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Poursuite de la
politique coloniale sioniste
En application d’un accord passé avec l’impérialisme américain, le gouvernement israélien a déplacé, entre le 17 août et le 12 septembre 2005, 8 000 colons qui occupaient 25 % de la bande de Gaza et redéployé son armée le long de cette enclave. Sharon exprime sans fard les raisons de ce dispositif :
Il y a là 1,2 ou 1,3 million de Palestiniens et
8 000 juifs qui vivent dans une situation sécuritaire très difficile,
alors que cette zone ne revêt pas d’importance stratégique particulière… Cet
accord auquel je suis parvenu avec le président Bush nous permet de conserver
des zones qui ont une grande importance stratégique et des zones de peuplement
dense, les grands blocs d’implantation… Mais l’un des plus grands avantages est
que les Etats-Unis ont reconnu que les réfugiés ou leurs descendants ne
retourneront pas en Israël… (Le Monde, 27 juillet 2005)
C’est la défense bien comprise des intérêts généraux de l’Etat d’Israël qui a dicté le déplacement des colons et le redéploiement militaire, résultat d'un travail de coopération avec l'Autorité palestinienne, qui a déployé pour l’occasion plus de 7 500 policiers. Sharon et son équipe affichent un « retrait » pour renforcer la colonisation en Cisjordanie et réserver, aux 4 millions d’exilés de force, la prison de Gaza ou une portion de la Cisjordanie en guise de Palestine. Au moment de la signature des accords d’Oslo, 240 000 colons spoliaient la Cisjordanie. Ils sont 450 000 aujourd’hui. Ainsi, une partie des colons de Gaza évacués sont partis s'installer dans les colonies de Cisjordanie. Le gouvernement israélien a multiplié les constructions (Maalé Adoumim, Ariel et Goush Etzion), dans le but de couper la Cisjordanie en trois bantoustans, d’annexer totalement Jérusalem.
A Gaza, Sharon et ses sbires détruisent les maisons et les serres des colons, mais laissent les synagogues afin que les médias puissent montrer des Palestiniens brûlant ces édifices. Quand l’armée d’Israël rasera des mosquées, elle plaidera un juste retour de bâton… Cette armée qui enserre les habitants de Gaza dans une prison dont elle contrôle la majeure partie des frontières terrestres, n’autorisant que trois points de passage, gardés avec la même férocité qu’auparavant. Le 28 juillet, était annoncée la construction de deux barrières en plus de celle encerclant déjà ce territoire.
A certains endroits, des murs de béton de 7 m de
haut renforceront la structure, dont le financement est estimé à 220 millions
de dollars. La première des deux barrières sera composée de barbelés et sera
disposée à une dizaine de mètres de l’actuelle clôture électrique. La seconde
sera équipée de capteurs, de caméras de surveillance, de miradors et de mitrailleuses
commandées à distance. (Le Monde, 30 juillet 2005)
En sus, l’armée sioniste garde sous sa domination la totalité de la façade maritime et de l’espace aérien de la bande de Gaza.
Le 24 septembre, prétextant le lancement de roquettes sur le territoire qu’il occupe, le gouvernement israélien a lancé des attaques aériennes sur cette bande de terre surpeuplée, détruisant, entre autres objectifs stratégiques… une école. Il poursuit sa politique d’attentats avec une puissance de feu sans commune mesure avec celle dont disposent les groupes armés palestiniens. Il lance ses missiles, masse ses chars et tient en joue les opprimés de Gaza. En Cisjordanie, son armée rafle des adolescents, emprisonne, tue des résistants. Le gouvernement Sharon a décrété que l’armée avait carte blanche pour réprimer.
Cela n’a pas empêché le concert de louanges des gouvernements bourgeois, au complet, pour saluer « le courage de Sharon », son « acte de paix ». Des médias le vouent au prix Nobel… Partout la compassion pour les « colons déracinés », nulle part l’émotion pour les 7 000 Palestiniens tués à Gaza par l’armée israélienne en trente ans.
L’appui aux menées de l’Etat d’Israël a trouvé son apogée, en France, avec la visite officielle de Sharon à Paris, du 26 au 29 juillet 2005. Chirac a souhaité à son hôte « la plus cordiale des bienvenues », a offert une « fondation France-Israël » et qualifié de « décision historique » le redéploiement israélien.
