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Etat espagnol : La position du Grupo Germinal sur le référendum du 20 février

 

Un référendum destiné à perpétuer l’Europe de l’exploitation et de l’oppression

 

Les chefs d’Etat et les ministres des affaires étrangères ont signé à Rome, le 29 octobre 2004, un traité de constitution pour l’Europe.

Ils représentaient 25 Etats devant ratifier ce traité. Les Cortes du Royaume d’Espagne ont créé les conditions permettant au chef du gouvernement la signature du traité, le Conseil constitutionnel décidant qu’il n’avait rien à objecter à sa signature, qu’ainsi, aucun changement à la constitution de la monarchie espagnole n’était nécessaire.

Le 14 novembre, au cours d’une des journées de travail du PSOE [parti social-démocrate, lié au PS, note de RS] sur la constitution pour l’UE, Zapatero a déclaré : « tous les partis, nous étions rassemblés en faveur de la Constitution de 1978 et aujourd’hui, nous allons de nouveau être ensemble en faveur de la Constitution européenne. C’est la meilleure reconnaissance du triomphe de la démocratie en Espagne ».

Au cours des mêmes journées, Zapatero remercia le PP [anciennement AP franquiste, le principal parti bourgeois, lié à l’UMP, note de RS] de sa prise de position en faveur du OUI à la constitution pour l’Europe.

Le 26 novembre 2004, a eu lieu à Madrid une rencontre des leaders socialistes du Parti socialiste européen. Tous se sont prononcés pour soutenir la « constitution européenne » ; Zapatero s’est adressé en ces termes à ses collègues : «  Les socialistes doivent être la voix la plus puissante en défense de la constitution européenne ».

Début janvier 2005, la direction du PSOE interdisait l’expression de critiques adressées au PP, pendant la campagne du référendum européen.

Les principaux partis représentant la bourgeoisie espagnole, l’un directement (PP) et l’autre indirectement (PSOE), ont constitué un bloc pour le maintien, pour la pérennisation de la domination de la bourgeoisie et des impérialismes européens et en défense du vote OUI au référendum du 20 février 2005. A ce front, se sont joints le CiU (Catalogne), le PNV (Pays basque) et la Coalition Canaria (Iles Canaries). Pour leur part, les CCOO et l’UGT [les deux principales centrales syndicales, RS] s’allièrent au front du OUI au Traité constitutionnel.

IU [nom qu’a pris le PCE, le parti stalinien, en 1986, renforcé de quelques courants centristes, dont les pablistes tendance Mandel ou Moreno, RS] se prononça pour le vote NON au référendum, non sans dire clairement que « les secteurs de la droite qui demandent le NON sont insignifiants » et que « la gauche doit se prononcer » parce que « dans le texte, on parle 78 fois de la nécessité de la compétitivité du marché, 28 de la stabilité des prix et on compte sur les doigts d’une main les aspects sociaux », selon Llamazares. Pour sa part, l’ERC (la Gauche républicaine de Catalogne) se prononce aussi pour participer au référendum et appelle à voter NON parce que, de la bouche même de son secrétaire général Joan Puig, « l’Europe n’existe pas, il n’y a pas de volonté unifiée des Etats. Quant à nous, nous aimons davantage l’Europe et c’est pourquoi nous procédons à ce rappel à l’ordre ». 

La justification du PSOE pour voter OUI au référendum se résume dans son slogan : « C’est l’Europe qui est en jeu ! », celle de l’IU et de ses acolytes, dans celui : « Une autre Europe est possible ! ».

 

De quelle Europe s’agit-il ?

 

Zapatero a beau prétendre que « la Constitution promeut la cohésion économique, sociale et territoriale parce que le traité ‘constitutionalise’ le modèle social européen », ce que le traité constitutionalise concrètement dans sa partie III, Des politiques et du fonctionnement de l’Union, c’est l’Europe soumise à la bourgeoisie et l’impérialisme, puisque la déclaration d’intention de son article I-3 (« L’union agira en faveur du développement possible de  l’Europe fondé sur une croissance économique équilibrée … dans une économie sociale de marché hautement compétitive … »), ne présente en pratique que des politiques concrètes permettant d’assurer la plus grande flexibilité du marché du travail sur l’autel de la « compétence » et de la « compétitivité ».

