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La lutte des classes en France

Chirac, Villepin et Sarkozy facilitent les licenciements, baissent les impôts des nantis, chassent les mal-logés, raflent les sans-papiers, mais le PS et le PCF veulent laisser sévir ces ennemis des travailleurs jusqu’en 2007

 

 

Les réformistes du Oui et les réformistes du Non d’accord pour laisser Chirac attaquer la classe ouvrière durant deux ans de plus

 

Chirac a reçu une gifle politique le 29 mai, quand le référendum qu’il avait lancé pour faire adopter le projet de traité constitutionnel de l’Union européenne a capoté avec plus de 54 % de Non. Le PCF et ses divers satellites ont alors proclamé que cette élection était une victoire pour les travailleurs, en s’illusionnant sur l’importance des urnes.

Nous avons refait de la politique la propriété du peuple ! Oui, le 29 mai dernier, le peuple a pris la main ! Vous avez pris la parole, gardez-la ! (Marie-George Buffet, Discours à la fête de L’Humanité, 11 septembre 2005)

Le « peuple » peut bien « garder la parole », il n’a pas le pouvoir. En fait, ce sont surtout la secrétaire nationale du PCF et les dirigeants du PS qui bavardent en son nom pendant que Chirac gouverne. La décision politique est restée aux mains de la bourgeoisie.

La frontière de classe ne passait pas entre le Oui et le Non. Comme l’abstention importante et comme le vote Oui, le vote Non était un mélange de votes d’ouvriers et d’employés avec ceux de petits-bourgeois et de bourgeois. Il mêlait aspirations à chasser Chirac et relents de chauvinisme à l’encontre des Polonais et des Turcs, il amalgamait les électorats des partis ouvriers (PS, PCF, LCR et LO) et les électorats de partis bourgeois (MDC, CPNT, MPF, FN et MNR). Or, les partis « souverainistes », nationalistes et xénophobes ont obtenu entre 16 et 30 % des suffrages lors de trois précédents scrutins.

La victoire du Non n’ouvrait aucune perspective à la classe ouvrière et le référendum n’a été suivi d’aucune explosion sociale. Les partis réformistes, qu’ils aient appelé à voter Non ou à voter Oui en 2005, se sont trouvés en accord pour que Chirac puisse continuer à présider. Ceux qui prétendaient que la constitution européenne de Giscard allait améliorer le sort des travailleurs (la fraction majoritaire du PS) comme ceux qui faisaient croire que les attaques contre les travailleurs proviennent de l’Union européenne (les fractions minoritaires du PS et le PCF), veulent tous faire patienter la classe ouvrière et la jeunesse jusqu’en 2007.

Invité du journal de TF1, lundi 30 mai, au lendemain de la victoire du Non, Laurent Fabius n'a demandé ni démission de Jacques Chirac, ni dissolution. (Le Monde, 31 mai)

Nos gouvernants doivent se soumettre à ce choix… (déclaration de Marie-George Buffet, 29 mai)

Il y aura un changement de gouvernement… Il poursuivra la même politique. (déclaration de François Hollande, 29 mai)

Grâce à cet appui et à l’attitude tout aussi bienveillante de l’ensemble des chefs syndicaux, la 5e République bourgeoise a fonctionné sans accroc. Le Président de la République a poursuivi tranquillement son mandat et a désigné un nouveau gouvernement à sa botte. Le Premier ministre de Chirac a aussitôt annoncé la couleur avec son discours de politique générale, le 8 juin, devant l’Assemblée nationale : poursuite des privatisations, flexibilité des emplois, pressions sur les demandeurs d’emploi, accroissement des expulsions d’immigrés, etc.

Les dirigeants des confédérations syndicales avaient fait pour leur part allégeance au nouveau gouvernement de Jacques Chirac en se rendant dès le 6 juin à la convocation de Dominique Galouzeau de Villepin.

Ce Non franc et massif de la population doit être entendu. (SUD PTT, 8 juin)

Force Ouvrière a présenté lundi 6 juin, sans a priori, au Premier ministre ses analyses et revendications. (communiqué FO, 9 juin)

Nous ne sommes pas partisans du tout ou rien. Nous sommes prêts à faire des propositions. Les ministres Jean Louis Borloo et Gérard Larcher nous ont conviés à des discussions. Nous nous y rendrons en essayant de faire avancer les choses… (Jean-Christophe Le Digou, CGT, 21 juin)

Le comble du ridicule est atteint par la direction de la principale fédération de l’enseignement public qui, après s’être précipitée le 8 juin chez le nouveau ministre de l’éducation, le très clérical Gilles de Robien, regrette amèrement qu’un gouvernement mis sur pied pour s’en prendre aux travailleuses… ne comprenne pas plus de bourgeoises :

La FSU déplore que le nouveau gouvernement ne se soit pas appliqué à lui-même la loi sur la parité votée le 6 juin 2000. (FSU, 14 juin)

Ayant bénéficié une nouvelle fois de l’aide du parti social-démocrate, du parti ex-stalinien et des bureaucraties syndicales, les mêmes qui avaient appelé à voter pour Chirac en 2002 et qui avaient empêché la grève générale contre sa politique en 1995 et en 2003, le gouvernement Chirac-Villepin-Sarkozy a pu employer ses cent premiers jours au compte de sa classe.

 

100 jours contre les droits des salariés et des chômeurs

 

Le nouveau gouvernement de Chirac concocte de nouvelles mesures contre le droit à la santé : rapport de la Cour des comptes sur la Sécurité sociale, rapport commandé par la gouvernement sur la chirurgie pour justifier la fermeture des hôpitaux des petites villes, projet d’une nouvelle liste de médicaments déremboursés…

Le gouvernement s’en est pris immédiatement aux travailleurs que le capital rejette de la production. En juin 2005, seuls 49,5 % des demandeurs d'emplois étaient indemnisés. Mais c’est encore trop pour les capitalistes et leurs représentants politiques. Dominique Goulouzeau de Villepin a exigé un contrôle accru des demandeurs d’emploi estimant qu’il fallait, dans la lutte contre le chômage, que «la responsabilité joue dans les deux sens ». Il faut comprendre que le prolétaire se fait d’abord  gifler par le patronat qui licencie, puis il doit humblement se tourner pour se faire botter le derrière par le pouvoir qui trouve qu’il s’enrichit à ne rien faire.

