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Les Etats-Unis après les élections présidentielles
Si l’UMP, le PCF et le PS (qui avait même édité des badges pour Kerry), si les medias français (y compris Le Figaro), ont été déçus ou froissés de la victoire de Bush, c’est d’abord parce que celui-ci a combattu les intérêts des multinationales françaises, notamment en les chassant d’Irak. Kerry aurait-il été un meilleur cheval pour Total, BNP Paribas, CA Indosuez, PSA, Renault, EDF, Suez, France Telecom, Véolia, Saint-Gobain, Bouygues, Michelin et consorts ? Assurément non, les deux candidats sont des défenseurs acharnés de l’Amérique capitaliste dont ils sont personnellement des fleurons :
Les quatre candidats principaux pour 2004, Bush, Cheney, Kerry et Edwards, sont millionnaires et nombre de commentateurs disent qu’il s’agit du groupe le plus riche de candidats depuis un moment. « La liste Bush-Cheney est la plus fortunée des 50 dernières années. La liste démocrate doit être la plus opulente de tous les temps », affirme Kevin Philps… (Wall Street Journal, 22 juillet 2004)
Elu en 2000 grâce à des trucages massifs, surtout dans les bureaux de vote des quartiers ouvriers, afro-américains et immigrés, Bush fils a usé du même filon cette année, mais personne ne s’en est ému. La fraude et l’inégalité devant le vote sont une tradition aux Etats-Unis capitalistes d’Amérique, mais, cette fois-ci, la différence en voix entre les deux candidats est sans discussion. Bien qu’importante —elle est estimée à deux millions de voix non comptabilisées, en particulier dans les zones populaires— la fraude habituelle ne semble pas avoir été déterminante.
George Bush fils a été réélu à la tête de l’Etat avec plus de trois millions de voix d’avance, après avoir mené la guerre, pendant quatre ans, aux exploités des Etats-Unis et du monde entier. Il s’est révélé capable d’utiliser pleinement les attentats du 11 septembre 2001 contre des immeubles de New York pour mener une politique réactionnaire, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur.
Avec 51 % des suffrages exprimés, soit 60,7 millions de voix, contre 57,4 millions à Kerry - Edwards, leurs adversaires du Parti démocrate, le tandem du Parti républicain Bush - Cheney est l’un des mieux élus au pays de la plus grande « démocratie » capitaliste. La réélection de Bush a reçu le soutien des couches sociales les plus réactionnaires : une grande partie du grand capital, clergés, propriétaires terriens, et même d’une fraction de la classe ouvrière. La mobilisation des cléricaux et autres anti-darwinistes s’est exprimée contre le mariage homosexuel et le droit à l’avortement dans les référendums locaux organisés au même moment.
De leur côté, les travailleurs n’ont eu aucun moyen de porter leurs voix sur un parti qui les représentait, issu de leur lutte de classe. Contrairement à l’Europe, les partis sociaux-démocrates et staliniens des Etats-Unis ont peu de surface électorale et surtout, peu d’implantation. Jamais le prolétariat n’a réussi à édifier de grand parti, même électoral, contre la bourgeoisie, face aux partis des Roosevelt, Kennedy, Reagan, Clinton et Bush père et fils. Le parti communiste, avant d’être victime de la répression intense des années 1950, avait capitulé dans les années 1930 devant le Parti démocrate, dilapidant la réelle audience qu’il avait acquis chez les travailleurs. La vie politique est donc dominée par les deux grands partis bourgeois.
Par conséquent, une grande partie des travailleurs s’abstient. La participation, cette année, fait état de 118 millions de votants quand ce pays compte officiellement 291 millions d’habitants. L’abstention a été de 43 %. Pourtant avec de tels chiffres, les médias de tous pays claironnent que jamais la participation ne fut si forte depuis 1968 et parlent de « raz de marée » pour Bush. Dans les faits, la bourgeoisie a financé les campagnes de ses deux principaux candidats à coups de millions de dollars. Bush a reçu 338 millions de dollars pendant sa campagne, tandis que Kerry percevait 311 millions de dollars. Un autre candidat politique bourgeois, Nader, est le seul autre à avoir reçu plus d’un million de dollars, soit 2,8 millions de dollars.
En outre, le suffrage n’est pas direct mais passe par l’élection de « grands électeurs » qui élisent le Président des Etats-Unis. Quand ce ne sont pas le duopole républicain-démocrate et les programmes quasi-identiques qui les détournent du vote, les travailleurs sont confrontés à la fraude : bulletins provisoires, radiation des Noirs sur les listes, machines à voter en panne et non fiables, vote les jours de travail… Ces cas avaient fait scandale en 2000. Ils sont passés inaperçus cette fois-ci.
Bush est désigné pour rester le personnage qui contrôle les armées, la justice et la police fédérales, pour mener une politique qui convienne à la bourgeoisie.
Le gros de la social-démocratie (DSA…) a soutenu la candidature du Parti démocrate, dont elle est membre. Les débris du Parti communiste américain aussi :
Mettons fin dès maintenant à ce régime illégal. Le 2
novembre, dites à Bush-Cheney : « Vous êtes virés ». (People's Weekly World Newspaper, 30 octobre 2004)
Pourtant, et au contraire de ce que disent beaucoup de journaux français, il n’y avait aucune différence fondamentale entre Kerry et Bush. Le candidat John Kerry du Parti démocrate, le vieux parti bourgeois esclavagiste du Sud, a défendu son bilan d’union avec les républicains qui s’est traduit, au Sénat notamment, par le soutien à l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak, par le vote de la loi contre le droit à l’avortement en 2003 ou encore par le vote du USA Patriot Act en 2001. Le soutien à l’Etat d’Israël contre le peuple palestinien, les positions contre l’Iran -« Si nous devons être durs avec l’Iran, croyez-moi, nous serons durs » (Kerry lors du deuxième débat télévisé)- contre la Corée du Nord, contre Cuba sont communes aux deux partis. En bon perdant, Kerry a conclu le 3 novembre :
Merci aux républicains, aux démocrates et à tout ceux qui ont voté. Je sais que c'est dur pour les militants, mais nous devons à présent joindre nos efforts sans rancoeur, car l'Amérique a besoin d'unité. J'espère que le président Bush va travailler dans ce sens, et je m'engage à faire aussi mon possible. Nous devons rester unis derrière nos troupes, remporter un succès en Irak et dans la guerre contre le terrorisme. Que Dieu bénisse l'Amérique ! (John Kerry, Le Figaro, 4 novembre 2004)
Les candidats du Reform Party, Ralph Nader et Peter Camejo qui ne se présentaient pas dans tous les Etats, ont obtenu un peu plus de 400 000 voix, soit environ 0,35 % des suffrages exprimés, contre un peu moins de 3 millions en 2000 (2,74 % des suffrages exprimés). Nader avait été candidat officiel du parti écologiste en 2000. Camejo est aujourd’hui patron et membre du Green Party, après avoir été, dans sa jeunesse, candidat du SWP (en 1976).
