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Révolution Socialiste publie, avec son accord bien qu’il ne soit pas membre du Collectif Révolution Permanente, des extraits de la déclaration du GRA d’Autriche (Groupe pour une politique ouvrière révolutionnaire). Les erreurs ou les contre-sens possibles sont imputables à notre traduction.

 

Un autre monde est nécessaire !

Pour la république socialiste mondiale des conseils ouvriers !

 

Le 20 mars a marqué le deuxième anniversaire de la deuxième guerre impérialiste contre l’Irak. A travers le monde, des milliers de travailleurs ont manifesté pour le retrait des troupes impérialistes d’un pays deux fois occupé.

 

Dehors les troupes d’occupation ! Pour le droit à l’autodétermination du peuple irakien !

 

Les armées des USA et de Grande Bretagne, secondées par les soldats de 27 Etats, doivent garantir en Irak non seulement l’exploitation de la classe ouvrière et des matières premières pour leurs grands groupes capitalistes, mais aussi les intérêts géopolitiques de la plus grande puissance mondiale, les USA. Mais les impérialismes européens, d’abord sceptiques contre le coup militaire américain, préférant continuer à affamer les masses irakiennes avec l’embargo de l’ONU, veulent maintenant participer au dépeçage du pays. Naturellement, les entreprises autrichiennes veulent prendre part à la « reconstruction de l’Irak » pour s’enrichir. Malgré l’appât du gain et les conditions de concurrence déséquilibrées avec les entreprises américaines, l’occupation de l’Irak sert les intérêts de tous les impérialismes du monde. Les « droits de l’homme » y sont subordonnés : la torture à Abu Ghraib, la destruction de Fallouja, les bombardements qui frappent toujours les « rebelles » s’accompagnent de la persécution des ouvriers militants de l’industrie pétrolière et de la terreur contre les syndicats.

En tant que marxistes, nous défendons le droit à l’autodétermination des peuples et nations dominés. Par conséquent nous défendons aussi le droit des masses irakiennes à armer la résistance contre les occupants impérialistes et saluons chacune des défaites militaires impérialistes. En même temps, nous mettons en garde contre l’impasse de l’islamisme et du nationalisme réactionnaire des mouvements de « libération » : la lutte contre l’occupant prendra sous cette direction un tournant réactionnaire- que ce soit avec son objectif d’un Etat fondé sur la propriété privée, ou avec celui peu réaliste d’un « Irak indépendant », où l’étroite couche de bourgeoisie locale, appuyée sur un appareil d’Etat et militaire approprié, exploitera les paysans et ouvriers irakiens pour ses propres intérêts.

Les partis petits-bourgeois et bourgeois kurdes se sont faits les collaborateurs de l’agression impérialiste, en se plaçant militairement de son côté et en soutenant la farce des élections. En finir avec l'oppression des Kurdes en IraK, en Iran, en Syrie et en Turquie ne peut résulter que de la lutte commune et victorieuse des Kurdes pour leur droit à l'autodétermination et de chaque classe ouvrière de ces pays.

 

La « vieille Europe », une caverne de brigands.

 

Vu les nouvelles menaces américaines de guerre contre l'Iran, de nouveaux conflits vont apparaître entre les impérialismes américains et européens. La bourgeoisie britannique et la direction de son New-Labour fidèle et dévouée, alliées les plus étroits de Washington au cours de la guerre contre l’Irak, se montrent moins enthousiastes pour un coup militaire contre l’Iran. Rien qu'au cours de l'an passé, 100 entreprises anglaises se sont installées en Iran. Le capital britannique, français, allemand et russe est attiré surtout par les promesses de bénéfices du programme atomique iranien.

Malgré tout le verbiage sur « l'unification européenne », dans le cadre de l'UE les décisions des impérialistes de la « vieille Europe » sont prises comme auparavant sur la base de leurs intérêts nationaux respectifs. Même en cas d'union entre eux, ils ne pourraient affronter ni politiquement ni économiquement les USA.

Ainsi, chacune des bourgeoisies nationales des États européens – peu importe si des partis bourgeois, sociaux-démocrates ou verts participent aux gouvernements - fait sa « paix personnelle » avec l'impérialisme américain : À Berlin les gouvernements rouge-vert autour de Schröder et Fischer ont réussi à renforcer le contingent de la Bundeswehr en Afghanistan. De cette façon, ils donnent plus de latitude aux troupes américaines en Irak - et peuvent en même temps s'établir plus fortement en Indouchie ; des unités françaises et espagnoles, coordonnées avec les USA, contrôlent Haïti.