Le décret Borloo a été adopté le 2 août par le conseil des ministres :

Le décret modifiant le régime actuel d'accompagnement et de sanctions des chômeurs a été publié vendredi 5 août au Journal Officiel. Le texte introduit une nouvelle gradation dans la suspension des allocations en fonction de la gravité d'un manquement constaté dans la recherche d'un emploi. Ces nouvelles dispositions, au moment de leur présentation aux partenaires sociaux le 21 juillet, n'avaient pas soulevé de levée de boucliers parmi les syndicats, dont les avis semblaient très partagés. (Le Nouvel Observateur, 5 août 2005)

Le gouvernement a poursuivi le remodelage du droit du travail au compte des exploiteurs. Le 2 août, le conseil des ministres a adopté les ordonnances du « plan d’urgence pour l’emploi » annoncé le 8 juin à l’Assemblée. Elles mettent en place le « contrat nouvelles embauches » qui étend la « période d’essai » à deux ans.

Réservé aux entreprises jusqu’à 20 salariés, le « contrat nouvel embauche » ne s’embarrasse pas de fioritures : il peut être rompu par l’employeur à tout moment pendant deux ans, sans justification. Exit, donc, la « cause réelle et sérieuse » de licenciement, pilier de notre droit du travail. Exit aussi la protection du salarié en CDD ou intérimaire contre toute rupture avant le terme du contrat. Le coup porté au Code du travail est de taille. (Liaisons Sociales, septembre 2005)

Les travailleurs sous contrat nouvelle embauche s’ajouteront aux millions de précaires : plus d’un million de contrats à durée déterminée dans les entreprises, presque 500 000 CDD dans les administrations, presque 500 000 intérimaires, sans compter la majorité des 4 millions de temps partiels (presque tous des femmes).

Le Medef a estimé que le contrat nouvelles embauches était une opportunité supplémentaire et suggéré qu’il soit étendu à l’ensemble des entreprises. (Le Monde, 2 août 2005)

Une autre ordonnance du 2 août relève du trucage pur et simple au service des patrons. Elle exclut les jeunes de moins de 26 ans du calcul de l’effectif qui détermine des obligations financières de l’entreprise (aide au logement, prime au transport…) ou la possibilité de représentants du personnel (délégués du personnel à partir de 11 salariés, comité d’entreprise et délégués syndicaux à partir de 50 salariés).

Les sénateurs, le 14 juin, et les députés, le 16 juin, ont voté pour le travail des apprentis de moins de 18 ans les dimanches et les jours fériés.

Toutes ces attaques ne sont pas dictées par la Commission européenne, mais viennent de la présidence française, du gouvernement français, du parlement français. Elles sont inévitables de la part de l’État bourgeois et des gouvernements capitalistes.

 

Les enfants des prolétaires livrés à l’armée

 

Non seulement le gouvernement Chirac-Villepin-Sarkozy-Borloo finance l’Église catholique pour embrigader une partie de la jeunesse et développe l’apprentissage patronal, mais il remet à l’armée la « formation » de milliers de jeunes. Une ordonnance du 2 août 2005 crée pour cela le « contrat de volontariat pour l'insertion » que les dirigeants de LO réduisent à la manipulation du niveau officiel de chômage :

Cette formation fera sortir ces jeunes des statistiques du chômage et c’est l’essentiel pour Villepin. Quant à savoir ce qu’elle leur apportera… (Lutte Ouvrière, 9 septembre 2005)

LO minimise cette tentative de livrer les jeunes aux militaires pour la même raison qu’elle refuse de constituer une organisation de jeunes, qu’elle avait soutenu les manifestations de gendarmes et de policiers en 2001 (voir Révolution Socialiste n° 2) ou qu’elle avait quémandé à Chirac une loi contre le foulard musulman en 2003 (voir Révolution Socialiste n° 11-12) : LO ne vise pas à préparer la révolution, à détruire par l’insurrection l’État bourgeois, ce rempart des rapports d’exploitation capitalistes, mais à vivre sous son aile.

Comme l’État est né du besoin de réfréner des oppositions de classes, il est, en règle générale, l’État de la classe la plus puissante, de celle qui domine au point de vue économique et qui, grâce à lui, devient aussi la classe politiquement dominante et acquiert ainsi de nouveaux moyens pour mater et exploiter la classe opprimée. (Engels, L’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État, 1884)

Avant tout, le gouvernement Chirac-Villepin-Sarkozy veut mettre au pas les jeunes que le capital marginalise, relègue et exclut. Si Villepin substitue les gradés aux professeurs, s’il préfère la caserne à l’école, ce n’est pas tant pour améliorer ses statistiques que pour mater la classe opprimée.

La croissance ininterrompue du militarisme bourgeois augmente également les souffrances des jeunes ouvriers et des paysans, profondément opprimés pendant leur séjour à la caserne… (Internationale communiste, Résolution sur l’internationale des jeunesses communistes, 1922)

Tout gouvernement bourgeois veut inculquer la résignation, l’obéissance et la crainte à la jeunesse qui est si prompte à se révolter.

 

Répression envers tous ceux qui défient le despotisme patronal et l’ordre capitaliste

 

Le 6 janvier, le gouvernement avait organisé une grande opération policière à la porte des lycées professionnels et des lycées d’enseignement général (voir Révolution Socialiste n° 15). Au printemps, confronté à la révolte contre le projet Fillon de diminution du droit à l’enseignement, le gouvernement UMP a toléré —sinon encouragé— les agressions de voyous contre les manifestations de lycéens, puis envoyé ses CRS et ses policiers les réprimer violemment (voir Révolution Socialiste n° 16). Il a depuis inculpé et poursuivi des dizaines de lycéens devant les tribunaux correctionnels au Mans, à Angers, à Lyon, à Bayonne, à Paris. Par exemple, Samuel Morville a été condamné le 1er juin à 500 euros d’amende et à 5 mois de prison avec sursis. Ce n’est pas fini :

Des procès sont à venir pour septembre et octobre 2005 au Mans, à Taverny, Cergy Pontoise, Paris. (L’Émancipation Syndicaliste et Pédagogique, août 2005)

Les organisations syndicales de professeurs (SNES-FSU, SE-UNSA…) qui avaient concouru activement à la préparation de la loi Fillon (en participant au « grand débat sur l’école » et aux « consultations » du ministre), ont par contre mesuré chichement leur soutien aux élèves confrontés à l’appareil répressif d’Etat, ainsi qu’aux enseignants qui s’étaient mobilisés à leurs côtés malgré l’isolement organisé par les mêmes appareils :

Notre collègue David Prévot est poursuivi en justice pour sa participation à l’occupation de l’annexe du Ministère de l’éducation nationale le 20 avril, aux côtés des lycéens/nes mobilisés/ées contre la loi Fillon… (L’Émancipation, août 2005)

