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Témoignage de lecteurs

 

Dans les camps de réfugiés palestiniens du Liban

 

 

Révolution Socialiste publie le témoignage de deux militants révolutionnaires, membres de l’association « Les Amis de la Fondation Culturelle Ghassan Kanafani » qui est le comité de soutien officiel en France de la Ghassan Kanafani Cultural Foundation (GKCF), ONG libanaise membre de la Coalition pour le Droit au Retour des Réfugiés Palestiniens. La Fondation a été créée en 1974, deux ans après l’assassinat de Ghassan Kanafani, écrivain, journaliste et militant palestinien, rédacteur en chef de la revue théorique du FPLP, Al-Hadaf.

Anni Kanafani, sa veuve, dirige la Fondation dont les objectifs sont de publier le travail littéraire de Ghassan Kanafani, de créer et diriger des jardins d’enfants et des centres habilités pour les enfants handicapés mentaux et physiques, de créer des bibliothèques et des centres d’art, de promouvoir des activités sociales et culturelles et de former des enseignants dans les camps de réfugiés palestiniens au Liban. Depuis 1974, plus de 7 000 enfants ont reçu une éducation dans les jardins d’enfants de la GKCF. Grâce au soutien de différents comités à l’étranger, elle accueille actuellement plus de 800 enfants dans les 6 camps palestiniens où elle a établi des structures : Nahr el-Bared, Beddawi, Borj-el Barajneh, Mar Elias, Ain el-Helweh et Rashidieh.

Le comité en France, « Les Amis de la Fondation Culturelle Ghassan Kanafani », qui compte une cinquantaine d’adhérents, s’est rendu à deux reprises au Liban en 2004, pour soutenir l’action de la GKCF et lui apporter un soutien financier.

 

Avril 2004 - Premier séjour au Liban

 

Pour préparer ce premier voyage, nous voulions faire connaître autour de nous le travail pédagogique de la fondation, qui repose sur l’autoportrait. Se représenter, c’est se connaître, savoir d’où l’on vient et s’imaginer un futur, exister en tant qu’individu dans un environnement marqué par la collectivité et surtout la promiscuité. Nous avons donc lancé une campagne de ventes de reproduction d’autoportraits d’enfants du camp de Beddawi (Liban-Nord). Nous avons réuni la somme de 1 400 €, qui était pour nous le préalable à une prise de contact directe sur place.

Sept membres de l’association se sont alors rendus au Liban au mois d’avril 2004, à la rencontre des équipes pédagogiques de la Fondation et pour appréhender la réalité des camps.

 

Camp de Bourj el-Barajneh (Beyrouth)

 

Nous avons été reçus par Anni Kanafani et Siham Abdel Razek, la directrice du jardin d’enfants, qui nous ont fait visiter l’école de la GKCF et qui nous ont permis de « visiter » quelques rues du camp de Bourj-el-Barajneh. La réalité de la condition des Palestiniens au Liban rend l’entrée dans un camp difficile. Il faut demander une autorisation plusieurs jours à l’avance au commandement de l’armée libanaise qui surveille le camp en laissant nom et numéro de passeport, puis faire la même démarche auprès d’une des organisations politiques qui se partagent la gestion des affaires quotidiennes du camp. Ce jour-là, nous n’avions eu que la permission de faire le trajet de l’entrée du camp à l’école et retour. Mais déjà, ce simple aperçu fut significatif : ruelles étroites, sensation d’étouffement, ville labyrinthique dans la ville, surveillance de tous les instants, aménagement électrique « fait maison », adduction d’eau vétuste… Bref, un bidonville autogéré avec les moyens du bord, qui porte sur les façades de ses maisons les stigmates d’un siège de 6 mois durant la guerre du Liban, et où vivent 25 000 personnes sur 2 km².

