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Chasses aux immigrés, massacres en Côte d’ivoire,
tortures en Irak et à Guantanamo, destruction de Fallouja…
On peut sans peine imaginer ce qui attend les Juifs dès le déclenchement de la guerre mondiale à venir. Même si la guerre est écartée, le prochain développement de la réaction mondiale implique avec certitude l’extermination physique des Juifs. (L. Trotsky, 22 décembre 1938)
Le soixantième anniversaire de la libération du camp de Birkenau-Auschwitz, en Pologne, où furent exterminés par les nazis 1,1 million de personnes, dont plus de 900 000 Juifs, a fourni une occasion pour les chefs impérialistes de communier dans la dénonciation de « l’holocauste ».
Les puissants de ce monde avaient beaucoup moins célébré l’insurrection du ghetto de Varsovie contre les SS. En effet, tous les gouvernements bourgeois se méfient de l’exemple de ceux qui prennent les armes contre leurs oppresseurs. En avril 1943, les Juifs polonais, sous l’impulsion d’organisations nationalistes (sionistes) et ouvrières (Bund, POP), écrivirent une des plus belles pages de l’histoire des opprimés, alors que le puissant prolétariat allemand s’était rendu sans combat en 1933, à cause des politiques criminelles de ses directions (le SPD social-démocrate et le KPD stalinien).
A l’époque, ni la Grande-Bretagne, ni les Etats-Unis, ni l’URSS ne se soucièrent d’aider les Juifs insurgés. Pas plus que les armées des démocraties britannique et américaine n’intervinrent au secours des détenus des camps de concentration et des camps d’extermination nazis, ni pour empêcher les déportations massives.
Soixante ans après, aux côtés du chancelier de l’Allemagne, du vice-président des Etats-Unis, du président de la Russie, le Président de la République française a pris des poses antiracistes à Auschwitz :
Ici, des abîmes inconnus se sont révélés. La folie criminelle nazie est venue mettre en question l'essence même de l'humanité. (J. Chirac, discours d’Auschwitz, 27 janvier)
Pourtant, Chirac, sa majorité parlementaire, son gouvernement, la police alimentent en permanence la xénophobie et le racisme, en interdisant aux jeunes filles musulmanes de porter un signe religieux, en menant des campagnes « contre le terrorisme » qui transforment tout musulman et tout Arabe en suspect, en refusant l’entrée du territoire aux réfugiés politiques et aux travailleurs étrangers, en parquant ceux à qui il refuse les papiers dans des centres de rétention ignobles et en les renvoyant dans leur pays où les attendent la misère et souvent la persécution, l’emprisonnement, voire la torture et l’exécution.
Une commission indépendante fait état d'une forte augmentation des signalements de violences policières… Les violences lors d'expulsions d'étrangers en situation irrégulière sont plus graves, deux décès étant imputés par la commission à des gestes « excessivement appuyés et prolongés »… La commission constate un grand nombre d'incidents lors d'expulsions collectives d'étrangers… (Libération, 6 mai 2004)
Nationalisme et domination impérialiste, recherche de boucs émissaires et persécution des immigrés sont les sources du racisme capitaliste. Dans la France contemporaine, son aspect anti-arabe et anti-noir l’emporte le plus souvent sur l’aspect anti-juif, sans supprimer celui-ci, comme l’illustrent les profanations de tombes juives par des membres du Front national ou les « petites phrases » de ses dirigeants Le Pen et Gollnisch.
Les directions syndicales, le PS, le PCF et la LCR ont appelé à voter Chirac en 2002 comme barrage illusoire au danger invraisemblable de prise de pouvoir par Le Pen, tout en refusant de chasser le Front national (et les groupes nazis) de la rue le 1er mai. Les crétins pacifistes et électoralistes avaient choisi d’oublier que leur candidat du second tour avait parfois manifesté sa proximité politique avec le dirigeant du parti fascisant FN :
Il y a un type, Le Pen, que je ne connais pas et qui n'est probablement pas si méchant qu'on le dit. Il répète certaines choses que nous pensons, un peu plus fort et un peu mieux que nous, en termes plus populaires. (J. Chirac, Entretien avec F.O. Giesbert, 22 juin 1985)
D’après Chirac, Le Pen dit plus fort ce que pensent tout bas les politiciens respectables, ceux qui condamnent en public l’antisémitisme et le racisme. Mais Chirac a parfois dit ouvertement ce qu’il pensait :
Notre problème, ce n'est pas les étrangers, c'est qu'il y a overdose. C'est peut-être vrai qu'il n'y a pas plus d'étrangers qu'avant la guerre, mais ce n'est pas les mêmes et ça fait une différence. Il est certain que d'avoir des Espagnols, des Polonais et des Portugais travaillant chez nous, ça pose moins de problèmes que d'avoir des musulmans et des Noirs… Comment voulez-vous que le travailleur français qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15 000 francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50 000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler... si vous ajoutez le bruit et l'odeur, eh bien le travailleur français sur le palier devient fou. Et ce n'est pas être raciste que de dire cela... (J. Chirac, discours d’Orléans, 19 juin 1991)
En quoi la xénophobie de Chirac est-elle différente de celle d’un Le Pen ? Comme tout nationalisme, comme le racisme anti-arabe du FN, comme autrefois le racisme anti-juif du Parti nazi, elle désigne des boucs émissaires pour protéger les riches, dont Chirac et Le Pen font partie, pour faire oublier quelle est la classe sociale qui paie le moins possible et qui licencie….