En termes choisis, les diplomates n’ont pas oublié de mettre les capitalistes français sur les rangs pour « aider à la reconstruction de Gaza », ni de proposer de « contribuer au maintien de la sécurité ». L’impérialisme français espère jouer un rôle dans l’application de la « feuille de route », publiée en avril 2003, et par ce biais, reprendre pied au Proche Orient. Avec zèle, le gouvernement Chirac-Villepin-Sarkozy a fait pression sur Abbas pour qu’il musèle la résistance palestinienne, comme le stipule la « première phase » du plan impérialiste. Cela ne l’empêche pas de montrer la plus grande compréhension quand Sharon décide de s’en charger lui-même. Mais l’impérialisme français est impatient de passer à la phase deux.
Pendant la deuxième phase, les efforts sont concentrés sur l’option de la création d’un État palestinien indépendant, avec des frontières provisoires.
Un Etat optionnel aux frontières provisoires… Paris frétille d’impatience. Bush et Sharon, le 14 septembre, en marge de l’assemblée générale de l’ONU, estiment que « l’Autorité palestinienne doit au préalable faire ses preuves à Gaza. »
Il est impossible d’aller de l’avant dans le processus de paix si les Palestiniens ne jugulent pas le terrorisme.
Ces brigands différent sur les rythmes, parfois sur les méthodes de spoliation, mais tous sont d’accord pour que le dépeçage de la Palestine se poursuive, que l’armée sioniste le garantisse, quelles qu’en soient les conséquences pour les Palestiniens.
Et les conséquences sont dramatiques, considérablement aggravées depuis 2000, depuis que Sharon a monté sa provocation sur l’esplanade des mosquées pour essayer d’anéantir une fois pour toutes la résistance palestinienne. Les quatre millions de réfugiés palestiniens, qu’ils vivent au Liban (400 000 personnes), en Syrie (392 000), en Jordanie (1 700 000), à Gaza (853 000), en Cisjordanie (600 000) voient depuis plus d’un demi-siècle leurs droits nationaux niés, leurs enfants sans perspectives, leurs conditions d’existence indéfiniment précarisées. Israël reconnaît détenir 8 000 prisonniers palestiniens, parmi lesquels figurent 350 enfants et 91 femmes.
Le chômage touche un quart des actifs en Cisjordanie, 50 % dans la bande de Gaza. Alors que 30 000 Palestiniens étaient autorisés à sortir de ce territoire pour travailler en Israël en 2000, ils sont à peine 2 000 à passer maintenant. 47 % des Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie vivent avec moins de 1,60 euro par jour, c’est à dire au-dessous du seuil officiel de pauvreté. 16 % de la population dépensent moins de 40 euros par mois, ce qui correspond à un état de malnutrition chronique. Les dégâts causés sont terribles quand on sait que 46 % des Palestiniens ont moins de 15 ans.
Le produit intérieur brut est inférieur de 23 % à ce qu’il était en 2000 et les échanges extérieurs se sont effondrés. Israël organise la dépendance des soi-disant territoires autonomes. Principal fournisseur (70 % des importations) et principal client (90 % des exportations), l’Etat sioniste ne verse pas les recettes fiscales qu’il devrait transférer ou encore fait monter les prix du transport et des biens en bloquant sans cesse les hommes et les marchandises aux centaines de check-points qu’il verrouille.
Les bouclages ne concernent pas seulement les
passages vers Israël, mais également les relations d’une agglomération
palestinienne à une autre, ainsi que les accès aux frontières avec l’Egypte et
la Jordanie. Toute la chaîne de production est donc touchée : importations
de matières premières, circulation de main d’œuvre, exportations de produits et
de biens d’équipement, ce qui explique aussi la chute des investissements. En
moyenne, les entreprises palestiniennes tournent depuis quatre ans à 30 % de
leurs capacités. (Le Monde, 16 novembre 2004)
En volume, les échanges commerciaux entre la Cisjordanie et Israël ont chuté de 50 %. Israël a pilonné les infrastructures, de l’aéroport de Gaza aux fabriques de matériaux pour le bâtiment, des routes aux maisons, aux champs cultivés. En Cisjordanie occupée, l’armée sioniste a détruit des centres hospitaliers comme celui de Ramallah, supprimé toutes les archives concernant les examens de baccalauréat et d’université ou encore des registres administratifs de villes comme Naplouse et Ramallah. Israël vole l’eau et entrave son traitement pour la population palestinienne. Par exemple, quand la consommation d’eau d’un Gazaoui est estimée à 80 litres par jour, on compte 800 à 1000 litres pour un colon, 3000 litres pour un habitant d’Israël. 80% de l’eau tirée des puits de Gaza a une qualité inférieure aux normes, les infiltrations d’eau salée, les pesticides la dégradent.