L’école de la GKCF est à l’aune du reste du camp : pas de fenêtre dans les salles de classe du rez-de-chaussée, une cour de récréation sur le toit de 30 m² entourée de grillage, des toilettes vétustes. La création de nouveaux locaux modernes et lumineux est en cours. Mais ce luxe se paye cher, car la GKCF a été obligée d’acheter un terrain en dehors du camp, par manque de place à l’intérieur même. Il reste encore beaucoup de fonds à collecter pour que ce projet prenne corps. Malgré cela, tout est fait dans l’école pour offrir aux enfants un espace agréable où ils puissent se sentir bien. Les salles de classe sont décorées de dessins des enfants et de frises pour l’apprentissage de la lecture et de l’écriture en arabe, de l’arithmétique, de la géographie. Les réalisations artistiques des enfants (dessins, sculptures en métal et en terre peinte) sont particulièrement mises en valeur. La Fondation fournit blouses et matériel scolaire à ces enfants dont les parents sont privés de l’exercice de plus de 70 métiers par les autorités libanaises, n’ont pas le droit de travailler à l’extérieur du camp, n’ont pas le droit d’acheter une maison hors du camp, ne sont tout simplement pas reconnus en tant qu’habitants de ce pays et survivent donc dans des conditions très précaires. 75 élèves, filles et garçons, de 3 à 6 ans y sont accueillis actuellement. C’est le premier établissement créé par la Fondation en 1974, et la plupart des institutrices travaillant aujourd’hui pour la GKCF y ont été élèves auparavant.

L’essentiel de notre visite s’est concentré sur l’atelier de dessin où les enfants réalisent leurs autoportraits. L’atelier prend en charge les enfants dès 3 ans, par petits groupes de 2 ou 3, supervisés par une enseignante. La progression des enfants s’effectue sur trois années et les dessins sont archivés par l’équipe pédagogique dans de grands cahiers. Chaque enfant travaille à l’aide d’un petit miroir et du matériel de son choix : peinture, crayon, pastel, collage, mais aussi production en trois dimensions avec du matériel de récupération (boulons, fil de fer, roulement à billes, morceau de tuyau...). Le but de ce travail est de permettre à l’enfant de construire son identité, afin de se connaître lui-même et de se situer dans la collectivité, activité essentielle pour cette génération, la quatrième, de réfugiés au Liban.

En effet, Anni Kanafani nous a rappelé la nécessité pour les adultes éducateurs d’aider les enfants à appréhender leur histoire familiale (c’est-à-dire l’exil), mais aussi leur histoire nationale (c’est-à-dire la lutte du peuple palestinien). En apprenant aux enfants à être des acteurs de leur quotidien, les enseignantes participent à la formation de futurs adultes autonomes et créateurs, porteurs d’un avenir pour la Palestine. Siham Abdel-Razek nous a également raconté les rencontres pédagogiques régulières entre les enseignantes et les parents d’élèves, les cas de détresse psychologique des enfants causés par la précarité de la vie dans le camp, les solutions collectives trouvées pour aider parents et enfants.

 

Camp de Beddawi (Tripoli)

 

Contrairement à Borj-el-Barajneh, le camp de Beddawi présente des rues relativement larges, avec commerces et ateliers. Les maisons sont presque comme ailleurs, certains Palestiniens peuvent même loger leur famille dans des grands immeubles genre HLM, cédés au camp. A l’intérieur, le confort y est meilleur (électricité, eau courante, pièces salubres) même si, bien sûr, il n’y a plus d’électricité dans la cage d’escalier et qu’il faut s’y éclairer au briquet.

L’ambiance y est moins confinée, et l’accès moins tatillon administrativement. Mais ce n’est qu’une apparence… Personne ne s’y promène anonymement car la vie d’un camp, c’est que tout le monde se connaît et qu’on y vit toujours les uns sur les autres, quelque soient les conditions. Nous avons donc été accueillis par le responsable politique du camp, N., membre du Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP). A notre arrivée, il nous a reçus avec d’autres militants pour discuter de notre visite. Le jardin d’enfants de la FCGK n’accueillant pas d'élèves en raison des vacances scolaires de Pâques, il nous a proposé de rendre visite aux enfants pris en charge par l’Organisation de la Jeunesse Palestinienne (PYO).

