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La Côte d’Ivoire est
l’Irak de la France
2 226 blessés et 57 tués, tel est le bilan officiel des affrontements entre les manifestants et les militaires français en Côte d'Ivoire en novembre 2004.
Il y a eu des morts par étouffement dans la bousculade, mais la plupart des
victimes ont été tuées par des balles de différents calibres. Il y a eu aussi
des pieds et des mains arrachés, vraisemblablement par l’explosion de grenades.
(Richard Kadjo, médecin des secours d’urgence,
Le Monde, 5 décembre 2004)
Le samedi 6 novembre, aux environs de 15 heures, les forces armées ivoiriennes fidèles au président Gbagbo ont atteint, au cours d’un bombardement, un cantonnement de l'armée impérialiste française basé à Bouaké. Le bilan annoncé par les forces françaises est de 9 morts et une vingtaine de blessés. En réaction à cette attaque, les forces militaires françaises répliquent : cinq avions de combat, du matériel de guerre, la station d'opérations militaires sont détruits à Yamoussoukro.
A l'annonce de la destruction des aéronefs, les organisations « patriotiques » (en fait présidentielles) appellent la population à la résistance. Des manifestants dressent des barrages sur les principales artères d'Abidjan, encerclent le 43e BIMA, la base militaire française en Côte d'Ivoire, tentent de bloquer l'aéroport d'Abidjan pour empêcher toute sortie et toute entrée. Le lycée Mermoz et le lycée Blaise Pascal, deux écoles françaises sont brûlées. Des Européens sont molestés et dépouillés de leurs biens. L'armée impérialiste française passe à l'offensive en occupant l'aéroport d'Abidjan, détruisant au passage le reste des avions de l'armée loyaliste.
Le soir du 6 novembre, à la télévision, le président des mouvements « de jeunes patriotes » lance le mot d'ordre « de résistance populaire » contre l'armée française jusqu'à son départ définitif de la Côte d'Ivoire. Il précise que 100 chars sont stationnés à l'Hôtel Ivoire près de la résidence du chef de l'Etat et que les deux ponts sont occupés ainsi que l'aéroport. Dès cet instant les jeunes déferlent de tous les quartiers d'Abidjan, en direction des lieux indiqués : l'aéroport, l'Hôtel Ivoire, la résidence du chef de l'Etat, la radio et la télévision…
Face à ces manifestations, l'armée d'occupation française ouvre le feu à l’Hôtel Ivoire et mitraille les ponts à partir d'hélicoptères et de chars. Il faut y ajouter plusieurs morts et blessés à l'intérieur de la Côte d'Ivoire, dans les zones Ouest, notamment à Duékoué, lors des passages des chars français. Les manifestations continuent et les tueries aussi, jusqu'au mardi 8 novembre à 17 heures, heure à la quelle les chars français rejoignent leur base, le 43e BIMA.
Michèle Alliot-Marie , ministre de la Défense, a rendu hommage à l’armée française pour avoir « fait preuve de sang froid et de retenue » alors qu’elle agissait « dans des conditions épouvantables, face à une foule armée de kalachnikovs et de pistolets ».
De son côté, le 10 décembre, Gbagbo interdit toute manifestation pendant trois mois, et le 24 décembre, avec son état-major, serre la main du chef des armées françaises.
Par cette politique de la canonnière, baptisée « opération Licorne » et appuyée par l'ONU qui a fourni 6 205 « casques bleus », l'impérialisme français a obtenu du gouvernement ivoirien l'application des accords signés à Marcoussis en janvier 2003, confirmés en juillet 2004 par les accords dits « Accra III ». Ceux-ci prévoyaient la constitution d'un gouvernement d'union nationale et une révision constitutionnelle, que le président Gbagbo refusait jusqu'à présent d'appliquer.
L'intervention militaire française en Côte d'Ivoire a été justifiée par Chirac et son gouvernement au nom de la préservation de la « paix », pour empêcher la « guerre civile ». Elle a reçu le soutien de l’ONU.
