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Les travailleuses et travailleurs du centre d’appels en grève pour défendre leur pouvoir d’achat

 

La CAMIF est la 3e société de vente par correspondance française. C’est dans un contexte général de mouvements revendicatifs multiples, centrés sur l’augmentation des salaires, que, début mars 2005, à Niort (Deux Sèvres), la majorité de la centaine de chargées de clientèles du centre d’appel de l’entreprise a collectivement décidé la grève afin d’obtenir une augmentation de salaires.

 

La CAMIF, entreprise à statut coopératif…
…à l’unisson des grands patrons de la vente à distance

 

Les salariés de la CAMIF n’ont été aucunement protégés par l’affiliation de cette entreprise coopérative au secteur de l’économie dite « sociale » (chère au PS), puisque les pertes de pouvoir d’achat enregistrées depuis 1999 sont de l’ordre de 5 %.

A ces pertes, il faudrait ajouter celles antérieures, produit du « gel de salaires » induit par l’accord « ARTT – loi Aubry », signé par les dirigeants de la CGT, ou encore celles générées par la politique de réduction drastique des charges menées par les dirigeants  de l’entreprise.

La direction de l’entreprise a, en mars 2005, dénoncé la nomenclature des emplois, la grille des salaires, déclarées l’une et l’autre « obsolètes ». Par obsolètes, il faut comprendre : trop chères !

Le projet des dirigeants de la CAMIF repose sur la mise en place d’une grille des salaires laissant une large place à la rémunération individualisée, aux parts variables et aux formules d’intéressements. Leur adhésion au syndicat patronal de la vente à distance (affilié au MEDEF) exprime et résume la politique qu’ils entendent mener au plan social.

Les travailleurs des entreprises de ce secteur de l’économie sociale savent —de l’intérieur— l’échec des tentatives visant à pérenniser au sein du système capitaliste des entreprises aux fondement inspirés des principes syndicalistes, mutualistes et coopératifs. Au fil du temps, sans transformation d’ensemble de l’économie, elles sont irrémédiablement vouées à se conformer aux lois du capital, sinon à disparaître.

 

Unité et contrôle : la grève a permis de gagner

 

La préparation de cette grève a été, il faut le souligner, entièrement assurée par les personnels concernés eux-mêmes, les deux déléguées du personnel présentes dans ce service essentiellement féminin apportant quant à elles l’aide logistique nécessaire (imprimer les documents, affichage dans l’entreprise...) et la couverture syndicale indispensable pour protéger les travailleuses pendant le mouvement.

La revendication était unique, simple, fédératrice : « augmentation collective des salaires de 150 euros, pour toutes et tous, tout de suite ! ». La cohésion du mouvement et l’unité du personnel autour de la revendication, emmenant dans son sillage les dirigeants des deux organisations syndicales CGT et CGT-FO, a rendu possible la victoire de ce mouvement, aussi déterminé qu’il fut bref : l’affaire était « pliée » après deux débrayages, une délégation à la Direction Générale, grâce à la pression exercée par les travailleuses jusqu’à satisfaction de leur revendication.

Ainsi, c’est une assemblée générale réunissant une soixantaine de grévistes qui a décidé de la formulation de la revendication (les « 150 euros pour tous ») et placé les organisations syndicales en accompagnement et couverture du mouvement.

Les initiatives décidées l’étaient toujours par un collectif intégrant les responsable syndicaux, sorte de « comité de grève » spontané, sans qu’il en eu le titre, ni que sa création réponde véritablement à une volonté consciente de le voir mis en place, les représentants du personnel n’étant pas à strictement parler « élus » par leurs pairs.

 

Une victoire réelle, mais partielle et menacée

 

C’est dans un contexte marqué par l’offensive générale de la direction de l’entreprise contre l’ensemble des acquis sociaux et salariaux que cette victoire a été remportée. La crainte de voir s’amplifier et se généraliser le mouvement à d’autres catégories de personnels (vendeurs, entrepôts, service après-vente…) a sans doute conduit l’employeur à céder à la revendication et à surseoir, momentanément, à son plan.

Il est en effet à craindre qu’à la faveur de la mise en place du nouveau système de rémunération variable, la direction ait le projet de compenser le gain obtenu par cette catégorie professionnelle. Ce serait  au détriment des mêmes et de l’ensemble des travailleurs de l’entreprise, en cassant d’autres acquis existants dans d’autres domaines, en abaissant drastiquement les minimas d’embauches des futurs recrutés par un alignement à la baisse, calqués sur les salaires de la branche.

La vigilance est donc plus que jamais à l’ordre du jour, dans une situation où les dirigeants d’organisations syndicales pourraient être tentés de négocier des plans patronaux et signer ce qui ne doit pas l’être.

Correspondants