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Révolution Socialiste publie l’Appel lancé au mois de décembre 2004 par les associations suivantes : MAI 59 (Mouvement autonome de l’immigration du Nord), CMF (Collectif des musulmans de France), Oumma.com, GRAAF (Groupe de recherches activistes sur l’Afrique), FETAF (Fédération des travailleurs d’Afrique en France), Droit des femmes musulmanes de France, collectif Les Mots sont importants, collectif féministe Les Blédardes, TouTEsegaux.net, Festival permanent contre les lois racistes (Strasbourg), DiverCité (Lyon), ATMF (Association des travailleurs maghrébins de France), groupe de rap « La Rumeur ».
Discriminés à
l’embauche, au logement, à la santé, à l’école et aux loisirs, les personnes
issues des colonies, anciennes ou actuelles, et de l’immigration post-coloniale
sont les premières victimes de l’exclusion sociale et de la précarisation.
Indépendamment de leurs origines effectives, les populations des
« quartiers » sont « indigénisées », reléguées aux marges de
la société. Les « banlieues » sont dites « zones de
non-droit » que la République est appelée à « reconquérir ».
Contrôles au faciès, provocations diverses, persécutions de toutes sortes se
multiplient tandis que les brutalités policières, parfois extrêmes, ne sont que
rarement sanctionnées par une justice qui fonctionne à deux vitesses. Pour
exonérer la République, on accuse nos parents de démission alors que nous
savons les sacrifices, les efforts déployés, les souffrances endurées. Les
mécanismes coloniaux de la gestion de l’islam sont remis à l’ordre du jour avec
la constitution du Conseil français du Culte Musulman sous l’égide du ministère
de l’Intérieur. Discriminatoire, sexiste, raciste, la loi anti-foulard est une
loi d’exception aux relents coloniaux. Tout aussi colonial, le parcage des
harkis et enfants de harkis. Les populations issues de la colonisation et de
l’immigration sont aussi l’objet de discriminations politiques. Les rares élus
sont généralement cantonnés au rôle de « beur » ou de « black »
de service. On refuse le droit de vote à ceux qui ne sont pas
« français », en même temps qu’on conteste
« l’enracinement » de ceux qui le sont. Le droit du sol est remis en
cause. Sans droit ni protection, menacées en permanence d’arrestation et d’expulsion,
des dizaines de milliers de personnes sont privées de papiers. La liberté de
circulation est déniée ; un nombre croissant de Maghrébins et d’Africains
sont contraints à franchir les frontières illégalement au risque de leurs vies.
La France a été
un Etat colonial... Pendant plus de quatre siècles, elle a participé activement
à la traite négrière et à la déportation des populations de l’Afrique
sub-saharienne. Au prix de terribles massacres, les forces coloniales ont
imposé leur joug sur des dizaines de peuples dont elles ont spolié les
richesses, détruit les cultures, ruiné les traditions, nié l’histoire, effacé
la mémoire. Les tirailleurs d’Afrique, chair à canon pendant les deux guerres
mondiales, restent victimes d’une scandaleuse inégalité de traitement.
La France reste
un Etat colonial ! En Nouvelle Calédonie, Guadeloupe, Martinique, Guyane,
Réunion, Polynésie règnent répression et mépris du suffrage universel. Les
enfants de ces colonies sont, en France, relégués au statut d’immigrés, de
Français de seconde zone sans l’intégralité des droits. Dans certaines de ses
anciennes colonies, la France continue de mener une politique de domination.
Une part énorme des richesses locales est aspirée par l’ancienne métropole et
le capital international. Son armée se conduit en Côte d’Ivoire comme en pays
conquis.
Le traitement des
populations issues de la colonisation prolonge, sans s’y réduire, la politique
coloniale Non seulement le principe de l’égalité devant la loi n’est pas
respecté mais la loi elle-même n’est pas toujours égale (double peine,
application du statut personnel aux femmes d’origine maghrébine,
sub-saharienne...). La figure de l’« indigène » continue à hanter
l’action politique, administrative et judiciaire ; elle innerve et
s’imbrique à d’autres logiques d’oppression, de discrimination et
d’exploitation sociales. Ainsi, aujourd’hui, dans le contexte du
néo-libéralisme, on tente de faire jouer aux travailleurs immigrés le rôle de
dérégulateurs du marché du travail pour étendre à l’ensemble du salariat encore
plus de précarité et de flexibilité.