Nous l'avons donc suivi : nous découvrons les enfants en train de jouer à des jeux collectifs encadrés par des jeunes militants. Nul endoctrinement ni militarisme ne ressort de ce que nous avons vu. Comme dans n’importe quel centre aéré, les enfants sont conviés à des activités artistiques et sportives pour toute la journée. La plupart ont été élèves de la Fondation, d’autres, plus petits, le sont encore. La majorité des enfants possède des bases en français ou en anglais, langues apprises dans les écoles de l’UNRWA, office des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens, qui scolarise les enfants de 6 à 16 ans. La prise de contact est très facile et nous sommes conviés à participer aux activités, à en présenter de nouvelles.

Nous sommes ensuite allés visiter les locaux de la Fondation qui sont en rénovation grâce aux dons reçus de partout dans le monde. Les nouvelles salles de classe sont éclairées par de grandes baies vitrées, la cour est un espace de sérénité avec ses arbres fruitiers. On nous présente la bibliothèque, les expositions permanentes des œuvres des enfants, les projets pédagogiques en cours. Nous avons été très impressionnés par les silhouettes grandeur réelle que les enfants ont réalisées avec des fils de fer ou bien par les études de plans de classe et les maquettes. Nous espérons la prochaine fois pouvoir discuter avec l’équipe enseignante et avec les enfants.

Enfin, N. a tenu à nous présenter le dispensaire que le FPLP a construit pour les habitants de Beddawi. En effet, il n’existe qu’un seul hôpital pour les deux camps de Tripoli (Beddawi et Nahr-el-Bared) qui compte 26 chambres, alors qu’il y a plus de 20 000 habitants. Ici, de nombreuses maladies jugées bénignes en Europe sont mortelles, faute d’avoir été soignées à temps. Les listes d’attente s’allongent jusqu’à 6 mois pour l’hôpital, et les malades n’ont pas les moyens financiers de se faire hospitaliser dans les hôpitaux libanais. Le Front Populaire de Libération de la Palestine a donc consacré une part de son budget à la construction du dispensaire Al-Shifa’a qui tente avec ses moyens de palier un peu la détresse médicale de la population. N. nous a expliqué que la Croix-Rouge ne donne plus les médicaments. Elle les vend depuis que le dispensaire existe parce qu’il est l’émanation d’un parti politique palestinien. Les besoins sont énormes, et la pharmacie du dispensaire manque d’antibiotiques, d’analgésiques, d’antiallergiques…Nous avons demandé au médecin et aux infirmières une liste de médicaments pour une collecte en France afin d’aider cette expérience d’auto-organisation des réfugiés palestiniens.

La visite se termine par ce que nous appellerons bientôt le traditionnel « café palestinien », c’est à dire une discussion informelle dans les locaux du FPLP. Là, il apparaît évident que nos interlocuteurs sont sur la réserve. Nous nous rendons vite compte qu’ils ont l’habitude d’accueillir des humanitaires « en visite », des délégations d’associations, d’ONG, de partis politiques qui viennent voir « la misère du peuple palestinien, fier et courageux dans sa tragédie, chaleureux et souriant quand même » dixit un certain nombre de rapports de visite que nous avons pu lire après notre voyage. Nous sommes un peu mal à l’aise, car ce n’est pas comme cela que nous sommes venus et à ce moment, il nous semble évident qu’il faudra revenir afin de concrétiser des relations moins superficielles. (Pour le compte-rendu des discussions, voir l’encadré)

 

Octobre 2004 - Second séjour au Liban

 

L’association "Les Amis de la Fondation Culturelle Ghassan Kanafani" souhaitait contribuer à deux projets qui sont le reflet des demandes d’aides des réfugiés palestiniens du Liban que nous avons pu rencontrer lors de notre premier séjour au Liban :

- collecter des fonds pour aider à la réalisation d’une bibliothèque dans le camp de Bourj-el-Barajneh (Beyrouth) ;

- collecter des médicaments pour le dispensaire Al-Shifa’a du camp de Beddawi (Liban-Nord).

Une délégation de trois membres de l’association s’est donc rendue au Liban du 24 octobre au 2 novembre 2004. A cette occasion, nous avons versé à la Fondation 1 600 € collectés depuis le précédent versement d’avril. Nous apportions également le résultat de notre collecte de médicaments pour le dispensaire Al-Shifa’a du camp de Beddawi (Nord-Liban) : anti-histaminiques, anti-fongiques, anti-allergiques et antibiotiques.