Un tel revers s’explique notamment par la campagne menée par le Parti démocrate, qui a dépensé 10 millions de dollars pour les discréditer et les empêcher d’être candidat. Sur les 113 personnes du comité de soutien de Nader en 2000, 74 ont soutenu Kerry en 2004 (dont le cinéaste Michael Moore, l’historien Howard Zinn, l’actrice Susan Sarandon…). Alors qu’il avait pu se présenter dans presque tous les états en 2000 (48), sa présence en 2004 a été limitée à 34. Nader représente un danger pour les voix du Parti démocrate, mais pas pour le capitalisme, dont il est partisan. D’ailleurs, il a reçu un soutien massif, en termes de signatures, mais aussi en termes financiers, de la part du Parti républicain.
Même si sa candidature a bénéficié de la frustration de nombreux électeurs face au bipartisme, ni Nader, ni le Parti de la réforme n’ont un rapport avec la classe ouvrière. Le Reform Party, créé par le millionnaire Ross Perot, avait soutenu en 2000 le candidat fascisant Pat Buchanan. Nader est favorable à l’occupation de l’Irak par les troupes de l’ONU, il ne dénonce pas les accords inter-impérialistes de l’OMC, il les voudrait meilleurs, avec un commerce « équitable » entre les pays. Il rejette explicitement toute action indépendante de la classe ouvrière, légitime la propriété privée des moyens de production, dénonce « l’immigration illégale ».
Nader a pourtant reçu le soutien de pseudo-trotskystes comme l’ISO, Socialist Alternative (GR en France), Solidarity (LCR en France)…
Le Labor Party (Parti travailliste) proclamé en 1996 par six syndicats, avec le soutien enthousiaste des centristes de droite « trotskystes » (Socialist Organizer, Socialist Action, Socialist Alternative, Labor Militant, Solidarity…) s’est bien gardé de présenter une liste, pour ne pas indisposer la direction de la confédération AFL-CIO et le Parti démocrate.
Les seules candidatures ouvrières émanaient de petites formations :
§ le Socialist Party USA (Parti socialiste), un parti social-démocrate. Son candidat, adversaire du droit à l’avortement, a fait sa carrière politique au sein du Parti démocrate, il a recueilli un peu plus de 10 000 suffrages.
§ le Workers World Party (Parti mondial des travailleurs) est issu du pablisme. Ce courant a approuvé l’écrasement de la révolution hongroise en 1956 et il soutient toujours les bureaucraties staliniennes au pouvoir à Cuba et en Corée du Nord. Il a obtenu 1 500 voix sur une ligne pacifiste.
§ le Socialist Workers Party (Parti socialiste des travailleurs) a rompu avec le programme trotskyste pour devenir pabliste et pro-castriste en 1963. Il a rejeté ouvertement la révolution permanente et soutenu l’ANC d’Afrique du Sud en 1982. Il a eu moins de 10 000 voix, en menant campagne pour un programme minimum.
§ le Socialist Equality Party (Parti de l’égalité socialiste), ex-Workers League est l’héritier du courant healyste qui s’est vendu longtemps aux régimes nationalistes bourgeois du Proche-Orient. Il rejette aujourd’hui l’activité au sein des syndicats. C’est la seule candidature à s’être prononcée pour la révolution socialiste durant la campagne présidentielle, avec 2 200 voix.
Dès l’annonce de sa réélection, Bush a promis de poursuivre sur sa lancée :
Nous continuerons notre redressement économique.
Nous réformerons notre code des impôts désuet. Nous renforcerons notre système
de retraite pour les générations à venir. Nous donnerons toutes leurs chances
aux écoles publiques. Et nous défendrons nos valeurs les plus profondes de la
famille et de la foi. (George Bush, Le
Monde, 5 novembre 2004)
A cette occasion, Bush n’a pas manqué de rappeler l’engagement militaire contre l’Irak et l’Afghanistan, pays occupés par des coalitions dirigées par l’impérialisme américain. Ces campagnes armées ont été accompagnées d’une offensive contre les travailleurs américains, pour aggraver leurs conditions d’exploitation et pour limiter les libertés démocratiques.
Dès les
années 1950, le capital américain a vu son taux de profit diminuer, malgré la
poursuite de l’augmentation de productivité du travail. La somme de la
plus-value extraite se restreignant en rapport à l’investissement réalisé, la
bourgeoisie doit faire tout son possible pour renforcer le taux d’exploitation.
Le capitalisme américain a fait mieux, depuis vingt ans que ses principaux rivaux, pour redresser le taux de profit au
détriment de la valeur de la force de travail.
Les patrons ont licencié plus de 3,7 millions de travailleurs entre 2001 et 2004 avec l’aide de l’Etat qui a notamment couvert des centaines de faillites. Rien que dans l’industrie, plus de 2,7 millions de postes ont été supprimés. Du coup, la situation de la classe ouvrière aux Etats-Unis présente des aspects dramatiques. La mortalité infantile à Harlem, quartier noir de New York, est supérieure à celle du Bangladesh, 60 % des jeunes hommes noirs sont sans emploi, un enfant sur quatre aux Etats-Unis souffre de la faim, un travailleur sur quatre vit en dessous du seuil officiel de pauvreté.
