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Soulèvement des jeunes dans les banlieues pauvres

En finir avec le capitalisme fauteur de misère, avec le gouvernement Chirac-Villepin-Sarkozy à sa botte

 

Levée immédiate de l’état d’urgence et de toutes les inculpations !

 

La promulgation de l’état d’urgence s’insère dans la lutte de la classe bourgeoise contre tous les pauvres ; sa prolongation de trois mois encadre de nouvelles attaques contre la jeunesse et l’ensemble du prolétariat.

Le gouvernement a plongé dans les inépuisables ressources de l’État, il a sorti du tiroir la loi du 3 avril 1955 qui servit d’abord contre les combattants indépendantistes et les civils arabes en Algérie occupée. La continuité de l’État colonial français n’est plus à démontrer. Les Chirac, Sarkozy, Villepin ont dressé la violence de l’État bourgeois, organisée, expérimentée, face à la colère désorganisée d’une jeunesse écrasée par les conséquences de sa politique antiouvrière. Des hélicoptères, des milliers de CRS et de gendarmes ont été déployés dans les cités pauvres ; 3 101 personnes ont été mises en garde à vue ; les comparutions immédiates pleuvent avec déjà 422 condamnations à des peines de prison ferme. Le couvre-feu, les perquisitions de jour et de nuit, l’interdiction de se réunir donnent tout son éclat au « modèle social français » : il vaut quand les pauvres se taisent.

À bas l’union nationale !

 

Les organisations d’origine ouvrière, partis et syndicats, ont montré une fois encore leur faillite. Aucune n’a appelé la population laborieuse à manifester contre le gouvernement et sa police, après la mort de Zied Benna et de Bouna Traoré qui fuyaient un énième contrôle au faciès. Deux adolescents de 14 et 17 ans électrocutés, aussitôt accusés par le ministre de l’Intérieur d’avoir participé à un cambriolage, ce qui est un mensonge. Ni le PS, ni le PCF, ni les organisations syndicales n’ont décidé d’organiser la légitime exaspération des jeunes des quartiers populaires de Clichy, leur révolte spontanée en apprenant la mort de Zied et Bouna. Ils les ont laissés seuls face à la police. Au contraire, un Parti ouvrier révolutionnaire aurait pris en charge l’organisation des manifestations et leur protection. Il aurait appelé les travailleurs à débrayer, les lycéens et les étudiants à se réunir en assemblées générales. Il n’aurait laissé aucun repos aux organisations qui disent parler au nom des ouvriers ; pour qu’elles forment le front unique contre le gouvernement Chirac - Villepin- Sarkozy.

PS et PCF, eux, ont communié dans la demande de « rétablissement de l’ordre républicain », dès que la contagion de la colère s’est propagée dans les cités de la banlieue parisienne, puis en province :

Le gouvernement se montre incapable de rétablir l’ordre public. (CEN du PCF, 4 novembre 2005)

Le jour où Villepin annonçait l’application des lois d’exception, d’agression contre les banlieues ouvrières, Ayrault, à l’Assemblée nationale, a déclaré « s’imposer un pacte de non agression à l’égard du gouvernement ». Le président du groupe des députés PS s’est dit « pas hostile par principe au couvre-feu ».

Avant toute chose, il est impératif de rétablir l’ordre et la sécurité. (Hollande, premier secrétaire du PS, 8 novembre)

L’Humanité du 8 novembre se contente de citer les mesures annoncées par Villepin la veille, sans réclamer la levée immédiate de l’état d’urgence ; les communiqués CGT et FO sont également muets sur cette exigence minimum, comme le PT qui « exprime sa plus vive préoccupation » !

À l’unisson, PS, PCF, LCR, LO réclament le renforcement des dispositifs anti-explosion chargés de contenir la misère sociale :

Mise en place immédiate de dispositifs de police de proximité, de partenariats entre tous les acteurs concernés : police, gendarmerie, justice, élus locaux… (CEN du PCF, 4 novembre 2005)

Il n’y a pas, dans les quartiers dits sensibles, plus de police de proximité ou de postes de police permanents. (Lutte Ouvrière, éditorial, 4 novembre 2005)

Que demandent les maires ? Ils demandent des services publics immédiats, une présence de la police, pas simplement quand il y a des incidents, une police permanente. (Hollande, France  2, 7 novembre 2005)

Le 18 novembre à l’Assemblée nationale, le gouvernement dépose une loi prorogeant l’état d’urgence pour trois mois. PS et PCF votent contre mais n’organisent aucune riposte nationale pour interdire à Chirac – Villepin - Sarkozy de poursuivre la répression.