En juin 2002, en même temps qu’il réinvestissait militairement les principales villes palestiniennes, l’Etat d’Israël entreprenait la construction d’une « barrière de sécurité » qui encage les Palestiniens dans une mini-Cisjordanie. Au passage, il rafle des milliers de m2 supplémentaires (7 % de la Cisjordanie où vivent près de 300 000 Palestiniens), privent nombre de villages palestiniens de leurs terres agricoles, pourrit l’existence de milliers d’opprimés. Cette politique est consciemment menée. Le triptyque répression/séparation/colonisation vise à terroriser la population, à lui rendre la vie si dure qu’elle décide de partir.
L’exemple de la ville palestinienne d’Al-Khalil (qu’Israël appelle Hébron) vaut démonstration. Elle compte 150 000 habitants, dont 400 colons qui occupent la vieille ville et 2 000 vivant sur les hauteurs alentour.
En plein centre de la vieille ville, le silence a
tout englouti, les rideaux métalliques sont descendus et les rues bouclées par
décision de l’armée israélienne. Et puis une odeur pestilentielle dérange, on
lève la tête : un ciel d’ordures. Les colons vivent au premier étage des
maisons, les Palestiniens au rez-de-chaussée. Pour éviter d’avoir à ramasser
chaque jour les déchets que les colons jettent de leurs fenêtres, les
Palestiniens ont mis en place des grillages qui filent tout le long de la rue. (Ouest-France,
28 juillet 2005)
La direction du Fatah, parti qui dirige l’OLP, porte une écrasante responsabilité dans cette situation. De reculades en compromis capitulards, cette organisation de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie palestinienne n’a ouvert aucune perspective aux masses colonisées.
Depuis son accession au pouvoir, Abbas multiplie les gages à l’impérialisme et son relais israélien dans la région. Il a accepté l’objectif du désarmement des groupes palestiniens (ce qui ne signifie pas qu’il y arrive) quand l’armée sioniste écrase les Palestiniens sous sa botte. Il réclame l’application de la « feuille de route », l’Etat croupion démilitarisé, logé sur 50 % de la Cisjordanie, relié à Gaza ou à Al-Khalil par des souterrains.
Abbas a reporté à janvier 2006 les élections législatives qui devaient se tenir initialement en juillet. Il craint, comme tous les caciques de l’OLP, d’être désavoué par les travailleurs et les jeunes palestiniens qui conspuent la corruption de l’Autorité palestinienne et son impuissance congénitale à arrêter les agressions sionistes. A plusieurs reprises, ces deux dernières années, les travailleurs ont manifesté à Gaza aux cris de « Voleurs ! voleurs ! Nous avons partagé le sang, pourquoi ne partageons-nous pas le pain ? »
La police palestinienne a donné l'ordre d'ouvrir le feu sur
les travailleurs et leurs enfants qui manifestaient à Khan-Younis, le 19
septembre, contre les
frais de scolarité dorénavant imposés. Les affrontements
ont duré plusieurs heures. Les revendications exigeaient, avec l'exemption de
ces frais pour les enfants d'ouvriers et de chômeurs, l'établissement d'un fond
de solidarité pour payer les allocations chômage, l'annulation des dettes des
ouvriers et des chômeurs incapables de payer leurs factures d'électricité et
d'eau ces cinq dernières années. Les manifestants réclamaient aussi de pouvoir
contrôler l’attribution par l’Autorité palestinienne des emplois ; ils se
sont dressés contre la politique de « distribution de la charité » et
de « distribution de faveurs » de l'Autorité Palestinienne.
Le Hamas, organisation issue des Frères Musulmans, profite de la faillite de l’OLP. Elle a remporté les dernières élections municipales à Gaza et montre son poids aussi en Cisjordanie. Elle s’enracine surtout en palliant les déficiences de l’Autorité palestinienne dans la vie quotidienne de la population paupérisée. Mais le Hamas est incapable de lutter réellement contre l’État sioniste, d’en appeler contre lui aux travailleurs juifs et de s’appuyer sur les mobilisations des travailleurs arabes de Jordanie, du Liban, d’Égypte, etc. Le Hamas préfère les martyrs à l’armement des masses, d’où sa tactique impuissante et réactionnaire de sacrifices de jeunes Palestiniens contre des cibles israéliennes civiles.