Voila le vrai visage du pouvoir qui pontifie à Auschwitz et qui a donné l’ordre de consacrer une heure de cours dans tous les établissements scolaires pour éduquer la jeunesse contre le racisme.
Le ministre de l’éducation Fillon, responsable de l’allongement de la vie de travail et de la réduction des pensions de retraite quand il était ministre des affaires sociales, rédacteur d’une loi de réduction de l’enseignement et de promotion de l’apprentissage patronal, a donné le ton en personne :
Il y a soixante ans, le 27 janvier 1945, les troupes alliées découvraient, stupéfaites par tant d’horreur, le camp d’Auschwitz, symbole de la Shoah… (F. Fillon, discours de Drancy, 25 janvier)
Le ministre affirme que les armées alliées furent stupéfaites. C’est sans doute vrai pour les soldats de l’Armée rouge, comme en témoigna le déporté Primo Levi. Mais l’extermination des Juifs, des Tziganes et des Noirs par le pouvoir nazi était un secret de polichinelle pour Staline et pour tous les sommets des Etats bourgeois, dont les états-majors des armées alliées, pour l’Eglise catholique, dont la complicité était patente. Les organisations juives (sionistes et socialistes) avaient d’ailleurs alerté les gouvernements alliés.
Le ministre à la tête de l’enseignement n’a guère plus de respect pour les faits historiques les mieux établis, quand il oublie que les premiers jetés dans les « camps de concentration » par les nazis furent les militants ouvriers, qui furent rejoints non seulement par les Juifs, mais par les Tziganes, les Noirs, les homosexuels et les handicapés, tous ceux que les fascistes allemands considéraient comme des « sous-hommes ».
Se souvenir, c’est aussi transmettre. Il faut que, toujours, l’histoire soit dite. (J. Chirac, Discours d’inauguration du mémorial de la Shoah, 25 janvier)
Le ministre de l’éducation cache à la jeunesse que l’Etat américain refusa d’ouvrir ses frontières aux Juifs qui cherchaient à fuir l’Europe. Le ministre ne pipe mot de l’inertie des Alliés face au dispositif d’extermination des Juifs : fours, chambres à gaz, voies ferrées, etc. Le ministre cèle que, après la victoire des Alliés, de nombreux nazis furent intégrés dans les appareils d’Etat des démocraties bourgeoises d’Autriche, de la RFA, des Etats-Unis…
Le ministre tait que la République française avait interné les militants ouvriers d’Italie, d’Allemagne et d’Espagne, avant de les livrer, avec 28 % des Juifs français, aux bourreaux nazis. Les Juifs français et réfugiés d’Allemagne ou d’Autriche, comme les résistants bourgeois et les activistes sociaux-démocrates, staliniens, bolcheviks-léninistes, anarchistes furent arrêtés le plus souvent par la police et la gendarmerie françaises, pour être remis à la Gestapo et aux SS.
Le ministre cache que bien des hauts fonctionnaires de Vichy, collaborateurs de la « solution finale » des nazis, poursuivirent une brillante carrière dans la 4e et la 5e Républiques, ce qui en dit long sur les « valeurs de la république ». Un cas bien connu est Maurice Papon, qui passa sans problème de Pétain à De Gaulle. Secrétaire général de la préfecture de la Gironde de 1942 à 1944, Papon avait organisé dix convois de Juifs destinés aux SS. Les déportés ont abouti à Birkenau-Auschwitz. Peu en revinrent. Chirac, qui a tant insisté sur le devoir de mémoire, a oublié de mentionner Papon et sa trajectoire.
Papon figure à la tribune quand De Gaulle appelle au retour à l’ordre à Bordeaux en 1944. Nommé en 1958 préfet de police de Paris, quand De Gaulle reprend le pouvoir, il est passé de l’arrestation des Juifs à celle des Arabes. Le 4 octobre 1961, Papon met en place un couvre-feu concernant les « Français musulmans d'Algérie ». Contre cette mesure raciste, le parti nationaliste algérien FLN appelle à une grande manifestation le 17 octobre. La manifestation est interdite par le gouvernement. 7 000 policiers de la République arrêtent plus de 10 000 travailleurs arabes et kabyles, les parquent dans des stades et en assassinent au moins plusieurs dizaines. Le 8 février 1962, la police aux ordres de Papon tue 9 travailleurs manifestant à l’appel du PCF au métro Charonne.
Chirac, Raffarin et Fillon recommandent aux enseignants de faire connaître les crimes du racisme étatique allemand. En France, aucun ouvrage scolaire de troisième ne fait référence au massacre du 17 octobre. Quant aux manuels d’histoire de terminale, seuls les éditeurs Belin et Nathan signalent les manifestations du 1 7 octobre sans mentionner la répression.
Papon a couronné sa carrière politique comme ministre de la République, sous Giscard d’Estaing. Il fut condamné en 1998 pour sa participation au génocide des Juifs, mais jamais inquiété pour son massacre d’Arabes. Chirac l’a fait promptement libérer en septembre 2002.