Ce pays a besoin d'unité, de réconciliation afin que les Ivoiriens puissent bénéficier d'un développement économique qui est indispensable à leur vie de tous les jours. (Michelle Alliot-Marie, citée dans Le Nouvel observateur, 6 janvier 2005)
Chirac est le chef des armées et a pris personnellement la décision du massacre. Pour cela, il a bénéficié de fait du soutien les directions syndicales et des partis ouvriers bourgeois :
Pierre Moscovici, secrétaire national aux affaires
internationales du Parti socialiste, a affirmé que « le PS n'est pas
embarrassé mais plutôt attristé » par l'attitude du président de la Côte
d'Ivoire Laurent Gbagbo, dans une interview parue vendredi 17 décembre . (Le Nouvel observateur, 17 décembre 2004)
Nous sommes convaincus qu’il n’y a d’autre solution pour sortir du blocage actuel que le dialogue et la mise en œuvre sincère et totale des accords de Marcoussis et d’Accra III. (Communiqué du PCF, 6 novembre 2004)
Le petit PT de Lambert et Gluckstein n’a pas non plus appelé au retrait des troupes françaises. Il confirme ainsi le véritable contenu social chauvin et contre-révolutionnaire de sa ligne de défense de « la démocratie » et de « la République ».
Les pseudo-trotskystes de la LCR de Krivine et Besancenot, comme les anarchistes de la CNT, ont demandé le départ des troupes françaises… mais pour les remplacer par une force d’interposition de l’Union africaine. C’est chasser l’impérialisme par la porte pour le faire rentrer par la fenêtre. Les Etats bourgeois africains sont dirigés par les équivalents politiques des politiciens bourgeois qui divisent la Côte d’Ivoire en deux. Ce sont des valets de l’impérialisme et souvent des massacreurs d’ouvriers et d’étudiants. En outre, il y avait déjà des forces d’interposition de l’UA au moment des massacres commis par les troupes françaises, conformément aux résolutions du 13 mai 2003 et du 27 février 2004 de l’ONU. Enfin, depuis la tuerie des 6, 7 et 8 novembre, l’ONU et l’UA ont ratifié la présence militaire française, respectivement le 14 novembre et le 15 novembre, en adoptant la motion française sur la Côte d’Ivoire.
L'Afrique est le dernier continent où l'impérialisme français possède de véritables bastions. Cela explique l'acharnement et la brutalité de la bourgeoisie française pour maintenir sa domination en Côte d'Ivoire. Cela explique le déploiement du plus important contingent militaire dans un pays étranger.
Pour les Chirac et les Sarkozy, il y a trop de fonctionnaires quand il s’agit d’enseignants et de soignants… mais jamais assez quand il s’agit de juges, de gardiens de prison, de policiers et de militaires.
Le PCF ne parle d’impérialisme que pour les Etats-Unis, ce qui illustre qui ce parti sert. L'impérialisme français intervient partout où il peut faire valoir ses intérêts, déployant plus de 11 000 mercenaires grassement payés dans le monde : 1 300 soldats en Afghanistan, 220 en Centrafrique, 2 000 à Haïti, 3 000 au Kosovo, 1 000 en Asie du Sud (depuis le séisme de décembre 2004) et son plus fort contingent : 4 500 hommes en Côte d'Ivoire. L’Etat dépense officiellement 170 millions d'euros par mois, pour l'entretien de la force Licorne.
Comme le capitalisme britannique, le capitalisme français s’est en un siècle affaibli au profit des Etats-Unis, du Japon, de l’Allemagne. Mais des circonstances politiques, en particulier les deux défaites de l'impérialisme allemand, en 1918 et 1945, l’arme atomique, ont permis à l'impérialisme français, de garder un rôle disproportionné en Europe et dans le monde.
L'impérialisme français s’arc-boute sur l’Afrique, tout en tentant de se renforcer en Asie, en Amérique latine et surtout en Europe centrale. Il tente de conserver ses atouts en Afrique du nord (tout le Maghreb, sauf la Libye), en Afrique du centre (le Soudan, le Tchad, la Centrafrique, le Congo Brazzaville, le Gabon, le Cameroun) et en Afrique de l'ouest (le Togo, le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Sénégal, le Niger et, surtout, la Côte d'Ivoire).