Tout jeune travailleur cherchera en vain, dans toute la partie déclarative de la partie III, quelque chose de concret sur la question des droits sociaux promis. Il ne trouvera rien.

C’est avec satisfaction, par contre, qu’un entrepreneur « dans la nécessité » d’augmenter l’exploitation de ses travailleurs pour mieux rivaliser avec ses concurrents, lira ce passage car il « institutionnalise » l’exploitation de l’homme par l’homme, le respect des sacro-saintes frontières des Etats, les garanties pour que les grandes puissances impérialistes européennes puissent continuer leurs manœuvres en défense des intérêts d’une minorité.

Tout cela avec la bénédiction de la plus rancie et obscurantiste tradition religieuse, comme le reconnaissait avec justesse l’eurodéputé du PP, Inigo Mendez : « Les traités de l’UE n’avaient jamais inclus de références religieuses. Dans la constitution, en revanche, il y a reconnaissance des Eglises et de leurs relations avec l’Union. Il y a une référence à l’héritage religieux en Europe… ». En effet, le préambule débute par «  inspiré par l’héritage culturel, religieux… ».

Avec raison, Zapatero pouvait affirmer le 11 février à Barcelone, accompagné par le dirigeant bourgeois français Chirac, que le meeting auquel étaient  convoqués les sympathisants du PSOE, était « non un rassemblement de parti, parce que la décision que nous devons prendre n’est pas une décision partisane, mais celle d’un pays ». Mais dans ce pays, sont inclus les exploités et leurs exploiteurs, la bourgeoisie. Et la constitution n’a pour raison d’être que de perpétuer cette domination de la bourgeoisie, pour garantir et maintenir l’exploitation.

Cándido Mendez, le secrétaire général de l’UGT, défend le OUI à la Constitution, entre autres choses parce qu’elle définit le modèle économique comme étant « une économie sociale de marché ». Nous l’avons déjà vu, pour être plus exact, la constitution dit précisément « hautement compétitive », ce que Mendez oublie de mentionner. Il avança un autre argument : « Notre coopération  entre les travailleurs et nos syndicats face à la stratégie des multinationales est en voie d’amélioration » en soulignant qu’il existe 640 comités d'entreprise européens… qui sont dotés seulement de prérogatives limitées à l’information et la consultation. Aussitôt après, il se trahissait en reconnaissant : « Découle-t-il de cela  que du jour au lendemain va exister un accord européen dans chaque entreprise ? Non, mais c’est la base nécessaire pour pouvoir y parvenir ».

Ce que souhaiterait Cándido ne sera pas possible du jour au lendemain. Pourtant, il n’a pas fallu attendre pour qu’en octobre dernier, fut rendue possible la création d'entreprises sous le parapluie légal d’une « société européenne », selon la norme européenne approuvée le 8 octobre 2004, qui garantit la division des travailleurs Etat par Etat, avec la possibilité de transférer le siège social d'Etat à Etat sans condition, d’unifier leur gestion et la publication de leurs comptes sans se préoccuper de la division en filiales dans différents pays, au gré des besoins du grand capital.

 

Une autre Europe est possible, oui, mais laquelle et comment ?

 

Ceux qui, partisans du NON, souhaitent  prendre part à ce referendum, parce que, disent-ils, « Une autre Europe est possible », ont développé une campagne au profil bas avec l'objectif évident d’éviter l’écrasante abstention des dernières élections européennes et parce qu’ils sont pris au piège de leur soutien à cette « Europe », celle du grand capital et des impérialismes.

