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Le gouvernement SPD-Verts, serviteur zélé du capitalisme, prépare le retour de la CDU

 

L'impérialisme allemand recouvre sa puissance politique

 

Depuis la réunification, l’impérialisme allemand n’est plus un « nain politique », il a impulsé la dislocation de la Yougoslavie en se dressant contre les impérialismes américain, anglais et surtout français dans cette région. Avec l’Union européenne, l’impérialisme allemand compte exploiter pour son compte et au détriment des autres impérialismes les pays pauvres où le capital a été restauré. L’Allemagne en devenant  la première à obtenir un accès direct aux gisements de gaz naturel russes, est en outre le principal partenaire commercial de la Russie, tandis que la Russie est devenue le principal fournisseur de  l'Allemagne en hydrocarbure. 

Dans l’Union européenne, les Etats nationaux sont loin de disparaître. Lors de sa première législature de 1998 à 2002, Schröder a transformé la Bundeswehr en armée d’intervention extérieure et a ainsi lancé, avec Joschka Fischer, ministre Vert des Affaires étrangères, la première opération militaire allemande hors de ses frontières depuis 1945. Le SPD et les Verts décident sans difficulté la participation aux opérations militaires au Kosovo en 99, en Macédoine et en Afghanistan  en 2001. L’Impérialisme allemand prend part activement à la « reconstruction » de l'économie afghane : un accord vise à y protéger les investisseurs et à promouvoir le capital privé, tandis qu'il aidera l'Afghanistan à améliorer son système judiciaire.

La Bundeswehr compte plus de 3 000 soldats au Kosovo, plus de 2 000 en Afghanistan, plus de 1 000 en Bosnie. Aujourd’hui, le gouvernement allemand est prêt à investir plusieurs milliards d'euros dans la défense. Le parlement allemand a engagé l'Allemagne dans le futur dispositif de sécurité de l'OTAN avec sa capacité de destruction par impact ou « hit to kill ». Le projet de réforme des Nations Unies compte dans ses conditions « élargir et renforcer le rôle de l’Allemagne », candidate à un siège permanent au Conseil de sécurité.

Dès le 19 septembre 2001, le gouvernement allemand a épousé la lutte contre le terrorisme, interdisant 21 associations musulmanes, multipliant les poursuites avec un système d’enquête par ciblage, utilisé dans les années 70 contre le mouvement ouvrier. En 2001, Fischer a ordonné que les bombardements de Washington sur l’Irak ne soient pas critiqués.  La police criminelle (BKA) de l'Allemagne entretient en  outre des contacts très intenses avec la Russie dans la « lutte contre le terrorisme international et le crime organisé » « pour mettre la main sur les terroristes où qu'ils se trouvent » et notamment en Tchétchénie.

En Afrique, l’impérialisme allemand rivalise aussi avec ses concurrents. Le Parlement allemand va envoyer 75 soldats au Soudan en tant qu'observateurs militaires dans le cadre de la « force de maintien de la paix » des Nations unies. C’est l’Allemagne enfin qui assure, au Kenya, la sécurité pour ses intérêts dans les stations hydrauliques.

Au Togo, l'un des pays les plus pillés de la planète, l’impérialisme allemand tente de reconquérir une influence. Il en est, en effet, l’ex-colonisateur : en 1883, Bismarck impose un protectorat sur le Togo et met en place une économie de plantations du cacao et du café. La révolte des Kabiyés (1890) et celle des Konkomba (1897-1898) sont matées brutalement. L’Allemagne fait construire les lignes de chemin de fer en recourant massivement aux travaux forcés dans son « Togoland ». En 1894, le capitaine de la colonie déclarait :

La langue éwé est et reste un dialecte nègre sauvage, extrêmement primitif, qu'il est utile d'apprendre [...] pour pouvoir se comprendre avec ses travailleurs. Toutefois, la langue d'un peuple civilisé est bien supérieure aux balbutiements de tous ces Nègres, à mi-chemin entre la langue des hommes et celle des singes.

L’impérialisme allemand soutient l’opposition qui a depuis son ambassade dénoncé le processus électoral et a appelé à la mise en place d’un gouvernement de transition dirigé par un de ses membres. Pour sa part, la France soutient l’héritier d’Eyadéma et Michel Barnier, ministre des Affaires étrangères, a jugé les conditions du scrutin présidentiel «satisfaisantes même si on a dû constater des incidents isolés ». 

 

Sur fond de croissance faible

 

Si l’Allemagne demeure la troisième puissance économique mondiale après les États-Unis et le Japon, le taux de croissance de son économie a été, entre 1991 et 2001, de 1,5 % par an, le plus faible de tous les pays de l’OCDE hormis la Suisse et le Japon… Viennent ensuite trois années de stagnation. La Bundesbank prévoit pour 2005 une croissance de 0,8 %, et un déficit de 3,5 %. Le gouvernement Schröder a entrepris d’y remédier, en baissant le nombre des fonctionnaires, de la Fédération aux communes. La réforme du pacte de stabilité adoptée le 20 mars 2005 vole egalement au secours de ces déséquilibres : l’Allemagne qui donnait des leçons de rigueur budgétaire aux pays de la zone euro quand cela l’arrangeait a maintenant modifié la règle concernant les déficits budgétaires, avec l’accord de l’impérialisme français qui dépassait lui aussi « les critères » de Maastricht. Voilà qui illustre encore la domination des grands impérialismes sur le reste de l’Europe.