Mais, à partir des années 1990, ses positions s'affaissent. Au Rwanda, en 1994, l'impérialisme français encourage la xénophobie pour défendre ses positions dans la région des grands lacs, en particulier au Zaïre. 800 000 « Tutsis » seront exterminés par une armée rwandaise entièrement formée par des officiers français, armés par la France. Mitterrand déclarera en août 1994, quelques jours après cette guerre d'extermination : « Dans ces pays-là, un génocide c'est pas trop important. » Du côté du gouvernement RPR-UDF qu'il préside, personne n'y trouvera à redire.
La Côte d'Ivoire représente 40 % du PNB de toute cette partie de l'Afrique. Le PIB par habitant (640 €) est le double de celui des pays voisins. Il est le premier producteur mondial de cacao.
Formellement indépendante depuis 1960, la Côte d'Ivoire est toujours restée étroitement contrôlée par l'Etat français :
La Côte d’Ivoire devenait… la « carte postale » de la France en Afrique, avec un Félix Houphouët-Boigny soumis, érigé en véritable « sous-préfet local » des intérêts français dans cette partie du continent… En 1958, en l'absence d'un « peuple ivoirien » identifié sur un champ de bataille, c'est d'ailleurs un juriste français qui – dans un bureau de l'Assemblée nationale à Paris – rédigea et lut à Félix Houphouët, « premier ministre » de la Côte d'Ivoire, la constitution qui allait servir de cadre à cette « indépendance confisquée ». Sacré président le 3 août 1960, Felix Houphouët-Boigny fit adopter par acclamation, par l'assemblée du parti unique, cette loi fondamentale d'origine coloniale. Depuis, la Côte d'Ivoire est restée dans les faits un « territoire français d'outre-mer », dans un régime d'indépendance associé avec Paris. A défaut de détenir directement le pouvoir politique, la France a contrôlé étroitement la monnaie et l'économie du pays. Grâce à un code des investissements de type colonial permettant un rapatriement des bénéfices réalisés sans acquitter taxes et impôts, les entreprises françaises ont pu prospérer en terrain conquis. (Le Monde Diplomatique, avril 2003)
Moins d'un an après « l'indépendance », le 24 avril 1961, un accord de défense et d'assistance militaire technique entre la France et la Côte d'Ivoire était signé qui plaçait l'armée ivoirienne entre les mains de l'impérialisme français.
27 % du capital social des entreprises ivoiriennes est détenu par des entreprises françaises, 240 filiales et plus de 600 sociétés appartenant à des hommes d'affaires français représentent 68 % des investissements directs étrangers en Côte d’Ivoire et le pays était la destination en 2001 de 41% des investissements directs de la France dans ses anciennes colonies africaines. Les grands groupes capitalistes français, France Telecom, Air France, EDF, Bolloré, Bouygues, la Société Générale, la BNP et le Crédit Lyonnais y dominent leur secteur d’activité respectif.
Ce ne sont pas moins de 5 000 milliards de francs CFA [50 milliards de francs] que l'hexagone brasserait par an en Côte d'Ivoire. Soit environ 75 % de la richesse produite (Jeune Afrique Economie, 4 novembre 2002)
La bourgeoisie ivoirienne est une bourgeoisie largement compradore, qui tient son pouvoir de ses maîtres impérialistes. Elle est incapable d'assurer le développement national. Si les bourgeoisies nationales des pays dominés tentent parfois de desserrer l'étau qui pèse sur leur pays, elles ne font souvent que changer de maîtres, par crainte de la mobilisation de leurs propres travailleurs. La plupart des bourgeoisies africaines servent ainsi de relais au pillage étranger du pays.
Le sort du peuple ivoirien, surtout des prolétaires et paysans pauvres, dépend entièrement de la lutte mondiale entre la classe ouvrière et la bourgeoisie, y compris dans le pays.
En 1981, Houphouët-Boigny fut le premier chef d'Etat africain à être reçu à Paris par Mitterrand, nouvellement élu. Le gouvernement bourgeois d'Union de la Gauche confirmait son intention de poursuivre la politique impérialiste de ses prédécesseurs.