L’étudiant en droit François Mitterrand adhéra en 1934 à Action française, un parti royaliste antisémite, et probablement, par la suite, à la Cagoule, une organisation fasciste secrète. Passé au service du régime de Vichy, Mitterrand reçut la francisque, la décoration pétainiste, au printemps 1943.
Mitterrand fut ministre dans tous les gouvernements de la 4e République de 1946 à 1956. A ce titre, il participa donc aux guerres coloniales menées contre le Maroc, l’Indochine, Madagascar, l’Algérie et à la politique de torture systématique en Algérie. Le 24 novembre 1982, Mitterrand, fraîchement élu Président de la 5e République, réhabilita les galonnés de l’ex-OAS, une organisation terroriste anti-arabe, ce qui leur permit de récupérer leurs décorations et leurs pensions militaires.
A Vichy, le jeune Mitterrand avait pu côtoyer un personnage haut placé, René Bousquet. Celui-ci avait commencé sa carrière au Parti radical, avant de devenir préfet de région sous Pétain :
En novembre 1941, la police de Reims livre aux Allemands des militants communistes arrêtés après la distribution d'un tract (« Brisons l'arme de l'antisémitisme! Unissons-nous! ») dans les établissements Heidsieck. La plupart d'entre eux furent fusillés… (L’Express, 28 septembre 1990)
Bousquet fut nommé en 1942 secrétaire général de la police. Le 18 juin 1942, dans une lettre adressée à Karl Oberg le chef des SS en France, Bousquet écrit :
Vous connaissez la police française. Elle a sans doute ses défauts, mais aussi ses qualités. Je suis persuadé que, réorganisée sur des bases nouvelles et énergiquement dirigée, elle est susceptible de rendre les plus grands services. Déjà, dans de nombreuses affaires, vous avez pu constater l'efficacité de son action. Je suis certain qu'elle peut faire davantage encore.
Le haut fonctionnaire Bousquet, à la tête de la police française de 1942 à 1943, organisa la majeure partie des déportations de Juifs français, dont la rafle du Vélodrome d’Hiver, incluant les enfants que les SS ne réclamaient pas, ainsi que les Juifs réfugiés dans la zone dévolue au régime de Vichy :
René Bousquet joua ainsi un rôle déterminant dans la participation de la police aux opérations de déportation des juifs. Dès mai 1942, il s'était déjà montré plus que coopératif en demandant à Reinhard Heydrich (venu lui annoncer l'évacuation prochaine des juifs apatrides de la zone occupée) s'il ne pouvait pas également déporter les juifs apatrides enfermés, depuis un an et demi, dans les camps de la zone sud. Les Allemands, qui s'avouent un peu surpris, saisissent l'offre: dès le 17 juillet, trois trains de 1 000 personnes partiront, chaque semaine, de la zone non occupée. (L’Express, 28 septembre 1990)
A la défaite du nazisme, comme bien d’autres hauts fonctionnaires de Pétain, Bousquet est intégré à la direction de la Banque d'Indochine. En 1958, il fut candidat à la députation dans la Marne, avec l'investiture officielle de l'UDSR. L’UDSR était un petit parti bourgeois, dirigé par François Mitterrand, anticommuniste et colonialiste.
Durant les années 1970, quand Mitterrand devint le principal dirigeant du Parti socialiste, Bousquet resta son intime.
L’UMP, Chirac, la 5e République dissimulent les responsabilités de l’Etat français et des démocraties alliées dans le génocide des Juifs par les nazis. Faute de sérieux envers l’histoire, ils sombrent dans les tendances irrationnelles et obscurantistes, typiques de la bourgeoisie contemporaine.
L’antisémitisme est une haine qui plonge ses racines dans les profondeurs du mal. (J. Chirac, Discours d’inauguration du mémorial de la Shoah, 25 janvier)
L’explication par « le mal » aboutit à estomper la responsabilité première de la bourgeoisie allemande, de l’Etat allemand (l’allié principal de l’impérialisme français aujourd’hui), voire du nazisme lui-même.
Ce drame ne suscite pas qu’une aversion dégoûtée à l’égard de la barbarie nazie, elle est un miroir vers lequel chacun d’entre nous est renvoyé. Car, derrière la folie meurtrière de Hitler, derrière la responsabilité d’un régime destructeur dont tout un peuple suivit les mots d’ordre, il y a la question du mal absolu, ce mal vis-à-vis duquel aucun homme, aucune nation, ne sont définitivement prémunis. (F. Fillon, discours de Drancy, 25 janvier)
En d’autres termes, que les arrestations, la détention, les massacres et les tortures de millions de Juifs aient été commis par le régime fasciste serait une question secondaire. Le génocide des Juifs et des Tziganes d’Europe serait un phénomène incompréhensible en termes rationnels, inexplicable de manière historique et politique. Pour les bigots de l’UMP, il faut faire intervenir une explication surnaturelles, « le Mal ». Chirac, Raffarin et Fillon ne sont pas les seuls, puisque, le vice-président des Etats-Unis a déclaré sur place :
Auschwitz nous rappelle que le Mal est réel (D. Cheney, discours d’Auschwitz, 27 janvier)
Dans les années 1980, Dick Cheney, alors représentant du Wyoming au Congrès, a défendu le régime d’apartheid de l’Afrique du Sud. Le gouvernement du Parti républicain drape volontiers la politique de l’impérialisme américain avec de la rhétorique cléricale. La lutte contre « le Mal » sert à Bush, à Cheney, à Rice et à Rumfield de justification aux occupations de l’Afghanistan et de l’Irak, aux menaces contre la Syrie, la Corée du Nord et l’Iran, aux camps de Guantanamo à Cuba, de Bagram en Afghanistan et d’Abou Ghraib en Irak.