Officiellement, le droit du travail protège certains militants syndicaux. Pour licencier ceux qui sont représentants du personnel, l’employeur doit demander l’autorisation à l’administration du travail. Ces demandes ont augmenté de 20 % entre 2001 et 2003 :

Entre 2001 et 2003, les demandes de licenciement de représentants du personnel présentées aux inspecteurs du travail par les employeurs sont reparties à la hausse, parallèlement à la hausse générale des licenciements liée au ralentissement de la conjoncture économique. Le motif le plus souvent invoqué est le motif économique. Un peu plus de 85 % de ces demandes donnent lieu à une autorisation… (Premières Informations et Premières Synthèses, septembre 2005)

Au nom de la lutte contre le terrorisme, le gouvernement Chirac-Villepin-Sarkozy prépare de nouvelles mesures. Le nouveau projet de loi Sarkozy comprend la prolongation de la garde à vue à 6 jours, l’accroissement de la surveillance d’Internet et du téléphone, la systématisation de la vidéo-surveillance. Ce genre de mesures sert toujours contre les révolutionnaires et les travailleurs en lutte. Par exemple, le « groupe d’intervention de la police nationale » était prévu officiellement contre la grande criminalité. Il sert aujourd’hui contre les grévistes.

Le 26 mai, un commando du GIPN armé et cagoulé, est intervenu contre des grévistes du centre de tri de Bègles-Bordeaux, en prétextant une « séquestration avec violences ». Le gouvernement entend briser toute résistance à la privatisation de La Poste et à ses conséquences sur les statuts et les conditions de travail des postiers. 14 d’entre eux ont été sanctionnés par leur employeur. Plusieurs fonctionnaires ont été suspendus un an et le contractuel a été licencié, sans présumer des poursuites pénales, analogues à celles des lycéens.

Nathalie Ménigon, Georges Cipriani et Jean-Marc Rouillan croupissent en prison depuis 1987, Régis Schleicher depuis 1984. Ils étaient membres du groupe Action directe qui avait assassiné en 1986 Besse, le PDG de Renault, et en 1985 Audran, l’Inspecteur général de l’armement. Les marxistes désapprouvent depuis toujours les attentats de ce type, non parce que leurs auteurs ont pris les armes, mais parce qu’ils agissent à la place du prolétariat et contre des individus.

L’État bourgeois refuse leur libération, même pour raison de santé, alors que Ménigon est hémiplégique, que Rouillan est atteint d’un cancer et que Cipriani a été rendu fou par l’incarcération. Par contre, un loyal serviteur de l’État bourgeois, sous Pétain comme sous De Gaulle, a, lui, bénéficié d’une suspension de peine pour raison médicale, après l’élection de Chirac. Entre 1942 et 1944, Maurice Papon avait expédié 1 560 Juifs vers Auschwitz comme secrétaire général de la préfecture de Bordeaux ; le 17 octobre 1961, il a fait tuer par la police de la République des centaines d’Algériens, en tant que préfet de police de Paris (voir Révolution Socialiste n° 15).

 

La cible préférée de Le Pen, de Villiers, Chirac, Villepin et Sarkozy : les immigrés et leurs descendants

 

La bourgeoisie française n’est pas moins avide ni brutale que la bourgeoisie américaine, à l’égard des pays dominés comme envers sa propre population, singulièrement sa composante noire ou arabe. Seule l’échelle les différencie : quand les Etats-Unis occupent l’Irak, la France se contente de la Côte d’Ivoire ; quand l’État américain parque et déporte des milliers de pauvres de la Louisiane au lieu de les secourir, l’État français expulse brutalement des dizaines de mal-logés sous prétexte que leurs logements sont insalubres.

Le 8 juin, lors de sa déclaration de politique générale, puis le 10 juin, à l’occasion de la mis en place du Comité interministériel de contrôle de l’immigration, Villepin a annoncé rendre encore plus difficiles les conditions de séjour des étrangers (pauvres) en France et vouloir multiplier par deux les expulsions.

Le 20 juin, à la suite du meurtre d’un habitant à La Courneuve, le ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy déclare qu’il faut « nettoyer la Cité des 4 000 au karcher ». L’élu de Neuilly voit l’ennemi dans les cités où s’entassent les chômeurs et les travailleurs pauvres, car il est l’incarnation politique du capital qui, non content de les exploiter et les précariser, les relègue dans les ghettos du « modèle social français ».

Le 26 août, quand un incendie éclate dans un foyer d’hébergement « provisoire » —où des travailleurs d’origine africaine vivent depuis des années à cause de Chirac, de la majorité parlementaire UMP et de la mairie PS-PCF-Verts de Paris— le gouvernement Chirac-Villepin-Sarkozy en tire prétexte pour multiplier les évacuations des squats et expulser leurs habitants misérables qui sont sans papiers.

La police évacue un troisième squat parisien. Quelque 25 personnes d’origine africaine ont été évacuées par la police d’un squat au 21, rue du Maroc, dans le 19e arrondissement de Paris… Trois jours auparavant, le ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy, avait indiqué sa volonté de fermer tous les bâtiments insalubres de Paris, à la suite de deux incendies qui avaient tué 24 personnes, dont 18 enfants. (Le Monde, 17 septembre 2005)

S’y ajoutent de véritables rafles dans les quartiers les plus pauvres de la capitale. Le 29 juillet, le gouvernement avait fait paraître deux décrets pour restreindre l’aide médicale de l’État (AME) qui permettait aux étrangers vivant en France, mais en situation irrégulière, de bénéficier d’un minimum de soins :

« Cela va complexifier les choses pour les demandeurs d’AME, qui sont des personnes dans une très grande précarité, qui souvent n’ont pas de logement », explique Françoise Jeanson, présidente de Médecins du monde. « Ils risquent de repousser les soins ou d’y renoncer », ajoute-t-elle. (L’Humanité, 1er août 2005)

Dans un entretien publié dans le Figaro-Magazine, le 17 septembre, le ministre français d'outre-mer François Baroin a estimé «qu'il faudrait envisager la remise en question du droit du sol pour l'accession à la nationalité française dans certaines collectivités d'outre-mer». Cela reviendrait à rendre expulsables encore plus d’enfants et de jeunes nés en France de parents étrangers ou ayant vécu en territoire français.

