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Chine
En un peu plus de vingt-cinq ans, les « réformes » de la bureaucratie maoïste pour restaurer le capitalisme ont permis de s’attaquer à tous les acquis sociaux issus de la révolution chinoise de 1949. En 2003, le congrès du Parti communiste chinois des héritiers de Mao et Deng Xiaoping a autorisé l’adhésion des « entrepreneurs » au parti. La Constitution a été amendée en mars 2004 pour assurer la propriété privée « légale et inviolable ». L’ « atelier du monde », comme le nomment les économistes bourgeois, connaît la liquidation des acquis de la révolution de 1949-1953 : les retraites, l’accès aux soins, au logement et à l’éducation. La Chine retrouve certains traits des pays dominés : classe ouvrière surexploitée, fort taux de chômage, paysans spoliées de leurs terres, inégalités sociales croissantes.
La couche sociale des dirigeants de l’État et du Parti communiste chinois conserve le pouvoir grâce à une puissante armée et à la police. Déterminée à interdire toute révolution politique qui la condamnerait, la bureaucratie maoïste est confortée dans son projet de restaurer le capitalisme depuis la disparition de l’URSS et des États ouvriers déformés d’Europe de l’Est. En 20 ans, la bureaucratie chinoise a permis que s’affirme un élément essentiel de ce retour au mode de production capitaliste : la reconstitution d’un marché du travail. Elle a licencié plus de 30 millions de travailleurs du secteur d’État depuis 1998 ; la Chine connaît désormais un chômage de masse estimé entre 10 et 15 % de la population active, peu ou pas indemnisé. En réintroduisant la concurrence entre les travailleurs, en fermant ou en privatisant les entreprises d’État, les bureaucrates de Pékin éliminent aussi les droits à la retraite et l’accès aux soins qui y étaient garantis.
Pour plus de 800 millions de paysans, l’avenir capitaliste qu’offre la bureaucratie est simple : d’un côté chômage, exode rural ou l’exploitation en tant qu’ouvriers agricoles pour les plus pauvres ; de l’autre la concentration des terres entre les mains des paysans les plus riches. Avec la fin de la collectivisation des exploitations agricoles dans les années 1980, la location des parcelles auprès des autorités locales, l’État a mis en concurrence les paysans. Cela a conduit à la concentration de la production agricole entre les mains des exploitations les plus productives, les plus mécanisées et rentables à l’exportation. Bien que ce processus ne soit pas achevé et reste entravé par la propriété d’État des terres, la hausse de la productivité qui en découle explique la mise au chômage de dizaines de millions de jeunes paysans et leur migration vers les villes industrielles pour y trouver un emploi. Dans les campagnes chinoises, l’impôt d’État touchant proportionnellement toutes les tailles d’exploitation disparaît, les prix ne sont plus garantis par l’État, le règne des subventions aux plus productifs a débuté. Ainsi s’est ouvert la possibilité de la réintroduction de la propriété privée dans les campagnes.
Avec l’adhésion à l’OMC en 2001, l’ouverture progressive des frontières, la baisse des taxes douanières ou encore le début de privatisation du secteur bancaire d’Etat qui s’ouvre aux alliances avec des banques étrangères (Deutsch Bank, Royal Scottish Bank...), les chefs de l’État chinois tentent de maîtriser le retour du capital impérialiste et de la bourgeoise chinoise exilée dans le monde et qui est majoritairement installée depuis 1949 à Taiwan et HongKong. Mais ces progrès restent insuffisants pour les grands groupes des pays impérialistes, leurs gouvernements et les capitalistes chinois qui veulent hâter la liquidation des derniers acquis ouvriers en Chine.
En effet, il reste encore quelques obstacles aux lois du capital. Les banques restent publiques. Le secteur d’État emploie encore 30 % de la main d’œuvre urbaine (soit plus de 70 millions de travailleurs) et il assure un peu plus de 50 % de la production industrielle. Il regroupe notamment la plupart des mines, de la métallurgie, de l’extraction du pétrole dont les travailleurs sont confrontés aux plans de licenciements, privatisations, mises en faillite et aux fermetures de leurs usines. Ces coups sont directement orchestrés par les bureaucrates de Pékin, eux-mêmes aiguillonnés par la pression de l’impérialisme et du marché mondial.
Pour survivre en tant que couche sociale à la tête d’un État de moins en moins ouvrier, le secrétaire actuel du parti, Hu Jintao et sa clique tentent de conserver quelques moyens de contrôle économique : principe de « co-entreprises » qui impose à l’investisseur étranger la coopération avec une entreprise locale, inconvertibilité de la monnaie et fixation du taux de change du yuan.