Accroché aux jupes de l'impérialisme allemand, le capital autrichien a aussi participé indirectement à des conflits armés ou les a attisés. Le ministre de la Défense de l'époque pouvait déclarer avec une satisfaction ouverte en 2004 :

Avec ses engagements à l’étranger, l'armée fédérale a montré une série de succès impressionnante. Avec l'engagement en Bosnie, l'armée fédérale sous l'égide de l’UE a envoyé 135 soldats. Notre contingent dans la KFOR concerne actuellement 600 hommes. Les troubles les plus récents au Kosovo sont un signal clair qui nécessite un engagement international permanent dans ce secteur. L'Autriche a 370 soldates et soldats postés sur le Golan. Nous enverrons en Afghanistan jusqu'à dix officiers d’Etat major, en plus d’une série d'observateurs militaires et d’officiers de liaison. Au total, actuellement environ 1 100 soldats et soldates sont engagés à l'étranger - pour un petit pays comme l'Autriche, c’est un nombre considérable. Nous participerons de plus en plus à l’engagement de paix à l'étranger.

Les impérialismes européens essaient en même temps naturellement de ne pas être en retard sur l'exploitation internationale des pays coloniaux et semi-coloniaux. L'Autriche n'a pas seulement participé militairement à la « paix » dans les Balkans. La participation à l'exploitation économique des Balkans et de l'Europe centrale est aujourd'hui, pour un aussi petit pays, énorme. L'armée française est intervenue militairement en Côte d'Ivoire à l’automne 2004 après le bombardement de l’aéroport, pour protéger les intérêts des capitalistes français - un quart de l'économie ivoirienne se trouve être la propriété d'entreprises françaises -. Voilà pour Jacques Chirac le « pacifiste » qu’il y a à peine deux ans la « gauche » avait salué, à cause de son refus devant l'intervention américaine en Irak…

Encore et toujours, les impérialistes font hypocritement approuver leurs actions militaires par ce qu’ils appellent « les mandats de l’ONU ». De cette façon, ils laissent entendre que l'ONU serait un instrument de paix au-dessus des classes. Comme produit de la deuxième guerre mondiale, l'ONU a été le garant de « l'ordre mondial » alors créé. Avec l'effondrement de l'URSS, l'ONU est devenue aujourd'hui la feuille de vigne des expéditions impérialistes. L'embargo meurtrier contre l'Irak a coûté la vie à des centaines de milliers d’enfants, de femmes et d’hommes irakiens et a servi de préparation à l'agression militaire par la coalition impérialiste. Nous rejetons donc résolument chaque participation des troupes autrichiennes à ce qu’elles appellent les « efforts de paix ».

 

Solidarité avec la résistance des masses palestiniennes !

 

Les impérialistes n’ont aucun intérêt à céder aux revendications d’autodétermination nationale du peuple palestinien ni à lui céder un seul millimètre.

Tant qu’Israël demeure, gendarme de l’impérialisme au Proche-Orient, ce ne sera pas un refuge mais un piège pour les ouvriers et paysans juifs. La seule condition pour une solution au conflit du Proche-Orient est la destruction de l’Etat d’Israël sur-armé par l’impérialisme, appuyé sur une base religieuse aussi bien que sur la négation des droits des populations arabes et palestiniennes. La perspective ne peut être qu’un seul Etat palestinien, laïque et multiethnique, dans lequel les travailleurs palestiniens, arabes et juifs puissent vivre ensemble et en paix, dans l’égalité des droits et non plus opprimés.

Mais une telle solution n’est pas possible tant que le Proche-Orient reste le jouet des intérêts impérialistes. Une telle solution doit coïncider avec le combat pour la révolution socialiste dans toute la région et contenir la perspective des Etats Unis Socialistes du Proche-Orient. Il est de la responsabilité du mouvement ouvrier international de soutenir le combat des masses palestiniennes.

 

Contre l’oppression nationale et contre le racisme dans l’Europe des capitalismes !

 

Guerre et occupation – voilà les caractéristiques de l'impérialisme, stade suprême du capitalisme, comme Lénine a caractérisé l'époque de la concentration et de l'exportation de capitaux. Au coeur de la prétendue "Europe unie" les troupes de l'impérialisme britannique sont encore en Irlande et empêchent la réalisation de l'unité nationale de « l'île verte » ; le gouvernement social-démocrate à Madrid veut empêcher, en lien avec le Parti Populaire discrédité de l’ex Premier Ministre Aznar, le référendum en Euskadi (pays basque) sur l'avenir des provinces basques et les menace en déplaçant ses troupes dans les régions concernées.