Quant à Sarkozy, il s’est adressé aux préfets, le 9 septembre, en ces termes :

La lutte contre l'immigration irrégulière doit constituer le deuxième axe majeur de votre action. Lors de notre dernière rencontre, je vous ai fixé des objectifs chiffrés, en vous demandant de procéder, au minimum, à 23 000 éloignements d'étrangers en situation irrégulière cette année. Je constate qu'à la fin du mois d'août, 12 849 étrangers avaient fait l'objet d'une mesure effective d'éloignement : sur huit mois, 56 % des objectifs ont été atteints. Il vous reste donc cinq mois pour accentuer l’effort… Je vous demande de savoir résister aux pressions de tels ou tels « collectifs » ou « coordinations », qui ne représentent qu'eux-mêmes… Je sais que l'efficacité accrue de l'OFPRA et de la Commission des recours a pour effet d'augmenter le nombre des déboutés du droit d'asile et de leurs familles, qui pourrait atteindre plusieurs dizaines de milliers dans les mois à venir. Là encore, je ne peux que vous inviter à la stricte application de la loi : les déboutés n'ont pas droit au séjour…

Si Sarkozy se permet de traiter par-dessus la jambe les « collectifs » qui se constituent pour défendre les travailleurs et les enfants auxquels l’État refuse le droit de séjour, la responsabilité en incombe aux grandes organisations ouvrières (PS, PCF, CGT, FO, FSU, etc.) qui désertent la défense des opprimés et spécialement des ouvriers les plus exploités et les plus persécutés. Il faut dire que PS et le PCF, quand ils sont au pouvoir (1944-1947, 1981-1986, 1997-2002), mènent aussi une « politique de l’immigration » : ils restreignent l’entrée des travailleurs étrangers et des réfugiés.

Quand ils sont dans « l’opposition parlementaire », ils laissent de fait les travailleurs immigrés aux mains de l’État bourgeois ou de l’Église catholique. Les dirigeants du mouvement ouvrier domestiqué se justifient en accusant la population française, inclus le prolétariat. Leur syllogisme est le suivant : Sarkozy veut devenir président, pour cela il flatte l’électorat. La conclusion est que le peuple est naturellement xénophobe, voire raciste.

Que devient l’État de droit lorsque, pour faire du chiffre et flatter la xénophobie d’une partie de l’électorat, est créée une police spéciale pour traquer les sans papiers et multiplier les expulsions ?... Une autre politique de l’immigration est indispensable… Nous demandons au gouvernement de cesser d’instrumentaliser l’immigration à des fins électorales et de prendre enfin en compte la réalité de la situation de l’immigration et des sans papiers aujourd’hui en France. Nous voulons l’ouverture d’un vrai débat national pour une autre politique de l’immigration basée sur les droits de l’Homme. (Appel à la manifestation du 3 juin de la LCR, du PCF, de la CGT, de la FSU, de SUD-Education…)

Le PCF et son ombre portée, la LCR, agissent la main dans la main avec les représentants des clergés chrétiens pour étouffer toute lutte de classe au sein des collectifs de sans-papiers, de Droit au logement, etc. et faire accepter les taudis et la sélection des sans-papiers par les préfectures. Ces réformistes offrent leur collaboration à Chirac, Sarkozy et Villepin (« tables rondes », « vrai débat national » pour « une autre politique de l’immigration »…), tout en accusant « l’électorat », c’est-à-dire la population.

Pourtant, de simples travailleurs manifestent parfois plus d’instinct que les faux communistes :

Un lycéen évite l’expulsion au Cameroun. Guy Effeye vit en France depuis 5 ans et était scolarisé au lycée Jacques Feyder d’Epinay-sur-Seine. Ses camarades et des enseignants avaient protesté dès vendredi, face à l’imminence de son expulsion. Dimanche soir, destination Douala, de gré ou de force. Mais c’était compter sans la mobilisation de plusieurs dizaines de personnes, dont le député Bruno Le Roux (PS). Tentatives de discussion. Jets de gaz lacrymogène. L’embarquement est retardé. Informés, les passagers annoncent qu’ils n’attacheront pas leur ceinture. Le commandant de bord refuse alors de décoller. (Ouest France, 20 septembre 2005)

De manière honteuse, la direction de la confédération FO se tait complètement sur les lois xénophobes et sur les rafles de travailleurs en plein Paris. Quant aux partis ouvriers qui n’ont pas signé l’appel pitoyable du 3 juin, ils ne valent pas mieux que le PCF et la LCR :

C'est à de la politique spectacle que le ministère de l'Intérieur nous invite une fois de plus lors de cette évacuation. (PS, communiqué sur l’évacuation du squat, 16 septembre)

Ce qui intéresse Sarkozy, pour flatter la fraction la plus réactionnaire de l’électorat, c’est de montrer qu’il est capable de recourir à des solutions musclées.  (Lutte Ouvrière, 2 septembre 20005)

LO substitue une vision superficielle, d’essence parlementaire, à la lutte entre les classes. Admettons, avec le journaliste de LO, que l’emploi de la force policière contre les immigrés rapporte des voix. Reste à expliquer pourquoi.

Les hommes ont toujours été et seront toujours en politique les dupes naïves des autres et d'eux-mêmes, tant qu'ils n'auront pas appris, derrière les phrases, les déclarations et les promesses morales, religieuses, politiques et sociales, à discerner les intérêts de telles ou telles classes. (Lénine, Les trois sources et les trois parties constitutives du marxisme, 1903)

La classe bourgeoise est numériquement minoritaire dans la société. Pour maintenir les conditions de son exploitation, elle recourt au nationalisme comme un puissant moyen de persuader les petits-bourgeois et les prolétaires de se soumettre à son hégémonie. Cela va d’imposer La Marseillaise à l’école au racisme anti-arabe du Front national, en passant par le « patriotisme économique » du Premier ministre, le refus de la Turquie partagé par Sarkozy et de Villiers et l’interdiction du foulard musulman des élèves. Le gouvernement Chirac-Villepin-Sarkozy utilise tous les prétextes, au premier chef les actes réactionnaires des terroristes islamistes pour restreindre les libertés démocratiques, renforcer l’État policier et militariste, diviser le prolétariat et désigner —plus ou moins ouverte—ment— les Arabes et les musulmans comme des boucs émissaires.

 

Plan de relance : de nouvelles faveurs fiscales aux plus riches

 

Les travailleurs prennent de plein fouet des conséquences de l’anarchie capitaliste (spéculation immobilière mondiale, augmentation mondiale du prix du pétrole…). Si les profits des grands groupes pétroliers augmentent, si la capitalistes qui font des placements dans les locaux et les logements s’enrichissent, les ouvriers et les employés sont forcés de payer plus en loyers ou de s’éloigner de leur lieu de travail pour acheter un logement abordable, ce qui les contraints à se déplacer plus longtemps, alors que le prix du gazole et du super s’élèvent.