La production industrielle a reculé de 2,2% en Allemagne au mois de février. Le secteur de la construction, en saturation depuis 1995, a chuté de 13,8% et détruit plus d’emplois qu’il n’en crée. L'activité de l'industrie manufacturière vient à son tour de ralentir en Allemagne pour la première fois en cinq mois.

L’économie allemande est fortement dépendante de ses exportations, et donc de l’état de l’économie mondiale, avec un excédent commercial historique de 158 milliards d’euros en 2004.

« Pendant la première moitié des années 1990, le coût élevé du travail a contribué à la dégradation de la compétitivité internationale de l’Allemagne » note L'Observateur de l’OCDE nº237, en mai 2003. «Une forte protection légale contre les licenciements, de solides barrières contre l’augmentation de la flexibilité, des taux d’indemnisation du chômage et une assistance sociale qui n’incitent pas au travail » sont les obstacles que le capitalisme allemand entend abattre pour faire payer sa crise à la classe ouvrière.

C’est en Europe que le prolétariat concentre encore aujourd’hui les acquis économiques, sociaux et politiques les plus importants. Pour les impérialismes européens et pour le capital international, l’offensive généralisée engagée par les Etats bourgeois contre leurs prolétariats doit redoubler d’ampleur. Il devient indispensable que l’impérialisme allemand devienne un véritable leader politique, et c’est à cette fin que le gouvernement Schröder frappe systématiquement le prolétariat allemand pour tenter de lui infliger une défaite politique. Il applique la politique nécessaire au grand patronat : faire baisser la valeur de la force de travail dans toute l’Allemagne, détruire la sécurité sociale, multiplier les licenciements, recréer une masse permanente de chômeurs. L’Etat bourgeois se dispose pour mater toute résistance  : le 1er mai, la répression par quelque 6500 policiers convergeant de toute l'Allemagne à Berlin a fait 130 blessés et plus de 300 militants ouvriers ont été interpellés qui tentaient d’empêcher l’extrême droite de défiler.

 

Baisse de la valeur de la force de travail

 

La bourgeoisie allemande a réussi à faire baisser le salaire moyen de 2,6 % entre 1991 et 2002, et à faire croître la productivité par heure de travail d’environ 21 %, beaucoup plus rapidement que dans les autres pays européens. De plus, la flexibilité du temps de travail s’est sensiblement accrue ces dernières années. La compétitivité extérieure de l’Allemagne s’en est trouvée améliorée. Grâce à la baisse des salaires, les profits augmentent. Pour donner un exemple, la fusion de Daimler avec Chrysler a rapporté aux patrons une augmentation de revenus de 466 %. Deutsche Bank a supprimé 6 400 emplois pour augmenter ses bénéfices de 87 % et assurer le revenu record de son patron de 10,1 millions d’euros. Comme en France, les mêmes bénéfices record en 2004 se sont réalisés sur la baisse de la valeur de la force de travail. Continental a augmenté de 53,8 % son dividende  en un an, en multipliant ses implantations en Ukraine ou en Roumanie, en encourageant la hausse du temps de travail sur ses sites en Allemagne. Depuis le printemps 2004, les entreprises ont multiplié les baisses salariales sous la menace de transfert de productions sur des sites moins coûteux. Siemens, après avoir utilisé le chantage à la délocalisation d’une partie de sa production dans une nouvelle usine en République tchèque, investira finalement 60 millions d'euros dans son usine de Würzburg d'ici 2010, en échange d’un plan de « réduction des coûts » par l’allongement de la durée du travail et la réduction des primes.

Le capitalisme allemand se plaint de la consommation intérieure, qui progresse à un rythme beaucoup plus faible que dans les principaux pays concurrents (à peine 1,5 % par an, entre 1991 et 2001), en baisse même de 0,3 % en 2004. Il ne peut en être autrement avec le taux de chômage, le gel des salaires et les attaques du gouvernement Schröder. Les charges correspondant aux impôts et à la sécurité sociale retenues sur les salaires ont augmenté de 56,4 %.

La classe dominante justifie le chômage par ces mêmes « coûts du travail trop élevés » qui n’ont pas augmenté depuis 1995 dans ce seul pays de l’OCDE. De 7,7 % de la population active en 1993, le chômage est passé à 12 % en 2005. En 10 ans, le secteur du BTP a perdu près de la moitié de ses emplois et devrait en perdre encore quelque 32 000 cette année. Au cours des trois dernières années, 30 000 emplois ont été supprimés dans la téléphonie. Au total, 16 entreprises, parmi lesquelles Dresdner Bank, Deutsche Post, Deutsche Bahn, qui toutes deux ont été privatisées par le gouvernement Schröder, Bayer, Schering, etc… ont supprimé des emplois en 2004. Le capitalisme allemand a détruit 62 000 emplois cette année là, après 700 000 les deux années précédentes. Dans les Länder de l'Est, en quelques années, deux millions et demi d'emplois ont été détruits. Le pourcentage de chômeurs y atteint aujourd'hui 18,3%.

En mars, il a atteint un niveau record depuis l'après-guerre, son plus haut niveau depuis la crise des années 1930, en hausse consécutive depuis 7 ans : plus de 5 millions de travailleurs officiellement n’ont pas de travail ou vivent de l’aide sociale.