Le représentant du « socialisme » européen ne donne guère d’autre explication au génocide des Juifs par les nazis :
Qui, après Auschwitz, pourrait encore douter que le Mal existe ? (G. Schröder, discours de Berlin, 25 janvier)
Il est vrai qu’un autre social-démocrate européen, Mitterrand, allait jusqu’à consulter des voyantes, comme un président républicain des Etats-Unis, Reagan. Fillon recourt à la métaphysique et au christianisme, pour faire de chaque individu en général et de chaque jeune en particulier (il parle dans un lycée) un coupable, puisque le massacre nazi est pour lui un « miroir auquel chacun de nous est renvoyé » et qu’aucun homme n’est indemne du « mal absolu ».
Si les jeunes sont suspects par nature, Fillon, de Villepin, tout le gouvernement qui chasse l’immigré et qui tue l’Ivoirien, sont en droit d’envoyer les flics et les chiens policiers fouiller les lycéens à la porte des établissements scolaires, comme ils l’ont fait le 6 janvier.
Puisque les cinq millions de Juifs exterminés étaient des êtres humains et que chaque homme est une incarnation du Mal, il faudrait en déduire qu’ils eurent une part de responsabilité dans les camps de Birkenau-Auschwitz, Treblinka, Belzec, Dachau, Buchenwald et autres Mauthausen… Eh bien non, Monsieur Fillon, les Juifs, les Noirs et les Tziganes, les homosexuels et les handicapés, les militants communistes et les soldats de l’Armée rouge ne sont pas responsables du racisme et de son apothéose, les camps nazis !
Le fascisme allemand n’a fait qu’exacerber des tendances déjà présentes au sein de la société bourgeoise.
Le capitalisme en déclin a opéré un brusque tournant vers le nationalisme exacerbé dont l’une des composantes est l’antisémitisme. (L. Trotsky, Entrevue à l’ITA et Der Weg, 18 janvier 1937)
L’extermination de 3 millions de Juifs d’Europe par les nazis n’est pas un accident incompréhensible, un événement inexplicable, mais une expression exacerbée de la barbarie que porte en lui le capitalisme, à laquelle la bourgeoisie recourt sans vergogne quand elle se sent menacée.
Les traits les plus caractéristiques de la mentalité SS et de ses soubassements sociaux se retrouvent dans bien d’autres secteurs de la société mondiale… L’Allemagne a interprété avec l’originalité propre à son histoire la crise qui l’a conduite à l’univers concentrationnaire. Mais l’existence et le mécanisme de cette crise tiennent aux fondements économiques et sociaux du capitalisme et de l’impérialisme. (D. Rousset, déporté à Buchenwald, L’Univers concentrationnaire, août 1945)
La filiation est directe avec les armées russes blanches qui pratiquèrent, en particulier en Ukraine, les pogroms de Juifs à grande échelle lors de la guerre contre le pouvoir des Soviets, sans que cela heurtât beaucoup les démocraties bourgeoises française, américaine et britannique qui les armaient et les encourageaient. La Roumanie, et la Pologne, Etats-tampons créés contre l’URSS et fidèles alliées de la République française, persécutent les Juifs comme elles emprisonnent les communistes.
Sans être fascistes ni racistes, bien des politiciens bourgeois et des capitalistes ont apprécié favorablement le rôle contre-révolutionnaire, anticommuniste, du fascisme allemand, y compris dans la démocratie parlementaire la mieux établie d’Europe. Winston Churchill tenait publiquement des propos anti-juifs (Sunday Herald, 8 février 1920). Edouard Windsor, roi de Grande-Bretagne et empereur des Indes, ne cachait pas ses sympathies pour le nazisme. Le populaire Daily Mail salua la victoire de Hitler en 1933 et le respectable Times n’a jamais mentionné l’antisémitisme du régime nazi de 1933 à 1939. Aujourd’hui encore, Harry Windsor, promis à la couronne, vient de se déguiser en nazi lors d’une soirée costumée réservée aux rejetons de l’aristocratie britannique.
La montée du parti fasciste NSDAP, financé par le grand capital, soutenu par des secteurs de la police et de l’armée, résulta de l’échec de la révolution en Allemagne. La première révolution allemande, en 1919, fut écrasée par les « corps francs », précurseurs des troupes fascistes, sur ordre du gouvernement « socialiste » du SPD, qui n’hésita pas à faire assassiner, avec plusieurs milliers d’ouvriers, Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg.