La gangrène
coloniale s’empare des esprits L’exacerbation des conflits dans le monde, en
particulier au Moyen-Orient, se réfracte immédiatement au sein du débat
français. Les intérêts de l’impérialisme américain, le néo-conservatisme de
l’administration Bush rencontrent l’héritage colonial français. Une frange
active du monde intellectuel, politique et médiatique français, tournant le dos
aux combats progressistes dont elle se prévaut, se transforme en agents de la
« pensée » bushienne. Investissant l’espace de la communication, ces
idéologues recyclent la thématique du « choc des civilisations » dans
le langage local du conflit entre « République » et
« communautarisme ». Comme aux heures glorieuses de la colonisation,
on tente d’opposer les Berbères aux Arabes, les Juifs aux
« Arabo-musulmans » et aux Noirs. Les jeunes « issus de
l’immigration » sont ainsi accusés d’être le vecteur d’un nouvel
anti-sémitisme. Sous le vocable jamais défini d’« intégrisme », les
populations d’origine africaine, maghrébine ou musulmane sont désormais
identifiées comme la Cinquième colonne d’une nouvelle barbarie qui menacerait
l’Occident et ses « valeurs ». Frauduleusement camouflée sous les
drapeaux de la laïcité, de la citoyenneté et du féminisme, cette offensive
réactionnaire s’empare des cerveaux et reconfigure la scène politique. Elle
produit des ravages dans la société française. Déjà, elle est parvenue à
imposer sa rhétorique au sein même des forces progressistes, comme une
gangrène. Attribuer le monopole de l’imaginaire colonial et raciste à la seule
extrême-droite est une imposture politique et historique. L’idéologie coloniale
perdure, transversale aux grands courants d’idées qui composent le champ
politique français.
La décolonisation
de la République reste à l’ordre du jour ! La République de l’Egalité est
un mythe. L’Etat et la société doivent opérer un retour critique radical sur
leur passé-présent colonial. Il est temps que la France interroge ses Lumières,
que l’universalisme égalitaire, affirmé pendant la Révolution Française,
refoule ce nationalisme arc-bouté au « chauvinisme de l’universel »,
censé « civiliser » sauvages et sauvageons. Il est urgent de
promouvoir des mesures radicales de justice et d’égalité qui mettent un terme
aux discriminations racistes dans l’accès au travail, au logement, à la culture
et à la citoyenneté. Il faut en finir avec les institutions qui ramènent les
populations issues de la colonisation à un statut de sous-humanité.
Nos parents, nos
grands-parents ont été mis en esclavage, colonisés, animalisés. Mais ils n’ont
pas été broyés. Ils ont préservé leur dignité d’humains à travers la résistance
héroïque qu’ils ont mené pour s’arracher au joug colonial. Nous sommes leurs
héritiers comme nous sommes les héritiers de ces Français qui ont résisté à la
barbarie nazie et de tous ceux qui se sont engagés avec les opprimés,
démontrant, par leur engagement et leurs sacrifices, que la lutte
anti-coloniale est indissociable du combat pour l’égalité sociale, la justice
et la citoyenneté. Dien Bien Phu est leur victoire. Dien Bien Phu n’est pas une
défaite mais une victoire de la liberté, de l’égalité et de la
fraternité !
Pour ces mêmes
raisons, nous sommes aux côtés de tous les peuples (de l’Afrique à la
Palestine, de l’Irak à la Tchétchénie, des Caraïbes à l’Amérique latine...) qui
luttent pour leur émancipation, contre toutes les formes de domination
impérialiste, coloniale ou néo-coloniale.
Nous, descendants
d’esclaves et de déportés africains, filles et fils de colonisés et d’immigrés,
NOUS, Français et non-Français vivant en France, militantes et militants
engagé-es dans les luttes contre l’oppression et les discriminations produites
par la République post-coloniale, lançons un appel à celles et ceux qui sont
parties prenantes de ces combats à se réunir en Assises de l’anti-colonialisme
en vue de contribuer à l’émergence d’une dynamique autonome qui interpelle le
système politique et ses acteurs, et, au-delà, l’ensemble de la société française,
dans la perspective d’un combat commun de tous les opprimés et exploités pour
une démocratie sociale véritablement égalitaire et universelle.
Le 8 mai 1945, la
République révèle ses paradoxes : le jour même où les Français fêtent la
capitulation nazie, une répression inouïe s’abat sur les colonisés algériens du
Nord-Constantinois : des milliers de morts !