Les Etats dans le cadre de l’UE organisent depuis 20 ans la baisse continue de la fiscalité sur les entreprises, se livrant une concurrence toujours accrue Le chancelier Gerhard Schröder a annoncé en mars une diminution du taux de l'impôt sur les sociétés de 25 % à 19 %. Baisse record pour l’Allemagne où l’impôt aura été divisé par trois, alors qu’en 1995, il était le plus élevé de l’UE. Dans la plupart des pays de l’Est de l’Europe, les taux oscillent entre 15 % et 19 %. Cette course n’est donc pas à l’origine des délocalisations. Le mouvement de baisse de l’IS a d’ailleurs été amorcé par l’Irlande.

 

Ce que le capitalisme allemand réserve aux chômeurs

 

Le gouvernement Schröder a prévenu que les « réformes de l’Etat » devaient être encore amplifiées. Il a attaqué de plein fouet les chômeurs, avec le plan de Peter Hartz, directeur du personnel chez Volkswagen. Depuis deux ans, le gouvernement Schröder s’inspire des recommandations de son conseiller, depuis les « jobcenters », faisant office d’agence d’intérim, prêtant gratuitement des chômeurs aux entreprises, aux « minijobs » sous-payés, petits emplois à 400 euros pour lesquels les charges des employeurs sont deux fois moins importantes que sur un salaire normal. À l'automne 2003, 5,9 millions de personnes, surtout des femmes seules, des retraités, des étudiants exerçaient un de ces « minijobs » qui ont remplacé des emplois antérieurs. Le gouvernement entend « combattre le chômage » en s’en prenant aux chômeurs, avec comme mesure phare les «jobs à 1 euro» pour les chômeurs indemnisés.

La loi Hartz IV, adoptée par le SPD, les Verts, les libéraux et la CDU, entrée en vigueur en janvier 2005, attaque, au nom de la « stimulation du marché du travail » et de la création d’emplois, l’indemnisation des chômeurs. Le projet vise à réduire de 40 à 13 milliards d’euros d’ici trois ans les sommes dépensées pour l’indemnisation du chômage. La réduction des prestations chômage à l’aide sociale, après un an de chômage, provoquera une chute libre des allocations. La prestation versée aux chômeurs de longue durée sera réduite à 345 euros à l'Ouest et 331 à l'Est. Jusqu'à maintenant, les chômeurs recevaient 63 % de leur ancien salaire pendant 32 mois. Cette chute est aggravée par des conditions d’octroi selon les autres revenus, c'est-à-dire après épuisement de l’épargne du travailleur et du patrimoine de la famille (voiture, logement…). Si leur valeur dépasse les 5000 euros, il faudra vendre. Les revenus des compagnons ou compagnes de chômeur seront pris en compte dans le calcul des indemnités, au total 600 000 personnes ne recevront plus d’indemnisation.

Obligation est faite aux chômeurs d’accepter n’importe quel emploi, n’importe où dans le pays, inférieur à ses qualifications et rémunéré en dessous des accords de branche, dont l’application devient facultative. Y compris les jobs les plus précaires ne bénéficiant d’aucune garantie tarifaire, sous peine de radiation et de sanctions. A l’Est, il est déjà courant de travailler pour 5 euros de l’heure, voire moins. Des travaux d’intérêt général à 1 euro de l’heure seront destinés aux travailleurs au chômage. Les entreprises au contraire pourront obtenir un prêt bonifié de 100 000 euros pour l’embauche d’un chômeur. Le capitalisme pourrissant entend faire payer sa crise aux travailleurs, en utilisant l’armée de réserve des chômeurs pour faire baisser l’ensemble des salaires. Si le chômage augmente, les temps partiels et CDD explosent.

Dans le magazine Der Spiegel l’instigateur de la « réforme du marché du travail » parle crûment :

Je ne brandis pas immédiatement, comme d’autres, la grosse massue de la menace à la délocalisation. Mais pour rester concurrentiel comme pays à salaires élevés, il nous faut le système le plus flexible du monde. C’est pourquoi je plaide pour qu’une grande partie du salaire dépende des résultats de l’entreprise. Si suffisamment de profits sont au rendez-vous aux yeux des actionnaires, alors les salariés pourront garder le même niveau de rémunération qu’aujourd’hui. Sinon leur feuille de paye sera amputée jusqu’à 30 %. Il faut également qu’à l’avenir la rémunération tienne davantage compte du temps de travail réellement créateur de valeur. [La rémunération des pauses est en ligne de mire, ainsi que celle de la formation continue.] Pour que nous soyons compétitifs, martèle Hartz, il faut que les salariés prennent une partie de son financement à leur charge. (cité dans L’Humanité, 7 mai 2004)

 

Une offensive tout azimut

 

A l’est comme à l’ouest, il existe une mentalité répandue jusque dans les classes moyennes, qui consiste à profiter des bienfaits d’un Etat là où on peut les prendre, même si, au sein d’une famille, les revenus du travail en principe, suffisent. (Schröder, Le Figaro, 20 septembre 2004)

La loi Hartz IV complète l’Agenda 2010 du « camarade des patrons » qui entend « assurer, à terme, à l’Allemagne un surcroît de compétitivité » : un train de 14 réformes sur 9 mois, voté en décembre 2003 (y compris par l’aile « gauche » du SPD et les Verts) et entré en partie en vigueur en janvier 2004.