La défaite a dressé un mur sur le chemin de l’impérialisme allemand. La dynamique extérieure s’est transformée en dynamique intérieure. La guerre se changea en révolution. La social-démocratie, qui aida les Hohenzollern à mener la guerre jusqu’à son issue tragique, ne permit pas au prolétariat de mener la révolution jusqu’à son terme… Le Parti communiste a appelé les ouvriers à une nouvelle révolution, mais s’est avéré incapable de la diriger… Dans l’atmosphère chauffée à blanc par la guerre, la défaite, les réparations, l’inflation, l’occupation de la Ruhr, la crise, le besoin et la rancune, la petite-bourgeoise se rebella contre tous les vieux partis qui l’avaient trompée… (L. Trotsky, Qu’est-ce que le national-socialisme ? 10 juin 1933)
L’exaspération du nationalisme pour cimenter les Etats nationaux bourgeois, la recherche de boucs émissaires transforma les Israélites, de victimes jusqu’alors d’une discrimination à justification religieuse, en Juifs conçus comme race, une catégorie pseudo biologique, rendue responsable tout à la fois des crises économiques capitalistes, des défaites militaires de la monarchie prussienne et des révolutions prolétariennes.
Toute la culture humaine, tous les résultats apportés par l’art, la science et la technologie sont presque exclusivement dus au génie créateur de l’Aryen… Le Juif ébranle économiquement les Etats jusqu’à ce que les entreprises sociales, devenues improductives, soient enlevées à l’Etat et soumises à son contrôle… Au moment où le Juif conquiert le pouvoir politique, il rejette les derniers voiles qui le cachaient encore… Il cherche, au bout de peu d’années, à exterminer les représentants de l’intelligence et, en ravissant aux peuples ceux qui étaient par nature leurs guides spirituels, il les rend mûrs pour le rôle d’esclaves mis pour toujours sous le joug. (A. Hitler, Mon combat, 1924)
Après la Première guerre mondiale, le peintre raté autrichien et agitateur nationaliste Adolf Hitler recycla le vieil antisémitisme imbécile pour en faire une mystification haineuse à destination des officiers et des sous-officiers démobilisés remplis de haine, non pour leurs généraux, mais contre les internationalistes marxistes ; à destination des petits-bourgeois ruinés, jaloux de leurs concurrents juifs ; à destination des chômeurs révoltés par la richesse des banquiers juifs et non de l’ensemble des capitalistes.
Pour élever la nation au-dessus de l’histoire, on lui donne le soutien de la race. L’histoire est vue comme une émanation de la race… le national-socialisme descend… au matérialisme zoologique. De même que l’aristocratie ruinée trouvait une consolation dans la noblesse de son sang, la petite-bourgeoise paupérisée s’enivre de contes sur les mérites particuliers de sa race. (L. Trotsky, Qu’est-ce que le national-socialisme ? 10 juin 1933)
Mais si la bourgeoisie allemande s’est résignée à porter le parti fasciste au pouvoir, ce n’est pas parce qu’il était raciste, mais parce qu’il était efficacement contre-révolutionnaire et agressivement impérialiste. Si les autres bourgeoisies impérialistes s’en accommodent, surtout celle de la Grande-Bretagne, c’est que Hitler désignait pour cible l’URSS :
Nous, nationaux-socialistes… jetons nos regards vers l’est… si nous parlons aujourd’hui de nouvelles terres en Europe, nous ne saurions penser d’abord qu’à la Russie et aux pays limitrophes. (A. Hitler, Mon combat, 1924)
Dans un premier temps, jusqu’à la guerre, le régime nazi, n’extermine pas les Juifs. Il les persécute (« loi aryenne » d’expulsion de la fonction publique de 1933, lois de Nuremberg de 1935 « pour la protection du sang et de l’honneur allemands », pogrom de la « Nuit de cristal » en 1938…) et cherche à les expulser d’Allemagne. Durant cette période, de 1933 à 1939, 150 000 militants ouvriers (SPD, KPD, Leninbund, SAP, IKD….) sont internés dans des camps de concentration, placés sous l’autorité de la Gestapo : à Dachau, Orianenburg-Sachsenhausen, Weimar-Buchenwald, Mathausen-Gusen, Flossenburg, Ravensbrück, Stutthof. S’y ajouteront ulérieurement : Bergen-Belsen, Ntzweiler-Struthof, Gross-Rosen, Dora-Nordhaus.
En 1940, grâce à la défaite de l’impérialisme
français face à l’impérialisme allemand, le 3e Reich envisage
l’émigration forcée des Juifs à Madagascar, dans l’Océan indien. Les premières
exterminations du 3e Reich ne visent pas les Juifs. Avec
« l’Opération T4 », le régime nazi euthanasie, dans le secret, les
malades mentaux allemands. De 1939 à 1941, plus du quart des 360 000
aliénés du Reich sont assassinés, dont 70 000 dans des camions à gaz. Les
inventeurs de ces dispositifs interviendront ensuite sur le front de l’Est,
avant de mettre au point les installations de gazage des camps d’extermination…
A partir de mai 1941, sur le front de l’est, celui de la croisade nazie contre
le « judéo-bolchevisme », des commandos spéciaux, les einsatzgruppen, ont pour charge de
liquider conjointement les membres du Parti communiste de l’URSS et les Juifs.
Au printemps 1941, le 3e Reich commence les déportations en wagons à bestiaux vers les ghettos et les camps de concentration de la Pologne. Avec les premiers revers en URSS, en janvier 1942, à la conférence de Wannsee, le régime nazi décide la « solution finale », c’est-à-dire l’extermination des Juifs, tout en le dissimulant à la population allemande.
