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À bas la grande coalition !

 

Des élections anticipées

 

La déroute du SPD aux élections régionales de Rhénanie-du-Nord-Westphalie le 22 mai, a couronné pour le parti au pouvoir depuis 1998 une série ininterrompue de reculs. Schröder a provoqué dans la foulée des élections législatives anticipées qui ont eu lieu le 18 septembre.

Elles se sont traduites par une double défaite, du chancelier social-démocrate sortant et de la candidate du CDU Angela Merkel. Les deux grands partis, la CDU-CSU (l’Union chrétienne-démocrate et sa branche bavaroise l'Union chrétienne-sociale) et le SPD (Parti socialiste) n’obtiennent ni l’un ni l’autre de majorité au Bundestag. Pire, ils reculent tous deux en voix et en sièges. La CDU passe de 38, 5 % en 2002 à 35, 2 % des voix, et les sociaux-démocrates perdent plus de 4 %.

Le SPD enregistre son plus mauvais score depuis 1957. Sa politique a été rejetée par des secteurs importants de la classe ouvrière allemande. Depuis 1998, le gouvernement de coalition social-démocratie et Verts de Schröder avait attaqué les indemnités chômage, démantelé des pans entiers de la sécurité sociale, favorisé l’augmentation du temps de travail et la baisse des salaires. Ces attaques, concentrées dans l’Agenda 2010 et Hartz IV, sont issues de la politique bourgeoise menée par la social-démocratie. Le Linkspartei (Parti de gauche) a atteint 8,7 %.

Quant à la déferlante escomptée des partis bourgeois, elle s’est transformée en déroute : la CDU n’a pas profité du recul du SPD, puisqu’elle perd quasiment autant de voix qu’en 1998, l’année qui mit fin au règne de Kohl. Le gain du Parti libéral FDP, un million de voix en plus, n’a pas suffi à compenser ces pertes. Les Grünen (Verts) ont perdu 0,5 % avec 8,1 %, leurs résultats les plaçant derrière le Linkspartei. Le NPD néofasciste a toutefois  triplé ses voix au niveau fédéral et obtient 1,6 % en axant toute sa campagne contre « Hartz IV » et pour les droits des « travailleurs allemands ». La participation, de 77,7 %, est en recul par rapport à 2002 (79,1 %).

 

La Grande Coalition : Courage et Humanité

 

Après des semaines de tractations, la CDU-CSU et le SPD ont formé une « grande coalition » contre la classe ouvrière, pour poursuivre en l’aggravant la politique d’austérité menée par le SPD. La conservatrice Angela Merkel a été élue chancelière d'Allemagne par les députés du Bundestag, dont ceux du SPD qui se sont levés pour l’applaudir. La moitié des ministères revient au SPD, dont les affaires étrangères, les finances et le travail.

L'accord de coalition conclu le 11 novembre a été immédiatement adopté par les congrès des trois partis, y compris celui du SPD. Le programme de la coalition, titré Ensemble pour l’Allemagne-Courage et humanité, compte faire payer sévèrement la crise du capitalisme allemand à sa classe ouvrière. La TVA va passer en 2007 de 16 à 19 %, hausse que le SPD avait combattue pendant toute la campagne électorale, en la qualifiant alors d’« impôt Merkel ». Un tiers de ce pactole sera destiné à « compenser » une nouvelle diminution des charges sociales des patrons. Pour justifier cette capitulation, le SPD a brandi l’augmentation du taux supérieur d’imposition de 42 % à 45 % pour les particuliers dont les revenus dépassent 250 000 euros. Or, c’est Schröder lui-même qui avait ramené ce taux d’imposition de 54 % à 42 %.