Nous avons rencontré Anni Kanafani à plusieurs reprises pour des entretiens d’échanges et de travail. Nous avons également visité deux écoles de la FCGK dans deux camps de réfugiés et nous avons pu nous entretenir avec les enseignantes.

 

Camp de Beddawi (Tripoli)

 

Notre séjour a débuté par une visite au camp de Beddawi car il était impératif de remettre les médicaments le plus vite possible au dispensaire Al-Shifa’a étant donné les conditions de conservation des médicaments assez strictes (chaleur, transport). Nous avons été accueillis par N., le responsable politique du camp, membre du Front Populaire de Libération de la Palestine, que nous avions rencontré lors de notre précédent séjour.

Nous nous sommes rendus au dispensaire afin d'y remettre les médicaments collectés selon les instructions données par le médecin lors de notre premier séjour. L’équipe du dispensaire a apprécié chaleureusement cette aide concrète à la population du camp. Nous essaierons de faire régulièrement parvenir des médicaments au dispensaire afin que cette action de solidarité se construise sur la durée.

Nous avons ensuite rencontré l’équipe pédagogique du jardin d’enfants de la Fondation dans le camp. Lors de notre première visite en avril, l’ensemble du bâtiment était en cours de rénovation. Nous avons pu mesurer les efforts réalisés depuis lors : les classes neuves offrent maintenant un espace moderne et lumineux pour les enfants, prouvant que l’argent collecté est bien investi pour l’enfance palestinienne. Des travaux de rénovation sont maintenant en cours au sous-sol. Celui-ci sert d'espace d’exposition aux travaux artistiques réalisés par les enfants. Après la visite des locaux, nous avons eu un échange très riche avec la directrice de l’école et deux enseignantes. Elles nous ont en particulier décrit l’exposition officielle des travaux des enfants (autoportraits et autres) qui s’est tenue en Syrie, dans les locaux de l’Institut Danois à Damas, du 24 septembre au 8 octobre 2004. Cette exposition présentait tout le travail de la Fondation et en particulier les dessins servant de base au livre édité par la Fondation, « Like Roses in the Wind », un recueil d’autoportraits commentés par les enfants. L’exposition fut un réel succès. Cinq enfants représentant chacun un camp de réfugiés ont accompagné l’exposition.

Nous avons également posé des questions sur la formation pédagogique et artistique des enseignantes et découvert la richesse du programme de formation dispensé par la Fondation. Un centre de formation interne accueille les enseignantes dès le début de leur engagement puis les revoit ensuite régulièrement pour compléter et améliorer leur formation au fil des expériences menées. La Fondation suit le programme d’Etat libanais mais développe aussi ses propres méthodes d’apprentissage, notamment pour l’enseignement artistique. Un échange d’expériences a pu être réalisé entre les enseignantes de l’école et l'une des membres de notre délégation, elle-même enseignante. Nous avons relevé les différences en matière d’enseignement artistique en particulier et nous avons proposé le principe d’une semaine d’observation des méthodes dans les classes pour un prochain séjour.

 

Camp de Mar Elias (Beyrouth)

 

Accompagnés d’Anni Kanafani, nous nous sommes rendus dans le camp de Mar Elias à Beyrouth pour visiter un jardin d’enfants et le centre pour enfants handicapés de la Fondation.

Le camp de Mar Elias est le plus petit camp palestinien au Liban : il regroupe 1 500 habitants sur 5 000 m². La majorité des habitants est de religion chrétienne. Des travaux d’envergure pour améliorer l’école sont là aussi en cours. De nouvelles salles de classe vont être réalisées grâce à l’extension du premier étage. Nous avons rencontré l’équipe pédagogique ainsi que la directrice et observé les activités de la matinée : jeux, comptines, goûter, initiation à la lecture à travers la reconnaissance des caractères permettant d’écrire son prénom. Comme dans les autres structures de la Fondation, les enfants sont encouragés à être autonomes, à prendre des responsabilités et à travailler de manière collective.

Nous avons ensuite passé un long moment avec les enseignantes et les assistantes en arts plastiques. Nous avons découvert une grande variété de projets éducatifs basés sur l’observation de soi, des autres et de l’espace ayant pour but certains apprentissages fondamentaux.