38 % des Ivoiriens sont musulmans, 32 % catholiques, 12 % animistes. Houphouët s'appuyait sur les catholiques du sud du pays, chez lesquels il recrutait le personnel de l'Etat, qu'il payait grâce aux miettes rétrocédées par l'impérialisme français. Ce système a atteint ses limites lorsque le butin a diminué.
Les années 1980 virent les dettes des pays dominés exploser, tandis que le cours des matières premières s'effondra. Un premier bras de fer opposa les intérêts français et ivoiriens. Houphouët décida en juillet 1987 un embargo sur les exportations de cacao. 18 mois plus tard, en juillet 1989, le gouvernement ivoirien dut céder et reprendre la vente du cacao à la France, en baissant son prix de vente (de 400 francs CFA le kilo à 200 francs CFA).
Le consensus entre les différents clans de la bourgeoisie compradore s'est brisé. Le plan d'austérité décidé en 1989 par la Banque Mondiale et le FMI prévoyait, notamment, la baisse des salaires du service public et le prélèvement d'une contribution de solidarité dans le secteur privé. Mais, dès avril 1990, le plan est suspendu à la suite de manifestations à Abidjan, la capitale du pays. Finalement, en mai, Houphouët accepta l'instauration du multipartisme après trente années de pouvoir absolu du PDCI-RDA et 14 nouvelles formations politiques furent légalisées. En octobre, à l’élection présidentielle s’opposèrent pour la première fois deux candidats. Houphouët-Boigny fut réélu pour un septième mandat avec 82 % des voix devant Laurent Gbagbo. Alassane Ouattara est alors nommé Premier ministre.
En mai 1991, des manifestations étudiantes furent violemment réprimées par intervention de l'armée (sous le commandement du Général Gueï) sur le campus. Le 31 mai, 20 000 personnes manifestèrent pour protester contre cette intervention, à l'appel du Front populaire ivoirien (FPI). Les manifestants, avec à leur tête Laurent Gbagbo, député et dirigeant du FPI, scandent notamment « Houphouët, démission ! ». En 1992, la mobilisation des étudiants reprit et Gbagbo fut condamné à deux ans de prison.
En 1993, Houphouët a décidé de supprimer un quart des fonctionnaires : une crise s'est ouverte entre son premier ministre et Bédié, président de l'Assemblée Nationale. Lorsque qu'Houphouët mourut en décembre 1993, le gouvernement Ouattara démissionna et Bédié, président du parlement, devint chef de l'Etat. Bédié s’est employé à partir de là, à dresser les fonctionnaires licenciés, retournant dans leur village, contre les ouvriers agricoles étrangers employés dans les plantations de café et de cacao. Après avoir institué la carte de séjour pour les étrangers, Ouattara devient directeur adjoint au FMI.
En 1994, Bédié promut un nouveau code électoral. Par cette mesure xénophobe, il excluait tous ceux qui n'étaient pas ivoiriens de naissance et restreignait le droit de se présenter aux élections. L'objectif etait d'empêcher les candidatures de l'opposition.
En 1995, Bédié fut élu avec 96,44 % des suffrages, les partis d'opposition ayant appelé au boycott. L'année suivante, l'armée a été épurée, le général Gueï fut révoqué et placé en résidence surveillée. Les manifestations étudiantes reprirent en 1997. La même année, France Telecom prit le contrôle de la Compagnie ivoirienne de télécommunication. En 1998, un accord cadre sur le partenariat et le développement était signé avec l'Etat bourgeois français. Une nouvelle loi xénophobe fut adoptée cette année-là : les non-ivoiriens furent interdits de propriété foncière rurale. Des expulsions massives d'émigrants burkinabés furent organisées par le régime.
Les immigrants représentent 26 % de la population (6 % en France), en particulier les Burkinabés au nord, importés à l’origine par les colons français pour travailler dans les plantations et réaliser les travaux d'infrastructures. Beaucoup de Burkinabés vivent en Côte d'Ivoire depuis plusieurs générations.