Avec la « réforme du système de santé » dont les dépenses n’augmentaient déjà plus depuis 1997 et qui ont baissé de 10 milliards d’euros en 2004, les assurés, dont les soins étaient gratuits, doivent désormais payer une contribution forfaitaire de 5 à 10 euros par visite, un « abonnement » trimestriel de 10 euros pour accéder au système de santé, et payer des médicaments non remboursés. Un forfait de 10 euros a été introduit pour chaque journée d'hospitalisation dans une limite de 28 jours. Les travailleurs devront souscrire une assurance complémentaire publique ou privée à partir de 2008 pour percevoir des indemnités journalières en cas de maladie. Ils devront souscrire des assurances privées pour couvrir à leur seule charge les risques de longue maladie (plus de six semaines d’arrêt de travail). Les cotisations patronales sont, elles, allégées de quelque 16 milliards d’euros. Avec cette attaque du système de soins, la sécurité sociale allemande est devenue excédentaire de 2 milliards d’euros au premier trimestre 2004.

L’agenda 2010 ampute les retraites. Il prévoit un allongement de la durée des cotisations retraites de deux ans (de soixante-cinq à soixante-sept ans) et une baisse des pensions, grâce à un calcul à l’avenir selon un ratio démographique. Il est prévu que plus le rapport entre le nombre de cotisants et le nombre de retraités se dégradera, moins les pensions seront revalorisées. Là aussi, quand les charges des entreprises sont allégées, les salariés sont invités à se doter d’une couverture complémentaire privée à leurs frais. Les retraités allemands se voient infliger des pénalités (- 3,6 % par an) quand ils ne comptabilisent pas 45 annuités ou quand ils partent avant l’âge légal. Le niveau des pensions sera ainsi abaissé de 20 % à 40 % supplémentaires, l’objectif étant de les ramener au niveau de l’aide sociale.

Ce plan contre les retraités n’est que la deuxième étape de la réforme Riester, du nom du ministre du Travail du premier gouvernement Schröder issu de la direction d’IG Metall, qui a instauré une retraite par capitalisation, la « Riester Rente ». Le niveau des pensions qui correspondait à 70 % de l’ancien salaire net a été abaissé à 64 %, la différence devant être couverte par une rente complémentaire. Déjà le chantage au chômage était manié par le Ministre qui avait lancé il y a deux ans : « Les entreprises allemandes seront moins compétitives en Europe et dans le monde ce qui se traduira par des pertes d’emplois. » (L’Humanité, 16 mai 2003). Or, le chômage continuant d’augmenter, le déficit des caisses a continué de croître, d’autant plus rapidement que les sommes souscrites par les salariés dans des assurances complémentaires sont détournées des caisses publiques vers les marchés financiers. La très grande majorité des salariés, accablée déjà par les gels de salaire, n’a d’ailleurs pas souscrit ces assurances privées complémentaires en dépit des incitations gouvernementales... et celles des directions syndicales avides de gérer ou cogérer les fonds, en se servant au passage.

Le ministre de l’Économie et du Travail, Wolfgang Clement, a "assoupli" la législation sur les licenciements. Les protections ont été rognées, par l'élargissement du droit de licencier dans les petites entreprises et la baisse des indemnités de licenciement.

Le Ministre de l’Intérieur Otto Schily, le « shérif rouge », a quant à lui renforcé la police « anti-terroriste », le contrôle de l’immigration et de l’accès au statut de réfugié. Depuis le 1er janvier 2005, la nouvelle loi sur l’immigration prévoit l’obligation pour les nouveaux arrivants, contre permis de séjour, de participer à des cours d’intégration : 600 heures de cours d’allemand et de cours sur la constitution, l’ordre juridique, la culture et l’histoire allemands. Les étrangers qui vivent déjà en Allemagne, touchant l’indemnité de chômage. Ils seront contraints d’y participer, sous peine d’une diminution de leurs indemnités. Pour les étrangers non-qualifiés ou faiblement qualifiés, la législation de 1973 n’accorde pas de permis de séjour. L’autre volet de la loi prépare l'expulsion de centaines de dirigeants « d'organisations interdites », de « sympathisants du terrorisme » et de « prédicateurs de la haine » jugés dangereux, et ce, sans possibilité d'appel.

Enfin, saisis par les Länder gouvernés par les chrétiens-démocrates de la CDU, les juges constitutionnels ont remis fin janvier l'éducation à la stricte compétence des Länder et viennent ainsi de mettre fin à l'enseignement universitaire gratuit. D'ores et déjà, six des Länder dirigés par la CDU (Bavière, Bade-Wurtemberg, Sarre, Hesse, Basse-Saxe et Hambourg) lèveront des frais de scolarité, jusqu’à 500 euros par semestre. Les dirigeants de régions SPD n'y sont pas hostiles, comme le ministre (sénateur) des finances de Berlin, le social-démocrate Thilo Sarrazin… à la condition de « coordonner nationalement le nouveau système » ! (Le Monde, 29 janvier 2005). Le patronat se félicite de ces mesures, autant qu’il juge coûteux et peu productifs les enseignements. Les enseignants et fonctionnaires de Bavière et de Hesse travaillent d’ailleurs désormais 2 heures de plus sans augmentation de salaire.