Si la croissance économique a repris, les nouveaux postes sont souvent précaires et sans couverture sociale : 80 % des emplois créés le sont avec un salaire moindre de 16 % en moyenne. Sur les 36 millions d’habitants qui vivent en dessous du seuil de pauvreté, plus de 8 millions sont des « working poors », terme désignant des travailleurs ayant un ou plusieurs emplois.
Les Etats-Unis comptaient 36 millions de pauvres en 2003, 4,3 millions de plus que lors de l’arrivée de George W. Bush au pouvoir. Et les perspectives pour cette année sont plutôt mauvaises, le gouvernement ayant supprimé à la fin de l’an dernier un important programme d’aide financière aux chômeurs : sur les sept premiers mois de l’année 2004, 2,2 millions de demandeurs d’emplois se sont retrouvés en fin de droits sans aucune aide fédérale. C’est le plus important chiffre depuis que les données sont enregistrées (1971). Sur l’ensemble de l’année 2003, 2,6 millions de personnes avaient perdu tous leurs droits. Le taux de chômage officiel se situe à 5,4 % de la population active en août. Mais si l’on y ajoute les travailleurs découragés et ceux qui souhaitent travailler plus, près de 10 % de la population active se trouve dans une situation d’emploi très tendue. Une majorité de ces personnes sont pauvres ou au bord de la pauvreté. Une situation qui a des conséquences dramatiques sur les enfants. Les Etats-Unis comptent 13 millions d’enfants pauvres de moins de 18 ans, près de 20 % de la classe d’âge. (Alternatives économiques, octobre 2004)
L’administration Bush a poursuivi ce que Clinton avait commencé : en 2004, 45 millions d’Américains n’avaient aucune couverture sociale contre 37 millions en 1993. L’une des raisons est bien simple : la cotisation d’un salarié pour son assurance-maladie a augmenté en moyenne de 60 % au cours des quatre dernières années. En conséquence, plus de 80 % des 20 % des salariés les plus pauvres n’ont pas d’assurance-maladie. De leur côté, les profits des sociétés d’assurance et de soins (HMO) ont augmenté de 25 % en 2001… Accepter de ne plus être assuré est une quasi-obligation pour retrouver un emploi car les coûts de la main d’œuvre sont ainsi moindres pour les patrons.
L’administration Bush s’est attaquée à la Sécurité Sociale américaine. Un premier round a eu lieu en décembre 2003 quand le gouvernement a décidé de prendre en charge une partie des remboursements des frais de santé des retraités. Or, les remboursements seront moins bons, voire nuls, en comparaison des acquis qu’offrent les cotisations ouvrières dans les entreprises. Ces dernières, se dégageant du fardeau financier que représente l’assurance-maladie de leurs retraités se voient soulagées… L’Etat fédéral s’engage à donner l’aumône ou à transférer vers les états le droit aux remboursements de santé. Ayant de la suite dans les idées, le gouvernement républicain a, d’ici 2008, l’intention de privatiser les aides sociales en créant un compte individuel de santé (HSA) toujours pour alléger le coût de l’assurance-maladie du patronat.
L’Etat et son gouvernement sont une « providence » pour la bourgeoisie qui, malgré cela, voit ses perspectives assombries par de profonds déséquilibres économiques.
C’est le rôle du budget proposé par le gouvernement pour 2006. Il est présenté comme un budget de rigueur, puisqu’il vise une diminution de plus de 30 milliards de dollars du déficit budgétaire. De toute évidence, cette rigueur ne concerne que certains aspects de l’économie. Par exemple, le budget du logement est amputé de 11,5 %, celui de l’agriculture de 9,6 %. En revanche, l’enveloppe du « Pentagone » (ministère de la défense) devrait augmenter de 4,8 % et celle du département de la Sécurité intérieure de 3 %. La raison est clairement affichée : « Le budget 2006 aide à remplir la responsabilité première du gouvernement : défendre notre pays de toute attaque » (Projet de budget pour 2006). C’est un budget de guerre contre les peuples du monde entier, y compris contre la classe ouvrière américaine.
L’administration
Bush s’attaque aux droits sociaux des salariés américains. Elle a pour objectif
de privatiser le système de retraite. Son plan, dont seules les grandes lignes
sont connues, prévoit que les salariés nés après 1986 seront incités à
consacrer un tiers de leurs cotisations – ce qui correspond à 12,4 % des
salaires – à des placements en actions et obligations, sur des comptes bloqués.
Le montant des pensions serait réduit et leur évolution indexée sur l'inflation
plutôt que sur l'évolution moyenne des salaires, plus rapide. Il s’agit de
créer un système de retraite par capitalisation. Un tel plan a déjà été mis en
œuvre au Chili, en Grande-Bretagne, avec des conséquences spectaculaires en
termes d’accroissement de la pauvreté. Les arguments sont les mêmes que ceux
utilisés par le gouvernement Chirac-Raffarin pour attaquer le système de
retraites en France : « Sauver
le système des retraites, a déclaré Bush, est un défi économique, mais aussi une profonde obligation
morale. » (Le Monde, 21
janvier 2005).