Onze jours plus tard, le groupe des députés PS s’abstient sur la « loi antiterroriste » présentée par le ministre de l’Intérieur : énorme développement de la vidéosurveillance, contrôle des déplacements, des conversations téléphoniques et des consultations d’Internet, accès facilité aux fichiers du ministère de l’Intérieur, rallongement de la durée de la garde à vue. L’aval donné au gouvernement est évident.

« Nous n’avons qu’un mot d’ordre, la responsabilité, a soutenu Julien Dray. Nous n’avons aucun état d’âme. » «  Nous voudrions pouvoir voter ce texte » assurait le président du groupe, Jean-Marc Ayrault, avant l’ouverture de la discussion. « Un esprit de responsabilité » que M. Sarkozy a tenu à saluer dans sa réponse. (Le Monde, 25 novembre 2005)

Les partis réformistes et leurs acolytes se retrouvent systématiquement du côté de la défense de l’ordre bourgeois. Ils ont, entre autres, appelé à voter Chirac, accepté Vigipirate, soutenu la loi discriminatoire contre le voile. Les bureaucraties syndicales qui leur sont liées isolent les grèves (comme à la RTM) quand elles ne les trahissent pas directement (SNCM), égrènent les journées d’action impuissantes, dévoient le mécontentement du prolétariat dans une demande incessante de « négociations » avec le gouvernement Chirac – Villepin - Sarkozy, comme si ce dernier avait la moindre intention de changer sa politique, de cesser de porter des coups et de répondre favorablement aux revendications ouvrières. En relais des réformistes qui n’ont plus l’oreille de la jeunesse, les curés et les imams prônent la résignation et les manifestations silencieuses quand les pauvres crient vengeance.

 

Violence du mode de production capitaliste…

 

Il y a au moins 5 millions de chômeurs et de travailleurs en très grande précarité en France. Les entreprises d’intérim sont devenues les plus gros employeurs de main d’œuvre. 25 % de la population, 50 % des jeunes de moins de 26 ans, sont totalement privés d’emploi dans les cités les plus pauvres d’Ile de France, de Picardie, du Nord - Pas de Calais. Seul un travailleur sur deux est indemnisé alors qu’il est exclu du travail. Des dizaines de milliers de prolétaires, terrorisés par la menace d’une arrestation, sont contraints de travailler sans couverture sociale, pour de très bas salaires, parce qu’ils ont fui la répression ou la misère dans leur pays d’origine. 759 980 accidents du travail ont été recensés pour une année dont une augmentation de 3,8 % des accidents graves entraînant une incapacité permanente. 1 950 cancers ont été déclarés par des ouvriers exposés à l’amiante.

Une discrimination féroce sévit à l’embauche contre les jeunes diplômés ou non, dès qu’ils portent un nom à consonance arabe ou africaine. Les mêmes essuient les contrôles policiers, les insultes du premier flic de France, Sarkozy. Dans les ZEP, le taux d’échec à l’école est deux fois supérieur à la moyenne nationale. Des familles sont à la rue, privées de logement parce que l’État leur refuse des papiers, les expulse ou parce qu’elles n’ont pas les moyens de payer des loyers en hausse permanente. D’année en année, des quartiers entiers sont laissés à l’abandon, logements et immeubles dégradés, transports insuffisants, infrastructures de services à la population réduites : on compte deux fois moins d’établissements de santé dans les banlieues paupérisées qu’ailleurs, avec cinq fois plus de personnes affiliés à la CMU.

Cette violence-là ne fait pas la une des médias, pourtant elle assaille quotidiennement des millions de travailleurs et de jeunes. Elle résulte du maintien du mode de production basé sur le profit pour une minorité. Ce désordre permanent pour la majorité de la population découle des lois capitalistes. Aucune « politique de la ville » avec les démolitions de logements sociaux qui rejettent les pauvres plus loin encore, les « zones franches » où ils devraient travailler à pas cher pour des patrons exonérés, ne le résoudra. Seule une révolution prolétarienne, expropriant les capitalistes pour avoir le pouvoir de répartir le travail entre toutes les mains, pour produire et distribuer en fonction des besoins de la population laborieuse, liquidera les injustices sociales.