Nous avons pu visiter aussi le centre pour enfants handicapés physiques et mentaux créé par la Fondation. Une équipe d’enseignantes et de psychothérapeutes s’y occupe d’une quinzaine d’enfants lourdement handicapés. Il existe très peu de structures pour ces enfants dans les camps de réfugiés. Leur scolarité s’effectue donc en pointillés, voire pas du tout. Ici, les enfants suivent un enseignement pré-scolaire et des séances individuelles et collectives de psychothérapie. Leurs parents bénéficient d'une formation gratuite dispensée par la Fondation afin de pouvoir être associés aux exercices à domicile.

Un atelier de conception de matériel adapté au handicap de chaque enfant a été mis en œuvre par la Fondation à l’intérieur même du centre. On y fabrique des sièges de maintien personnalisés ainsi que des équipements ajustables. Plusieurs salles sont aménagées pour la motricité : tapis de mousse, trampoline, barres en hauteur pour aider les enfants à se déplacer seuls, déambulateurs... Une salle est consacrée à l’éveil sensoriel. On y trouve aussi, bien sûr, une salle de classe et un cabinet permettant des échanges confidentiels avec le personnel encadrant.

Les enfants de ce centre participent aux mêmes activités artistiques que dans les autres écoles de la Fondation.

Pour plus d’informations sur le travail de cette association, un site internet existe : http://fcgk44.free.fr, ou bien écrire à AFCGK 21 rue Bagrin 44100 Nantes.

 

Rencontres avec des militants du FPLP

 

Il n’a pas été de soi d’avoir des discussions poussées avec les militants du FPLP lors de notre premier voyage. Nous nous sommes aperçus assez rapidement que l’accueil de délégations humanitaires est une vraie spécialité des camps, quasiment quotidienne, qui leur prend beaucoup de temps et qui les confine dans une certaine pose. En effet,  quelles ONG continueraient à aider et financer les structures émanant de partis prônant la lutte armée, comme c’est le cas du FPLP ? Quels humanitaires bon teint, emplis de charité chrétienne appuieraient « ces pauvres gens si dignes dans leur malheur et si accueillants malgré leur dénuement », s’ils entendaient que le but est de détruire l’Etat d’Israël et de créer un Etat unique pour tous ?

Et surtout, la plupart des délégations qui sont toujours reçues avec beaucoup d’amitié … ne reviennent jamais : on a fait les camps, la prochaine fois, on fera Gaza… Le tourisme charitable se porte bien !

Nous sommes donc repartis de notre premier séjour avec la certitude de continuer les contacts et de prouver, parce qu’il s’agit bien de ça, que la solidarité existe encore de manière politique.

Lors de notre deuxième séjour, nous avons eu confirmation de notre impression. Nous avons pu concrétiser des rencontres avec plusieurs cadres du FPLP avec lesquels nous avons échangé nos points de vue sur l’actualité de la Palestine, du Front et de ses activités au Liban.

G. responsable militaire dans une grande ville du Sud Liban nous a dit « regretter le manque de soutien concret des organisations de gauche en France ». Il nous a expliqué comment une délégation du PCF en visite dans les camps de réfugiés au Liban, avait refusé de rencontrer des membres du FPLP sous prétexte que « le FPLP figure sur la liste des organisations terroristes, établie par l’Union Européenne ». Il nous a demandé également pourquoi la LCR ne cherchait plus à entretenir des relations fraternelles avec le Front, nous parlant avec nostalgie de l’époque où les organisations se réclamant de la révolution en France apportaient une aide de tout genre à la lutte du peuple palestinien. G. nous a également expliqué pourquoi cette aide concrète est nécessaire « pour que vive un courant laïque de gauche en Palestine » car le FPLP, contrairement aux organisations islamistes ne reçoit aucune aide des pétro-monarchies du Golfe. Dans l’extrême dénuement dans lequel se trouvent les réfugiés, les islamistes profitent de cette « généreuse » aide pour développer les organisations sociales d’entraide et se construire une base sociale. Dans certains camps, des courants intégristes se développent en lien avec l’idéologie salafiste, au mépris du combat palestinien de libération nationale et en menaçant les militants du FPLP de mort « parce que nous sommes marxistes ».