Les aides d’accession à la propriété vont être supprimées et la déductibilité des frais de transport kilométriques pour se rendre à son travail va être fortement limitée. Le contrôle des chômeurs et des ressources patrimoniales ou familiales dont ils pourraient disposer sera accru, fidèlement à Hartz IV, sachant que l’existence de celles-ci réduit automatiquement les droits à indemnisation. Les indemnités que toucheront les jeunes chômeurs tiendront compte des revenus des parents. Il ne reste qu’à attendre les fouilles inopinées chez l’habitant, proposées par le ministre du Travail du gouvernement sortant, le zélé Wolfgang Clement. En revanche, le taux des cotisations patronales pour le financement de l’assurance chômage vont baisser de 1 %. La protection contre les licenciements est remise en cause : pour toute nouvelle embauche, la période d’essai passe de 6 à 24 mois, et les salariés de plus de 52 ans nouvellement embauchés ne bénéficieront plus d’aucune protection contre les licenciements.

Les deux partis de la coalition se sont enfin mis d’accord pour faire passer l’âge de la retraite à 67 ans. Le montant de ces retraites sera gelé pour quatre ans à partir de 2006. Dans la fonction publique, la durée hebdomadaire du travail passe de 40 heures à 41 heures sans compensation salariale.

La coalition a été rendue possible par le but partagé de ses partis d’accentuer les attaques contre le prolétariat, sous prétexte de poursuivre «les réformes». L’offensive patronale peut continuer. Déjà Volkswagen, Siemens et Mercedes ont annoncé des milliers de suppressions d’emplois supplémentaires.

 

La collaboration de classe allemande

 

En Allemagne, au niveau central, aucun parti n’a jamais réussi à rassembler une majorité absolue, sauf la CDU-CSU en 1957. Mais fondamentalement, le SPD ne voit aucun inconvénient à gouverner avec les partis bourgeois, partageant avec eux l’objectif de gérer le système capitaliste. Parmi les coalitions mises en place, c’est le FDP lui-même, le Parti libéral, qui a permis au SPD, de 1969 à 1982, de diriger les gouvernements Willy Brandt et Helmut Schmidt.

C’est la politique anti-ouvrière du gouvernement Schröder qui a préparé la collaboration directe avec les représentants traditionnels de la bourgeoisie (voir «  Le gouvernement SPD-Verts, serviteur zélé du capitalisme, prépare le retour de la CDU », Révolution Socialiste n° 16, mai 2005). La réduction des allocations chômage et la fin de la gratuité des soins avaient déjà été débattues et adoptées en commun avec la CDU-CSU au Bundesrat, la Chambre des Länder, où le SPD n’avait pas de majorité.

Le SPD, constitué à l’origine par le prolétariat allemand, est passé depuis 1914 du côté de la classe dominante. En 1918, il a sauvé le capitalisme allemand de la révolution et fait assassiner par les ancêtres de Hitler les meilleurs dirigeants du prolétariat : Luxemburg et Liebknecht. Les dirigeants successifs de ce parti ouvrier bourgeois essaient depuis lors d'utiliser son influence sur les travailleurs pour préserver le système d'exploitation capitaliste et mieux les trahir. Il agit au compte de la bourgeoisie au sein de la classe ouvrière.

La nature bourgeoise de son programme et de sa politique explique la propension du SPD à gouverner avec les partis capitalistes : Grünen, FDP, CDU. Une coalition avec la CDU lui permettait déjà de participer au gouvernement de trois Länder. Au nom de cette « démocratie de la négociation », la collaboration de classe bat désormais son plein : la social-démocratie peut gérer loyalement le capitalisme au niveau fédéral aux côtés de la démocratie chrétienne. Le nouveau Président du SPD, Platzeck, est l’un des plus grands partisan de l’union nationale avec la bourgeoisie chrétienne. Il dirige déjà le gouvernement du Land du Brandebourg à la tête d’une « grande coalition » régionale SPD-CDU.

Ceux qui ont été présentés pendant les années 1970 et 1980 par les pseudo-trotskystes comme une alternative, les Grünen, peuvent aussi bien s’allier avec la CDU qu’avec le SPD pour obtenir des postes ministériels. Ils le pratiquent avec la CDU et le FDP à Francfort, la ville du ministre des affaires étrangères sortant Joska Fischer.