Avec les réformes de l'Agenda 2010, nous avons créé une situation qui présente les meilleures conditions possibles pour les entreprises, s’est félicité Schröder.

 

Le camarade des patrons

 

L’agenda 2010 est le Bad Godesberg de Schröder, en référence au congrès du SPD en 1959 qui avait entériné l’abandon de toute référence au marxisme par la social-démocratie allemande. Depuis la disparition de l’URSS et la restauration du capitalisme, les partis qualifiés de socialistes, flanqués des partis ex staliniens, ont le champ libre pour se débarrasser de toute référence au combat du prolétariat contre le régime capitaliste. Ils constituent les forces les plus acharnées à anéantir dans la conscience du prolétariat toute autre perspective que le régime capitaliste.

Le SPD mène aujourd’hui cette offensive, après avoir permis au gouvernement Kohl de l’engager. S’opposant à l’aspiration à l’unité du prolétariat  de l’est de l’Allemagne, il a laissé le gouvernement Kohl la canaliser en direction de la RFA. Le SPD a comptabilisé son pire score depuis 30 ans, tandis que par trois fois, les partis bourgeois ont pu remporter des victoires électorales écrasantes. Parce qu’il est attaché à la défense de l’ordre bourgeois, comme tous les partis de la IIème Internationale depuis août 1914, le SPD a combattu le processus de réunification politique du prolétariat allemand. Le SPD savait que s’il s’engageait pour la réunification, le prolétariat de l’ouest risquait de se mettre en mouvement et que pouvait s’amorcer un processus de fusion de la révolution sociale et de la révolution politique. Le SPD a barré toute issue politique aux masses, pour interdire que la mobilisation des masses de l’est puisse poser la question du pouvoir. Le SPD s’est alors engagé dans une politique de soutien au gouvernement Kohl en défense des intérêts de l’impérialisme allemand et avec l’appareil du DGB, a confiné tout mouvement de classe sur le terrain trade-unioniste.

Arrivé au pouvoir en 1998, Schröder présente son programme comme « le plus en faveur de l’économie de marché de son histoire. » Et de prendre pour exemple son Land de Basse Saxe, où « le temps de travail se situe entre 28,5 heures et plus de 40 heures. Cette forme de flexibilité s’imposera ». Réélu sur le fil à l'automne 2002, avec seulement 8 000 voix d'avance, le SPD a essuyé neuf défaites consécutives depuis les législatives. Lors du congrès du SPD en 2003, à Bochum, plus de 43 000 adhérents ont rendu leur carte et des dizaines de milliers de travailleurs hostiles aux plans du chancelier ont manifesté devant ses portes. Depuis, le SPD a perdu 100 000 adhérents en un an. En septembre 2004, il a connu une déroute dans un de ses bastions, la Sarre, où il a perdu 13,6 points, puis dans le Brandebourg et en Saxe où il n’atteint pas les 10 %. La CDU, qui soutient les attaques du gouvernement Schröder au nom du « patriotisme », chute autant et en finit avec ses victoires des derniers mois. Le parti néonazi NPD réussit à obtenir 13 sièges en Saxe, et sera représenté pour la première fois depuis 1968 dans un Landtag. Le DVU, l’Union du peuple allemand, obtient 6 % dans le Brandebourg. Le PDS obtient 23,4 % en Saxe et 28,6 % dans le Brandebourg. Plus d'un tiers des votants ont tourné le dos au SPD et à la CDU, et le PDS devient ainsi la deuxième force politique à l'Est.

 

La clique des faussaires

 

WASG (Alternative électorale, emploi et justice sociale) s’est donnée le 23 janvier 2005 lors d’un congrès ultra bureaucratique le statut de parti, purement électoraliste. Les partisans d’un « capitalisme humain » qui le contrôlent ont organisé l’impasse des manifestations tous les lundis, se sont opposés à la grève générale chez Opel, et construisent un obstacle de plus à la construction d’un parti révolutionnaire. Les bureaucrates syndicaux et du SPD qui l’ont impulsé veulent ramener la social-démocratie vers une « politique de la raison conforme aux principes de la philosophie européenne des Lumières » et réclament un référendum sur le traité constitutionnel.

Le « Linksruck », l'homologue du SWP britannique, joue un rôle abominable dans la construction de la WASG, où il a une élue. Il se fait le porte-voix des traîtres réformistes comme Oscar Lafontaine fondateur d’ATTAC en Allemagne et participe activement à la construction de ce mini-appareil de bureaucrates réformistes. Il peut serrer les mains de la section du Comité pour une Internationale Ouvrière, SAV. Après avoir cessé l'entrisme dans le SPD il y a plusieurs années, le SAV s'est joint aujourd’hui à la WASG. Les deux organisations rivales de la « Quatrième Internationale » (ex-SU) en Allemagne, la Ligue Socialiste Révolutionnaire (RSB) et la Gauche Socialiste Internationaliste (ISL) s'adaptent à ATTAC (en Allemagne encore plus pro-capitaliste qu'en France). Ils se voient confrontés à une seule concurrence : Le Groupe Pouvoir Ouvrier, section de la Ligue pour la Cinquième Internationale, qui suit comme toute son «Internationale » le chemin de la construction des Forums Sociaux.