Si leurs militants, tous les militants de la résistance palestinienne doivent être défendus contre les colonisateurs israéliens et leur armée, aucune confiance ne peut être placée dans l’OLP ou le Hamas. Leur politique passée et présente témoigne de leurs actes à venir. Aucune de ces organisations ne combat pour l’édification d’une seule Palestine, laïque, démocratique et multiethnique, seule solution réellement émancipatrice pour tous les prolétaires du Proche Orient, sans distinction de langue, de religion ou d’origine.
La principale organisation terroriste du Proche Orient, c’est l’armée sioniste. Elle a tué plus que tous les groupes armés de la région. Pour qui veut vraiment la paix, s’impose l’exigence de la liquidation de l’armée d’Israël. Cette institution réactionnaire organise et protège la colonisation, elle est le pilier de l’Etat artificiel que les sionistes ont édifié avec l’appui des impérialismes dominants et de la bureaucratie du Kremlin. Le Groupe trotskyste de Palestine, en 1947, traçait la seule orientation de justice pour les masses du Proche Orient : la destruction de l’Etat sioniste (et de la Jordanie) :
La ligne politique des révolutionnaires juifs en Israël doit rester inébranlablement celle de la lutte contre le partage de la Palestine, pour la réintégration du territoire d’Israël dans une Palestine unie.
Le retard de la révolution socialiste mondiale fait que les masses palestiniennes continuent de subir l’oppression coloniale, que la bourgeoisie israélienne parvient à s’attacher la plus grande partie des travailleurs juifs. Mais cette situation ne saurait plaider pour « les deux Etats ». Le maintien de l’Etat d’Israël ne s’entend qu’avec le surarmement, les murs de séparation, l’eau détournée, les barrages, les incursions militaires, les permis de travail accordés ou pas, les universités fermées, les terres annexées, les réfugiés interdits de retour. Quel « Etat » palestinien y survivrait ?
Le démantèlement des frontières artificielles édifiées depuis 1948, le démantèlement de l’armée, des services secrets, des institutions coloniales, voilà ce qui est nécessaire, voilà ce que signifie la destruction de l’Etat d’Israël. La répression qui s’abat en Palestine occupée s’accompagne en Europe d’une campagne active de dénonciation de tout opposant à la politique sioniste, à Israël, comme un antisémite. Sharon, en visite à Paris, n’y a pas manqué :
Les sentiments anti-israéliens servent de couverture
au vieil antisémitisme. (Le Monde, 27 juillet 2005)
Par les mêmes insinuations répugnantes, les gouvernements alliés d’Israël cherchent à bâillonner le soutien conséquent à la cause palestinienne. N’acceptons aucune leçon des fabricants de Papons !
Seule la classe ouvrière sera capable d’accomplir cette tâche historique : en finir avec l’oppression nationale des Palestiniens, permettre à tous les travailleurs de vivre en paix dans une Palestine multiethnique et laïque, qu’ils soient Arabes ou Juifs, qu’ils parlent hébreu ou arabe, qu’ils soient athées, musulmans, chrétiens ou israélites. Un gouvernement des ouvriers et des paysans de Palestine, un gouvernement appuyé sur les organes de leur mobilisation politique sera l’instrument de cette libération.
Combattre pour cet objectif nécessite de rassembler le prolétariat, d’exprimer ses intérêts de classe. Il faut édifier de véritables syndicats qui organisent les travailleurs, qui permettent d’engager leurs forces unies pour arracher la satisfaction des revendications urgentes. Cette mobilisation pour le travail, les salaires, le logement, contre la vie chère, pour l’accès aux soins et à l’école, contre la répression et la colonisation trouverait sa voie jusqu’aux travailleurs juifs les plus conscients.
Les travailleurs palestiniens ne peuvent à eux seuls détruire Israël, mais ils peuvent constituer l’avant-garde et entraîner l’ensemble des travailleurs des pays voisins, arabes, kurdes, perses, turcs, juifs, dans la transformation révolutionnaire de tout le Proche-Orient, débouchant sur la Fédération socialiste du Proche-Orient.