Évidemment, la plupart des bureaucrates chinois aimeraient se transformer en capitalistes dans ce processus qu’ils ont nommé « socialisme de marché » et certains ou leurs enfants y sont déjà parvenus. Mais il n’y aura pas de place pour tous et ils ne sont pas non plus d’accord sur les concessions à accorder aux capitalistes chinois et à l’impérialisme. Malgré leur force apparente, ils sont entre le marteau et l’enclume : ils redoutent d’un côté le soulèvement des masses que préfigurait TienAnMen en 1989 et de l’autre l’effondrement politique et économique qu’a connu l’ex-URSS après 1991.
Un récent coup de grisou dans la mine d’Etat de Dongfeng (Nord-Est du pays) qui a provoqué la mort de 171 ouvriers l’a de nouveau illustré. En Chine, 70 % de la production électrique a besoin de charbon. Les travailleurs paient le prix fort à cause de la vétusté des mines : les autorités reconnaissent que 6 000 mineurs meurent chaque année (certains observateurs estiment que c’est le triple). C’est en partie le résultat de la mainmise des bureaucrates sur l’ancienne propriété collective :
Les officiels, sommés de se
défaire de leurs intérêts dans les opérations minières, ne le font pas ou
trouvent le moyen de déguiser leur implication dans le secteur qu’ils sont
censés réguler. (Le
Monde, 3 décembre
2005)
La liquidation de la planification, le pillage de la propriété collective, la multiplication des zones franches aboutissent à la disparition du relatif égalitarisme :
Selon les dernières statistiques
officielles, les 10 % plus fortunés contrôlent 45 % de la richesse du
pays, alors que les 10 % les plus pauvres n'en détiennent que 1,4 %. (Libération, 7 novembre 2005)
Contre cette exploitation capitaliste en plein essor et la liquidation des acquis, le nombre de grèves ouvrières, de manifestations de chômeurs et retraités ou de révoltes de paysans ne cesse de croître :
L’an dernier, 74 000
manifestations ont impliqué plus de 3,7 millions de personnes, contre 10 000
en 1994 et 58 000 en 2003. (The Economist, 1er octobre 2005)
Ces luttes de classe des exploités chinois vont du simple rassemblement pour le paiement du retard des salaires jusqu’à la grève contre leur patron et l’affrontement contre la police de la bureaucratie de Pékin qui maintient l’ordre.
Pour les dizaines de millions d’ouvriers de la Chine côtière, où se concentrent les entreprises étrangères (hongkongaises, taïwanaises, américaines, japonaises, allemandes, françaises…), les raisons d’en découdre avec le patronat sont nombreuses. L’interdiction du droit syndical et de grève, le salaire mensuel minimum fixé à 60 euros, les 10 jours maximum de congés dans l’année, le travail de 10 à 14 heures par jour et 7 jours sur 7, l’absence de retraites ou d’assurance-maladie et une aumône en cas de chômage. Des conditions d’existence inacceptables pour les 120 millions d’« immigrés de l’intérieur » qui ont fui la misère des campagnes comme pour les masses ouvrières déjà exploitées dans les villes.
La région phare de Guangdong autour de Canton, qui a incorporé en 1997 la très capitaliste ville de HongKong, est dotée depuis 1978 de 3 des 5 « zones économiques spéciales » destinées au retour du capitalisme. Le Guangdong reçoit un tiers des investissements étrangers en Chine et assure 35 % des exportations chinoises, des produits manufacturés pour l’immense majorité. Cette région a pour emblème la ville de Shenzhen, sa Bourse des nouvelles technologies et les millions de migrants intérieurs qui ont abandonné la misère paysanne et les maigres aides auxquelles ils avaient droit uniquement dans leur région d’origine. Ce paradis pour capitaux connaît de plus en plus de grèves contre les conditions ignobles d’exploitation qui avaient été peu contestées après la répression des étudiants à Tienanmen en juin 1989. La nécessité de lutter fait loi et la peur de la police vacille :
Stella International Ltd, une
entreprise de manufacture de chaussures taiwanaise qui emploie 42 000 personnes
à Dongguan et aux alentours, a dû faire face ce printemps à des grèves qui ont
débouché sur des violences. À un moment donné, plus de 500 travailleurs
déchaînés ont mis à sac les installations de l'entreprise et ont sérieusement
blessé un cadre de Stella, ce qui a entraîné l'investissement de l'usine par
des centaines de policiers pour détenir les dirigeants. (Washington Post, 27 novembre 2004)
Le 3 juin 2005 à Xizhou (Guangdong), 3 000 ouvriers grévistes d’une usine textile ont refusé de reprendre le travail pour s’opposer à la réduction de leurs salaires. Ils se sont défendus avec des pierres contre la police et ses gaz lacrymogènes. L’affrontement avec l’appareil militaire et policier de l’État est de plus en plus fréquent. La police défend les patrons et les spéculateurs, qui sont principalement d’anciens directeurs d’usines d’État ou des bureaucrates du parti. Les « réformes » de décentralisation et d’autonomie des régions ont laissé le champ libre aux bureaucrates locaux et la corruption ne cesse de se développer, en ville comme à la campagne :
À Taishi, depuis plusieurs
semaines, s’est développé un mouvement paysan qui a récemment dégénéré en une
violente confrontation avec la police. Grèves de la faim, occupations des
locaux administratifs se sont multipliés pour protester conte les agissements
du chef du village, un certain Chen Jinsheng. Celui-ci est accusé d’avoir
illégalement vendu les terres –propriété d’Etat- à des promoteurs immobiliers. (Le Monde, 13 octobre 2005)
En juillet dernier, des milliers de paysans de Sanshangang (Guangdong), opposés à la confiscation de leurs terres pour un projet industriel, se sont affrontés à des centaines de policiers. Contre la vente, la pollution ou l’expropriation de leurs terres, les centaines de millions de paysans pauvres sont contraints de se défendre face à la prédation des gros propriétaires, des spéculateurs immobiliers et fonciers.