 

Le combat des ouvriers se heurte aux directions syndicales…

 

En juin 2003 la direction d’IG Metall a épuisé les forces des 310 000  métallos de l’Est qui comptaient obtenir l’alignement de leur horaire légal de travail (38 heures) sur celui de l'Ouest (35 heures), en quatre semaines de débrayages et de grèves limitées à une entreprise ou à une autre. Les métallos de l’Ouest ont obtenu les 35 heures en 1984 après 6 semaines de grève. La direction syndicale a pour la première fois arrêté les grèves sans avoir rien obtenu du tout. Elles n’étaient pas sans lien avec la volonté des ouvriers de combattre l’agenda 2010 et le gouvernement Schröder.

Durant le mois d’août 2004, plus de 200 000 personnes ont manifesté au cri de « Schröder doit partir ! », chaque lundi en référence aux manifestations de 1989 contre le régime stalinien de la RDA. Les « manifestations du lundi » se sont poursuivies depuis fin juillet contre la réforme des allocations de chômage, suite à la manifestation nationale organisée le 1er novembre 2003 à Berlin, sans l'appui des directions syndicales, qui avait regroupé 100 000 manifestants.

Les directions syndicales ont laissé le prolétariat dans l’impasse. Tandis que la direction d’IG Metall « ne s’opposait pas à ce que ses militants y participent », la confédération, le DGB, a freiné des quatre fers, qualifiant les manifestations de « feu de paille ». Il est vrai qu’à Berlin les manifestants ont marché jusqu’au siège du SPD, dont font partie les directions syndicales. La mobilisation est restée livrée à Attac et, à l’Est, au PDS, très massivement présent. Or, dans deux Länder dont Berlin, le PDS gouverne avec le SPD et applique loyalement la même politique. La direction de Verdi, le syndicat unifié des services, fusion de cinq organisations et le plus grand syndicat de branche d’Europe (plus de 3 millions d’adhérents) s’est lui-même lié au mouvement altermondialiste germanique, avec l’objectif de « canaliser les forces du marché à partir d’une re-régulation sociale » selon son dirigeant Bsirske, membre des Verts.

En réalité, le secrétaire général de la Confédération des syndicats allemands DGB (7,7 millions de membres) Michael Sommer, s’est montré favorable à l’agenda 2010 et a rassuré son camarade chancelier en déclarant : « Nous ne manifesterons pas comme les Français ». La direction de la Confédération a d’ailleurs accepté le principe de la commission Hartz et y a participé. Le président d’IG Metall (2,6 millions d’adhérents), Klaus Zwickel, membre du SPD, qualifiait pour sa part l’agenda de Schröder de « document du manque de courage » et a proposé de s’associer au gouvernement pour « atténuer les effets » de la loi Hartz IV. Le Président de Verdi a déclaré qu’il y avait là  «  des nouvelles règlementations qui apportent des améliorations aux personnes concernées », a salué la « simplification du régime en un seul guichet »,  et l’accès à des services de placement.

 

…et tente de les déborder

 

A Bochum, dans la Ruhr, les Opelaners, ouvriers d’Opel, ont spontanément quitté leur poste le 14 octobre, débordant leur direction syndicale. Les procédures de concertation n’ont en effet pas été engagées avant le déclenchement de cette grève. Quelques heures après l’annonce par General Motors d’une suppression de 10 000 emplois en Allemagne, les chaînes se sont arrêtées une à une, et 9 400 ouvriers sur 9 600 étaient en grève « sauvage », reconduisaient leur mouvement jusqu’au 20 octobre avec piquets de grève et comité de soutien. Le 19, plusieurs dizaines de milliers d’ouvriers d’Opel, de Volkswagen et de Porsche manifestaient à Rüsselheim.

La direction d’IG Metall s’inquiète de ce mouvement. Tout de suite la direction du syndicat demande à la direction de GM « d’accepter de s’associer à la table des négociations » et Jürgen Peters, à sa tête, entend chercher avec les patrons « une solution pour rendre les sites de Bochum et de Rüsselheim suffisamment compétitifs pour continuer à fonctionner au-delà de 2010. » La direction syndicale refuse d’appeler à la grève et tente de démoraliser les ouvriers en rappelant la fermeture de l’usine GM dans le Michigan. Les tractations commencent pendant le week-end. Les travailleurs de Rüsselheim ont déjà vu s’appliquer le régime dit « 30+ », une baisse du temps de travail et des salaires, négociée par la direction syndicale au nom de la « préservation de l’emploi ». Au cœur de la grève, la direction d’IG Metall a offert l’augmentation de la flexibilité, du temps de travail pour sauver les mêmes emplois de nouveau menacés. Le conseil d’entreprise de l’usine de Bochum organise alors le 20 octobre une consultation des ouvriers pour mettre fin à la grève. 6 300 y participent, sans qu’aucun des grévistes ne soit autorisé à prendre la parole dans l’Assemblée générale encadrée par la police syndicale, et  sous les menaces de licenciements pour faute à effet immédiat, 4 600 votent la reprise. Jürgen Peters, « l’homme radical » d’IG Metall,  s’est enchanté de ce « signal fort » vers la négociation.