Pour cela, les travailleurs palestiniens doivent rompre avec les directions bourgeoises qui défendent les États bourgeois actuels et la propriété privée des grands propriétaires fonciers et des capitalistes. L’OLP et le Hamas les ont trahis, les trahissent et les trahiront. Il faut aux ouvriers et aux employés leur propre parti, un parti ouvrier révolutionnaire de toute la Palestine, basé sur le marxisme, lié au prolétariat conscient de tous les pays par une Internationale ouvrière révolutionnaire. Gaza plus que jamais encerclée
En application d’un accord passé avec l’impérialisme américain, le gouvernement israélien a déplacé, entre le 17 août et le 12 septembre 2005, 8 000 colons qui occupaient 25 % de la bande de Gaza et redéployé son armée le long de cette enclave. Sharon exprime sans fard les raisons de ce dispositif :
Il y a là 1,2 ou 1,3 million de Palestiniens et
8 000 juifs qui vivent dans une situation sécuritaire très difficile,
alors que cette zone ne revêt pas d’importance stratégique particulière… Cet
accord auquel je suis parvenu avec le président Bush nous permet de conserver
des zones qui ont une grande importance stratégique et des zones de peuplement
dense, les grands blocs d’implantation… Mais l’un des plus grands avantages est
que les Etats-Unis ont reconnu que les réfugiés ou leurs descendants ne
retourneront pas en Israël… (Le Monde, 27 juillet 2005)
C’est la défense bien comprise des intérêts généraux de l’Etat d’Israël qui a dicté le déplacement des colons et le redéploiement militaire, résultat d'un travail de coopération avec l'Autorité palestinienne, qui a déployé pour l’occasion plus de 7 500 policiers. Sharon et son équipe affichent un « retrait » pour renforcer la colonisation en Cisjordanie et réserver, aux 4 millions d’exilés de force, la prison de Gaza ou une portion de la Cisjordanie en guise de Palestine. Au moment de la signature des accords d’Oslo, 240 000 colons spoliaient la Cisjordanie. Ils sont 450 000 aujourd’hui. Ainsi, une partie des colons de Gaza évacués sont partis s'installer dans les colonies de Cisjordanie. Le gouvernement israélien a multiplié les constructions (Maalé Adoumim, Ariel et Goush Etzion), dans le but de couper la Cisjordanie en trois bantoustans, d’annexer totalement Jérusalem.
À Gaza, Sharon et ses sbires détruisent les maisons et les serres des colons, mais laissent les synagogues afin que les médias puissent montrer des Palestiniens brûlant ces édifices. Quand l’armée d’Israël rasera des mosquées, elle plaidera un juste retour de bâton… Cette armée qui enserre les habitants de Gaza dans une prison dont elle contrôle la majeure partie des frontières terrestres, n’autorisant que trois points de passage, gardés avec la même férocité qu’auparavant. Le 28 juillet, était annoncée la construction de deux barrières en plus de celle encerclant déjà ce territoire.
A certains endroits, des murs de béton de 7 m de
haut renforceront la structure, dont le financement est estimé à 220 millions
de dollars. La première des deux barrières sera composée de barbelés et sera
disposée à une dizaine de mètres de l’actuelle clôture électrique. La seconde
sera équipée de capteurs, de caméras de surveillance, de miradors et de
mitrailleuses commandées à distance. (Le
Monde, 30 juillet 2005)
En sus, l’armée sioniste garde sous sa domination la totalité de la façade maritime et de l’espace aérien de la bande de Gaza.
Le 24 septembre, prétextant le lancement de roquettes sur le territoire qu’il occupe, le gouvernement israélien a lancé des attaques aériennes sur cette bande de terre surpeuplée, détruisant, entre autres objectifs stratégiques… une école. Il poursuit sa politique d’attentats avec une puissance de feu sans commune mesure avec celle dont disposent les groupes armés palestiniens. Il lance ses missiles, masse ses chars et tient en joue les opprimés de Gaza. En Cisjordanie, son armée rafle des adolescents, emprisonne, tue des résistants. Le gouvernement Sharon a décrété que l’armée avait carte blanche pour réprimer.
Cela n’a pas empêché le concert de louanges des gouvernements bourgeois, au complet, pour saluer « le courage de Sharon », son « acte de paix ». Des médias le vouent au prix Nobel… Partout la compassion pour les « colons déracinés », nulle part l’émotion pour les 7 000 Palestiniens tués à Gaza par l’armée israélienne en trente ans.
L’appui aux menées de l’État d’Israël a trouvé son apogée, en France, avec la visite officielle de Sharon à Paris, du 26 au 29 juillet 2005. Chirac a souhaité à son hôte « la plus cordiale des bienvenues », a offert une « fondation France-Israël » et qualifié de « décision historique » le redéploiement israélien.