Aux camps de concentration, où la plupart des détenus meurent, s’ajoutent les camps d’extermination, de véritables usines à tuer des êtres humains : Chelmno, Belzec, Sobibor et Treblinka. Auschwitz-Birkenau et Maïdanek cumulent les deux fonctions. 250 000 Tziganes (sur 700 000) seront exterminés par les nazis. 3 millions de Juifs sont morts dans les camps, auxquels il faut ajouter 1,3 million fusillés ou gazés ailleurs (en particulier sur le front de l’est) et 800 000 disparus dans les ghettos. Plus de 3 millions de prisonniers de guerre soviétiques ont péri affamés, fusillés et, dans certains cas, gazés.
Le fonds de préjugés racistes dans lequel puisaient les démagogues réactionnaires à la Hitler, n’est pas spécifiquement allemand puisqu’on y trouve les Protocoles de Sion, faux fabriqués par des tsaristes russes (toujours utilisé par des nazis américains et européens, des nationalistes bourgeois arabes et des islamistes) et aussi les écrits du britannique Chamberlain ou des français Gobineau et Drumont…
Le Premier ministre a affirme :
L’antisémitisme insulte les valeurs de notre République. (J.P. Raffarin, discours d’Izieu, 24 janvier)
Mais quelles sont les valeurs de sa république ? La 3e République française a conquis par la violence et a jeté la base des exterminations massives d’humains désarmés, sur des critères raciaux. Ainsi, l’armée française, avec les « colonnes infernales » de Bugeaud, a conquis l’Afrique de l’Ouest entre 1840 et 1881 au prix de la disparition de 900 000 habitants. L’historien Olivier La Cour Grandmaison décrit ainsi les racines des génocides du 20e siècle :
Les pratiques de l’armée française en Afrique lors de la conquête de l’Algérie (1830-1847) : massacres organisés d’individus désarmés (« enfumages »), razzias systématiques destinées à terroriser et à chasser les populations de leurs villages en y rendant la vie impossible, destruction de villes et de bourgades. Et, déjà, le recours à la torture, les exécutions sommaires et la mutilation des corps… Ce processus résulte de l’abolition consciente, méthodique et durable de la distinction essentielle entre soldats et civils, champs de bataille et zones hors combat… C’est en Afrique que furent conçues certaines techniques de destruction, introduites au 20e siècle en Europe par des régimes politiques d’une radicale nouveauté… (Le Monde, 11 février 2005)
Le Code de l’Indigénat de la 3e république préfigure les lois de Nuremberg de 1935, la ségrégation des états du Sud des Etats-Unis après la Guerre de Sécession anticipe l’apartheid de 1948 en Afrique du Sud. De même que les couronnes britannique, néerlandaise et belge dans leurs colonies respectives, la 4e République a réprimé dans le sang les Malgaches, les Marocains, les Vietnamiens, les Algériens quand ils se sont révoltés. La 5e République est née sous le signe de la terreur, du massacre de milliers de paysans et d’ouvriers arabes en Algérie et de centaines d’ouvriers arabes en France même. C’est de l’armée française, torturant en masse les Arabes d’Algérie, qu’est sorti un politicien bourgeois comme Le Pen.
Certes, le mode de production capitaliste repose sur un mécanisme économique, sur l’obligation pour les prolétaires modernes dépourvus de moyens de production de vendre leur force de travail. Cela n’a rien d’ethnique ou de religieux et la bourgeoisie a pu recourir à l’égalité juridique dans sa lutte contre les anciennes classes dominantes. Les philosophes des Lumières furent les théoriciens les plus affirmés de ce mouvement, les sans-culottes en furent les praticiens les plus résolus.
Comme tous les hommes sont égaux, il faut dire que l’esclavage
est contre nature. (Montesquieu,
L’Esprit des lois, 1758)
Contradictoirement, le trafic d’esclaves et leur utilisation dans les grandes propriétés agricoles d’Amérique du Nord et des Antilles, ainsi que les colonisations d’Amérique, d’Afrique et d’Asie surtout quand elles s’accompagnèrent du peuplement européen, ont nécessité une idéologie adéquate. Le racisme permettait de faire des esclaves des êtres inférieurs, de considérer les peuples soumis et les paysans expulsés comme intrinsèquement inaptes à exploiter les richesses de leur territoire. Le terme de « Konzentrationslager », camp de concentration, est d’ailleurs inventé en 1905 dans une colonie de l’Allemagne, la Namibie.
L’explication par la race, faussement biologique, permettait de justifier la conquête et le pillage, la prépondérance des propriétaires fonciers esclavagistes et les privilèges des colons d’origine européenne. Au 19e siècle, les particularités physiques des femmes étaient aussi mises en avant pour expliquer la domination sociale des hommes.