Et il faudrait, en plus, que ce soit les travailleuses et les travailleurs salariés eux-mêmes qui supportent le fardeau de l’impôt pour entretenir les mercenaires du capital qui occupent l’Afghanistan, Haïti ou la Côte d’Ivoire et qui, dans une guerre civile larvée, quadrillent toujours plus nombreux les quais des gares et les couloirs du métro, qui intimident, pourchassent, matraquent et expulsent les travailleurs les plus vulnérables ainsi que ceux qui relèvent la tête et luttent, dans la rue et sur les lieux de travail.

Le gouvernement a pour slogans : « le travail plutôt que l’assistance », « travailler plus pour gagner plus ». À croire que Bernard Charlès (Dassault Systèmes, 23,1 millions d’euros de revenus en 2003 d’après Capital, mars 2005), Lindsay Owen-Jones (L’Oréal, 20,2 millions d’euros par an), Bernard Arnault (LVMH, 18,1 millions d’euros par an), etc. travaillent vraiment beaucoup puisque cela fait pour chacun 4 siècles de SMIC ! Aux dernières nouvelles, les PDG, en France comme ailleurs, loin de baisser leurs « salaires » pour payer moins d’impôts, ont continué à se les augmenter. En 2004, les revenus des PDG des 40 principales entreprises françaises cotées en Bourse auraient augmenté de 20 %. Les rémunérations des directeurs généraux ont augmenté de 4 % (selon L’Expansion, septembre 2005).

À l’autre pôle de la société, ceux qui travaillent le plus durement (quand ils peuvent travailler) vivent dans la privation : femmes travailleuses élevant seules leurs enfants, jeunes peu qualifiés, ouvriers étrangers, travailleurs âgés victimes de licenciements…

En réalité, les membres de la classe capitaliste vivent non de leur travail, mais de celui d’autrui. L’Etat, qui est le leur, ne ponctionne les exploiteurs et les parasites qu’avec modération, grâce à toutes sortes de dérogations et de passe-droits, sans parler de la fraude pure et simple. Mais leurs représentants politiques, partout dans le monde, baissent les impôts qui les touchent, tout en accusant les chômeurs, ces « assistés », ces « paresseux », de profiter grassement de leurs allocations. Dominique de Villepin a annoncé le 1er septembre un « plan de relance » comportant un volet fiscal s’ajoutant aux précédentes baisse des impôts directs, dont celles du gouvernement de Lionel Jospin (qui comprenait les farouches « anti-libéraux » Marie-Noëlle Lienemann, Jean-Luc Mélanchon, Marie-George Buffet et Laurent Fabius).

Le ministre de l'économie, Thierry Breton, et celui du budget, Jean-François Copé, l’ont rendu publique le 13 septembre. La baisse ne touche pas les impôts sur la consommation, comme la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), les « droits d’accise » sur les boissons alcoolisées et le tabac et la taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP), qui pèsent plus lourdement sur les prolétaires que sur les petits-bourgeois, et plus lourdement sur les petits-bourgeois que sur les capitalistes :

L’impôt sur le revenu constitue en France une recette très faible (3 points de PIB) au regard du total des recettes prélevées sur les ménages (35 points). Il est pourtant pratiquement le seul à être visé par les hommes politiques qui promettent des baisses d’impôts… sans préciser qu’en général seules les catégories aisées en bénéficient vraiment… Dans l’ensemble des impôts, seul l’impôt sur le revenu est nettement progressif… Les autres impôts sont soi à peu près neutres (proportionnels au revenu), soit régressifs. La TVA est ainsi nettement régressive : elle représente 8,1 % du revenu disponible des ménages du premier décile (les plus pauvres)… et  seulement 3,4 % pour le dixième décile (les plus riches)… Les TIPP et les droits d’accise sont eux aussi nettement régressifs, de sorte que l’ensemble de la fiscalité indirecte augmente les inégalités : en proportion de leur revenus, les « pauvres » des deux premiers déciles contribuent deux fois plus aux impôts indirects que les riches des deux derniers déciles. (Alternatives Économiques, septembre 2005)

La réforme gouvernementale comporterait deux volets qui s’appliqueraient en 2007 : une « simplification » de l’IRPP pour « les classes moyennes », l'instauration d'un « bouclier fiscal ».

L’impôt sur le revenu baisserait, en particulier pour les revenus les plus élevés, par deux mécanismes : la limitation des tranches fiscales (à 4 tranches au lieu de 7), la diminution du taux de l’imposition (le taux maximal serait de 40 % au lieu de 48,09 %). Cela profiterait surtout aux revenus les plus élevés (ceux des capitalistes et d’une poignée de vedettes), les revenus moyens (en particulier des professions libérales, des cadres, des petits patrons) en profitant un peu moins et les revenus les plus faibles pas du tout, car ils sont souvent exemptés de l’IRPP.

Le bouclier fiscal qui complète la baisse de l’impôt sur le revenu, est en fait un « bouclier » pour les plus riches. Le total des impôts directs (IRPP, TH, ISF, etc.) ne pourrait plus dépasser 60 % du revenu annuel. Il constitue donc un moyen détourné de diminuer l’impact de l’ISF (impôt sur la fortune) sur les plus riches, alors que celui-ci ne frappe déjà qu’une faible partie des gros patrimoines. Même l’autre parti bourgeois traditionnel, l’UDF, trouve la ficelle un peu grosse :

La réforme fiscale, selon M. Bayrou, permettrait aux plus riches, à la faveur du plafonnement des prélèvements obligatoires, de se dispenser du paiement des taxes locales, voire de l’impôt sur le revenu s’ils sont assujettis à l’ISF, privant ainsi les collectivités locales des ressources attendues. (Le Monde, 23 septembre 2005)

D’un côté, il y aura plus de 4 x 4 dans les quartiers huppés et plus de yachts dans les ports de plaisance ; de l’autre, il y aura plus de sans-abri et de logements dangereux.

 

La privatisation d’EDF-GDF en œuvre, grâce à la complicité des chefs syndicaux

 

En 2002, le gouvernement UMP avait pris le relais des nombreuses privatisations du gouvernement PS-PCF-Verts-MRG. Il a préparé la privatisation de La Poste et a annoncé clairement son intention de privatiser les entreprisses publiques de l’énergie (EDF-GDF, Areva).