La collaboration de classe atteint les mêmes sommets au niveau des organisations syndicales, totalement immergées dans la cogestion des entreprises instaurée dans les années 1950 dans le secteur du charbon et de l'acier, par la CDU-CSU : Konrad Adenauer voulait ainsi acheter le consentement des directions syndicales à sa politique de réarmement. La CDU veut aujourd’hui se débarrasser de la lourdeur de la cogestion, confiante dans la soumission des appareils syndicaux. Tout lui donne raison. Tous les chefs syndicaux soutiennent la grande coalition et son programme anti-ouvrier. Jürgen Peters dirigeant du syndicat des métallurgistes IG Metall, représentant de « l’aile revendicatrice » et grand organisateur de la trahison de la grève des métallurgistes de l’est en 2003, se gargarise :

Nous avons forcé les partis à respecter davantage les intérêts des salariés. Avec ce revirement, le SPD a pu regagner du terrain (...) Et je pense qu’Angela Merkel a remarqué qu’une politique néolibérale n’est pas enracinée au sein du peuple !

Cette convergence s’explique aisément. La direction du DGB, comme le SPD, a pour fonction d’empêcher la mobilisation de la classe ouvrière face à la précarisation du prolétariat et aux attaques contre les acquis nécessaires à la bourgeoisie allemande.

 

Le Linkspartei, alliance entre le PDS…

 

Le « Parti de gauche » a obtenu 4,1 millions de voix et 54 députés. À l’Est, il atteint 25,3% et devient le deuxième parti derrière le SPD. Il progresse de plus de 2,1 millions de votes par rapport aux résultats précédents de ses deux composantes.

Les listes qui se sont présentées sous l’étiquette du Linkspartei sont issues d’un regroupement électoraliste entre une association, la WASG (Wahlalternative Arbeit und soziale Gerechtigkeit, Alternative électorale pour le travail et la justice sociale), et le PDS (Parti du socialisme démocratique), issu de l’ancien parti stalinien SED au pouvoir en Allemagne de l’Est de 1945 à 1989.

Des deux composantes, la principale est le PDS. C’est lui le véritable vainqueur et son appareil domine nettement la nouvelle fraction parlementaire (42 députés sur 54).

Déjà aux élections régionales, dans le Brandebourg et en Saxe, il s’était établi à lui tout seul comme deuxième force politique. Le PDS a réussi à conserver une base électorale dans les«nouveaux Länder» : sur les 70000 membres qu’il revendique aujourd’hui, seulement 4000 sont à l’Ouest. C’est lors des législatives de 2002, avec 4 % des voix, qu’il disparaît quasiment du Bundestag, avec seulement deux députés venus de Berlin-Est.

En quinze ans, il a modifié de congrès en congrès ses références, abandonnant sa référence formelle au marxisme  et au léninisme qui servait à camoufler l’usurpation du pouvoir ouvrier par la bureaucratie privilégiée dépendante du Kremlin, pour adopter ouvertement un programme de «solidarité», de «justice» et de «démocratie». Son objectif est la gestion humanisée du système capitaliste, surtout pas sa chute. Gysi, le chef du parti, s’est entêté depuis les années 1990 à interpréter la « socialisation des moyens de production » comme « justice sociale » :

J'entends par socialisation qu'on discute de l'ampleur de ce que possèdent les propriétaires des moyens de production et de l'utilisation des profits. Le propriétaire doit garder assez de pouvoirs pour retirer son profit.  (Der Spiegel, 2 juillet 2001).

Comme le SPD, les anciens staliniens du PDS en reconversion défendent l'ordre du capitalisme allemand. Comme le SPD, il est partisan de limiter l’immigration des travailleurs. Il s’est volontiers allié avec le SPD pour gérer docilement les affaires capitalistes de deux Länder de l’Est du pays, Berlin et le Mecklembourg-Poméranie occidentale, où il cautionne les coupes claires dans les budgets sociaux et les services publics. Il a montré jusqu’où il irait pour obtenir ou garder des sièges gouvernementaux avec la baisse de 10 % des  salaires pour les travailleurs des transports et des jardins d’enfants.

