| Révolution Socialiste | ![]() |
|
Accueil |
CoReP |
CRP en el Perú |
Lettre
d’Antonio Bórmida (PRS Argentine) au GB
Chers camarades du GB,
Nous vous adressons ce courrier avec l’intention sincère de discuter fraternellement des divergences que nous avons avec votre position concernant les dernières élections en France, dans la mesure où sur de nombreuses questions fondamentales nous avons d’importants accords de principe.
Une des tâches fondamentales du parti révolutionnaire est de dévoiler devant les masses ouvrières et populaires le caractère de classe des partis.
Dans ce sens, nous estimons que vous commettez une erreur en caractérisant le PS comme un parti ouvrier, en le présentant comme tel aux travailleurs français et en prétendant que le vote pour le PS est un vote de classe contre la bourgeoisie. Quand bien même vous critiquez la politique du PS, nous croyons que cette position peut seulement contribuer à la confusion des travailleurs.
Comme vous le savez, Trotsky caractérisait le PS d’une manière assez différente :
Non seulement la SFIO n’est pas un parti
révolutionnaire mais même pas un parti prolétarien. Elle est petite bourgeoise,
non seulement par sa politique, mais
aussi par sa composition sociale. (Léon
Trotsky, « Une nouvelle étape »,
10 juin 1935, Œuvres, EDI, t. 5, p. 327)
Le Parti socialiste n’est pas un parti ouvrier, ni par sa politique, ni par sa composition
sociale. C’est le parti des nouvelles classes moyennes, fonctionnaires,
employés, etc., partiellement celui de la petite bourgeoisie et de l’aristocratie
ouvrière. (Léon Trotsky, « L’étape décisive », 5 juin 1936, La
France à un tournant, GB, p. 26 ou
Œuvres, EDI, t. 10, p. 47)
En revanche, vous dites :
Les bolchevicks ne s’opposent pas à l’expression,
aussi déformée et limitée soit-elle, de la lutte entre les classes au cours des
élections. Au premier comme au second tour, à la présidentielle comme aux
législatives, les voix des travailleurs
ne peuvent aller qu’aux partis et organisations ouvrières (PS, PCF, LO, LCR),
jamais aux candidats des formations bourgeoises. (Révolution
Socialiste n° 22, janvier 2007, p. 5)
Qu’est ce qui a donc changé depuis lors dans la direction, la politique et le programme, ou dans la base sociale du PS pour que vous le caractérisiez comme un parti ouvrier ?
Vous caractérisez le PS comme un parti « ouvrier-bourgeois » et vous dites qu’un grand pourcentage d’ouvriers votera pour lui. Cependant cela ne suffit pas a caractériser un parti, sinon nous devrions considérer que le péronisme en Argentine, ou le parti de Chavez sont des partis ouvriers.
La caractérisation « ouvrier-bourgeois » n’est pas liée au nombre d’ouvriers qui votent pour un parti, mais à la quantité d’ouvriers organisés dans ce parti et qui constitue sa « composition sociale ».
Un parti avec un programme réformiste (c’est à dire bourgeois), mais avec une base majoritairement ouvrière, est un parti « ouvrier-bourgeois ».
Nous ne connaissons pas la composition sociale de la base du PS ; nous ne savons pas quelle proportion de sa base organisée est ouvrière. Nous connaissons le PS d’Argentine, qui vient de gagner les élections dans la province de Santa Fé (la seconde, en terme de PIB et de nombre d’habitants, après la province de Buenos Aires), celui-ci, bien qu’il ait remporté une grande quantité de votes de travailleurs, correspond tout à fait à la caractérisation de Trotsky citée plus haut. Mais supposons que la caractérisation que vous faites du PS comme parti ouvrier-bourgeois soit correcte.