En Autriche, les droits des minorités nationales - Slovènes, Croates, Roms - sont comme avant niés. La loi bourgeoise prévoit qu’une de ses mesures les plus minimales ne soit pas appliquée, à savoir l'établissement de panneaux urbains bilingues.

Le chauvinisme et le racisme sont des instruments de division essentiels de la bourgeoisie. Grâce à eux, elle veut empêcher une réponse unie des ouvriers et de la jeunesse, quelle que soit leur langue ou leur provenance, contre les attaques à leurs conditions de vie, à leurs conditions d’études et à leur avenir, par la création de boucs émissaires. Nous soutenons donc toutes les tentatives des minorités nationales pour leur droit à l'auto-détermination, et tous les combats contre les « lois spéciales pour les étrangers », les lois réactionnaires sur l’asile, les expulsions et toute discrimination religieuse ou nationale.

Nous exigeons une Europe aux frontières ouvertes pour tout homme, indépendamment de son origine et de sa religion. Nous sommes toutefois sans illusion : l’Europe des capitalistes impérialistes ne trouvera pas d’autre voie que la division complète. Qu’elle réduise ou régularise selon ses intérêts le flot des réfugiés économiques dans les centres impérialistes, elle contribue et a contribué de façon décisive depuis cent ans à ravager les conditions de vie des hommes dans chaque pays, pour maximiser ses profits.

 

Pas de défense de la « neutralité autrichienne » – Combat contre le militarisme bourgeois !

 

La constitution de l'UE, célébrée par une partie des bourgeoisies européennes comme un jalon vers l’unification de l'Europe, signe l’oppression nationale. La défense des États existants et de leurs frontières sera explicitement la préoccupation de cette "Europe unie" – ce qui n’est qu'à première vue un paradoxe.

La constitution de l'UE, "Bruxelles" ou les "eurocrates" rendus responsables du cours réactionnaire des gouvernements bourgeois nationaux, est ce qui contribue à renverser la réalité sur la tête, à semer des illusions sur les possibilités de « souveraineté nationale » à l’époque impérialiste et à préparer des alliances avec des « fractions démocratiques » de la bourgeoisie. La militarisation de l’UE, comme les partisans de la « paix entre les peuples » la dénoncent, n’est en aucune mesure imposée contre leur volonté aux États européens par un mystérieux pouvoir à Bruxelles. Elle correspond bien plutôt aux intérêts de chacune des bourgeoisies européennes, qui veulent assurer et étendre à l’intérieur et à l’extérieur leur pouvoir.

L’appel à la manifestation du 19 mars invoque le maintien de la « neutralité autrichienne ». Le capitalisme autrichien n’est et n’a jamais été neutre. Dès les années 1945 à 47, ont été posés les jalons menant à l'intégration de l'Autriche dans le camp de l'impérialisme mondial. Depuis 1950, c’est avec l'aide et le soutien militaire des alliés occidentaux que la colonne vertébrale de la future armée fédérale a été élevée. Avec la participation de soldats et policiers autrichiens aux dites missions de l’ONU, la bourgeoisie autrichienne est intervenue, sous couvert du « droit international » entre autres à Chypre, dans le Proche-Orient, en Bosnie, pour maintenir l'ordre mondial impérialiste existant.

La défense de la prétendue neutralité autrichienne sème l'illusion selon laquelle le capitalisme autrichien pourrait garantir la paix, stabiliser et selon la jolie formule, sortir vainqueur du vilain monde « globalisé ». Comme marxistes révolutionnaires, nous rejetons sévèrement le militarisme bourgeois dans tous ses aspects. Si nous faisons de l’agitation contre la participation de l'Autriche aux combats de l'UE, nous ne le faisons pas parce que nous courrons derrière le mythe de la neutralité, mais parce que nous combattons chaque action militaire de l'impérialisme autrichien lui même !

La lutte contre le militarisme implique évidemment une lutte contre la police de l’intérieur ou l’armement en vue de la guerre civile. Nous rejetons résolument toutes les tentatives en direction d'une armée professionnelle. Car elle serait coupée de la classe ouvrière et sera utilisée contre elle, dès que - comme en 1934 – cela deviendra nécessaire aux capitalistes. Il faut se rappeler les cas découverts récemment de calvaire réservé aux recrues de l’armée fédérale, scandale qui n’est pas isolé : Les recrues de base du service militaire n'ont pas seulement été abusés et humiliés - les tortionnaires ont suivi un entraînement au cours duquel une manoeuvre militaire contre des manifestations anti-guerre a été simulée. Les médias bourgeois ne se sont évidemment pas attardés sur ces circonstances. Cet incident montre à quel point la bourgeoisie prend au sérieux l'ordre constitutionnel, l'armée fédérale comme instrument dressé contre les menaces venant de l'extérieur comme de l’intérieur.