C'est pourquoi, ils devraient en venir à s’excuser de devoir appeler à voter NON, comme l’annonce la citation précédente : « Il faut accorder la plus grande marque d’attention à cette Europe là ». Et cela parce que leurs propositions politiques se situent respectueusement dans le cadre de la « construction européenne » sous la férule de la classe sociale qui a porté et porte la destruction sur le continent, sous la domination de la bourgeoisie. Gaspar Llamazares [le président de IU] l'a clairement montré quand il a affirmé le 10 février qu’il ne croyait pas en « une Constitution sur mesure pour la gauche » mais qu’il fallait stimuler un débat sur « ce qu’est l'identité européenne »

Sous la houlette du capitalisme, l'Europe qui advient est l'Europe des guerres fratricides dans les Balkans, des interventions impérialistes au sein de cette même Europe (Yougoslavie) ou dans le reste du monde ( Irak, Haïti, Côte d'Ivoire…), des frontières nationales qui emprisonnent les travailleurs et les nations opprimées, de la destruction de postes de travail, de la ruine pour les petits agriculteurs et de l’enrichissement des propriétaires fonciers et des grandes entreprises agricoles, de l'augmentation de l'exploitation au nom de la recherche de la « compétitivité », de la perte des conquêtes sociales, de l’aggravation de la destruction de la santé et de l'éducation publiques et gratuites, du retour de l'obscurantisme religieux sous couvert du respect de la « diversité ».

Parce que toutes les « avancées » qui ont été effectuées dans le cadre de la construction européenne l’ont été dans le sens de la protection du marché (tant intérieur qu’extérieur), dans le sens de l'augmentation du taux d'exploitation de la classe ouvrière en assurant la baisse des salaires tant directs que différés (santé et retraites).

Parce que les « avancées » censées assurer la paix ont été conformes soit à la paix militaire des Etats-Unis, soit la « paix » des armes, des bombardements et de l'occupation impérialiste.

Peut-être Zapatero a-t-il commis un lapsus quand il a affirmé, le 15 février, que le traité pour la constitution européenne est «  le chemin le plus solide qu’a connu l'histoire vers l'idéal de la paix perpétuelle » [un concept de Kant, RS]. La « paix perpétuelle » a, en castillan, des connotations de cimetière. Il est patent que la seule chose qui unifie les diverses bourgeoisies européennes, ce sont  les attaques contre la classe ouvrière et la petite bourgeoisie (spécialement les petits agriculteurs) et les tractations pour défendre leurs précaires positions impérialistes.

Si «une autre Europe est possible », elle devra l’être en rompant avec la domination de la classe bourgeoise, domination qui s’exerce au plan politique, policier et militaire par le biais des Etats actuels, domination coordonnée par ces derniers au niveau européen au sein de la Commission européenne et que celle-ci impose au supposé «  Parlement européen ».

 

Une « autre Europe » sur le modèle de l’Espagne de l’exploitation capitaliste

 

Dans le meeting de clôture de campagne que le PSOE a tenu le 18 février au Palais municipal des congrès de Madrid, Zapatero a véhémentement appelé à voter « massivement ». Il a promis que le traité constitutionnel mettrait un terme « au fléau du terrorisme » (à moins d'une année de l’attentat anti-ouvrier de Madrid perpétré par les islamistes réactionnaires) mais surtout, il a insisté dans son message (comme il avait fait le jour précédent à Saragosse) pour comparer ce référendum à celui pour la constitution monarchique et capitaliste espagnole de 1978. Comme, alors, la social-démocratie serrait les rangs avec les défenseurs déclarés du système capitaliste et avec le roi imposé par Franco, Zapatero n'a pas pu faire moins que rendre grâce à Felipe González [le secrétaire général du PSOE, futur premier ministre, qui avait soutenu la constitution monarchiste, RS], Santiago Carrillo [le secrétaire général du PCE, qui avait également soutenu la constitution monarchiste] et... Fraga Iribarne [ministre de Franco, président de l’AP franquiste, rédacteur en 1977 de la constitution monarchiste].

Le même jour, aussi dans le meeting de clôture de campagne, le chef du PP, Rajoy affirmait

« La seule chose qui nous intéresse dans ce referendum est la victoire du OUI ».