En termes choisis, les diplomates n’ont pas oublié de mettre les capitalistes français sur les rangs pour « aider à la reconstruction de Gaza », ni de proposer de « contribuer au maintien de la sécurité ». L’impérialisme français espère jouer un rôle dans l’application de la « feuille de route », publiée en avril 2003, et par ce biais, reprendre pied au Proche Orient. Avec zèle, le gouvernement Chirac-Villepin-Sarkozy a fait pression sur Abbas pour qu’il musèle la résistance palestinienne, comme le stipule la « première phase » du plan impérialiste. Cela ne l’empêche pas de montrer la plus grande compréhension quand Sharon décide de s’en charger lui-même. Mais l’impérialisme français est impatient de passer à la phase deux.
Pendant la deuxième phase, les efforts sont concentrés sur l’option de la création d’un État palestinien indépendant, avec des frontières provisoires.
Un Etat optionnel aux frontières provisoires… Paris frétille d’impatience. Bush et Sharon, le 14 septembre, en marge de l’assemblée générale de l’ONU, estiment que « l’Autorité palestinienne doit au préalable faire ses preuves à Gaza. »
Il est impossible d’aller de l’avant dans le processus de paix si les Palestiniens ne jugulent pas le terrorisme.
Ces brigands différent sur les rythmes, parfois sur les méthodes de spoliation, mais tous sont d’accord pour que le dépeçage de la Palestine se poursuive, que l’armée sioniste le garantisse, quelles qu’en soient les conséquences pour les Palestiniens.
Et les conséquences sont dramatiques, considérablement aggravées depuis 2000, quand Sharon a monté sa provocation sur l’esplanade des mosquées pour essayer d’anéantir une fois pour toutes la résistance palestinienne. Les quatre millions de réfugiés palestiniens, qu’ils vivent au Liban (400 000 personnes), en Syrie (392 000), en Jordanie (1 700 000), à Gaza (853 000), en Cisjordanie (600 000) voient depuis plus d’un demi-siècle leurs droits nationaux niés, leurs enfants sans perspectives, leurs conditions d’existence indéfiniment précarisées. Israël reconnaît détenir 8 000 prisonniers palestiniens, parmi lesquels figurent 350 enfants et 91 femmes.
Le chômage touche un quart des actifs en Cisjordanie, 50 % dans la bande de Gaza. Alors que 30 000 Palestiniens étaient autorisés à sortir de ce territoire pour travailler en Israël en 2000, ils sont à peine 2 000 à passer maintenant. 47 % des Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie vivent avec moins de 1,60 euro par jour, c’est à dire au-dessous du seuil officiel de pauvreté. 16 % de la population dépensent moins de 40 euros par mois, ce qui correspond à un état de malnutrition chronique. Les dégâts causés sont terribles quand on sait que 46 % des Palestiniens ont moins de 15 ans.
Le produit intérieur brut est inférieur de 23 % à ce qu’il était en 2000 et les échanges extérieurs se sont effondrés. Israël organise la dépendance des soi-disant territoires autonomes. Principal fournisseur (70 % des importations) et principal client (90 % des exportations), l’Etat sioniste ne verse pas les recettes fiscales qu’il devrait transférer ou encore fait monter les prix du transport et des biens en bloquant sans cesse les hommes et les marchandises aux centaines de check-points qu’il verrouille.
Les bouclages ne concernent pas seulement les
passages vers Israël, mais également les relations d’une agglomération
palestinienne à une autre, ainsi que les accès aux frontières avec l’Egypte et
la Jordanie. Toute la chaîne de production est donc touchée : importations
de matières premières, circulation de main d’œuvre, exportations de produits et
de biens d’équipement, ce qui explique aussi la chute des investissements. En
moyenne, les entreprises palestiniennes tournent depuis quatre ans à 30 % de
leurs capacités. (Le Monde, 16 novembre 2004)
En volume, les échanges commerciaux entre la Cisjordanie et Israël ont chuté de 50 %. Israël a pilonné les infrastructures, de l’aéroport de Gaza aux fabriques de matériaux pour le bâtiment, des routes aux maisons, aux champs cultivés. En Cisjordanie occupée, l’armée sioniste a détruit des centres hospitaliers comme celui de Ramallah, supprimé toutes les archives concernant les examens de baccalauréat et d’université ou encore des registres administratifs de villes comme Naplouse et Ramallah. Israël vole l’eau et entrave son traitement pour la population palestinienne. Par exemple, quand la consommation d’eau d’un Gazaoui est estimée à 80 litres par jour, on compte 800 à 1 000 litres pour un colon, 3 000 litres pour un habitant d’Israël. 80 % de l’eau tirée des puits de Gaza a une qualité inférieure aux normes, les infiltrations d’eau salée, les pesticides la dégradent.