Pour liquider le bastion ouvrier qu’était EDF-GDF, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’économie, avait besoin de la complicité des directions syndicales et en particulier, celle de la CGT. Il a alors suggéré aux chefs syndicaux de justifier aux gaziers et aux électriciens leur capitulation en prétendant que la contrepartie était la garantie de leurs retraites. Comme si les pensions n’étaient pas un droit, mais un cadeau qui exigerait des contreparties ; comme si on pouvait faire confiance à des Chirac, des Fillon et des Sarkozy pour défendre les retraites ; comme si accepter la privatisation sans combat n’allait pas encourager le gouvernement à porter d’autres coups.

Le 8 avril 2004, les organisations syndicales avaient appelé à une « journée d’action » pour berner les travailleurs, et non à la grève générale qui était —et qui reste— le seul moyen d’empêcher la privatisation et de vaincre le gouvernement. Le 13 avril, cinq jours après cette diversion, les mêmes chefs syndicaux se sont rendus à la convocation de Sarkozy. Il les a accueillis ainsi :

Je vais être très direct… Le gouvernement a deux priorités pour EDF et Gaz de France, l’une industrielle et l’autre sociale. La première, c’est de donner une nouvelle organisation juridique à EDF et Gaz de France. La seconde, c’est de pérenniser le système de financement des retraites. Je déposerai à cet effet début juin un projet de loi sur les industries électriques et gazières qui comprendra des dispositions sur la nouvelle organisation juridique des entreprises et le système de financement des retraites. Cette loi sera adoptée avant la fin du mois de juillet afin qu’EDF et Gaz de France ne prennent pas de retard dans ce nouvel environnement ouvert à la concurrence.

Après cette déclaration préalable du ministre exigeant clairement la privatisation, les responsables CGT, FO, SUD sont restés pour en discuter courtoisement avec Sarkozy. L’acceptation par tous les chefs syndicaux de « négocier » le plan Sarkozy et leur sabotage de la résistance ouvrière par les « journées d’action » ont permis au gouvernement de remporter une nouvelle victoire :

EDF est réformée. M. Sarkozy s’est emparé de ce dossier avec détermination, a passé des heures à négocier avec les syndicats… mais a réussi une transformation que ses prédécesseurs n’avaient pas pu opérer. (Le Monde, 28 novembre 2004)

A l’Assemblée et au Sénat, les « représentants du peuple » de la démocratie bourgeoise avaient les mains libres pour voter la loi du 9 août 2004 qui séparait d’EDF et GDF, les transformant en deux sociétés anonymes.

Ce été, le gouvernement Chirac-Villepin-Sarkozy a « ouvert le capital » de Gaz de France, applaudi par la presse patronale : « Gaz de France : la Bourse, enfin ! » (Les Échos, 23 juin 2005). Puis le PDG de la société anonyme EDF a déclaré, le 5 septembre, être prêt à vendre une première tranche d’actions : « EDF attend le feu vert du gouvernement » (Le Monde, 7 septembre 2005). Gageons que celui-ci le donnera. Le 18 juillet, il a lancé la procédure de cession de la totalité des participations de l’Etat dans les sociétés concessionnaires d’autoroutes : ASF, Sanef et APRR. En septembre, il veut privatiser la SNCM.

 

PS & PCF vers une coalition de collaboration de classes pour gérer le capitalisme en 2007

 

À l’issue du référendum, des organisations ouvrières défendant réellement les intérêts des travailleurs se seraient prononcées pour l’éviction de Chirac, elles auraient appelé à manifester à l’Élysée pour chasser le président bourgeois, comme l’ont fait récemment les travailleurs boliviens et équatoriens. Elles auraient appelé les travailleurs à se réunir partout, à s’organiser et à appuyer la perspective d’un gouvernement qu’elles auraient formé, sans représentant de la bourgeoisie.

Au lieu de quoi, elles ont accordé un sursis à Chirac, au détriment de la jeunesse, des femmes travailleuses, des réfugiés, des salariés. Celui-ci, son dauphin de Villepin et son rival Sarkozy, en ont profité largement. Les partis traditionnels de la classe ouvrière proposent tous deux d’attendre encore deux ans.

En 2007, nous pouvons gagner pour changer les vies. (Marie-George Buffet, discours à la Fête de l’Humanité, 11 septembre)

Le rassemblement de la gauche est notre stratégie et je n'en connais pas d'autre. … C'est parce que j'ai confiance que je veux m'adresser aux Français. Je veux leur dire que nous serons présents, unis et forts au rendez-vous de 2007… Alors, soyez sûrs, au-delà des débats qui font l'honneur de la politique, nous proposerons, nous les socialistes, le changement en 2007. (François Hollande, discours à l’université d’été du PS, 28 août)

Nous devons nous adresser sans tarder à tous les acteurs de la campagne du Non, mais aussi à toutes celles et à tous ceux, toutes les forces de gauche et de progrès qui, sans avoir mené cette bataille, entendent participer aujourd’hui à la construction d’une alternative aux politiques libérales qui ravagent notre pays. (Richard Sheehan, rapport au Conseil national du PCF, 8 septembre)

Selon eux, les travailleurs doivent attendre les élections de 2007 pour voter pour la prochaine variante du « front populaire », de « l’union de la gauche »  ou de la « gauche plurielle ». Ni le PS, ni le PCF, ne connaissent d’autre stratégie que le « rassemblement de la gauche », de « toute la gauche » ou de « 100 % de la gauche », c’est-à-dire l’alliance avec des partis bourgeois : Verts, PRG, MDC, etc. sans qu’on sache très bien où cela s’arrête. François Mitterrand (PS) y rattachait apparemment ses ministres, le capitaliste Bernard Tapie et l’UDF Jean-Pierre Soisson (plus tard réélu président du Conseil régional de Bourgogne avec les voix du Front national, aux dernières nouvelles député UMP). Maurice Thorez (PCF) y incluait semble-t-il Charles De Gaulle, dont il fut ministre.

Les  renégats du bolchevisme comme LO et la LCR leur emboîtent le pas. LO a plusieurs fois appelé à voter pour des candidats bourgeois « de  gauche ». La LCR, « 100 % à gauche », est allée jusqu’à voter pour des candidats  « de droite ». LO et la LCR sont de plus en plus subordonnés au PCF, ce qui les a conduits dans la campagne douteuse du Non « de gauche » et à contribuer ainsi à la remise en selle, qui sera fugace, de l’ancien parti stalinien :

Toute  la gauche était là. Du PS aux Verts, en passant par la LCR ou LO, de nombreux représentants politiques, mais aussi syndicaux et associatifs, ont participé à la Fête de l’Humanité. (L’Humanité, 13 septembre 2005)

Le Parti « socialiste » et le Parti « communiste » français sont ce que Lénine appelait des partis ouvriers-bourgeois (L’Impérialisme et la scission du socialisme, 1916). Bien qu’ils soient nés du combat de la classe ouvrière, ils sont passés sous le contrôle de la classe dominante, ils sont irréversiblement des défenseurs de l’ordre bourgeois. 