Les travailleurs de la ville de Chizhou s’en sont pris récemment au commissariat et aux voitures de police qui protégeaient un dignitaire d’État venu inaugurer le nouvel hôpital privé de la ville et qui croyait avoir toute liberté pour molester un étudiant en bicyclette.
La semaine dernière, la police a
arrêté 10 personnes après des émeutes de milliers de gens dans la ville de
Chizhou, dans la province de l'Anhui, dans l'est de la Chine. Les violences ont
été provoquées par un propriétaire de voiture qui avait frappé un cycliste pour
avoir égratigné son véhicule. L'incident a pris de l'ampleur quand on a appris
que l'homme était un responsable de la police ou de l'administration locale. (Le Monde, 3 juillet 2005)
Bien que cette vague de grèves ne soit pas de l’ampleur de celle du printemps 1989 durant lequel des manifestations puissantes de soutien aux étudiants eurent lieu dans toutes les grandes villes, les cas de révolte contre l’ordre bureaucratique comme à Chizhou ne sont pas isolés. A chaque fois plus nombreux, des paysans pauvres et des ouvriers s’opposent à l’appareil d’État, à sa police et ses forces armées qui emprisonnent des centaines de « meneurs » et « fauteurs de troubles » chaque année. On peut deviner qu’une partie de la jeunesse ne peut pas supporter le régime policier et se sent solidaire des ouvriers et des paysans. La révolte contre la bureaucratie, sa police et son armée couve à nouveau.
Pour que les révoltes et les grèves ne soient pas sans lendemain, les exploités ont besoin de s’organiser, d’orienter leur combat pour renverser la caste bureaucratique issue du parti stalinien qui leur a volé leur révolution. Ces bureaucrates qui géraient la propriété étatique des moyens de production pour leur propre compte sont aujourd’hui le fer de lance de la restauration du capital. C’est pour cela que le renversement par le prolétariat des héritiers de Mao est le premier pas pour interdire la restauration du capitalisme en Chine, assurer l’indépendance du pays, impulser la révolution dans toute l’Asie.
Les ouvriers et les paysans pauvres chinois ne pourront se passer dans leur combat d’un parti de type bolchevik, internationaliste qui permette l’alliance de tous les exploités chinois contre la restauration du capital en cours d’achèvement, qui permette sa jonction avec le prolétariat japonais ou américain comme avec le prolétariat vietnamien ou indonésien. Seule la section chinoise d’une internationale ouvrière révolutionnaire pourra transformer les révoltes en révolution contre la bureaucratie maoïste et les capitalistes chinois, selon les méthodes prolétariennes et la théorie marxiste.
Défense des acquis ouvriers ! Arrêt des licenciements !
Suppression des zones économiques spéciales et autres enclaves !
Libertés démocratiques : droit de grève, droit de manifester,
droit d’expression, droit de s’organiser !
Renversement de la bureaucratie ! Expropriation de la
néo-bourgeoisie, des groupes capitalistes !
Contrôle ouvrier sur la production ! Élaboration par les
conseils d’un plan de production tournée vers la satisfaction des immenses
besoins des masses !
Organisation de comités d’ouvriers, de paysans pauvres, de soldats, d’étudiants ! Centralisation dans les villes, les provinces, au plan national ! Gouvernement ouvrier et paysan !
1er décembre 2005