Les directions syndicales contre-révolutionnaires sont venues à bout de la spontanéité du prolétariat qui s’est dressé contre la collaboration de classe pendant une semaine. Alors que les travailleurs sont prêts au combat, dans les manifestations du lundi contre la loi Hartz IV, chez Opel contre les licenciements, les directions syndicales d’IG Metall et de Verdi aident le patronat à aggraver les conditions de travail du prolétariat allemand. Elles sont liées organiquement au SPD et comme lui attachées au maintien du capitalisme aux frais de la classe ouvrière. La direction de Verdi a accepté 5 500 suppressions d’emploi chez Karstadt contre des dispositions de reclassement, de préretraite et de passerelles, et contre un gel des salaires pour 3 ans, avec diminution des primes et avantages. La direction d’IG Metall a négocié en juillet avec le groupe Siemens le retour aux 40 heures sans augmentation de salaire et la baisse des primes, contre l’abandon d’un plan de délocalisation en Hongrie. Un accord maison a été conclu, prévoyant l’usage d’une clause d’exception permettant au cas par cas de sortir des 35 heures. En juillet et en août, elle a avalisé les mêmes mesures d’économie salariale chez Daimler Chrysler et dans les usines Mercedes. Chez Porsche, les départs à la retraite ne seront pas remplacés, et la pause de 5 minutes par heure prévue par la convention collective, soit 18 jours de travail par an, est remise en cause. Chez Volkswagen, les sept semaines de négociations ont abouti à une économie de 1 milliard d’euros dès 2006, par le gel des salaires, la transformation des heures supplémentaires en compte-épargne temps et l’embauche des nouveaux salariés à un niveau de salaire inférieur. Le Président du DGB a déclaré lui-même que « le coût du travail est trop élevé en Allemagne » pour la compétitivité de l’employeur.

Lors de son Congrès en 1996, le DGB a abandonné à son tour toute référence à la lutte des classes et a reconnu les vertus de l’économie de marché, « système mieux adapté que d’autres à la réalisation des objectifs syndicaux ». Grâce à ces objectifs syndicaux et la politique des dirigeants, les syndicats allemands, tout en restant parmi les plus puissants d’Europe, ont perdu depuis 10 ans un tiers de leurs membres. Partout leurs directions ont négocié le gel des salaires sur plusieurs années, la renonciation aux primes, la flexibilité, la hausse du temps de travail.

 

La cogestion allemande

 

Le DGB utilise tout son poids pour tenter de contenir le conflit entre le prolétariat et le patronat dans le cadre de la cogestion, c'est-à-dire de la soumission du prolétariat aux intérêts de la bourgeoisie. L’idéologie bourgeoise parle du « modèle rhénan » où une forte protection sociale et de  hauts salaires seraient dus à la cogestion. Les acquis des ouvriers ont au contraire été arrachés malgré la collaboration permanente des directions du mouvement ouvrier, partis et syndicats qui sert à éviter les conflits et qui accompagne la destruction des acquis.

Pour assujettir aux intérêts du patronat la fraction Ouest de la classe ouvrière allemande s’engageant sur son propre terrain de classe dès la fin de la guerre en dépit de l’occupation, jusqu’à avancer les mots d’ordre de contrôle ouvrier, les impérialismes mettent en place la cogestion dans l’entreprise, avec l’aide de la social-démocratie et des appareils syndicaux qu’elle contrôle. Dès 1946 plusieurs grandes entreprises ont offert des postes aux syndicats dans leur Conseil de Surveillance afin de « sauvegarder la paix dans l’établissement ». Une « obligation de paix sociale » a été dans un premier temps imposée aux syndicats signataires d'un accord salarial pour toute la durée de l'accord. En même temps, ils ont été associés à la gestion des intérêts patronaux.  En 1947, la cogestion est instaurée dans les entreprises sidérurgiques de la zone d’occupation britannique et en 1976, une loi élargit la cogestion à toutes les entreprises. En 1993, la Présidente de Verdi affirmait : « Nous ne devons jamais chercher à anéantir notre partenaire. Il a sa position légitime, comme nous avons la nôtre et notre légitimité. »

De 1947 à la chute du mur, toutes les relations sociales de la RFA sont enfermées dans ce cadre. La Mitbestimmung implique le consensus et l’acceptation par les dirigeants syndicaux de la légitimité des plans patronaux. Les syndicats doivent avec ce dispositif se plier au respect et à la défense de la propriété privée des moyens de production, à la rationalisation capitaliste de l’exploitation de la force de travail. Le « grain à moudre » des 30 glorieuses contribuait à masquer cette réalité. Aujourd’hui, la politique du consensus mène l’appareil à négocier la liquidation des acquis ouvriers. Le véritable contenu de la cogestion et de « l’économie sociale de marché » apparaît au grand jour. Les appareils ne peuvent plus prétendre négocier des augmentations de salaires, des améliorations dans les conditions de travail, en échange de la « paix sociale ». La cogestion, c’est l’acceptation par les appareils syndicaux de leur fonction de domestiques du capital, de maîtres d’œuvre de ses décisions contre le prolétariat. 

Depuis des décennies, l'Allemagne est un des pays où le nombre de journées de grève  est le plus bas : 11 jours pour 1 000 salariés pour toute la période 1990-2001, contre 51 aux États-Unis ou 327 en Espagne. Le droit de grève est strictement réglementé. Un accord doit être approuvé à l’issue d’un vote à bulletins secrets par au moins 25 % des syndiqués alors que pour déclencher une grève 75% doivent voter pour. Les débrayages sont prévus des semaines à l'avance, entre deux séances de négociations entre le patronat et les syndicats. Le reste du temps, l’obligation de paix s’impose.