En 1999, un coup d'Etat a destitué Bédié et a placé le général Gueï au poste de président de la République. Ouattara a pu rentrer en Côte d'Ivoire.
Le coup d'Etat ne résoudra rien. L'impérialisme français s'avère de moins en moins capable de garantir à ses capitalistes la mainmise sur les fabuleuses richesses ivoiriennes. Les clans qui monopolisaient le pouvoir et sur lesquels s'appuyait la France se sont mis à douter de leur maîtres.
Cela correspond au réaménagement du monde que tente son rival américain, au nom de la « lutte contre le terrorisme » et « pour la démocratie ». L'ancien secrétaire d'Etat adjoint américain pour l'Afrique, Kansteiner, déclarait en janvier 2002 :
Le pétrole ouest africain et du Golfe de Guinée est
stratégique. Le terme stratégique implique que 15 % à 20 % de nos
importations de pétrole viendront de cette région dans les 3 à 4 années à
venir. (Le Monde Diplomatique, janvier 2003)
Le contrôle économique de la région passe par la Côte d'ivoire.
Le fleuron du capitalisme ivoirien, le groupe cacaoyer Sifca-Sifcom, n'a pas résisté au coup d'Etat de 1999 ; il a été racheté par des intérêts américains. Ces derniers ont été les grands bénéficiaires de la libéralisation de la filière… (Alternatives économiques, décembre 2004)
Après la mort d'Houphouët-Boigny, l'impérialisme français a soutenu Henri Konan Bedié, promoteur de « l'ivoirité ». Cette politique de division raciste inspirée par la France a permis un temps de raffermir le pouvoir aux ordres de Paris. Elle était de même nature que celle mise en place au Rwanda par les impérialistes belges et français, opposant « Hutus » natifs et « Tutsis » migrants.
En octobre 2000, Ouattara fut exclu du scrutin, en tant que « non ivoirien ». Gueï refusa la victoire électorale de Gbagbo et du FPI, mais dut s'enfuir devant les émeutes. Gbagbo, étranger aux clans houphouëtistes et membre de l’Internationale « socialiste », avait su trouver un écho dans les sentiments anti-impérialistes des Ivoiriens.
Les relations entre Gbagbo et l'impérialisme français se sont rapidement détériorées. D'une part parce que Gbagbo est incapable d'assurer la stabilité intérieure nécessaire au pillage planifié des richesses ivoiriennes, d'autre part parce qu'il n'est pas un ardent défenseur de l'exclusivité revendiquée par la bourgeoisie française. A l'expiration des contrats des grands groupes français avec l’Etat de la Côte d'Ivoire en 2004, Gbagbo voulait lancer des appels d'offre internationaux.
Gbagbo joue la carte américaine, tout en recourant à « l'ivoirité ». L'impérialisme français va se retrouver dans la position de l'arroseur arrosé : il va réagir en utilisant la rébellion militaire basée au nord du pays, plus musulman et peuplé de descendants d’immigrés menacés par la xénophobie, pour faire revenir l'Etat ivoirien dans son giron.
En 2001, la France reprend sa coopération économique mais impose un « Forum de réconciliation nationale » qui reconnaît la nationalité ivoirienne d'Ouattara et la légitimité de Gbagbo. Politique qui aboutit en 2002 au sommet de Yamassoukro où siègent tout les chefs politiques ivoiriens : Gbagbo, Ouattara, Gueï et Bédié.
Aussitôt, la Banque mondiale, le FMI, l'Union européenne, le Club de Paris et l'Etat français recommencent à soutenir le gouvernement ivoirien en place, tout en alourdissant la dette du pays. Pour autant, le bras de fer à l'intérieur se poursuit pour aboutir en septembre 2002 à un soulèvement armé dans les casernes. Les villes Bouaké et Korhogo passent sous le contrôle des Forces nouvelles, le ministre de l'intérieur du gouvernement et Gueï sont tués.