 

Le résultat du référendum : l’abstention exprime la conscience politique des masses sur le type d’Europe qui est en jeu

 

Les deux partis du « front constitutionaliste » (PSOE et PP), avec le renfort des partis bourgeois nationalistes catalan, basque et canarien ont eu beau se mobiliser en faveur du OUI au traité constitutionnel, l’abstention a été néanmoins historique. Plus de vingt millions d’électeurs potentiels ne sont pas allés aux urnes. Le vote au référendum a provoqué la plus grande abstention de toutes les élections qui ont eu lieu dans le cadre de la constitution monarchique de 1978.

Cela comprend pourtant les élections législatives, les différents référendums (celui de 1976 sur le projet de réforme politique, celui de 1978 pour la constitution monarchique, de 1979 sur le statut de l’autonomie de la Catalogne et du Pays basque, celui de 1986 sur la continuité de l’OTAN) et même avec les diverses convocations électorales européennes. Au référendum, l’abstention a atteint les 57,6 % (face aux 54,8 % par exemple, lors des dernières élections européennes).

Cela a donné lieu à beaucoup d’interprétations et toutes, fondamentalement, en viennent à la platitude que, lors des élections européennes, l’abstention est élevée… parce que c’est ce qui correspond à la moyenne européenne. Conclusion qui essaie d’éloigner l’analyse politique en faveur d’une espèce d’interprétation hybride, mi-« culturelle » (moderne, bien sûr, puisque européenne ! ), mi-« pédagogique » : les masses espagnoles auraient besoin de plus de cours ou de didactique sur l’importance de l’Europe (et également, bien entendu, les masses françaises, allemandes, etc.).

La conclusion politique, cependant est tellement évidente que même les tonnes de savantes analyses d’« experts » ne peuvent la nier : cette construction de l’Europe, celle des Etats et des impérialismes acoquinés, sous couvert de l’Union européenne, se fait à l’insu des électeurs et, par conséquent, contre la démocratie. Voilà le résultat : l’abstention … pour l’instant.

Le NON et l’abstention furent supérieurs à la moyenne en Catalogne (NON : 28 %, abstention : 59 %) et au Pays basque (NON : 33,6 %, abstention : 61 %). La même chose pour la Navarre et Madrid, quoique dans une moindre mesure.

La presse tente de consoler les élites bourgeoises en justifiant que dans ces deux dernières régions et ces deux communautés (Catalogne, Euskadi), les partis qui défendent le NON ont plus d’implantation que dans le reste de l’Espagne, ce qui semble évident.

Mais pour l’Espagne, considérée dans son ensemble, il apparaît que le résultat du OUI ne correspond pas au résultat, lors des élections antérieures, des partis qui appuient cette option. Un exemple : le PP et le PSOE ont obtenu 84,6 % des votes aux dernières élections européennes, contre 76,6 % obtenus par le OUI dans ce référendum européen.

Ces données prennent une plus grande signification si l’on tient compte que le OUI a joui en plus l’appui du PNV, CIU et CC. D’autre part, les résultats sont d’autant significatifs que, dans les districts électoraux qui sont des fiefs traditionnels du PP (et non d’IU) le NON a atteint un résultat au-dessus de la moyenne. Peut être que les dirigeants du PP, parti qui représente directement la bourgeoisie espagnole, ont lancé un message contradictoire qui a conduit une partie de leurs électeurs à voter NON pour « sanctionner Zapatero » ?

Cela montre que la bourgeoisie accorde bien peu de crédit à la « construction européenne » sur la base de la démocratie : elle sait évidemment que cette construction se fait d’en haut et que, quel que soit le résultat des référendums, si l’on n’impose pas la « construction européenne » sur la base des Etats capitalistes, de l’exploitation impérialiste, ce qui va s’imposer ce sera la destruction européenne, comme cela s’est déjà fait en d’autres occasions.