 

…et violence de l’état qui le garantit

 

C’est avant tout contre cette possibilité que la police, de proximité ou pas, détient avec l’armée le monopole de la détention d’armes ; c’est contre la classe ouvrière qui a la puissance sociale potentielle de renverser le système capitaliste que les corps répressifs sont organisés : intervention du GIPN contre les postiers grévistes de Bègles, du GIGN contre les marins grévistes de la SNCM, des CRS contre les mal-logés, contre les travailleurs qui essaient d’empêcher leurs licenciements ; juges du tribunal d’instance déclarant « illégale » la grève des traminots de Marseille ; menace de réquisition des grévistes ; condamnations d’étudiants et de lycéens après les manifestations contre la loi Fillon ; annonce de l’expulsion des étrangers même en situation régulière s’ils ont été condamnés…

La dissolution de l’ensemble des forces de répression, des tribunaux de la « justice » bourgeoise qui condamnent les manifestants et amnistient les patrons et les ministres, sera une des tâches de salubrité publique que remplira la révolution ouvrière. Rien n’est plus urgent que de s’organiser pour aider à sa victoire.

 

Révolte ne signifie pas révolution

 

La trahison des organisations qui dirigent le prolétariat laisse les travailleurs et les jeunes dans l’impuissance face au gouvernement du capital. Les défaites subies (deuxième guerre impérialiste déclenchée contre l’Irak, vague de licenciements massifs, retraites amputées et retardées, atteinte au droit de se soigner et de s’instruire, privatisations…) à cause de leur collaboration permanente avec le capital et ses agents laminent le niveau de conscience politique du prolétariat et de la jeunesse, en particulier d’une fraction qui n’entrevoit aucun avenir.

Des exemples de ce déboussolage sont donnés dans les formes prises par la riposte à la mort de Zied et Bouna. Les premiers jours, les jeunes des quartiers populaires ont affronté la police, les représentants des responsables de la mort de deux des leurs. Ils exprimaient leur haine de Sarkozy et de ses injures. Mais cette révolte spontanée n’a trouvé aucun écho, aucune aide dans la classe ouvrière : le cordon sanitaire placé par les réformistes qui gardent le contrôle des syndicats et des partis a joué son rôle. L’État bourgeois s’est disposé, quadrillant les quartiers. Totalement inorganisé, sans revendications clairement définies, le mouvement a vite régressé ; ce sont les éléments les moins conscients, les plus jeunes, les plus déclassés qui ont donné le ton avec les incendies de milliers de voitures de prolétaires, la destruction d’écoles, de gymnases, d’autobus ou de tramways, l’assimilation des pompiers aux flics… Ces actes qui se trompent d’ennemis font oublier les vrais responsables : la classe capitaliste, les Chirac – Sarkozy - Villepin et tous les gouvernements qui les ont précédés. Tout ce qu’ils rapportent, c’est un renforcement du dispositif répressif.

 

Les coups pleuvent

 

La situation est aggravée, depuis, pour la jeunesse des banlieues pauvres, taxée plus que jamais de « racaille ».

La crise des banlieues a « ouvert une fenêtre de tir », selon l’entourage du premier ministre, pour une réforme de l’école à laquelle il réfléchit depuis plusieurs mois. (Le Monde, 28 novembre 2005)

Feu sur la jeunesse ! Le 1er décembre, Villepin annonce l’extension des contrats - jeunes sous payés, créés en 2003 par Fillon. Il prévoit 20 millions d’exonérations supplémentaires pour les patrons s’installant en « zones franches ». Il lance l’objectif des « apprentis juniors », autrement dit l’expulsion de l’école, dès 14 ans, de 20 000 enfants de prolétaires. Prolétaires contre lesquels « la fenêtre de tir » s’élargit :