En juin 2002, en même temps qu’il réinvestissait militairement les principales villes palestiniennes, l’État d’Israël entreprenait la construction d’une « barrière de sécurité » qui encage les Palestiniens dans une mini-Cisjordanie. Au passage, il rafle des milliers de m2 supplémentaires (7 % de la Cisjordanie où vivent près de 300 000 Palestiniens), prive nombre de villages palestiniens de leurs terres agricoles, pourrit l’existence de milliers d’opprimés. Cette politique est consciemment menée. Le triptyque répression/séparation/colonisation vise à terroriser la population, à lui rendre la vie si dure qu’elle décide de partir.
L’exemple de la ville palestinienne d’Al-Khalil (qu’Israël appelle Hébron) vaut démonstration. Elle compte 150 000 habitants, dont 400 colons qui occupent la vieille ville et 2 000 vivant sur les hauteurs alentour.
En plein centre de la vieille ville, le silence a
tout englouti, les rideaux métalliques sont descendus et les rues bouclées par
décision de l’armée israélienne. Et puis une odeur pestilentielle dérange, on
lève la tête : un ciel d’ordures. Les colons vivent au premier étage des
maisons, les Palestiniens au rez-de-chaussée. Pour éviter d’avoir à ramasser
chaque jour les déchets que les colons jettent de leurs fenêtres, les
Palestiniens ont mis en place des grillages qui filent tout le long de la rue. (Ouest-France,
28 juillet 2005)
La direction du Fatah, parti qui dirige l’OLP, porte une écrasante responsabilité dans cette situation. De reculades en compromis capitulards, cette organisation de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie palestinienne n’a ouvert aucune perspective aux masses colonisées.
Depuis son accession au pouvoir, Abbas multiplie les gages à l’impérialisme et son relais israélien dans la région. Il a accepté l’objectif du désarmement des groupes palestiniens (ce qui ne signifie pas qu’il y arrive) quand l’armée sioniste écrase les Palestiniens sous sa botte. Il réclame l’application de la « feuille de route », l’État croupion démilitarisé, logé sur 50 % de la Cisjordanie, relié à Gaza ou à Al-Khalil par des souterrains.
Abbas a reporté à janvier 2006 les élections législatives qui devaient se tenir initialement en juillet. Il craint, comme tous les caciques de l’OLP, d’être désavoué par les travailleurs et les jeunes palestiniens qui conspuent la corruption de l’Autorité palestinienne et son impuissance congénitale à arrêter les agressions sionistes. A plusieurs reprises, ces deux dernières années, les travailleurs ont manifesté à Gaza aux cris de « Voleurs ! Voleurs ! Nous avons partagé le sang, pourquoi ne partageons-nous pas le pain ? »
La police palestinienne a donné l'ordre d'ouvrir le feu sur les travailleurs et leurs enfants qui manifestaient à Khan-Younis, le 19 septembre, contre les frais de scolarité dorénavant imposés. Les affrontements ont duré plusieurs heures. Les revendications exigeaient, avec l'exemption de ces frais pour les enfants d'ouvriers et de chômeurs, l'établissement d'un fond de solidarité pour payer les allocations chômage, l'annulation des dettes des ouvriers et des chômeurs incapables de payer leurs factures d'électricité et d'eau ces cinq dernières années. Les manifestants réclamaient aussi de pouvoir contrôler l’attribution par l’Autorité palestinienne des emplois ; ils se sont dressés contre la politique de « distribution de la charité » et de « distribution de faveurs » de l'Autorité palestinienne.
Le Hamas, organisation issue des Frères musulmans, profite de la faillite de l’OLP. Elle a remporté les dernières élections municipales à Gaza et montre son poids aussi en Cisjordanie. Elle s’enracine surtout en palliant les déficiences de l’Autorité palestinienne dans la vie quotidienne de la population paupérisée. Mais le Hamas est incapable de lutter réellement contre l’État sioniste, d’en appeler contre lui aux travailleurs juifs et de s’appuyer sur les mobilisations des travailleurs arabes de Jordanie, du Liban, d’Égypte, etc. Le Hamas préfère les martyrs à l’armement des masses, d’où sa tactique impuissante et réactionnaire de sacrifices de jeunes Palestiniens contre des cibles israéliennes civiles.