Nous ne manifestons pas par hasard sous le mot d’ordre central de Karl Liebknecht : « L'ennemi principal est dans notre propre pays ! ». Le combat contre sa propre bourgeoisie est effectivement la seule solution pour la solidarité internationale. Les attaques contre les salaires, les horaires de travail, les conditions de travail, les attaques contre l'allocation de chômage, la privatisation des retraites, la destruction de l’instruction publique et de la santé publique ne sont pas les objectifs d'une toute-puissante bureaucratie paneuropéenne qui appliquerait sa volonté au moyen des institutions de l'UE. La synchronisation de ces attaques à l'échelle européenne est une expression des intérêts communs de chaque bourgeoisie nationale, du fondement de l'exploitation capitaliste – l’extraction aussi rentable que possible, au compte de la bourgeoisie, de la plus-value socialement produite.

 

Pour la construction du parti ouvrier révolutionnaire ! Pour la république socialiste universelle des conseils ouvriers !

 

La lutte contre la guerre et l’occupation dans toutes les régions du monde ne peut être menée efficacement qu'avec les méthodes de la lutte de classe prolétarienne. Au lieu d’appels à la paix adressés aux gouvernements ou à l'ONU nous devons nous adresser aux travailleurs dans chaque pays. Ils peuvent avec le boycott des transports militaires, avec la grève contre l'industrie de guerre, avec les manifestations et une palette entière d'actions extraparlementaires s’attaquer à l'impérialisme.

Que de telles actions soient réduites et isolées est dû au fait que la classe ouvrière aujourd’hui dans aucun pays ne dispose d'une vraie direction révolutionnaire qui organise et enseigne de telles luttes. Les partis sociaux-démocrates qui affirment comme auparavant représenter sous quelque forme que ce soit les intérêts des travailleurs, mènent pratiquement une politique purement bourgeoise. En tant que partis ouvriers bourgeois (partis bourgeois issus du mouvement ouvrier, comme avant liés au prolétariat surtout à travers les syndicats, et considérés par lui comme « ses » partis), ils se font la courroie de transmission des intérêts capitalistes dans la classe ouvrière. Les bureaucraties des syndicats sont intégrées à l'État bourgeois - en tant que « partenaires sociaux » ils prêchent la réconciliation des intérêts entre capital et travail et espèrent pouvoir gérer la crise par le « dialogue social ».

Les post-staliniens du PK essaient d'occuper la place de la social-démocratie classique et réformiste. Chez eux aussi le socialisme est relégué aux dimanches et jours de fête, et ils s'efforcent alors de contribuer activement à la création d'un « ordre mondial social ». Ensemble, ces « dirigeants » défendent l’utopie d’un capitalisme « plus humain ». Nous dénonçons cette stratégie comme une impasse. Dans la mesure où le mouvement mène des actions progressistes sous cette direction néanmoins bornée et obtient pour cela un soutien plus large, nous y participerons de façon critique. Nous faisons cela dans le but de construire un parti ouvrier révolutionnaire et essayons de gagner la partie progressiste du mouvement.

Car le prolétariat a besoin d’un parti qui puisse indiquer aux ouvriers une perspective complètement indépendante de la bourgeoisie. Cette perspective ne peut pas être une réforme du système capitaliste, mais seulement son effondrement par des moyens révolutionnaires. La lutte du prolétariat est nationale dans sa forme, internationale dans son contenu, a montré Karl Marx dès 1847. C'est pourquoi nous faisons de la propagande pour la création d'une Internationale ouvrière révolutionnaire. Seules la solidarité internationale du prolétariat mondial, la lutte internationale contre le capital et ses agents, peuvent en finir une fois pour toutes avec les crises, les guerres et la misère générés par le système impérialiste.

Il s'agit d'organiser dans chaque pays la lutte contre l'impérialisme et sa propre bourgeoisie. La chute et l'expropriation de la bourgeoisie, la destruction des appareils d'État bourgeois, l'établissement de gouvernements ouvriers (gouvernements ouvriers et paysans selon les cas dans les pays coloniaux et semi-coloniaux) et la prise du pouvoir par des conseils élus et révocables à tout moment sont nécessaires à l'établissement de fédérations d'États socialistes sur tous les continents et en fin de compte dans le monde entier.

Mars 2005