Le 8 janvier 2004, Bush avait annoncé une nouvelle loi sur l’immigration. Dans la droite ligne des mesures répressives existantes et grâce à l’aide de la « lutte contre le terrorisme » et contre les « délocalisations », le gouvernement propose une carte de séjour temporaire de trois ans, renouvelable une fois. Après ce délai, l’immigré devra repartir. Il est prévu que les 12 millions de clandestins puissent, moyennant paiement de leur carte, travailler officiellement pour « servir les besoins économiques du pays ». D’ailleurs, la bourgeoisie américaine affirme que « le dur labeur et la force de leurs immigrants ont assuré la prospérité de la nation » (Proposition de réforme de l'immigration aux Etats-Unis, document de la Maison-Blanche, 8 janvier 2004). Le 10 février 2005, la Chambre des Représentants a voté le « Real ID Act », un renforcement de la répression à l’égard des immigrés et des réfugiés, sous prétexte de lutte contre le terrorisme. Cette loi vise à restreindre l’entrée de réfugiés fuyant les persécutions, à faciliter l’expulsion des demandeurs d’asile et des résidents légaux, à refuser d’accorder le permis de séjour à des millions de sans-papiers résidant aux Etats-Unis.
Quant aux écoles publiques, Bush veut généraliser à
l’enseignement secondaire et supérieur publics la réforme destructrice de
l’école primaire publique qu’il a engagée. C’est d’ailleurs le seul budget de
l’Etat qui a augmenté pendant son mandat, car le gouvernement propose une aide
financière aux familles qui ne sont pas satisfaites des résultats des écoles
publiques afin qu’elles puissent inscrire leurs enfants dans des établissements
privés religieux. Cette politique d’éducation s’accorde avec le transfert de la
gestion des aides aux plus démunis aux organisations religieuses et aussi à la
nouvelle loi contre les « avortements
tardifs ».
Pour aider le patronat, l’administration Bush s’est faite championne de la réduction des impôts et des charges sur les entreprises. Pour les sauver de la faillite ou pour les aider contre la concurrence, pour mettre en place des plans de licenciements, le gouvernement a exonéré et aidé massivement les entreprises.
Les réformistes, souvent mélangés aux écologistes et aux chrétiens tiers-mondistes dans le mouvement « altermondialiste » préfèrent mettre en cause le « libéralisme » que le capitalisme. Les altermondialistes, aux Etats-Unis comme ailleurs, se plaignent de l’effacement des Etats nationaux. Sans révolution prolétarienne, cela revient à demander plus d’Etat bourgeois, car l’Etat n’a rien de neutre. L’Etat américain n’est jamais autant intervenu pour aider les patrons à exploiter mieux et plus le prolétariat à l’intérieur comme à l’extérieur de ses frontières.
En effet, pour défendre les parts du marché mondial et les groupes capitalistes en difficulté, le pseudo-libéralisme est abandonné : l’Etat américain a instauré en 2002 des taxes supplémentaires sur l’acier importé par les Etats-Unis et le budget prévoit une progression de 80 % des aides aux entreprises agricoles dans les 10 années à venir. Même si Bush a annulé les taxes sur l’aciérie en 2003, son gouvernement gère l’Etat pour ce qu’il est : une arme de domination de la classe dominante, la bourgeoisie. A l’automne 2004, le Congrès a voté une nouvelle réduction d’impôts de 136 milliards de dollars pour les multinationales.
Enron, WorldCom, US Airways, United Airlines, Kmart, Global Crossing , Conseco et tout groupe capitaliste important a eu le soutien de l’Etat quand ils ont déposé le bilan. Il se porte garant et verse des centaines de millions de dollars. Les seules compagnies aériennes ont reçu des aides mirobolantes -15 milliards dès l’automne 2001- au nom de la « lutte contre le terrorisme ».
Depuis 4 ans, Bush fait aussi tout pour que les plus riches « citoyens » paient moins d’impôts. Dès mai 2001, il était prévu une baisse des impôts de 1350 milliards de dollars sur 10 ans, portée à 1900 milliards depuis. A ce jour, les réductions votées profitent pour moitié au 10 % les plus riches. Le deuxième mandat de Bush junior aura encore la « réforme fiscale » comme l’un de ses projets majeurs. On comprend ainsi pourquoi le code des impôts est jugé « désuet ».
L’Etat capitaliste est lui-même un moyen de relancer l’accumulation du capital. Les dépenses militaires ont augmenté considérablement : de + 13,7 % en 2003, de+ 5,3 % en 2004. Leur augmentation prévue pour 2005 est de 7 %. Les dépenses de sécurité intérieure sont choyées et augmenteront de 9,7 % en 2005. Avec de tels investissements, l’Etat capitaliste assure son rôle de gendarme et de protecteur des intérêts capitalistes, mais il permet aussi à tout un secteur économique totalement parasitaire (marchands d’armes, aviation militaire, équipement de l’armée…) d’avoir un débouché et de réaliser un profit. Enfin, ces dépenses militaires énormes (366 milliards de dollars en 2003 sur un budget total de 1 950 milliards) sont justifiées par les objectifs de colonisation et d’occupation de pays dominés économiquement : elles oeuvrent à la conservation et à l’agrandissement de la part du marché mondial que se disputent les puissances impérialistes. L’Irak en est le plus clair exemple et d’ailleurs de nombreuses activités militaires y sont confiées à des entreprises privées.
Les interventions militaires n’ont rien de libéral. Le capitalisme américain, depuis qu’il a mué en impérialisme voici un siècle, n’a jamais cessé d’en mener. Pour les légitimer, les attentats de septembre 2001 ont été précieux.
Le chef islamiste Ben Laden, issu d’une grande famille bourgeoise saoudienne, puis instrument des services secrets américains en Afghanistan dans les années 1980, a réapparu à quelques jours du scrutin présidentiel de 2004. Les deux candidats à la présidence ont immédiatement réaffirmé que la chasse aux terroristes était une priorité commune. Les attentats d’Al-Qaida contre les travailleurs de New York ont servi de prétexte à l’impérialisme américain, le principal terroriste du monde, pour organiser la chasse aux immigrés et la limitation drastique des libertés, pour l’invasion de l’Irak. Ils ont facilité les coups que l’Etat fédéral et les patrons ont portés contre le prolétariat.
L’Etat américain a remanié son fonctionnement, en concentrant davantage son appareil de répression. Le gouvernement a réformé le FBI et créé un « Département d’Etat de la sécurité intérieure » que Bush vient de pérenniser. Ce ministère manifeste la volonté du gouvernement fédéral de centraliser les moyens de répression entre ses mains.
