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Déclaration du Collectif Révolution
Permanente
Le 1er septembre, un commando d’une trentaine de nationalistes tchétchènes et ingouches, dépeints comme des cléricaux islamistes, ont séquestré environ 1 200 élèves, parents d’élèves et enseignants d’une école de Beslan, en Ossétie du Nord, dans le Caucase.
D’après les témoignages des survivants, à partir du deuxième jour les preneurs d’otages refusèrent l’eau à leurs otages, y compris les enfants, malgré la chaleur. Dans des circonstances mal définies, le troisième jour, les explosions et la fusillade ont conduit non seulement à la liquidation du commando –à la curieuse exception d’un de ses membres reprenant ultérieurement à la télévision les thèses du <Kremlin- mais au massacre de plus de 350 enfants et travailleurs ossètes, plus 700 blessés, selon les chiffres officiels, contestés par les témoins.
Cette atrocité est avant tout la conséquence de
l’occupation militaire de
Le bouillon de culture de gens capables de tels actes
n’est pas chercher très loin : il suffit de franchir la frontière.
L’origine de telles abominations est l’oppression nationale du peuple
tchétchène par la nouvelle bourgeoisie russe, issue de la restauration du
capitalisme opérée par la bureaucratie privilégiée qui usurpait le pouvoir de
la classe ouvrière depuis les années 1920. Le nouvel Etat capitaliste russe
dirigé successivement par Boris Eltsine et par Vladimir Poutine a repris le
drapeau des tsars et a refait de l’Eglise chrétienne orthodoxe une religion
d’Etat. L’État bourgeois rétabli a approfondi le refus stalinien du droit à
l’autodétermination et a ramenée
Dans l’Ingouchie voisine, depuis plusieurs mois, les escadrons de la mort du gouvernement de Mourat Ziazikov, un proche de Poutine et, comme lui, un ancien officier des services secrets russes (FSB), multiplient les enlèvements de civils. Memorial, l’organisation de défense des libertés démocratiques russe, en a recensé 50 de janvier 2003 à juillet 2004.
Quelques jours avant la séquestration, des journaux
bien informés titraient : « Suppliciée
depuis dix ans, fuie par les plus chanceux, Grozny se résigne à subir
‘‘l’élection’’ présidentielle » (Le
Monde, 29 août). Mais le sous-titre du même quotidien était plus
terrible : « La gégène semble
devenue l’instrument central de la chasse aux ‘‘terroristes’’ ». De
1994 à 1996, et de nouveau à partir de 1999, l’armée fédérale russe, ses
supplétifs locaux et les services secrets russes occupent
Le peuple tchétchène a perdu peut-être 250 000
morts et 500 000 émigrants. Officiellement, 54 % de la population
active est au chômage. Dans ce petit territoire de 17 300 km2,
la population s’élevait à 1,100 million de personnes avant les deux guerres
menées par
Parallèlement, en Russie, le capitalisme réinstauré a considérablement aggravé les inégalités sociales : 28 % de la population est sous le seuil de pauvreté et, en 2002, les 10% des Russes les plus riches recevaient 30 % du revenu total à eux seul, alors que les 10% les plus pauvres en recevait 2 % seulement. Les certificats de privatisation, donnés aux travailleurs durant les années 1990, ne les ont pas transformées en capitalistes. En effet, la privatisation des moyens de production les a transformé en chômeurs ou en exploités par les nouveaux bourgeois qui ont acquis à vil prix les entreprises rentables. En 2003, la loi sur le commerce des terres est entrée en vigueur, permettant la création de grandes propriétés foncières reconstituant un prolétariat rural, exploitant les travailleurs des anciens kolkhozes et sovkhozes.
Les autorités russes ont menti sur le nombre d’otages, caché les revendications du commando, censuré la diffusion des images de l’affrontement, empêché les journalistes de se rendre sur place. Deux d’entre eux, renommés pour leur indépendance, ont tenté de se rendre à Beslan : le 2 septembre, Andreï Babitsky a été arrêté à l’aéroport et, le même jour, Anna Politkovslaïa a été victime d’un empoisonnement.