Z. jeune militant du FPLP a voulu connaître notre point de vue sur la lutte armée comme moyen d’action du Front. Il est évident qu’il s’agit en France d’une ligne de clivage entre révolutionnaires et réformistes qui n’ont pas de mots assez durs pour critiquer les actions de la résistance palestinienne et préfèrent croire dans les chimères des accords de paix d’Oslo. Nous lui avons expliqué que nous étions des militants communistes isolés et que donc notre appui à la lutte armée ne saurait être autre chose qu’une position personnelle, tout en lui précisant que, mises à part de petites organisations, aucune force politique en France n’assume ce type de soutien. Il a, par ailleurs, été très choqué de savoir qu’en France l’accusation « d’anti-sémitisme » est largement répandue dès qu’on soutient la lutte du peuple palestinien, et nous a dit que les Palestiniens n’avaient pas à subir le poids moral d’une politique et d’un génocide perpétré par des Européens sur d’autres Européens. D’autant plus que les Palestiniens qu’ils soient musulmans, chrétiens ou juifs ont vécu en harmonie jusqu’au début de la colonisation sioniste.

A. responsable de l’organisation de jeunesse du Front, nous a exposé le changement d’orientation du travail au Liban. En effet, le FPLP ayant décidé que le commandement politique et militaire devait se situer en Palestine occupée, les activités au Liban ne se concentrent plus sur les aspects de formation militaire. Les activités sociales et éducatives en direction de la jeunesse ont pour but de former les cadres politiques de la future société palestinienne. Le Front met donc en place un tissu d’écoles, de bibliothèques, de centres sociaux en direction de la jeunesse dans un but éducatif. C’est aussi pour former une nouvelle génération qui n’a pas connu le Liban de la guerre, sanctuaire pour les fedayins. Mais c’est aussi le résultat d’une défaite des combattants et de l’affaiblissement politique et moral de la jeunesse réfugiée palestinienne au Liban. Un autre membre en charge de la Palestinian Youth Organisation (PYO), l’organisation de jeunesse du Front, K., nous a expliqué par exemple les campagnes menées dans les camps contre la consommation d’héroïne et autres drogues.

Enfin, nous avons pu nous entretenir avec M., responsable pour tout Beyrouth du FPLP, sur les perspectives ouvertes par les élections palestiniennes et la place du Front dans cette bataille. Tout en rappelant que le Front ne reconnaît pas l’Autorité Palestinienne car issue des accords d’Oslo, il nous a expliqué que le Front défend trois thèmes majeurs que sont le droit au retour des réfugiés, l’unité des forces combattant militairement l’entité sioniste dans le but de préserver l’unité nationale palestinienne contre les risques de guerre civile, ainsi que la libération de tous les prisonniers politiques détenus y compris par l’Autorité Palestinienne, au premier rang desquels Ahmet Saadat, secrétaire général du FPLP, détenu à Jéricho. Nous avons ensuite discuté avec lui des axes programmatiques comme le refus d’une solution à deux Etats, la place du prolétariat et des masses paysannes pauvres dans le processus révolutionnaire palestinien. Il ressort de cette discussion également deux éléments importants : premièrement, M. nous a expliqué amèrement le virage à droite du soit-disant mouvement pacifiste israëlien qui fait aujourd’hui que le FPLP n’a plus d’interlocuteur anti-sioniste et anti-impérialiste en Israël. Deuxièmement, la difficulté faute du soutien des organisations révolutionnaires dans le monde, d’exister en tant que courant politique laïque et socialiste en Palestine.

L’ensemble de ces discussions nous a amenés à vouloir réaffirmer notre soutien militant au FPLP en tant que force politique se référant à la révolution et à appeler les militants révolutionnaires à aider concrètement le Front dans ces activités en direction des réfugiés au Liban. D’ores et déjà, nous collectons d’autres médicaments et des fonds pour le dispensaire Al Shifa’a du camp de Beddawi. Si vous êtes intéressé, écrivez au journal qui fera suivre.