Le Parti socialiste est né comme section de l’Internationale ouvrière en 1905. Mais, en 1914, le Parti socialiste-SFIO s’est rangé dans l’Union sacrée aux côtés de sa bourgeoisie qui ouvrait la boucherie de la « grande guerre ». Le Parti communiste a été créé pour cette raison, sous l’impulsion de la Révolution d’octobre, comme section de la nouvelle internationale, l’Internationale communiste. Mais la bureaucratie conservatrice qui a usurpé le pouvoir en 1924 en URSS a transformé le PCF en un parti contre-révolutionnaire à partir de 1934.

Tant le PCF que le PS ont combattu depuis contre la révolution, pour préserver le capitalisme français et son État, particulièrement en 1936, en 1944, en 1968, en 1981. Aujourd’hui, ces réformistes rivalisent en phrases creuses :

Le Parti socialiste est le parti du mouvement. Il ne peut accepter l’ordre des choses comme le désordre des injustices… Nous devons montrer la voie d’une alternative au libéralisme… (Motion Hollande pour le congrès du PS, 17 septembre)

Pour sortir du libéralisme, le socialisme de transformation… autour des choix d’une Europe sociale, d’une République nouvelle et d’un développement humain… (Motion Fabius pour le congrès du PS, 17 septembre)

Être communiste, c’est encourager tout ce qui grandit de valeurs humaines, c’est résister et construire un monde plus juste, plus démocratique, plus fraternel. (Marie-George Buffet, discours à la Fête de l’Huma, 11 septembre)

 

Libéralisme et étatisme, les deux faces de l’économie bourgeoise

 

Être communiste, être socialiste, ce n’est pas désigner un ennemi mythique comme le « libéralisme », pour mieux garder le capitalisme et la 5e République. Le libéralisme économique ne sert aux gouvernements capitalistes que dans la mesure où il justifie la mise en cause des acquis des travailleurs, des femmes…

Pour le reste, les gouvernements se moquent du dogme libéral : le gouvernement Chirac-Villepin-Sarkozy vient de lancer un plan de financement public des entreprises de 63 « pôles de compétitivité » ; tous les gouvernements des pays impérialistes restreignent les flux migratoires ; les gouvernements allemand, britannique, allemand, français et surtout américain pratiquent le déficit budgétaire ; les États impérialistes d’Amérique du nord et d’Europe de l’ouest subventionnent leur agriculture ; ils soutiennent significativement leur industrie d’armement respective ; ils bloquent les OPA étrangères sur leurs groupes nationaux s’ils l’estiment utiles ; ils menacent la Chine quand celle-ci exporte des chemises pour leur acheter des avions.

En fait, la plupart des altermondialistes et tous les réformistes sont du côté du « patriotisme économique » de Chirac et Villepin. Comme ils défendent « la France », c’est-à-dire le capitalisme français et son État impérialiste, ils ne s’indignent guère quand Renault licencie dans les usines Nissan, ils sont favorables à une « politique de l’immigration », ils respectent l’ONU, l’Union européenne et la 5e République, ils acceptent les dépenses et les bases militaires françaises, etc.

Tout gouvernement qui défend son capitalisme —qu’il soit dirigé par une Thatcher ou un Blair, un Schröder ou une Merkel, un Jospin ou un Chirac— est contraint par la concurrence entre impérialismes et par les lois du mode de production capitaliste à rivaliser avec les autres bourgeoisies et, surtout, à s’en prendre à sa propre classe ouvrière.

Être socialiste, être communiste, c’est mener la lutte de la classe ouvrière contre la classe capitaliste jusqu’à la prise du pouvoir par les travailleurs organisés en conseils. Une telle révolution et son extension internationale ouvriront la voie à la suppression des classes et des frontières, à l’épanouissement de l’humanité par le développement des forces productives.

Il ne peut pas s’agir pour nous de transformer la propriété privée mais seulement de l’anéantir, il ne s’agit pas d’arranger les contradictions de classe mais de supprimer les classes, il ne s’agit pas d’améliorer la société existante mais d’en fonder une nouvelle. (Karl Marx & Friedrich Engels, Adresse à la Ligue des communistes, 1850)

 

La diversion de la journée d’action du 4 octobre

 

En attendant les élections, le PS et le PCF soutiennent une initiative des confédérations syndicales (où figurent nombre de responsables du PS et du PCF) :

Dès le 4 octobre, les salariés seront dans l’action et dans l’union avec les organisations syndicales. Contribuons au succès de cette belle journée !  (Marie-George Buffet, discours à la Fête de l’Humanité)

Pour servir d’exutoire aux prolétaires exaspérés par les coups qui pleuvent sur eux, les bureaucraties syndicales recourent à la tactique éprouvée de la « journée d’action ». Le 8 septembre, elles ont convié les travailleurs salariés à manifester, éventuellement à faire grève, début octobre.

Les confédérations syndicales CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT, CGT-FO, réunies ce jour, appellent l’ensemble des salariés du public et du privé, des petites aux grandes entreprises, les demandeurs d’emploi, et les retraités à une journée nationale d’actions et de mobilisation le 4 octobre 2005, par des arrêts de travail, des rassemblements et des manifestations à Paris et en province. Cette mobilisation doit conduire à des négociations et à des réponses du gouvernement et du patronat notamment pour : le développement de l’emploi, contre la précarité que vient renforcer le Contrat Nouvelles Embauches, l’amélioration du pouvoir d’achat des salaires, les droits collectifs et individuels des salariés.

Les directions syndicales ne réclament pas la suppression du CNE. D’ailleurs, leur plateforme ne comporte aucune revendication précise. Elle omet la privatisation de Gaz de France, comme elle tait les évictions des mal-logés et les expulsions de travailleurs immigrés.

Les chefs syndicaux tentent de faire croire que le gouvernement pourrait répondre autrement que par des nouveaux coups… qu’ils s’apprêtent à « négocier », comme ils avaient « négocié » les privatisations de feues les PTT et d’EDF-GDF, comme ils ont « négocié » les plans contre les retraites, contre l’école publique, contre l’hôpital public, contre l’assurance-maladie, etc.