Un contrat de responsabilité parentale, assorti de sanctions, sera proposé aux parents des enfants qui rencontrent des difficultés tellement lourdes qu’ils perturbent l’établissement qu’ils fréquentent ou qui sont même de facto déscolarisés avant 16 ans. Établi avec un travailleur social, en liaison avec les chefs d’établissement, ce contrat pourra fixer aux parents des objectifs en termes d’assiduité aux cours et de résultats scolaires, mais il aura également trait à la situation et à l’accompagnement des parents (cours de langue, aide à la recherche d’emploi). La suspension des allocations familiales sera décidée en cas de refus ou de non-respect de ce contrat. (Le Monde, 2 décembre 2005)

Lors du Comité interministériel de contrôle de l’immigration, le gouvernement très uni a annoncé, le 29 novembre, un regain de mesures toujours plus réactionnaires contre les travailleurs et les jeunes étrangers, déjà matraqués par la loi Villepin adoptée en mai : des entraves au regroupement familial, une diminution des entrées d’étudiants étrangers, un contrôle des mariages mixtes célébrés hors de France pour réduire l’obtention d’un titre de séjour, une réduction supplémentaires des maigres droits des demandeurs d’asile, Sarkozy se vantant de 20 000 expulsions réalisées en 2005 et réclamant 25 000 pour 2006.

 

La réaction se lâche

 

A l’Assemblée nationale, F. Grosdidier, député UMP, a demandé au gouvernement d’interdire des chanteurs et des groupes de rap, leur reprochant de prôner « un racisme anti-blanc ».

Les MP3 font office de moulins à prières. (Le Monde, 2 décembre 2005)

Le 30 novembre, le même s’est plaint des « yous-yous » résonnant trop fréquemment pour ses oreilles, dans sa mairie de Woippy.

Le même jour, au Conseil régional du Languedoc-Roussillon, G. Frêche, maire PS de Montpellier a déclaré :

« Il est juste de reconnaître le rôle positif de la présence française en Algérie. » Au cours d’une interruption de séance, M. Frêche entonna alors à tue-tête, du haut de son perchoir régional, le chant colonial ‘’C’est nous les Africains qui revenons de loin’’, repris en chœur par quelques élus du Front national. (Le Monde, 2 décembre 2005)

G. Frêche applique à la lettre la loi du 23 février 2005. Il s’est engagé aux côtés des associations de « rapatriés » pour l’ouverture d’un musée à la gloire des colons. PS et PCF ont laissé passer sans sourciller l’amendement qui stipule que les programmes scolaires devraient enseigner les vertus du colonialisme à la française.

 

Place à l’organisation du combat contre le gouvernement et ses soutiens de tous bords

 

Pour enrayer l’offensive réactionnaire, il faut que le prolétariat fasse valoir ses intérêts de classe. A ses côtés, la jeunesse peut affirmer ses légitimes revendications.

Levée immédiate de l’état d’urgence ! Abrogation de Vigipirate et des lois « antiterroristes » ! Libération des emprisonnés pour « violences urbaines » et levée de toutes les peines !

Maintien de l’obligation scolaire jusqu’à 16 ans. Retrait du projet de « contrat de responsabilité parentale ».

Du travail et des logements pour tous !

Liberté totale de circulation et d’installation pour tous les travailleurs et leur famille, tous les étudiants ! Mêmes droits pour tous ceux qui vivent ici !

À bas Chirac, son gouvernement, les institutions qui le protègent ! Gouvernement ouvrier !

 

Construire une organisation révolutionnaire de la jeunesse, construire le parti ouvrier révolutionnaire

 

À tous les jeunes justement révoltés par l’ordre bourgeois, le chômage, les ségrégations, le racisme, le Groupe bolchevik propose la tâche de construire une organisation révolutionnaire capable de combattre pour leurs légitimes revendications, levant le drapeau rouge des humiliés et des opprimés, renouant avec les luttes ouvrières menées par leurs parents et grands-parents, de toutes origines, de toutes couleurs.

À tous les jeunes, tous les prolétaires justement dégoûtés par les trahisons des organisations réformistes, des phraseurs « d’extrême gauche », le Groupe bolchevik déclare : il faut construire un parti ouvrier révolutionnaire dont le programme est la dictature du prolétariat, la liquidation de l’État bourgeois et de ses institutions, l’expropriation des capitalistes, le contrôle ouvrier pour organiser la satisfaction des immenses besoins de la population, la collaboration entre les prolétariats de tous les pays.

10 décembre 2005