Le peuple russe subit les conséquences de ce conflit : les dépenses militaires grèvent le budget, les services secrets et l’armée sont hypertrophiés, la censure règne. Parmi les centaines de milliers de conscrits qui ont servi en Tchétchénie, beaucoup sont devenus des estropiés, des alcooliques, des criminels ou des flics pratiquant la violence contre la population.
La nouvelle bourgeoisie russe, qui a émergé des rangs
de la bureaucratie et aussi de la maffia, a des rêves de grande puissance. En
tout cas, elle essaie de garder le contrôle des matières premières. Un oléoduc
passe à travers le territoire de
Mais les vieilles puissances impérialistes lui disputent les dépouilles de l’ex-URSS. Ainsi, les Etats impérialistes d’Europe ont attiré dans leur Union européenne les anciens pays du glacis occidental de l’URSS. De leur côté, les Etats-Unis les ont accueillis au sein de l’OTAN. L’armée américaine occupe, avec les impérialismes européens, l’Afghanistan et a réussi à implanter une base militaire en Géorgie.
Le gouvernement de Poutine profite du massacre de
Beslan pour réagir devant cette situation.
Le président Poutine a propagé à tout vent, après les événements de
Beslan, que
Toutes les puissances impérialistes approuvent l’oppression de la nation tchétchène par l’État russe. Le président gaulliste Chirac et le chancelier social-démocrate Schröder s’étaient déplacés pour congratuler Poutine à l’issue de la parodie d’élection présidentielle de Tchétchénie du 29 septembre. Comme le travailliste Blair, ils ont assuré Poutine de leur soutien après le massacre. Bush, le bourreau des peuples d’Irak, et son allié Sharon, lui-même bourreau du peuple arabe de Palestine, ont également manifesté ouvertement leur appui à Poutine, le persécuteur du peuple tchétchène. A l’issue du massacre, l’Etat sioniste, spécialiste depuis sa fondation du terrorisme à grande échelle contre les Palestiniens, a proposé à l’Etat russe qui terrorise le peuple tchétchène le renforcement de leur coopération… « contre le terrorisme ».
La résistance tchétchène est actuellement dirigée par des nationalistes, dont le but est de constituer un Etat bourgeois, xénophobe et clérical, qui garantirait la propriété privée, les privilèges du clergé musulman, l’exploitation des travailleurs des villes et des campagnes, l’oppression des femmes et de la jeunesse. Or, l’indépendance d’un tel Etat serait largement illusoire. Une petite Tchétchénie capitaliste arriérée sombrerait fatalement dans la dépendance d’un pays voisin ou d’une puissance impérialiste.
Dès maintenant, la politique des nationalistes
petits-bourgeois est une catastrophe, surtout pour les Tchétchènes eux-mêmes.
Ils se révèlent incapables de lutter efficacement contre Poutine, car ils
refusent d’en appeler à la mobilisation de la force sociale la plus apte à
affaiblir l’Etat russe et à le renverser, à savoir les travailleurs, qu’ils
soient russes ou tchétchènes, ossètes ou ingouches. Tout au contraire, cette
direction pro-capitaliste de la résistance s’en prend à des hôpitaux (juin
1995, janvier 1996), à des logements populaires (septembre 1999), à des
théâtres et des concerts (octobre 2002, juillet 2003), aux trains et au métro
(décembre 2003, février 2004), à des avions civils ( août
2004) et enfin à des écoles (septembre 2004). Ces actes archi-réactionnaires,
anti-ouvriers, divisent les travailleurs, affaiblissent la cause du peuple
tchétchène, renforcent la bourgeoisie exploiteuse du prolétariat de toute
Pour que les peuples du Caucase et de toute
Dans toute
6 novembre 2004