Quand l’accumulation capitaliste nécessita des masses de main-d’œuvre salariée, entraînant la migration des Irlandais en Grande-Bretagne, des Noirs des campagnes du Sud des États-Unis vers les usines du Nord et de l’Ouest, des Asiatiques et des Africains pour l’Europe et l’Amérique du Nord... la xénophobie et le racisme jouèrent un autre rôle, celui de division de la classe ouvrière
Tous les centres industriels et commerciaux
d’Angleterre ont maintenant une classe ouvrière scindée en deux camps
ennemis : prolétaires anglais et prolétaires irlandais… Cet antagonisme
est entretenu artificiellement et attisé par la presse, les sermons, les revues
humoristiques, bref, par tous les moyens dont disposent les clases au pouvoir. (K. Marx, Lettre à S. Meyer et à A. Vogt, avril 1870)
L’antisémitisme est un aspect des discriminations abjectes qu’invente, qu’entretient et que ravive en permanence la bourgeoisie afin de diviser les masses et détourner leur colère. Tous les Etats bourgeois sécrètent l’abjection du nationalisme et de la xénophobie pour faire croire aux exploités à leur unité avec les exploiteurs. En outre, les guerres coloniales ont alimenté le racisme au sein des pays qui les menaient. Israël ne fait pas exception…
Le ministre de l’Intérieur de Villepin est chef de la police qui raflait les Juifs et qui massacra les travailleurs algériens, qui chasse les Tziganes venus de Roumanie, les réfugiés politiques et les travailleurs immigrés, qui persécute en permanence les Arabes et les Noirs des ghettos français. Relayant une campagne du CRIF, il a commandé un rapport à un Monsieur Ruffin, ancien vice-président de MSF et président d’Action contre la faim.
En guise de lutte contre le racisme, Jean-Christophe Ruffin propose une loi qui punirait quiconque s’en prend à Israël :
Ce texte permettrait de punir ceux qui porteraient sans fondement à l’encontre de groupes, d’institutions ou d’Etats des accusations de racisme et utiliseraient à leur propos des comparaisons injustifiées avec l’apartheid ou le nazisme.
Pour en arriver là, le rapport sépare le racisme de l’antisémitisme, au nom de « l’irréductible particularité de l’Holocauste ». Pas question pour Ruffin de décriminaliser l’immigration car il sait qui paie le rapport. Le gouvernement Chirac a ce qu’il a commandé, une assimilation de l’antisionisme au racisme :
Parmi toutes les formes, subtiles, d’antisémitisme par procuration, il en est une qui doit être particulièrement distinguée… c’est l’antisionisme radical… cet antisionisme moderne est né au confluent des luttes anticoloniales, anti-mondialisation, anti-racistes, tiers-mondistes et écologistes. Il est fortement représenté au sein d’une mouvance d’extrême gauche altermondialiste et verte. Dans cette représentation du monde, Israël, … est présenté comme un Etat colonial et raciste qui opprime sans fondement un peuple innocent du Tiers-monde…. En mettant l’accent sur la dénonciation de « la politique de Sharon » et en se recommandant de certaines voix juives dissidentes, il se donne des cautions de respectabilité et entend suggérer qu’il n’est pas assimilable à un antisémitisme. Cependant, dès que l’on entre un peu dans le détail, on découvre facilement que cet antisionisme n’est pas la simple critique conjoncturelle d’une politique mais bien une remise en cause des fondements même de l’Etat d’Israël.
Les bolcheviks-léninistes n’ont pas de compte à rendre à un Ruffin, valet de plume d’un gouvernement qui chasse chaque jour de son territoire des Algériens et des Turcs, qui envoie la police contre les piquets de grève et qui fait tirer l’armée sur les Ivoiriens. Ils n’ont jamais pactisé avec le nazisme, auquel ils ont payé un lourd tribut, tout en dénonçant le sionisme comme une impasse pour les Juifs :
Chaque jour nous apporte la preuve que le sionisme est incapable de résoudre la question juive. Le conflit entre les Juifs et les Arabes en Palestine prend une tournure de plus en plus menaçante. (L. Trotsky, Entrevue avec l’ITA et Der Weg, 18 janvier 1937)
Les bolcheviks appellent ouvertement les travailleurs palestiniens et les travailleurs juifs à s’unir pour liquider l’Etat d’Israël, qui est en effet un Etat d’apartheid, pour pouvoir vivre ensemble dans une Palestine laïque, démocratique et multiraciale.
Le gouvernement Sharon, avec la complicité du gouvernement Chirac-Raffarin, de l’administration Bush, etc. tentent abusivement d’utiliser l’extermination des Juifs par les nazis pour protéger l’Etat d’Israël, de faire passer l’antisionisme pour de l’antisémitisme. En fait, il s’agit de l’alliance entre les responsables directs de la destruction de Fallouja et du génocide des Tutsis avec ceux qui édifient un mur pour enfermer des colonisés et qui envoient leurs chars détruire leurs pauvres maisons ; il s’agit de l’alliance entre les Etats qui ont refusé d’accueillir les réfugiés juifs menacés par le régime nazi et qui ont laissé les SS massacrer les Juifs, avec les héritiers des sionistes ceux qui collaboraient avec les nazis et qui préconisaient aux Juifs de ne pas lutter contre le fascisme.
