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Révolution Socialiste n°11-12 (novembre 2003)

 

Pérou

La grève des fonctionnaires au Pérou

 

Le précédent numéro de Révolution Socialiste a publié la motion de solidarité de l’Assemblée générale du 3 juin des travailleurs de l’enseignement public de Loire atlantique avec leurs camarades du Pérou.

Le mouvement de grèves avait commencé le 12 mai dans les secteurs de l'éducation, mais aussi de la justice, de la santé, de l’administration de l’agriculture. Le 27 mai, le président Alejandro Toledo, en poste depuis juillet 2001, déclarait l’état d’urgence dans 12 départements dont le contrôle interne était remis à l’armée. Le lendemain, au cours de manifestations de protestation, mourait au moins un étudiant et 49 personnes étaient blessées.

La bureaucratie syndicale de la GCTP[1], dès la promulgation du décret d’état d'urgence par le gouvernement Toledo, appela à cesser la grève sans avoir obtenu satisfaction. Les masses attendaient pourtant beaucoup de leur offensive revendicative. Cette fois, la bureaucratie syndicale a non seulement refusé d’unifier les luttes contre le gouvernement, mais elle a fait arrêter les grèves, parfois avant l’apparition du premier soldat dans les rues et a délivré des sermons pacifistes aux masses.

Pourtant, la plupart des 280 000 enseignants ont poursuivi la grève qui avait démarré afin d'obtenir une augmentation de salaire de 210 soles (65 euros) au lieu des 24 euros proposés par le ministère de l'Éducation. Le président Alejandro Toledo avait promis de doubler les traitements des enseignants (actuellement environ 160 euros par mois). A son tour, la direction du SUTEP[2] appela à reprendre le travail, après un accord passé le 5 juin avec la gouvernement, sous les auspices de l’Église catholique.

Depuis deux ans, le gouvernement de Toledo doit son salut aux précieux services des différents partis staliniens et des bureaucraties syndicales qui leur sont liées. Le discrédit du pouvoir exécutif, du Congrès et du pouvoir judiciaire est en effet immense.

La réaction a mené dans toute la dernière période une campagne « contre le terrorisme ». Trois départements -Ayacucho, Apurímac et Junín- et deux secteurs de Cuzco restent en état d'urgence alors qu’il est suspendu dans le reste du pays. Ce sont des zones d'action de la fraction « Continuer » de l’organisation maoïste Sentier lumineux, qui poursuit la guérilla malgré les consignes du dirigeant du Sentier emprisonné Abimael Guzmán. L'activité des faibles forces du Sentier lumineux-Continuer est utilisée pour justifier une nouvelle escalade de militarisation avec des commandos politico-militaires dans des « zones d'urgence ». Il se trouve que Ayacucho et Junín sont deux départements dans lesquels la base des instituteurs s'est opposée à la bureaucratie du SUTEP et à sa trahison.

La grève des travailleurs de l’enseignement et de la fonction publique une fois étranglée, le gouvernement a pu convoquer l’Accord National, une entente des « fronts régionaux »[3], des partis réactionnaires, du patronat et de la direction de la CGTP. La bureaucratie syndicale a, de nouveau, signé en défense du « caractère institutionnel démocratique » du régime et a annoncé la signature prochaine d'un « compromis », c'est-à-dire la conclusion d’une trêve avec le gouvernement.

Certains intellectuels bourgeois ont déjà conclu que la situation péruvienne est « comme celle de l'Argentine avant décembre 2001 ». La classe dominante mise sur une trêve analogue à celles qui se multiplient en Amérique sous l’égide du Forum social mondial, des églises chrétiennes, de la bureaucratie castriste qui restaure le capitalisme à Cuba et des appareils réformistes des organisations ouvrières.

La construction d'une organisation révolutionnaire au Pérou est nécessaire, à l’heure où le mouvement ouvrier, paysan, et populaire latino-américain doit forger une alliance continentale pour mener une contre-offensive contre l'impérialisme américain et européen et contre les bourgeoisies compradores, sous peine d’être de nouveau défait pour toute une nouvelle période historique. C’est à cette tâche que s’attellent nos camarades de Lucha Marxista.



[1] CGTP : Confédération générale des travailleurs du Pérou. C’est la principale centrale ouvrière, dirigée par le Parti communiste péruvien (PCP), qui fut longtemps lié à l’ex- bureaucratie stalinienne de Moscou.

[2] SUTEP : Syndicat unitaire des travailleurs de l’Éducation du Pérou. Unique syndicat des enseignants du premier et second degré dirigé par le Parti communiste du Pérou-Patrie Rouge, une organisation soutenu par la tendance Deng de la bureraucratie stalinienne chinoise.

[3] Frentes regionales : organismes de collaboration de classes dans les 25 régions du pays. Ils regroupent, entre autres, la CGTP et l’APRA, le parti nationaliste bourgeois traditionnel. Aujourd’hui l’APRA est adhérent à l’Internationale « socialiste ». Elle a participé au gouvernement  bourgeois de 1985 à 1990.