 

…et la « gauche » du SPD

 

La WASG est la seconde composante du Parti de gauche, elle provient du SPD. Devant les résultats électoraux calamiteux de Schröder, les bureaucrates syndicaux, essentiellement d’IG Metall et de Ver.Di, et les altermondialistes d’ATTAC Allemagne, ont voulu poursuivre sur le plan parlementaire, leur contrôle des mobilisations contre la loi « Hartz IV ». La Wahlalternative Arbeit und soziale Gerechtigkeit est née en été 2004 de deux courants issus de la social-démocratie : Wahlalternative et Initiative Arbeit und soziale Gerechtigkeit.

La Wahlalternative 2006 (Alternative électorale 2006) est issue de « dissidents » restés longtemps au SPD, qui, en 1999, après les premières mesures d'austérité « Rouge-Vert », sont passés au PDS. Attachés à « la lutte parlementaire », ils l’ont ensuite quitté après ses maigres résultats au Bundestag en 2002. L’Alternative électorale 2006 prend ses recommandations économiques auprès d’économistes  d’ATTAC, issus également du SPD.

Le deuxième courant est l’ASG (Initiative travail et justice sociale), dominée par la bureaucratie syndicale.

Les deux courants ont fait entendre qu'une rupture avec le SPD ne signifiait pas pour eux une coupure avec la social-démocratie. Voilà ce qui a facilité leur fusion dans la WASG : il s’agit d’attirer les travailleurs que répugne la politique du SPD, puisque la coupure par rapport aux directions politiques traditionnelles représente « un danger pour la stabilité de notre démocratie » (appel ASG de juin 2004). La WASG compte retrouver son bon parti réformiste à force de petites pressions.

Le « programme de fondation » de la WASG exprime clairement qu’il n’est pas question d'éliminer le système capitaliste.

Nous nous prononçons pour une démocratisation de l'économie, le développement des droits de cogestion et de participation des employés et de leurs syndicats dans les entreprises. Le pouvoir du capital doit être limité. (…) Nous tenons aux principes de l'État social, comme notre constitution l’a fixé. Par conséquent, nous ne nous opposons pas à des réformes.

La défense de «l’État social» des années 1960 et 1970, vise à faire oublier que le SPD était déjà depuis bien longtemps un gérant loyal du capitalisme. Ce prétendu « Etat social » n’était que la conciliation des intérêts du capital et du travail resservie aux ouvriers  pour les désarmer devant leur ennemi, la classe capitaliste de plus en plus avide. La WASG déclare ouvertement :

Il ne s'agit pas aujourd'hui de « réforme ou révolution », mais d'une réforme sociale ou d'une nouvelle avancée de la réaction néolibérale.

«Réforme ou révolution» est une dénonciation implicite de la brochure de Rosa Luxemburg de 1899, Réforme sociale ou révolution, avec laquelle la grande révolutionnaire avait inauguré la lutte contre le réformisme qui menaçait le SPD et qui a fini par l’emporter.

 

Pour une meilleure social-démocratie

 

C’est la décision de dissolution anticipée du Parlement qui a précipité la conclusion d’une alliance entre les deux formations du Linkspartei. En se présentant séparément, aucune n’aurait atteint la barre des 5 %, nécessaire pour entrer au Bundestag. C’est aussi l’annonce des nouvelles élections qui a décidé Oskar Lafontaine, ministre-président de la Sarre de 1985 à 1998, président du SPD en 1995 et 1999, ministre des Finances dans le gouvernement de Schröder en 1998 à démissionner du SPD, à devenir la tête de liste de la WASG et à conclure l’affaire.

