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A l’occasion de l’agonie et de la mort de Carol Wojtyla, pape de profession, le catholicisme a été érigé en religion d’Etat : tous les journalistes donnaient du « très saint père » ; impossible d’échapper à la débauche de reportages télévisés et de commentaires dithyrambiques dans la presse écrite, éclipsant le matraquage des lycéens de Lille par les CRS et le reste de l’actualité sociale.
Généraux sabreurs, représentants des partis bourgeois et des partis réformistes, dignitaires de toutes les religions, tout ce que le monde compte de défenseurs du capital et des régimes d’oppression a salué à l’unisson la mémoire de l’un des leurs.
Au Vatican, monarques, chefs d’Etat ou de gouvernements ont assisté aux obsèques du défunt chef de l’église catholique. La sainte famille Bush, le père, le fils et le démocrate (Clinton) sont venus remercier celui qui a tant œuvré pour le rétablissement du capitalisme à l’Est de l’Europe, en Pologne notamment. Tony Blair, Gehrard Schröder, Luiz Ignacio Lula da Silva n’avaient pas raté le rendez-vous.
A Paris le 4 avril, Chirac, Raffarin, de Villepin, Sarkozy, les responsables de la République laïque s’affichaient à la messe. Le ministre de l’Intérieur engageait ses préfets à en faire autant dans leur fief.
Bernadette Chirac, en France comme dans l’enclave italienne, avait recouvert sa tête d’un foulard catholique, autrement dit, autorisé.
De nombreuses municipalités ont mis les drapeaux en berne sur les édifices publics ; c’est notamment le cas de Nantes qui a pour maire Jean-Marc Ayrault, le président du groupe PS à l’Assemblée nationale.
Le 6 avril, Jean-Louis Debré (UMP), président de l’Assemblée nationale, a réclamé « quelques instants de recueillement en hommage au Pape Jean-Paul II ». Tous les députés se sont levés, y compris ceux du PS et du PCF qui n’ont pas jugé nécessaire de sortir de l’hémicycle en bons laïques… Tous recueillis dans cette salle où une large majorité (dont 140 voix PS et 7 voix PCF) a approuvé la loi Chirac contre le voile, loi raciste et discriminatoire qui sert surtout à fustiger une fraction immigrée du prolétariat. Tous silencieux, comme pour entériner le statut concordataire d’Alsace-Moselle, le financement par l’Etat des écoles privées à 95% confessionnelles (et catholiques) malgré la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905.
Jean-Pierre Brard, maire apparenté PCF de Montreuil-sous-Bois, a remporté la médaille (bénite ?). Au moment où les lycéens descendaient dans la rue pour s’opposer à la loi Fillon d’adaptation étroite de l’école aux intérêts du capitalisme français, Brard a pris l’initiative d’un amendement à la loi Fillon imposant « l’enseignement du fait religieux » à l’école publique. Adoption à l’unanimité moins une abstention.
Ainsi, après avoir montré du doigt et exclu quelques jeunes filles voilées, soutenu ou défendu la loi sur la « laïcité » de Chirac (avec LO et LCR), le PS et le PCF se sont empressés de cracher sur les « principes laïques » dont ils avaient la bouche pleine quelques mois auparavant.
Les principes sociaux du christianisme ont justifié l’esclavage antique, glorifié le servage médiéval et s’entendent également, au besoin, à défendre l’oppression du prolétariat, même s’ils le font avec de petits airs navrés.
Les principes sociaux du christianisme prêchent la nécessité d’une classe dominante et d’une classe opprimée et n’ont à offrir à celle-ci que le vœu pieux que la première veuille bien se montrer charitable.
Les principes sociaux du
christianisme placent dans le ciel le dédommagement de toutes les infamies,
justifiant par là leur permanence sur cette terre. […]
Les principes sociaux du christianisme prêchent la
lâcheté, le mépris de soi, l’avilissement, la soumission, l’humilité, bref,
toutes les qualités de la canaille ; le prolétariat qui ne veut pas se
laisser traiter en canaille, a besoin de son courage, du sentiment de sa
dignité, de sa fierté et de son esprit d’indépendance plus encore que de son
pain. Les principes sociaux du christianisme sont des principes de cafard et le
prolétariat est révolutionnaire. (Karl Marx, Le communisme de l’Observateur rhénan, 1847)