L’attentat de septembre 2001 a aussi servi l’impérialisme américain dans sa contre-offensive envers ses concurrents allemand, japonais, français qui s’étaient renforcés à son détriment depuis les années 1960. Les plans de repartage du monde échafaudés dès la restauration du capitalisme en URSS ont pris corps en 1991 avec la première invasion de l’Irak. La doctrine Wolfowitz, du nom du secrétaire adjoint à la défense de Bush et l’un des « néoconservateurs » du Congrès, propose le « projet d’un nouveau siècle américain ». Ce projet daté de 1997 a eu une application pratique en Serbie, en Afghanistan et en Irak.
Dans les faits, il s’agit d’un nouveau dépeçage du monde en fonction des intérêts des principaux Etats dominants, à commencer évidemment, par les Etats-Unis. L’occupation militaire de l’Irak et de l’Afghanistan sert d’abord les intérêts de puissantes entreprises américaines contre ceux des entreprises pétrolières françaises, russes ou allemandes.
Au Congrès, l’union de tous les sénateurs du Parti démocrate (sauf un) et de ceux du Parti républicain a permis le vote du USA Patriot Act le 26 octobre 2001. Le sénateur Kerry a voté cette loi. Elle permet, sans recours, de mettre en prison, pour une durée quasi-illimitée, tout individu soupçonné de « comploter » ou d’avoir des activités « terroristes ».
Des dizaines de milliers d’immigrés ont été licenciés ou interdits d’emplois prétendument liés à la sécurité intérieure. Les immigrés arabes ou d’Asie (pakistanais, indiens, philippins…) ont été soupçonnés et arrêtés au moindre geste. Le Plan Vigipirate et les lois Sarkozy ne sont ici que de lointains cousins du Patriot Act. Les bombardements, les arrestations, les emprisonnements et les tortures perpétrés en Irak, en Afghanistan, à Guantanamo montrent qui pratique le terrorisme d’Etat.
Toutes les entraves étant levées, les polices locales, les FBI et CIA, ont pu emprisonner à tour de bras tout travailleur immigré ou considéré comme tel. Même de simples touristes sont restés, par refus d’obtempérer, plusieurs semaines en prison. Dans ces conditions, la bourgeoisie et son Etat ont accentué l’oppression politique et l’exploitation économique de la classe ouvrière.
Le patronat américain et l’Etat à son service jouissent d’une complicité précieuse au sein de la classe ouvrière : la bureaucratie de l’unique centrale ouvrière, l’American Federation of Labor- Committee for Industrials Organization (AFL-CIO). L’organisation syndicale, qui devrait être un outil pour résister aux attaques patronales et étatiques, est en permanence affaiblie par son propre appareil. Elle n’a jamais eu aussi peu d’adhérents : 8,2 % des travailleurs du secteur privé sont syndiqués contre 35 % en 1955.
Néanmoins, la direction de l’AFL-CIO domine le mouvement ouvrier américain. En l’absence d’un grand parti ouvrier de masse, c’est elle qui contrôle l’unique organisation ouvrière de masse. La direction de l’AFL-CIO a décrété, après les attentats, l’interdiction de la grève au nom de la « lutte contre le terrorisme »…
Dans les trois principales entreprises de l’automobile, Ford, General Motors et Daimler-Chrysler (les « big Three »), la direction du syndicat UAW (United Auto Workers) a signé un nouvel accord de convention collective en septembre 2003. Il prévoit que les employés des entreprises sous-traitantes Delphi et Visteon toucheront un salaire horaire de 10 dollars inférieur à ceux des « trois grandes ». Dans ces dernières, les futurs embauchés seront au même régime qu’à Visteon ou Delphi, les retraites sont gelées et les frais médicaux augmentent pour les 300 000 travailleurs du secteur. Comme il est de tradition après avoir signé l’accord, les bureaucrates ont demandé par vote son acceptation aux syndiqués. De telles « négociations » ont lieu tous les jours, dans la sidérurgie, la grande distribution, les services…
Le soutien de l’AFL-CIO aux guerres contre l’Afghanistan et l’Irak, à la défense des emplois « nationaux », aux restructurations, a une explication.
Les chefs syndicaux sont les agents des patrons ; ils sont encore plus corrompus que les bureaucrates européens. Les dirigeants syndicaux sont gestionnaires de fonds de pension et membres de conseils d’administration et disposent à ce titre de revenus incomparables avec ceux des ouvriers. Un scandale, révélé en 2002 par le journal Business week fait état, pour 1999, de délits d’initiés sur les actions de l'ULLICO, une compagnie d'assurances-décès pour les syndiqués. L’arnaque se chiffre en millions de dollars. Au sein de son conseil de gestion siège Sweeney, le chef de l’AFL-CIO lui-même. Autre exemple : le syndicat des routiers Teamsters, dirigé par Hoffa junior, rémunère 199 dirigeants qui touchent plus de 100 000 dollars par an. Toujours en 1999, un dirigeant du syndicat des employés de services à New York s’était accordé des revenus annuels de 450 000 dollars.
Malgré cet obstacle, la jeunesse et les travailleurs n’ont pas baissé les bras. Contre les coups économiques comme contre la guerre, des grèves et des manifestations ont eu lieu, notamment en février 2003 contre l’intervention militaire.
En août 1997, la puissante grève des travailleurs d’UPS avait fait reculer le projet patronal. En 2000, les travailleurs de Boeing ont rejeté les accords passés entre la direction de l’entreprise et les chefs des syndicats. Ces dernières années les enseignants, les travailleurs du textile, les agents de nettoyage, les éboueurs, les salariés de la distribution et de l’hôtellerie ainsi que les routiers ont régulièrement tenté de stopper les coups de leurs patrons.