Immédiatement, l'opération « Licorne » commence avec le débarquement de 4 000 soldats français, surarmés, qui bloquent la progression des rebelles et bloquent aussi la contre-offensive gouvernementale. L'impérialisme français reprend la main : en janvier 2003, c'est à Marcoussis, en région parisienne, que les chefs rebelles et le gouvernement ivoirien devront s'entendre… sur les propositions du gouvernement Chirac. Le premier ministre désigné à Marcoussis, Seydou Diarra, ancien diplomate d'Houphouët, est un fidèle défenseur des intérêts français, tandis que les portefeuilles de l'intérieur et de la défense reviennent aux rebelles.
Dans un premier temps, le président Gbagbo va tenter de se dégager de la contrainte de Marcoussis, annonçant être d'accord avec « l'esprit de Marcoussis », comme « base de travail », tandis que ses milices combattent les rebelles de Soro. Le gouvernement Chirac-Raffarin-Villepin exige « l'application intégrale » des accords.
Le pays reste coupé en deux. Gbagbo utilise des milices baptisées par la population « escadrons de la mort » qui sévissent au Sud. Au Nord, les forces armées de Soro vivent sur le pays.
Les mobilisations contre la présence de l'impérialisme français commencent. Les manifestants qui envahissent les pistes de l'aéroport d'Abidjan en janvier 2003 se font déjà mitrailler par l'armée française. En juillet 2004, l'impérialisme impose les accords Accra III qui confirment ceux de Marcoussis.
La fraction de Gbagbo parvient à contrôler le mouvement anti-impérialiste à Abidjan. Il le dévoie avec la défense de l'ivoirité. L’autre camp bourgeois, les rebelles dirigés par Soro, rejette l'ivoirité xénophobe, mais en appelle à « la France ». Chacun représente une tendance au sein de la classe des exploiteurs nationaux.
Une lutte conséquente contre la division du pays et contre l’impérialisme ne peut être dirigée que par la classe ouvrière, pas par la bourgeoisie et des bandes de voyous à son service. Le nationalisme bourgeois, la xénophobie, les fondamentalismes religieux ne servent que les impérialistes et leurs valets.
Les ouvrières et ouvriers, les employées et employés, les paysans pauvres, les chômeurs et les étudiants de Côte d'Ivoire ne peuvent compter que sur eux-mêmes et sur les prolétaires des autres pays dans leur lutte pour une véritable indépendance nationale et pour l’amélioration de leur sort (émancipation des femmes, emploi, salaires, logements, enseignement, santé…).
La mobilisation de la classe ouvrière et des autres couches de travailleurs exploités et opprimés mettra en cause la propriété privée des moyens de production. La lutte des masses ivoiriennes du Nord et du Sud contre toute domination impérialiste, à commencer par celle de la France, impliquera inévitablement la mise en cause de la grande propriété foncière, des banques, des entreprises du négoce, de l’énergie, du bâtiment où s’entremêlent les intérêts des capitalistes locaux et impérialistes.
Cette révolution débouchera sur un gouvernement ouvrier et paysan de la Côte d’Ivoire. Mais elle devra s’étendre et mettre en cause les frontières des colonisateurs, sous la forme des Etats-unis socialistes d'Afrique de l'Ouest, pour pouvoir développer les forces productives et résister tant aux menaces impérialistes qu’à la résistance des anciens nantis ivoiriens.
Une telle perspective nécessite un instrument politique, qui ne peut être qu’un parti ouvrier révolutionnaire, section de l'internationale ouvrière révolutionnaire.
C’est une trahison que des organisations qui parlent au nom des travailleurs en France se tiennent aux côtés des capitalistes français, de leur représentant Chirac et de ses tueurs en uniforme, d’autant que la classe ouvrière de ce pays comporte bon nombre de travailleurs ivoiriens ou d’origine ivoirienne.
La place de toute travailleuse consciente, de tout travailleur conscient, de toute organisation véritablement ouvrière est aux côtés du peuple ivoirien : Retrait immédiat et inconditionnel de toutes les troupes françaises de Côte d'Ivoire et du reste de l'Afrique, avec ou sans mandat de l'ONU, avec ou sans motif « humanitaire » !
Le 28 février 2005