Ce Fabius allemand se démarque aujourd’hui, par nécessité, de Schröder et la loi Hartz IV. Or, en juillet 1998, il déclarait au journal Bild :

Nous veillerons comme en Angleterre  à ce que le paiement d'une aide sociale soit conditionné à des règles strictes ! Tout travail proposé doit être accepté. Sinon, l’aide sociale sera réduite.

« Hartz IV ! », se seraient écriés les ouvriers de Berlin. Avec son train de vie de grand bourgeois et son scandaleux discours contre  les « travailleurs étrangers » en juin 2005, Lafontaine, en prétendant couper l’herbe sous le pied du NPD néonazi, fait son lit et pousse jusqu’au bout sa politique de division des rangs ouvriers, au service du capitalisme :

L'État est obligé de faire que les pères de famille et les femmes soient au chômage, parce que des travailleurs immigrés leur enlèvent  des emplois pour de bas salaires.

Par ses origines autant que par ses dirigeants et son programme, le Parti de gauche est une nouvelle alliance réformiste et parlementaire, née pour contenir la mobilisation de la classe ouvrière et faire barrage à la construction d’un parti révolutionnaire, dans la tradition de Marx et Engels, de Luxemburg et Liebknecht. Le caractère du Parti de gauche est avant tout une combinaison électorale. Aux élections de Rhénanie-Westphalie, le SPD et la WASG s’étaient encore présentés l’un contre l’autre, dans deux listes séparées. La fusion des deux courants dans un véritable parti n’est pas prévue avant 2 ans.

Il a fallu deux mois aux deux directions pour faire accepter la fusion électorale à leurs bases respectives. Comme la loi n’autorise pas les coalitions de partis à présenter des candidats, et que la WASG ne voulait pas figurer sur des listes intitulées PDS, le PDS a changé de nom, devenant en juillet le Parti de gauche. Mais dans les Länder de l’Est du pays, les listes du Parti de gauche ont continué à accoler l’étiquette PDS à leur nom.

WASG et PDS envisagent désormais de se présenter ensemble aux élections régionales qui vont avoir lieu, en mars prochain, dans le Bade-Wurtemberg, en Rhénanie-Palatinat et en Saxe-Anhalt, ainsi qu’à Berlin en octobre. Des batailles d’appareils et de personnes sont déjà à l’œuvre pour se partager le bénéfice électoral.

A partir de la grève Opel de Bochum, le PDS et la WASG qui marchaient encore séparément, se sont trouvés sur une ligne commune : la propagande pour une « solution parlementaire » aux « questions sociales ». Le regroupement entre le PDS et la WASG sert, face au discrédit du parti ouvrier traditionnel au pouvoir, à canaliser dans l’arène parlementaire le mécontentement ouvrier et à briser toute mobilisation des masses. Afin d’interdire qu’elles débordent les appareils SPD et DGB et menacent le capitalisme, les deux composantes du Linkspartei participent à la mascarade des batailles électorales et de la « protestation violente des bancs de l'opposition ».

Les mobilisations spontanées du lundi contre Hartz IV ou la grève sauvage d’Opel-Bochum ont montré que la spontanéité des masses ne suffit pas, il est urgent d’arracher la classe ouvrière à l'influence de ses vieilles directions traîtres. Au contraire, la WASG et le PDS ont agi dans le but explicite de faire pression sur le SPD, pour adoucir les excès du « néolibéralisme » et offrir à Oskar Lafontaine une tribune à sa propagande social-démocrate. Aux côtés de Gregor Gysi, il ne cesse de répéter qu’avec un SPD modifié, cette alliance de gauche pourrait dans quelques années gouverner au niveau fédéral.

 

Les centristes s’en mêlent

 

Les organisations centristes, depuis l'apparition de la Wahlalternative 2006 et de l’ASG ont alimenté les illusions quant à un nouveau « parti ouvrier » soi-disant issu des mobilisations du lundi contre Hartz IV. Elles ont une nouvelle fois prêté main forte aux ex-staliniens qui les contrôlaient. Le PDS avait déjà pu bénéficier du soutien de  l’ancien responsable de l’organisation soeur de la LCR, la section allemande du « Secrétariat unifié de la Quatrième internationale », Winfried Wolf, élu au Bundestag sur les listes du PDS de 1994 à 2002.

