuite », les
violences urbaines de novembre 2005, les manifestations contre le contrat
première embauche les statistiques de violences aux personnes. (Le Monde, 24
mai 2006)
Quel qu’en soit le prétexte, le renforcement de l’appareil répressif de l’Etat aggrave la situation des travailleurs et des opprimés, car l’ordre social existant est celui de l’exploitation du plus grand nombre par une minorité qui s’enrichit de manière insolente, alors que la précarité s’accroît pour les producteurs et qu’une partie significative de la population est reléguée dans des quartiers qui deviennent de véritables ghettos sociaux. Sous prétexte de terrorisme, le gouvernement a instauré le plan Vigipirate qui autorise pour la première fois depuis la guerre d’Algérie l’armée à patrouiller dans les gares, les stations de métro et les aéroports. Les corps de répression fondés au nom de la lutte contre le grand banditisme et le terrorisme servent contre les luttes ouvrières: le GIPN est intervenu contre les postiers en grève et le GIGN contre les marins de la SNCM en grève.
Les exploiteurs transforment inévitablement l’État en
un instrument de domination de leur classe, celle des exploiteurs, sur les
exploités. C'est pourquoi l’État démocratique lui aussi, tant qu'il y aura des
exploiteurs exerçant leur domination sur la majorité, les exploités, sera
inévitablement une démocratie pour les exploiteurs. L’État des exploités doit
être foncièrement distinct d'un tel État ; il doit être une démocratie pour les
exploités et réprimer les exploiteurs. (Vladimir
Lénine, La révolution prolétarienne et le renégat Kautsky, 1918)
Pendant que les tribunaux jugent chaque semaine les manifestants du printemps 2006 ; pendant que Villepin et Sarkozy mettent au point la « prévention » de la délinquance que le capitalisme nourrit, Chirac gracie son copain Guy Drut.
Les travailleuses et les travailleurs n’ont pas à recevoir de leçons de morale de ces gens-là. Les medias donnent un aperçu des mœurs des cadres supérieurs des groupes français qui exploitent à grande échelle et savent si bien licencier par centaines et par milliers. En 2001, un procès avait déjà révélé la belle carrière de l’ancien cambrioleur de banque Alfred Sirven dans le groupe Elf. On apprend maintenant que le vice-président d’EADS, Jean-Louis Gergorin, ancien élève de l’ENA, colportait des fausses listes qui intéressaient beaucoup un premier ministre et qu’il employait en commun avec les services secrets de la République un repris de justice.
Le 7 octobre 2002, Imad Lahoud sort de prison, où il
vient de purger 108 jours de détention provisoire pour une affaire
d’escroquerie… M. Gergorin le fait recruter chez EADS, en février 2003.
Entretemps, il l’a présenté au général Rondot, qui l’a aussi recommandé à la
DGSE… A partir de juillet 2003, M. Lahoud, qui travaille toujours chez EADS est
repris en main, directement, par le général Rondot… il le fait pénétrer dans le
système informatique de Clearstream. (Le
Monde, 19 mai 2006)
Le seul intérêt de l’affaire Clearstream, pour les travailleurs, est de lever un coin du voile qui couvre habituellement les relations des hauts fonctionnaires, des services secrets et de l’état-major qui sont financés avec leurs impôts, avec les dirigeants d’entreprise qui vivent directement de leur exploitation et les ministres qui excipent de la « démocratie » et de la « République » pour gouverner contre eux.
Si les personnages les plus hauts placés dans les firmes et l’appareil d’Etat se livrent à de tels coups tordus entre eux, on peut imaginer à quoi ils sont prêts contre les opprimés et les exploités qui menaceraient leur pouvoir et leurs privilèges.
Voila pourquoi il est utopique de penser que cet appareil d’Etat hypertrophié, de plus en plus privilégié, de plus en plus policier, prêt à tous les coups tordus, à toutes les violences contre les exploités et les opprimés pourrait servir ces derniers si ceux-ci votaient pour l’oxymore « gauche anticapitaliste », comme le prétend la LCR, ou s’ils exerçaient une pression suffisante, comme affabule LO :
Nous nous sommes prononcés, à notre congrès, pour des
candidatures anticapitalistes unitaires qui se situent dans la lignée des
aspirations apparues lors de la campagne pour le « non » de gauche. (BP de la LCR, Adresse au PCF, 12 mai 2006)
La seule perspective qui vaille pour les travailleurs
est celle de leur mobilisation afin qu’ils interviennent dans la vie politique
et qu’ils se servent de leur force collective pour imposer au patronat et au
gouvernement des mesures indispensables pour changer la vie. (Lutte de Classe, septembre 2005)
L’unique stratégie de la LCR est de remplacer le gouvernement bourgeois par un autre qui comprendrait l’ancienne ministre Buffet, un front populaire respectueux de l’Union européenne et de la 5e République, baptisé pour la circonstance « antilibéral ». La LCR tient des meetings et signe déjà des déclarations avec des partis bourgeois (PRG, MRC, Verts…), son organisation sœur en Italie, SC, est dans un parti du gouvernement Prodi ; l’organisation-sœur du Brésil, DS, a même fourni un ministre au gouvernement de front populaire Lula-Alencar.
A notre époque, le front populaire est la question
principale de la stratégie de classe prolétarienne. Il fournit aussi le
meilleur critère pour la différence entre bolchevisme et menchevisme. (Léon Trotsky, Le RSAP et la 4e
Internationale, 1936)
La « seule perspective » de la direction de LO est de « changer la vie »… en gardant « le patronat », c’est-à-dire le capitalisme, et même « le gouvernement ». Comment serait-il possible de changer réellement la vie des travailleurs en maintenant leur exploitation par le capital ?
Toutes les leçons de la lutte des classes entre bourgeoisie et prolétariat enseignent à celui-ci qu’il doit renverser celle-là et prendre le pouvoir :
Le véritable secret de la Commune de Paris, le voici : c'était essentiellement un gouvernement de la classe ouvrière, le résultat de la lutte de la classe des producteurs contre la classe des expropriateurs, la forme politique enfin trouvée qui permettait de réaliser l'émancipation économique du travail. (Karl Marx, La Guerre civile en France, 1871)
Au printemps, l’irruption massive de la jeunesse a démontré que les travailleurs en formation subissent moins le poids des défaites précédentes, à savoir le rétablissement du capitalisme en Russie et en Europe centrale, les trahisons répétées des directions traditionnelles tant syndicales que politiques, les défaites de la classe ouvrière des pays impérialistes, les interventions impérialistes en Serbie, en Afghanistan et en Irak, le terrorisme de l’Etat sioniste et la réduction du peuple palestinien à la charité internationale et aux attentats-suicides, etc.
Cette génération de travailleurs et de futurs travailleurs, qui se lève non seulement en France mais sur tous les continents, est la base sur laquelle pourront s’édifier de nouveaux partis ouvriers, révolutionnaires et une internationale marxiste capables de conduire à des victoires décisives, de renverser la bourgeoisie, d’instaurer le pouvoir les travailleurs, d’ouvrir l’issue du socialisme mondial.
Les forces productives engendrées par le mode de
production moderne sont entrées en contradiction flagrante avec ce mode de
production lui-même, à un degré tel que devient nécessaire un bouleversement du
mode de production et de répartition éliminant toute différence de classe, si
l’on ne veut pas voir toute la société moderne périr. (Friedrich
Engels, Anti-Dühring, 1877)
26 mai 2006