Le 8 mai
prochain, 60ème anniversaire de ce massacre, poursuivons le combat anticolonial
par la première Marche des indigènes de la République !
Le Groupe bolchevik participera à la « Marche des Indigènes de la République » parce qu’il approuve sans réserve la dénonciation qui vertèbre l’Appel, du passé et du présent colonial de l’Etat français. Il considère la lutte contre son propre impérialisme comme le premier de ses devoirs. Haïssant le chauvinisme bleu blanc rouge, la défense patriote des exploiteurs français et de l’Etat bourgeois à leur service, il a fait sienne la devise de Karl Liebknecht : « L’ennemi est dans notre propre pays ».
Le Groupe bolchevik ne plonge pas ses racines dans le culte de la « République une et indivisible » mais dans la lutte des insurgés de mai 1848 tombant sous les balles de la IIe république, dans le combat des Communards de 1871 assassinés par la IIIe république, dans la révolution russe d’Octobre 1917 attaquée par une coalisation dont l’armée républicaine française fut partie prenante, dans la résistance de toutes les populations colonisées par les troupes des républiques bourgeoises que la France a connues.
Les militantes et militants du Groupe bolchevik défileront à Paris à la mémoire des Algériens massacrés à Sétif le 8 mai 1945, pour le retrait immédiat de toutes les troupes françaises qui sévissent de Côte d’Ivoire à l’Afghanistan, la fermeture de toutes les bases militaires tricolores, en soutien à tous les travailleurs étrangers et leurs familles privés de papier et soumis aux rafles, pour la défense de tous les opprimés et exploités, dont la fraction immigrée ou d’origine immigrée du prolétariat constitue la partie la plus discriminée.
Les partis qui sont nés des luttes de la classe ouvrière, qui se sont appelés « socialiste » puis « communiste » en donnant à ces mots un sens marxiste, les syndicats qui leur sont liés, ont abandonné depuis longtemps le combat pour le pouvoir ouvrier. Tous s’accommodent du maintien du capitalisme et des Etats par lesquels la bourgeoisie exerce sa domination. Cette allégeance a pour conséquence de faciliter l’agression sans cesse renouvelée du Capital contre le Travail, avec son cortège de misères pour le prolétariat, de pillages des pays dominés. PS et PCF se sont ralliés sans vergogne aux « politiques d’immigration », ont adopté des lois répressives quand ils formaient la majorité parlementaire (lois Chevènement et Vaillant). Ils refusent la régularisation de tous les sans-papiers. 147 de leurs députés ont voté la loi raciste et discriminatoire contre le voile, alors qu’à l’unanimité à l’Assemblée nationale, ils ont rendu hommage, debout, au chef de l’Eglise catholique qui a toujours accompagné la coloinisation. A propos de la loi scélérate « portant reconnaissance de la nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés », promulguée le 23 février 2005, PS et PCF se sont déclarés en désaccord avec le montant des indemnisations, mais pas un de leurs députés ne s’est indigné de ce que :
La Nation exprime sa reconnaissance aux femmes et aux hommes qui ont participé à l’œuvre accomplie par la France dans les anciens départements français d’Algérie, au Maroc, en Tunisie et en Indochine ainsi que dans les territoires placés antérieurement sous la souveraineté française. Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit.
Qui a oublié que le PS et le PCF ont voté les pouvoirs spéciaux en 1956 pour « pacifier l’Algérie » ? Auparavant, alors qu’ils sont au pouvoir en 1936, ils maintiennent la botte de la république sur les colonies. Idem en 1945, au moment des massacres de Sétif, et en octobre de la même année pour l’Indochine ; en 1947 ils sont encore au gouvernement quand l’armée réprime à Madagascar. Le gouvernement Mitterrand-Fabius, appuyé sur une majorité parlementaire PS-PCF-PRG, liquide les dirigeants Kanaks en 1984 et continue l’oppression de ce qu’ils appellent la « Nouvelle Calédonie ».
Le PCF, à Vitry en 1980, a attaqué au bulldozer un foyer de travailleurs immigrés. En 1981, il a pris l’initiative d’une ratonnade à Montigny-les-Cormeilles en désignant un innocent comme « le Marocain-pourvoyeur-de-drogue » à la vindicte médiatisée. Au travers de SOS-Racisme, le PS et ses alliés dévoie la bataille pour l’égalité des droits et prêche « l’intégration » individuelle dans la république bourgeoise, le « devenez un vrai Français ». Avec Ni Putes-Ni Soumises, il complète le tableau : les banlieues sont les lieux de l’oppression des femmes, les ennemis des femmes sont musulmans.