Aujourd’hui, le patronat entend se passer de ce système, qu’il qualifie d’« erreur historique ». Le Président du BDI (confédération des industriels allemands), déclarait dès 1998 : « Le modèle allemand de négociation était valable il y a 20 ans, quand il y avait des grèves ininterrompues en Grande-Bretagne, en France et en Italie. Aujourd’hui, tous ces pays connaissent la paix sociale sans ce système de négociation, qui n’a plus de sens. Il faut autoriser la conclusion d’accords salariaux au niveau de l’entreprise ». L’Agenda 2010 prévoit dans ce sens le torpillage des règles tarifaires nationales (l’équivalent des conventions collectives) afin de les remplacer par des accords maisons au niveau de chaque entreprise, avec des temps de présence pouvant osciller entre 35 et 40 heures pour un salaire invariable. L'Allemagne ne dispose déjà pas d'un salaire garanti minimum. Chaque branche d'activité négocie directement les salaires entre employés et salariés. Le gouvernement SPD-Verts autorise la multiplication des clauses d’exemption. De nombreuses exemptions à ces accords existent déjà dans les nouveaux Länder (ex-RDA) où le patronat local est parvenu à négocier des salaires largement en dessous des normes nationales et un temps de travail au dessus. La généralisation de ce système à toute l’Allemagne vise naturellement à obtenir une baisse des coûts salariaux, en usant abondamment du chantage au chômage. En 2002, seulement 70% des salariés d'Allemagne de l'Ouest et 55% de ceux de l'Est étaient encore couverts par des accords tarifaires. Les entreprises réalisent ainsi 9 000 euros d’économie sur le dos d’un salarié qualifié. Le chancelier Schröder a en outre assuré le patronat qu’il n’hésiterait pas à légiférer au cas où il y aurait des blocages de la part des syndicats.

Un site internet, jobdumping.net, propose un système d'enchères où le patron propose un travail en fixant un salaire maximum pour la tâche à effectuer et les travailleurs font des enchères à la baisse. Si le chômage ne cesse d’augmenter, c’est au bénéfice des emplois à bas salaire qui eux croissent, comme les petits boulots créés par le gouvernement avec la contre réforme du marché du travail.

 

Chasser le gouvernement Schröder

 

Comme en France, les patrons allemands brandissent la menace des délocalisations et des fermetures d’usines afin d’imposer aux travailleurs une baisse de la valeur de leur force de travail, tandis que la part des profits dans le revenu national a presque atteint, elle, le pic de 1990.

Le patronat, partout, utilise le chantage au chômage pour augmenter la part de plus-value qu’il extorque aux travailleurs. Les directions syndicales acceptent de négocier baisses de salaire et augmentation du temps de travail au nom de la « garantie de l’emploi ».

Abrogation de l’Agenda 2010 et la loi Hartz IV ! Abrogation de la loi sur l’immigration et sur les Universités !

Interdiction des licenciements et du travail précaire !

Echelle mobile des heures de travail : réduction massive du temps de travail sans baisse de salaire ni flexibilité !

Le SPD a constitué avec les Verts un gouvernement au service du capital, en ordre de bataille. Pour se défendre contre les remises en cause de ses conditions d’existence, le prolétariat n’a d’autre issue que de combattre et de défaire le gouvernement Schröder !

Le potentiel de combat et la puissance de la classe ouvrière allemande ne font aucun doute, mais le besoin d’une direction révolutionnaire, ici comme partout, est criant. La lutte engagée par une fraction du prolétariat se heurte de plein fouet à la politique de soutien au capitalisme en crise de l’appareil syndical. Pour en finir avec la subordination de ses intérêts à ceux de la bourgeoisie, il faut vaincre les directions syndicales et leur politique traître. A chaque occasion, l’exigence que ceux qui disent parler au nom des ouvriers rompent avec la bourgeoisie doit être affirmée. Le prolétariat cherchera à l’imposer, parce qu’il en ressent la nécessité pour l’efficacité de sa lutte de classe. En même temps, les appareils (partis et syndicats) liés à la social-démocratie corrompue et au stalinisme recyclé ne veulent à aucun prix cette rupture avec leur maître impérialiste. De cette contradiction naîtra inévitablement l’affrontement entre les masses et les vieilles directions.

Seul un parti révolutionnaire peut donner une issue positive à cet affrontement, en expliquant quelle politique peut satisfaire les aspirations du prolétariat et de la jeunesse, par qui, et comment l’imposer. L’économie doit être orientée en fonction de la satisfaction des immenses besoins des masses et non plus de la recherche du profit privé, la production organisée rationnellement selon un plan de production élaboré et réalisé sous le contrôle des travailleurs. Le capital doit être exproprié et l’Etat bourgeois détruit, pour s’engager sur la voie des Etats-Unis Socialistes d’Europe. Défendre cette orientation participe à la construction du Parti ouvrier révolutionnaire, instrument nécessaire à la solution de la crise actuelle : la prise du pouvoir par le prolétariat.

A bas le gouvernement Schröder !

A bas la cogestion ! Rupture des organisations ouvrières avec la bourgeoisie !

Gouvernement ouvrier !