La plus rapide de ces organisations a été Linksruck, adhérent de la « Tendance socialiste internationale » (dont les partisans français, SPEB, ont rejoint la LCR). Les cliffistes incarnent, malgré une référence formelle au trotskysme, le révisionnisme classique de la social-démocratie allemande : « Le mouvement est tout, le but n’est rien ». La direction de Linksruck, qui avait reconnu successivement dans ATTAC, puis dans les Forums sociaux, un nouvel acteur « anticapitaliste », s’est jetée éperdument dans la WASG. Linksruck a concentré toute son agitation sur le caractère « progressiste » de la nouvelle formation social-démocrate, appelant à y participer et à la construire.

L'organisation SAV qui adhère au « Comité pour l’internationale ouvrière » (la GR en France), n’a pu se soustraire non plus à l'aspiration de la WASG. Sa direction internationale est issue de la fraction Militant qui a travaillé des décennies durant dans le Parti travailliste et en a conservé le programme traditionnel (une récente preuve est le soutien du Socialist party anglais à l’accord que viennent de signer les chefs syndicaux pour faire passer la retraite des nouveaux fonctionnaires à 65 ans). Dans une interview, Sascha Stanicic, porte-parole du SAV, a déclaré lors d’une réunion avec des membres de la WASG :

La WASG s'est construite comme mouvement de rassemblement conscient de positions anticapitalistes et socialistes. Celles-ci ne sont certes pas momentanément exprimées dans le programme du parti, mais je suis sûr qu'il y a un grand besoin chez les membres de base de la WASG de se demander si les réformes demandées peuvent être atteintes de façon réelle et durable dans le cadre d'une économie de marché capitaliste.

 

Pas de nouveau parti social-démocrate, un parti ouvrier internationaliste et révolutionnaire !

 

Comme toute l’histoire du 20e siècle, en Allemagne et en bien d’autres pays, l’a montré, les élections parlementaires, la démocratie bourgeoise ne peuvent servir de terrain de lutte pour la classe ouvrière et surtout pas permettre un accès au pouvoir de la classe qui crée toutes les richesses sociales.

Les prochaines attaques – les plans de licenciements, l'intensification de Hartz IV, la destruction de la santé publique et de l’éducation, les attaques sur les salaires et les retraites, le fardeau fiscal sur les travailleurs- ne peuvent pas être repoussées au Bundestag. Elles ne peuvent être mises en échec que dans les entreprises et dans la rue.

Jamais le SPD, ni le Parti de gauche ne se sont prononcés ou ne se prononceront d’eux-mêmes pour combattre les plans de la CDU. Seule la classe ouvrière devra les forcer à rompre avec la bourgeoisie et construira dans le même temps l’instrument nécessaire à la satisfaction de ses revendications.

Mais aucune d’entre elles ne peut être satisfaite dans le cadre du capitalisme. Les ouvriers, les employés et les techniciens– qu’ils soient d’origine immigrée ou allemande -, les chômeurs, les jeunes ont besoin d’un parti qui organise la lutte contre le capitalisme et sa classe dominante. Ce parti ne peut pas être le SPD, vendu depuis 1914 à la bourgeoisie, ni sa variante le Linkspartei, pare-feu de la mobilisation ouvrière et gestionnaire loyal du capitalisme. Il est urgent, pour affronter et vaincre la bourgeoisie, pour en finir avec le capitalisme, de construire un parti ouvrier révolutionnaire.

À bas la « grande coalition » ! Rupture de toutes les organisations ouvrières avec la bourgeoisie et le gouvernement à son service !

 

Unité de toutes les organisations ouvrières (DGB, SPD, WASG, PDS...) contre les mesures du capital et les plans du gouvernement, pour les revendications !

Formation de conseils ouvriers ! Gouvernement ouvrier !

8 décembre 2005