Trois jours avant la date prévue pour la tenue des Assises auxquelles convie l’Appel des Indigènes de la République, la CGT a annulé le prêt de la salle.
La LCR a commis, le 7 avril 2005, une dénonciation de cette déclaration que nombre de ses militants et les JCR avaient pourtant signée. La direction de la LCR s’est reconnue dans la description que l’Appel donne des renégats à la cause des opprimés. La LCR estime que le « communautarisme » menace la république dés que les signataires d’un appel ont des noms aux consonances peu gauloises. Elle ne peut tolérer la signature de Ramadan mais peut participer au même référendum que Le Pen et de Villiers et utiliser le même vote « non ».
LO est sur la même ligne, qu’elle essaie de maquiller plus gauche (Lutte Ouvrière, 11 mars 2005) : quand l’Appel dénonce la France, il engloberait patrons et ouvriers, gouvernement et gouvernés, oppresseurs et opprimés. LO a décidé de ne pas comprendre que la France, c’est l’Etat français. Pourtant, quand par exemple dans sa revue Lutte de classe (n°86), LO écrit que « les accords de Marcoussis, en janvier 2003, [sont signés] sous l’égide de la France », elle ne doit pas vouloir dire que ce sont les ouvriers du bâtiment, ou les instituteurs qui décidaient… Mais LO refuse surtout son soutien à l’Appel des Indigènes de la République parce qu’elle a été la championne de la loi Chirac contre le voile musulman que seul un catholique fervent peut prendre pour une loi laïque, puisqu’elle permet de poursuivre le financement des écoles privées à 95 % catholiques.
La faiblesse de l’Appel est de ne pas désigner
clairement l’adversaire et de rester fort vague quant aux perspectives. Ainsi,
il s’en prend au « contexte du
néolibéralisme » pour préconiser « l’émergence d’une dynamique autonome qui interpelle le système
politique et ses acteurs, et, au-delà, l’ensemble de la société française, dans
la perspective d’un combat commun de tous les opprimés et exploités pour une
démocratie sociale véritablement égalitaire et universelle ».
Parler de « néo-libéralisme », c’est trop concéder aux sociaux-impérialistes des bureaucraties syndicales, du PS, du PCF et de la LCR. De cette manière, les réformistes accusent une idéologie ou une politique, et non les rapports sociaux capitalistes. Il suffirait d’un meilleur gouvernement, ou même de persuader l’actuel gouvernement d’infléchir sa politique pour améliorer la situation du pays tout entier et donc le sort des travailleurs.
Toutes les exigences d’égalité sont justifiées ! Mais les revendications sérieuses amènent à mettre en cause le gouvernement Chirac, la Ve République, l’Etat bourgeois et le capitalisme mondial. Seule la classe ouvrière est capable de détruire la République bourgeoise et d’exproprier le capital. Elle doit arracher le pouvoir à la classe dominante, à la bourgeoisie. Cette révolution ouvrira la voie au socialisme, qui ne peut être que mondial.
Il est donc naïf de s’adresser « au système politique » et à tous ses « acteurs », car l’Etat et ses dirigeants ont pour fonction de protéger les rapports d’exploitation, à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières. L’Etat actuel est l’héritier du colonialisme et le défenseur actuel du capitalisme et de l’impérialisme français. La classe dominante est numériquement réduite. Son « système politique » et tout son personnel politique jouent en permanence de la répression, mais aussi du nationalisme, et de la xénophobie, pour souder à leurs côtés les petits-bourgeois et les prolétaires, pour diviser les rangs des travailleurs. Pour compléter, ils accordent des prébendes aux appareils des organisations ouvrières et à certaines associations locales et nationales (SOS Racisme, Ni putes ni soumises, LDH, ATTAC…) qui, en retour, sont chargées d’agir au sein des masses pour maintenir l’ordre bourgeois.
Pour ne pas leur laisser les mains libres, les éléments les plus décidés parmi les travailleurs doivent se regrouper. Pour purger le mouvement ouvrier français du chauvinisme, du réformisme et des traîtres, les marxistes s’appuient sans crainte sur ses membres les plus exploités et les plus opprimés, les chômeurs, les jeunes Arabes et Noirs, les prolétaires non qualifiés, les femmes travailleuses et les travailleurs immigrés de toutes origines.
Le GB propose aux militants de l’Appel de construire ensemble un tel parti, ouvrier, internationaliste et révolutionnaire.