 

Résultats du Référendum sur le traité constitutionnel de l’Union européenne (20 février 2005)

Électeurs inscrits 34 687 888

Votes OUI

Votes NON

Votes BLANC

Abstention

20.737.796

 

Total exprimés 13 949 092

 

 

10 694 381

 

2 412 151

 

842 560

 

20 737 796

Pourcentage des suffrages exprimés

 

 

76,6 %

 

17,2 %

 

6 %

 

 

Pourcentage des inscrits

 

 

30 %

 

6,9 %

 

2,4 %

 

57,6 %

 

Autant le PP que le PSOE se sont auto-félicités du triomphe du OUI. Le PP, dans l’opposition, traita le résultat de décevant à cause de l’abstention qu’il a attribuée au PSOE et a assuré que, avec Rajoy au gouvernement, la participation aurait été bien plus forte.

La direction du PSOE a, pour sa part, fait contre mauvaise fortune bon cœur et a fait bonne figure au maigre 30 % de nombre d’électeurs pour le OUI au traité :

Seulement trois espagnols sur dix en âge de voter sont pour la ratification du traité. Zapatero avait comparé le vote du 20 février 2005 au vote du 6 décembre 1978 : comment peut-il expliquer qu’il peut ratifier le traité et continuer à se réclamer de la démocratie, puisque celui de 1978 n’avait connu qu’une abstention de 33%, face à l’écrasant 57,6 % du dernier ?

Les représentants des impérialismes les plus importants de l’Union européenne n’ont pas tardé, le jour même de la proclamation des résultats (le 21 février) à féliciter l’Espagne pour un OUI aussi «  massif ».

Schröder a signalé que ce résultat était un « bon exemple » allant jusqu’à affirmer que « l’Espagne s’est prononcée sans équivoque pour une Europe moderne, pacifique et sociale ». Il semble que le social-démocrate Schröder ne sache pas bien compter ou alors croit-il que se sont les travailleurs allemands qui ne savent pas faire les calculs ? « L’Espagne », ce n’est pas que trois « citoyens » sur dix. Pour sa part, Chirac s’est montré tellement osé qu’il a frôlé l’imprudence en signalant que le résultat était « un symbole fort » qui « montre le chemin aux autres pays de l’Union européenne ».

Le ministre espagnol des Affaires Etrangères, Moratinos, a condensé ces comptes mal faits, ces distorsions, ces mystifications et ces mensonges, en affirmant que « les citoyennes et les citoyens espagnols ont clairement voté OUI en faveur de l’Europe et de la constitution européenne, un OUI clair en faveur des valeurs européennes, en faveur de l’Europe du XXIe siècle ».

Depuis quand, le « vote clair » est-il obtenu quand une citoyenne et demi sur dix électrices potentiels vote en faveur du OUI ou bien, vu autrement, est-ce, en suivant Moratinos, qu’un citoyen et demi sur dix électeurs potentiels votent en faveur du OUI ?

 

Les revendications du oui et celles du non : expression de la réaction

 

Gaspar Llamazares a revendiqué pour IU, le 20 février, le résultat du NON de la manière suivante : « C’est nous qui sommes responsables de la gestion du NON, qui en Espagne est tout à fait progressiste, de gauche et critique, personne d’autre ne peut se réclamer du NON, sauf nous qui l’avons proposé. »

Cette affirmation résiste mal à l’analyse du résultat. Il est clair qu’une partie de la « droite », des « non-progressistes » a mis son grain de sable dans le pourcentage du NON. Llamazares, à nouveau, réussit comme en d’autres occasions, à s’élever au-dessus du labeur quotidien politico-réformiste dans le cadre de la constitution monarchique pour atteindre les sommets de l’utopie… réactionnaire !