La lutte des dockers de la côte ouest en octobre et novembre 2002 est un exemple significatif de la lutte de classes. Confrontée à la baisse du pouvoir d’achat et à des menaces sur l’assurance-maladie, la direction du syndicat des dockers, l’International Longshore and Warehouse Union (ILWU) a été contrainte de refuser l’accord pourri voulu par les patrons de la Pacific Maritime Association (PMA) et d’appeler à la grève les dockers de la côte ouest. Les patrons ont alors décrété un lock-out (ce qui est légal aux Etats-Unis) et donc suspendu le paiement et l’activité de tous les travailleurs.
La PMA a eu le renfort de Bush qui a, une fois de plus, oublié le « libéralisme » :
La crise dans nos ports de la côte Ouest porte
atteinte à l'économie. Elle porte atteinte à la sécurité du pays et le
gouvernement doit intervenir. (...) Je demande dès maintenant au ministre de la
Justice Ashcroft de recourir à la loi Taft-Hartley pour chercher à mettre fin
au lock-out et faire reprendre le travail normalement dans les ports. (George Bush, Wall Street Journal, 8 octobre 2002)
La loi Taft-Hartley de 1947 permet au président de suspendre, au nom de l’intérêt national, c’est-à-dire l’intérêt de la bourgeoisie américaine, toute grève ou lock-out et d’imposer des négociations durant au moins deux mois, au cours desquels le travail est obligatoire. Suite à l’intervention présidentielle, les dirigeants de l’ILWU ont plié et finalement signé l’accord favorable aux patrons des ports du Pacifique.
Le 11 octobre 2003, 70 000 travailleurs des 900 grandes surfaces Safeway, Vons, Kroger et Albertson de Californie ont commencé une grève qui a duré 138 jours. Refusant la liquidation de leur assurance-maladie, la baisse des salaires et un moindre salaire à l’embauche, les piquets de grèves se sont installés, au désarroi des dirigeants de l’United Food and Commercial Workers UFCW.
Ces derniers ont tout fait pour faire rentrer les grévistes dans le rang. En exigeant la levée des piquets pour négocier, en levant les piquets devant les entrepôts alors que les travailleurs des transports étaient solidaires des grévistes, ils ont tout fait pour empêcher la grève générale de tous les travailleurs de la distribution alimentaire. Après 16 jours de négociations secrètes, ils ont signé l’accord patronal le 26 février 2004 dans le plus grand secret. La bureaucratie syndicale fait venir Kerry à la rencontre des grévistes la veille de l’accord. Les salariés, asphyxiés par les trahisons des chefs syndicaux de l’UFCW, ont voté la reprise du travail… après la signature et sans en connaître tout le contenu.
Le PCF raconte à sa manière les manœuvres conjuguées de la bureaucratie syndicale, du Parti bourgeois « ami des travailleurs » et du clergé chrétien pour arrêter la grève :
Une manifestation de plusieurs Églises devant la
résidence du PDG de Safeway, Steve Burd, et la pression de l’opinion publique
finissent par hâter les négociations… John Kerry, le futur candidat, prend
place dans un piquet de grève, à Santa Monica, la veille de la signature de l’accord. (L’Humanité,
25 mars 2004)
Sous prétexte de la plus large union, incluant les Eglises, toutes sortes d’organisations ouvrières s’alignent en fait sur leur bourgeoisie.
A cette étape, aucune force significative n’appelle à fraterniser avec les travailleurs des autres pays et avec les peuples opprimés, ne mise sur la force sociale du prolétariat américain pour saboter l’intervention militaire, pour renverser le gouvernement Bush.
Les structures mises en place contre la guerre en Afghanistan et en Irak ont été d’un pacifisme impuissant, car complaisantes à l’égard du Parti démocrate et basées sur des blocs avec le clergé. Les manifestations le plus importantes ont été à l’initiative d’ANSWER, une coalition animée par le WWP et, dans une moindre mesure, de NION (Pas en notre nom) qui prétend englober ceux qui sont hostiles au drapeau américain et ceux qui ne veulent pas que la bannière étoilée soit souillée. NION a été lancée par le RCP, une organisation maoïste qui singe le culte grotesque de Mao Zedong envers son « président Bob Avakian » :
Le projet de programme est inspiré de la sagesse
collective du parti entier, éclairé par de nombreuses contributions
innovatrices du président du RCP Bob Avakian… (Revolutionary Worker, 25 mai 2003)
Dans sa grande sagesse, le parti du président Avakian n’hésite pas à reprendre le slogan réformiste « un autre monde est possible » pour flatter la « nouvelle génération qui s’est dressée contre la mondialisation impérialiste ». Face à la guerre, le slogan du président Avakian est : « Unis avec tous ceux qui peuvent être unis… » (Revolutionary Worker, 7 avril 2002). L’article est embrouillé au point d’être illisible, mais Avakian se chargea lui-même un peu plus tard de l’illustrer de manière compréhensible :
Les armes de destruction massive que le régime de
Hussein est censé détenir… sont une paille à côté de la poutre de l’arsenal… du
gouvernement américain… Ce fait devrait être communiqué ici par les pasteurs et
par les prêtres et présenté aux gens à travers des sermons et beaucoup d’autres
moyens ; et cela pourrait contribuer significativement à mobiliser les
gens pour résister et pour agir contre cette guerre injuste. (Revolutionary Worker, 16 mars 2003).
Sans doute pour s’unir avec la prêtraille, le président du RCP refusa, avec moult contorsions et plein de bavardages « révolutionnaires », de prendre partie pour l’Afghanistan quand sa bourgeoisie décida de bombarder ce pays ni pour l’Irak quelques mois plus tard.
Cette politique est directement héritée des mencheviks et des sociaux-démocrates, du front populaire de Staline et du bloc des quatre classes de Mao.