Si leurs militants, tous les militants de la résistance palestinienne doivent être défendus contre les colonisateurs israéliens et leur armée, aucune confiance ne peut être placée dans l’OLP ou le Hamas. Leur politique passée et présente témoigne de leurs actes à venir. Aucune de ces organisations ne combat pour l’édification d’une seule Palestine, laïque, démocratique et multiethnique, seule solution réellement émancipatrice pour tous les prolétaires du Proche Orient, sans distinction de langue, de religion ou d’origine.
La principale organisation terroriste du Proche Orient, c’est l’armée sioniste.
Elle a tué plus que tous les groupes armés de la région. Pour qui veut vraiment la paix, s’impose l’exigence de la liquidation de l’armée d’Israël. Cette institution réactionnaire organise et protège la colonisation, elle est le pilier de l’État artificiel que les sionistes ont édifié avec l’appui des impérialismes dominants et de la bureaucratie du Kremlin. Le Groupe trotskyste de Palestine, en 1947, traçait la seule orientation de justice pour les masses du Proche Orient : la destruction de l’État sioniste (et de la Jordanie) :
La ligne politique des révolutionnaires juifs en Israël doit rester inébranlablement celle de la lutte contre le partage de la Palestine, pour la réintégration du territoire d’Israël dans une Palestine unie.
Le retard de la révolution socialiste mondiale fait que les masses palestiniennes continuent de subir l’oppression coloniale, que la bourgeoisie israélienne parvient à s’attacher la plus grande partie des travailleurs juifs. Mais cette situation ne saurait plaider pour « les deux États ». Le maintien de l’État d’Israël ne s’entend qu’avec le surarmement, les murs de séparation, l’eau détournée, les barrages, les incursions militaires, les permis de travail accordés ou pas, les universités fermées, les terres annexées, les réfugiés interdits de retour. Quel « État » palestinien y survivrait ?
Le démantèlement des frontières artificielles édifiées depuis 1948, le démantèlement de l’armée, des services secrets, des institutions coloniales, voilà ce qui est nécessaire, voilà ce que signifie la destruction de l’État d’Israël. La répression qui s’abat en Palestine occupée s’accompagne en Europe d’une campagne active de dénonciation de tout opposant à la politique sioniste, à Israël, comme un antisémite. Sharon, en visite à Paris, n’y a pas manqué :
Les sentiments anti-israéliens servent de couverture
au vieil antisémitisme. (Le Monde, 27 juillet 2005)
Par les mêmes insinuations répugnantes, les gouvernements alliés d’Israël cherchent à bâillonner le soutien conséquent à la cause palestinienne. N’acceptons aucune leçon des fabricants des Maurice Papon !
Seule la classe ouvrière sera capable d’accomplir cette tâche historique : en finir avec l’oppression nationale des Palestiniens, permettre à tous les travailleurs de vivre en paix dans une Palestine multiethnique et laïque, qu’ils soient Arabes ou Juifs, qu’ils parlent hébreu ou arabe, qu’ils soient athées, musulmans, chrétiens ou israélites. Un gouvernement des ouvriers et des paysans de Palestine, un gouvernement appuyé sur les organes de leur mobilisation politique sera l’instrument de cette libération.
Combattre pour cet objectif nécessite de rassembler le prolétariat, d’exprimer ses intérêts de classe. Il faut édifier de véritables syndicats qui organisent les travailleurs, qui permettent d’engager leurs forces unies pour arracher la satisfaction des revendications urgentes. Cette mobilisation pour le travail, les salaires, le logement, contre la vie chère, pour l’accès aux soins et à l’école, contre la répression et la colonisation trouverait sa voie jusqu’aux travailleurs juifs les plus conscients.
Les travailleurs palestiniens ne peuvent à eux seuls détruire Israël, mais ils peuvent constituer l’avant-garde et entraîner l’ensemble des travailleurs des pays voisins, arabes, kurdes, perses, turcs, juifs, dans la transformation révolutionnaire de tout le Proche-Orient, débouchant sur la Fédération socialiste du Proche-Orient.
Pour cela, les travailleurs palestiniens doivent rompre avec les directions bourgeoises qui défendent les États bourgeois actuels et la propriété privée des grands propriétaires fonciers et des capitalistes. L’OLP et le Hamas les ont trahis, les trahissent et les trahiront. Il faut aux ouvriers et aux employés leur propre parti, un parti ouvrier révolutionnaire de toute la Palestine, basé sur le marxisme, lié au prolétariat conscient de tous les pays par une Internationale ouvrière révolutionnaire.