Pour sa part, Carod, pour l’ERC, a affirmé le même jour, des choses telles que le NON en Catalogne était l’expression d’une « divergence avec l’Europe des Etats qui ignore la Catalogne » et a analysé les 28 % de NON en Catalogne comme une « avancée » de la « gauche nationale » et a attribué le faible résultat du OUI à un « recul » des « partis traditionnels ». Nous nous trouvons, à nouveau, dans un paradis utopique réactionnaire avec l’explication par le concept de « gauche nationale », étant donné que ces messieurs oublient que pour remplir d’un quelconque contenu le terme « gauche », celui ci doit être l’internationalisme. Ajoutons que nous nous trouvons devant une incongruité car, que l’on sache, la CiU a nettement moins de « tradition » que l’ERC [l’ERC a été fondée en 1931, CiU en 1978, RS].

Imaz, président du PNV, a tenté de faire valoir l’effort réalisé par ce parti traditionnel, ce OUI de la bourgeoisie basque sur l’autel du OUI. Il en a profité pour apporter de l’eau à son moulin et a signalé que le fort pourcentage de NON au Pays basque exige de la part de l’Union européenne un effort pour « s’approcher des réalités naturelles qui se trouvent au-dessous des Etats ». Il est certainement très difficile de jauger quelle réalité naturelle se trouve au-dessous d’un Etat qui est une réalité politique. En attendant que Jon Imaz l’explicite, nous sommes en droit de penser que celui-ci fait allusion au Pays basque. C’est sous sa responsabilité que cette réalité soit  « au-dessous » de l’Etat. Mais en définissant le Pays basque comme une « réalité naturelle », il nous livre très clairement son concept de nation, réussissant à surpasser ses réactionnaires prédécesseurs ethnicistes et en se situant au premier rang de la réaction médiévale.

Ce qui ressort de la revendication du OUI de la part du PSOE et du PP, c’est leur effort à « normaliser » l’abstention, puisque les dirigeants du PP aussi, en fin de compte, ont repris l’argument. Cela a été nécessaire pour vernir de démocratie la valeur du OUI et, par conséquent, l’antidémocratique « constitution européenne ». Selon ce mode de raisonnement, le pays à avoir le taux le plus élevé d’abstention dans les processus électoraux est le modèle bourgeois de la démocratie, à savoir les Etats Unis. Mais ce type même de justification et mystification ne révèle que mieux encore ce que signifie l’impérialisme sur le plan politique : le triomphe de la réaction sur toute la ligne.

 

Oui, il faut construire « une autre Europe » mais cela n’est possible que par le socialisme, l’expropriation du capital

 

Ce ne seront pas les partis « socialistes » ou sociaux démocrates, ni les partis provenant du stalinisme qui assureront à la classe ouvrière et à la jeunesse la construction de l’Europe de la paix et de la prospérité, puisqu’ils contribuent depuis bien des années à la « construction » de l’Europe de l’exploitation et de l’oppression.

Pour unifier l’Europe, les travailleurs et la jeunesse sont obligés de prendre en compte les organisations politiques et syndicales qu’ils ont construites il y a longtemps, mais qui sont dirigées par des agents de la bourgeoisie et qui mènent des politiques bourgeoises. Il suffirait que ces organisations organisent un front unique ouvrier européen contre la bourgeoisie, pour reprendre le chemin qu’avait indiqué la révolution prolétarienne de 1917, seul chemin qui menait réellement à l’unification européenne. Il est clair que ce front représenterait un grand espoir au sein de la classe ouvrière et provoquerait une participation massive dans la lutte pour une Europe unifiée.

Face au refus permanent de la part de ces organisations de diriger la lutte contre le capital et l’exploitation, contre la rapine impérialiste, pour la classe ouvrière et la jeunesse européenne, chaque jour qui passe rend de plus en plus urgent la construction de nouvelles organisations émancipées de la corruption bourgeoise, réellement internationalistes, vouées complètement à la lutte pour en finir avec l’oppression et l’exploitation. Car, tant que le pouvoir de l’Etat persistera entre les mains des représentants de la bourgeoisie, tant que les moyens de production et de distribution continueront à être le monopole de quelques-uns uns, il sera impossible de construire une Europe Unifiée et libre de l’exploitation et de l’oppression, tant pour ses propres « citoyens » que pour les pays à demi colonisés.

11 mars 2005

 

Grupo Germinal
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