L’organisation des jeunes communistes (YCL) consacre
tous ses efforts à constituer un bloc avec le mouvement de la jeunesse
chrétienne (YMCA) et les groupes religieux de jeunes… La politique du front
populaire appliquée au « travail anti-guerre » est particulièrement
symptomatique. A travers une multitude d’organisations pacifistes… les
staliniens ont pour but la création d’un « front populaire large, sans
classe, de tous ceux qui sont opposés à la guerre. La nature de collaboration
de classe de la politique de front populaire est révélée clairement… Les
staliniens abandonnent l’analyse marxiste des guerres comme résultant des
conflits du capitalisme, prétendent que tout le monde, quelle que soit sa
classe ou sa catégorie sociale, quelle que soit son attitude envers le
capitalisme, peut « s’unir » pour empêcher la guerre et, par
conséquent, rejettent la seule opposition réelle, la lutte de classe
révolutionnaire contre l’ordre capitaliste. (James Burnham, The people’s front, the new
betrayal, 1937)
Se drapant dans le drapeau rouge pour mieux trahir le drapeau rouge, le RCP ne se situe pas vraiment sur un autre terrain que la gauche de la bureaucratie syndicale.
Au sein de l’AFL-CIO, les centristes se réclamant abusivement du trotskysme n’affrontent pas non plus l’appareil. Ils se tiennent désespérément à l’affût d’une aile gauche de celui-ci, pour s’y incorporer. Évidement, ils sont incapables de démasquer les campagnes « N’importe qui sauf Bush ! », la MWM et les « mouvements anti-guerre » pacifistes.
Une partie de la bureaucratie syndicale a édifié l’US Labor Against the War (USLAW). Ce conglomérat de syndicats locaux affiliés à l’AFL-CIO, soutenu par les organisations sœurs du PT, Socialist Organizer, et de la LCR, Solidarity forme un pare-feu qui ne mobilise pas réellement la force des travailleurs pour empêcher la guerre et qui n’exige même pas le retrait des troupes à l’étranger :
Considérant qu'une action militaire américaine
contre l'Irak menace la résolution pacifique des conflits entre Etats et met en
danger la sûreté et la sécurité du monde entier, y compris des Américains,
considérant que le mouvement ouvrier a un rôle historique à jouer dans le
combat pour la justice, nous mettons sur pied le Mouvement des Syndicats des
Etats-Unis contre la guerre et affirmons nous dresser fermement contre la
logique de guerre de Bush. (USLAW, 11 janvier 2003)
Quant à la direction de l’AFL-CIO, elle a carrément soutenu la guerre et l’occupation de l’Irak. Au lieu de se battre pour le retrait de troupes recrutées essentiellement parmi les ouvriers au chômage, souvent afro-américains, des immigrés qui veulent obtenir la nationalité américaine, la direction confédérale les encourage à s’enrôler et s’engage à faire la charité aux familles des 1 300 soldats tués et aux 10 000 blessés pour Halliburton ou Texaco.
Après les élections présidentielles, le secrétaire de l’AFL-CIO Sweeney a déclaré :
Nous sommes profondément déçus que le candidat présidentiel
que nous avons soutenu n'ait pas gagné l'élection de mardi, mais nous pouvons
être extrêmement fiers et satisfaits du travail que nous avons fait ensemble.
Cinquante-cinq millions d’Américains ont voté pour de bons emplois, l'assurance
santé, la sécurité des retraites, la liberté des travailleurs à former des
syndicats, une réelle sécurité intérieure... Nous avons fait entendre nos voix
et elles ne peuvent pas être ignorées. (John
Sweeney, 5 novembre 2004)
Les dirigeants de l’AFL-CIO, en plus d’afficher leur soutien politique à un parti bourgeois, donnent en effet l’argent des travailleurs, non aux grévistes, non aux efforts de syndicalisation des entreprises, non au soutien des immigrés, mais à un parti de capitalistes ! Ce sont au moins 100 millions de dollars que la confédération et ses syndicats ont offerts aux différents candidats démocrates en lice.
Sous le mot d’ordre « Anybody but Bush » (N’importe qui sauf Bush), la direction de l’AFL-CIO a mobilisé 5 000 syndicalistes professionnels et 225 000 bénévoles pour la campagne de Kerry. Les syndicats nationaux affiliés à la centrale font pour la plupart de même (et une minorité de bureaucrates se lie… au Parti républicain). Par exemple, le Service Employees International Union (SEIU), le plus important syndicat de l’AFL-CIO avec 1,5 million de membres, a financé la campagne du Parti démocrate à hauteur de 65 millions de dollars.
Une fraction de la bureaucratie syndicale, inquiète de l’écart grandissant entre le prolétariat et la direction de l’AFL-CIO, a appelé pour le 17 octobre 2004 une Million Workers March (MWM, manifestation d’un million de travailleurs).
L’initiative est venue d’une branche locale de l’ILWU, le syndicats des dockers, sous le signe explicite de Martin Luther King, un ecclésiastique emblématique du mouvement noir bourgeois. L’appel a été rejoint par quelques dizaines de syndicats locaux et des mouvements pacifistes, de quelques personnalités (l’acteur Danny Glover, le linguiste Noam Chomsky…), du Green Party et du Socialist Party.
L’appel à la Marche se prononçait pour un « nouveau syndicalisme social », pour « un contrôle ouvrier et syndical accru sur le processus de travail ». Mais la marche se voulait aussi « étroitement liée aux autres mouvements démocratiques non-classe ou multi-classes (mouvements ecclésiastiques, féministes, écologiques, des droits de l’homme, pour la paix…) en vue de créer une société civile puissante et diversifiée ».
Bref, la marche est l’héritière directe des « fronts populaires pour la paix » des années 1930, à ceci près que les staliniens de l’époque sont remplacés par les castristes, les maoïstes… et les épigones dégénérés du « trotskysme », alors que les véritables trotskystes (les bolcheviks-léninistes) ont toujours dénoncé cette politique pro-bourgeoise.