Tous les larbins des directions syndicales s’aplatissent devant cette diversion. Le PT ne saurait dénoncer la mystification à laquelle participe la direction de FO, dont le secrétaire général s’est rendu à l’université d’été du Medef :

Oui, les travailleurs cherchent aujourd’hui une issue sur le terrain de la lutte de classe. Ils ont des revendications précises, particulières et générales et c’est en rapport avec la nécessité de satisfaire ces revendications précises, particulières et  générales, qu’ils comprennent l’appel à la journée du 4 octobre (Informations Ouvrières, 15 septembre 2005).

La LCR et LO approuvent chaudement les initiatives des appareils de la CGT et de la FSU auxquelles leurs militants s’intègrent de plus en plus. La LCR titre : « Cap sur le 4 octobre » (Rouge, 15 septembre 2005). LO titre : « 4 octobre : une occasion à saisir pour faire entendre la colère ouvrière » (Lutte Ouvrière, 16 septembre 2005).

Cantonner les travailleurs à se « faire entendre » est admettre l’exploitation, reconnaître les prérogatives de la bourgeoisie dans la société, laisser le pouvoir à la classe capitaliste. La politique marxiste mise sur la capacité du prolétariat à prendre la tête de tous les opprimés et exploités, à émanciper l’humanité du capitalisme, en menant une révolution sociale contre la classe capitaliste.

L’éditorial signé Laguiller se conclut ainsi :

La journée du 4 octobre, proposée par les directions syndicales, ne suffira pas pour faire reculer le gouvernement, si elle reste sans lendemain. Mais elle peut être, elle doit être une occasion d’affirmer que de plus en plus de travailleurs sont convaincus que seule leur lutte collective représente un avenir. (Lutte Ouvrière, 16 septembre 2005)

« Un avenir », mais lequel ? Les travailleuses et aux travailleurs n’ont-ils pas le droit de le savoir ? Quel « lendemain » faudrait-il pour que le 4 octobre puisse « faire reculer le gouvernement » ? Dans chaque mouvement réel de la classe ouvrière, les directions syndicales, protégées par LO, la LCR et le PT s’opposent à la grève générale qui pourrait faire effectivement reculer patronat et gouvernement.

En quoi les dizaines de journées d’action de ces dernières années, approuvées à chaque fois  par la LCR, LO et le PT, convoquées sans aucune revendication sérieuse par des bureaucrates qui leur donnent pour objectif de « négocier » les mauvais coups contre les travailleurs, seraient « une occasion d’affirmer… que seule la lutte collective représente un avenir » ? Les prétendues journées d’action n’ont rien à voir avec la grève ouvrière, ni avec la lutte contre le gouvernement.

 

Toute lutte de classe est une lutte politique

 

Qu’ils manifestent ou pas le 4 octobre, les travailleurs ne veulent pas perdre une journée de salaire uniquement « pour garder la parole » (Buffet), « pour se faire entendre » (Laguiller). Face aux coups, les travailleurs veulent gagner, donc vaincre leurs adversaires. Le prolétariat ne peut se mobiliser comme classe que sur ses revendications et sur la défense de tous les opprimés :

Abrogation de toutes les ordonnances du gouvernement, suppression du « contrat nouvel embauche » et du « contrat de volontariat pour l'insertion » ! Interdiction des licenciements ! Répartition des emplois entre tous les travailleurs en diminuant le temps de travail sans baisse de salaire et sans flexibilité !

Augmentation des salaires dont le pouvoir d’achat est rongé par la hausse du prix des carburants et des loyers ! Échelle mobile des salaires ! Suppression des impôts qui frappent la consommation des biens et services de base !

Occupation des logements vacants et expropriation des groupes de l’immobilier et du bâtiment ! Aucune travailleuse, aucun travailleur au dessous de d’un revenu de 1 200 euros par mois ! Pas de travail au-dessous de 10 euros par heure ! Rattrapage du pouvoir d’achat perdu ! Indexation des salaires sur l’augmentation des prix ! Retour aux 37,5 annuités pour le droit à la pension de retraite entière ! Remboursement intégral des frais médicaux des travailleurs et de leurs familles !

Retrait des troupes françaises de Côte d’Ivoire, de Haïti, d’Afghanistan ! Respect du droit d’asile ! Suppression des centres de rétention ! Droit de circulation et d’installation pour tous les travailleurs !

Aucune négociation des plans anti-ouvriers du gouvernement et des patrons ! Arrêt immédiat de la privatisation de Gaz de France, d’EDF, de la Poste, de la SNCM ! Non à la cogestion, aucun représentant des travailleurs dans les conseils d’administration !

Rupture des organisations qui se réclament des travailleurs d’avec le gouvernement ! Constitution d’un gouvernement ouvrier qui s’appuie sur la mobilisation des travailleurs et prenne toutes les mesures nécessaires aux masses !

Ces revendications et ces exigences sont légitimes, elles partent des besoins vitaux des masses prolétariennes et semi-prolétariennes, de ceux qui produisent tout. Elles mettent en cause la propriété privée et les rapports d’exploitation. Voila pourquoi les béquilles du capital, les partis réformistes et les bureaucraties syndicales tout aussi corrompues, leur tournent le dos, sacrifient les exigences ouvrières.

Le problème qui est posé à l’humanité n’est pas un dosage entre libéralisme et keynésianisme, entre inflation et spéculation, entre salaires et profits, entre protectionnisme et libre-échange. L’État, ni les organismes interétatiques ne peuvent réguler le capitalisme, n’en déplaise aux économistes keynésiens, aux roués sociaux-démocrates et aux naïfs altermondialistes, car ce mode de production est anarchique et incontrôlable. Ses contradictions du débouchent forcément sur les crises économiques, le chômage et les guerres.

L’environnement se détériore de manière irréversible, des continents entiers sont écartés de tout développement, des centaines de millions de prolétaires ne trouvent pas d’emploi, les puissances impérialistes occupent des pays entiers, les partis xénophobes, l’obscurantisme et le cléricalisme reviennent en force… Le dilemme est entre socialisme et barbarie.

Pour en finir avec la précarité, la pauvreté, les discriminations, il faudra aux producteurs prendre le pouvoir, arracher des mains des privilégiés les moyens de créer les richesses sociales, c’est-à-dire exproprier les banques et les assurances, les groupes du commerce, de l’énergie et de l’industrie manufacturière.

Pour un tel objectif, il faut un nouveau parti ouvrier, qui soit révolutionnaire et internationaliste. Travailleuses, travailleurs, jeunes, édifions-le ensemble !

25 septembre 2005