Le mouvement nationalisme juif créé par Theodor Herzl en 1897 préconisait le retour des Juifs dans leur région d’origine historique, au Proche-Orient, l’adoption de l’hébreu (contre le yiddish) et la religion israélite (qui fait des Juifs un « peuple élu » par la divinité) comme ciment national. Le sionisme prenait à contre-pied les aspirations de la plupart des Juifs à vivre et à s’épanouir dans le pays où ils étaient nés ou qu’ils avaient choisi (France, Etats-Unis…). La révolution russe d’Octobre 1917 a conforté cette dernière option, en émancipant les israélites, victimes de discriminations et de pogroms sous le tsar. Dans le pouvoir des soviets, figuraient des commissaires du peuple d’origine juive.
Mais la révolution russe est restée isolée. Face à la révolution prolétarienne en Allemagne, en Hongrie, en Finlande, en Bulgarie, en Italie, en Pologne… la bourgeoisie européenne a recouru à la réaction et à la contre-révolution les plus extrêmes, incluant l’antisémitisme. L’échec de la révolution prolétarienne à l’ouest, faute de parti révolutionnaire de type bolchevik, puis à l’est, en Chine, en 1927, a démoralisé le prolétariat soviétique et a permis à la bureaucratie de l’Etat ouvrier, incarnée par Staline, de s’émanciper de tout contrôle de sa part. Le règne de la bureaucratie s’est accompagné de relents d’antisémitisme.
Si la vague révolutionnaire a réveillé les plus nobles sentiments de la solidarité humaine, la réaction thermidorienne a attisé tout ce qui est bas, obscur et arriéré… La bureaucratie n’hésite pas recourir de façon à peine voilée aux tendances chauvines et surtout à l’antisémitisme. (L. Trotsky, Entrevue avec l’ITA et Der Weg, 18 janvier 1937)
La persécution qui grandit partout conduit de nombreux Juifs à tenter de fuir leur pays d’origine, en particulier l’Allemagne et l’Autriche. L’URSS, la Suisse, les Etats-Unis, etc. refusent d’accueillir en masse les réfugiés juifs, ce qui réjouit les dirigeants sionistes dont le projet est la colonisation de la Palestine.
Pour les sionistes, les Juifs sont effectivement un corps étranger en Allemagne et partout ailleurs, sauf en Palestine. D’ailleurs, l’Agence juive (Yishuv) passe un accord avec le régime nazi en août 1933 pour organiser l’émigration en Palestine. En retour, la seule organisation juive légale sous Hitler est le mouvement sioniste, l’unique journal juif légal est sioniste.
Les sionistes s’accommodent de la victoire de Hitler et refusent d’engager la lutte contre le régime nazi, à l’inverse des bolcheviks :
Seule une mobilisation audacieuse des travailleurs contre la réaction, la création de milices ouvrières, la résistance physique directe aux bandes fascistes, l’assurance grandissante et l’activité de tous les opprimés peuvent renverser le rapport des forces, endiguer la vague mondiale du fascisme et ouvrir un nouveau chapitre de l’histoire de l’humanité. (L. Trotsky, Appel aux Juifs américains, 22 décembre 1938)
Avec l’annexion de l’Autriche, la conquête de la Pologne (où vivaient 3,3 millions de Juifs), la victoire sur la France, l’invasion de l’URSS, l’occupation de la Hongrie, la plupart des Juifs d’Europe se retrouve à la merci des fascistes allemands. En janvier 1942, devant les premières difficultés militaires de l’impérialisme allemand, le régime décida la « solution finale ».
L’extermination des Juifs d’Europe a servi, depuis, aux sionistes de justification à leur vieux projet d’édification d’un Etat juif en Palestine. La construction d’un Etat basé sur la religion a un caractère absolument réactionnaire. Et en fondant Israël par l’assassinat des Palestiniens, la destruction des villages, le déplacement des populations aux moyens de la terreur, avec le soutien de tous les partisans de l’ordre mondial, dont l’impérialisme français, le sionisme est parvenu à transformer certains Juifs en oppresseurs, en xénophobes, voire en racistes…
Nous sommes placés aujourd'hui devant ce choix : ou bien triomphe de l'impérialisme et décadence de toute civilisation… ou bien victoire du socialisme. (R. Luxemburg, La crise de la social-démocratie, 1915)
Comme l’a prouvé la première guerre mondiale, le capitalisme a achevé son rôle historiquement progressiste. Quand il est aux abois, il bascule dans la barbarie, des emprisonnements massifs au génocide, en passant par les exécutions et la torture.
Pour en finir avec la xénophobie, le racisme et le fascisme, il faut chasser les Chirac, les Poutine, les Schröder, les Berlusconi et les Blair, il faut renverser la 5e République et instaurer les Etats-Unis socialistes d’Europe, il faut extirper le capitalisme du monde entier.
Retrait des troupes
françaises d’Afghanistan et de Côte d’Ivoire !
Solidarité avec le
peuple palestinien !
A bas le rapport
Ruffin ! Abrogation de la loi Chirac-Ferry contre le seul foulard
musulman !
Front unique de toutes
les organisations des travailleurs et des jeunes pour chasser les fascistes des
quartiers et des portes des entreprises et des établissements d’enseignement!
Liberté de circulation
et d’installation de tous les travailleurs ! Egalité des droits pour
tous ! Unité des travailleurs français et étrangers !
A bas la 5e
République, son nationalisme et sa xénophobie ! Pour un gouvernement
ouvrier ! Pour un parti ouvrier révolutionnaire unissant travailleurs
français et immigrés, jeunes Juifs et jeunes Arabes !