Le front
populaire s’oppose au programme du marxisme et à la lutte de classe pour le
socialisme, il tente de détruire l’indépendance de la classe ouvrière, de la
subordonner idéologiquement, politiquement et organisationnellement à la
bourgeoisie. (SWP,
Theses on the American revolution, 1946)
En étant « étroitement lié » à tous mouvements de petits-bourgeois, dont ceux qui sont contrôlés par les églises, il est impossible de donner un caractère prolétarien à son action. Pour se concilier les écologistes et les féministes bourgeoises, les pacifistes et les pasteurs, la MWM n’ouvrait ainsi aucune perspective réelle aux travailleurs salariés.
Les organisateurs de la manifestation ont aidé la direction Sweeney, puisqu’ils n’ont pas position contre le soutien du syndicalisme au Parti démocrate, pour la rupture du mouvement ouvrier avec tous les partis bourgeois. Ouverte aux « mouvements ecclésiastiques », la MWM est fermée au socialisme et à la révolution : elle ne « prétend pas être, ni se subordonner à une organisation ‘‘d’avant-garde’’ ».
Les dirigeants syndicaux promoteurs de la Marche la situaient dans le cadre du capitalisme américain et de l’Etat bourgeois : « restauration de la démocratie », « restauration de l’Amérique », qui annulent les quelques mots d’ordre que les organisateurs de la manifestation avançaient à destination des travailleurs. Il s’agit d’un bon exemple d’initiative sans contenu délimité de classe, adressé à la « multitude » que Toni Negri, le maître à penser des altermondialistes, substitue au prolétariat. En fait de multitude et de « million », le 17 octobre, 20 000 personnes seulement ont défilé.
Les organisateurs de la manifestation d’octobre 2004 ont agi en aile gauche de la bureaucratie, en complices de la direction syndicale. La plupart des courants pseudo-trotskystes américains (lambertistes, grantistes, cliffistes, pablistes, taafeistes….) ont appuyé l’initiative réformiste et pacifiste.
Quoique débutant triomphalement, le second mandat de Bush s’inscrit dans le cadre du pourrissement du capitalisme à l’échelle mondiale, auquel n’échappent pas la société américaine et l’économie la plus avancée de la planète. De nouvelles attaques de l’impérialisme américain sont à venir contre les peuples du monde, de nouveaux coups de la bourgeoisie américaine sont à attendre contre le prolétariat autochtone. Si la révolution socialiste ne triomphe pas à temps, inéluctablement les puissances impérialistes se prendront de nouveau à la gorge, aux frais des travailleurs du monde entier et au risque de supprimer l’humanité de la planète. L’avenir du prolétariat américain est plus lié que jamais à la lutte des travailleurs à l’échelle du monde entier :
Chaque coup que porte le prolétariat américain
contre les impérialistes ici stimulera, renforcera et intensifiera les luttes
en Europe et dans les colonies. Chaque revers subi par l’impérialisme, où que
ce soit, aura des répercsussions grandissantes dans ce pays. (SWP,
Theses on the American
revolution, 1946)
A un moment ou à un autre de la lutte mondiale entre bourgeoisie et prolétariat, le sort de la révolution se jouera dans le pays capitaliste le plus puissant, les Etats-Unis d’Amérique. Sa classe ouvrière a le potentiel de se rendre maîtresse du pays, d’instaurer un gouvernement ouvrier, d’exproprier le capital. Mais ce géant est actuellement entravé par l’absence de toute représentation politique propre et par ses directions syndicales.
L’instrument décisif de la révolution prolétarienne
est le parti de l’avant-garde à la conscience de classe. Sans la direction d'un
tel parti, les situations révolutionnaires les plus favorables, qui proviennent
des circonstances objectives, ne débouchent pas sur la victoire finale du
prolétariat et sur la réorganisation planifiée de la société sur des fondations
socialistes. (SWP, Theses on the American revolution,
1946)
Le parti dont les travailleurs ont besoin, qui les aide à accomplir leurs tâches historiques, ne pourra être que révolutionnaire et démocratique. L’avant-garde ouvrière américaine doit s’inspirer des meilleurs traditions des IWW d’il y a un siècle et du Socialist Party d’Eugene Debs, de la naissance du parti communiste sous l’impact de la Révolution russe, de la Communist League et du SWP des années 1930. Elle doit se guider sur le marxisme et renouer avec le programme de l’Internationale communiste et celui de la 4e Internationale.
Or, tous ceux qui se subordonnent à la bourgeoisie américaine, au Parti démocrate, à Jesse Jackson, à Ralph Nader, aux clergés, à telle ou telle aile de la bureaucratie syndicale, aux démagogues noirs musulmans misogynes et antisémite, éloignent le prolétariat de sa propre émancipation, de sa révolution, de son propre parti.
La construction du parti ouvrier révolutionnaire passe par la participation au sein des grèves et des organisations syndicales, afin que les travailleurs contrôlent leur mouvement contre les bureaucrates, le défendent contre les briseurs de grève, la police et la garde nationale.
L’émergence d’un tel parti est inséparable de la bataille pour la rupture de tout soutien syndical au Parti démocrate. Son édification exige un combat pour rassembler les travailleurs d’origine européenne à ceux d’origine africaine, asiatique ou amérindienne et donc implique de se tourner vers les couches les plus exploitées et les moins organisées du prolétariat. Elle réclame une lutte incessante contre l’oppression des Noirs (en particulier pour la libération des militants de l’ex-BPP qui sont actuellement en prison). Un tel parti doit se porter à la tête de la lutte contre toutes les oppressions et contre la guerre impérialiste.
Avant tout, il s’agit de lever le drapeau de
l’internationalisme et du défaitisme révolutionnaire contre les interventions
de l’impérialisme américain : Non
au budget militariste de Bush ! Retrait immédiat des troupes d’Irak,
d’Afghanistan et de Haïti ! Abrogation du Patriot Act ! Mobilisation des travailleurs des ports, des
aéroports, des télécommunications, de l’aéronautique et de l’industrie
d’armements contre la guerre coloniale ! Libération des prisonniers de
guerre irakiens et afghans ! Restitution de la base de Guantanamo à Cuba
et fermeture de toutes les bases militaires à l’étranger !
22 février 2005