Caractériser un parti comme ouvrier bourgeois, sert justement à opérer une distinction entre la base à majorité ouvrière et la direction et le programme bourgeois de ce parti. Et la première tâche « principielle » du parti révolutionnaire, ce qui le distingue de tous les opportunistes et de tous les centristes, est de dire clairement cette vérité aux travailleurs. Dans un sens vous respectez ce principe, en dénonçant la politique du PS et sa propre candidate Royal. Mais tout de suite après vous introduisez une confusion en disant que le PS est un parti ouvrier et en appelant à voter pour lui comme tel (c’est-à-dire pour Royal).
Bien évidemment, ce principe (la dénonciation du caractère bourgeois des partis réformistes) non seulement n’empêche pas mais au contraire, rend souvent obligatoire l’utilisation de diverses tactiques pour que les ouvriers « apprennent de leur propre expérience pratique » que ce que disent les révolutionnaires est vrai.
A cette fin, la principale tactique utilisée par le bolchévisme et le trotskysme vis à vis de ces partis fut le front unique.
Dans cette optique nous pouvons relever la politique proposée par Trotsky en Allemagne, par rapport au Parti social démocrate allemand.
Trotsky souligne la caractérisation de la sociale-démocratie allemande comme un parti bourgeois :
Le Parti communiste est un parti prolétarien,
anti-bourgeois, même s’il est dirigé de façon erronée. La sociale-démocratie, malgré sa composition ouvrière, est un
parti entièrement bourgeois, dirigé dans des conditions « normales »
de façon très habile du point de vue des objectifs de la bourgeoisie ; mais ce
parti ne vaut rien dans des conditions de crise sociale. Les dirigeants
sociaux-démocrates sont bien forcés, même contre leur gré, d’admettre le
caractère bourgeois de leur parti. (Léon
Trotsky, « La révolution allemande
et la bureaucratie stalinienne, problèmes vitaux du prolétariat allemand »,
1932, Comment vaincre le fascisme, Buchet-Chastel, p. 95)
A la différence de la position stalinienne, qui identifiait la sociale-démocratie au fascisme (social-fascisme), Trotsky appréciait correctement le caractère de la direction social-démocrate comme agent parlementaire de la bourgeoisie impérialiste.
Cependant, considérant la composition ouvrière de sa base, il proposait le front unique ouvrier PC-PS pour affronter le fascisme.
Vous dites : « Le front uni des ouvriers n’est pas nécessairement une tactique pour les élections ». Nous, nous pensons qu’elle n’est en aucune façon une tactique pour les élections ou alors seulement dans certaines circonstances très particulières. La politique de front unique, est une politique pour l’action, et non pas pour la propagande ni – par conséquent – pour les élections.
En proposant aux ouvriers social-démocrates et aux dirigeants réformistes le front unique pour une lutte effective en commun, nous permettons à la base ouvrière de faire l’expérience de la direction de son parti et de constater son caractère bourgeois.
Néanmoins, même dans le cours de la lutte commune, les révolutionnaires ne doivent pas renoncer à dire la vérité aux ouvriers, ainsi que le fait Trotsky :
Des antinomies sur des questions essentielles séparent
les communistes de la social-démocratie. La façon la plus simple de traduire le
fond de leurs désaccords est celle-ci : la
sociale-démocratie se considère comme le médecin démocratique du capitalisme,
nous en sommes les fossoyeurs révolutionnaires. (« Entretien avec un ouvrier social-démocrate », 23
février 1933, Ecrits 1928 – 1940, Rivière,
t. III, p. 365)
Trotsky propose le front unique contre le fascisme, mais dit en même temps :
Mais c’est précisément dans le domaine de la
propagande qu’un tel bloc est inadmissible. La propagande doit s’appuyer sur
des principes clairs, sur un programme précis. Marcher séparément, frapper
ensemble. Le bloc n’est créé que pour des actions pratiques de masses. Les transactions
au sommet sans base de principe ne mèenent à rien, sauf à la confusion. L’idée
de présenter aux élections présidentielles un candidat du front unique ouvrier
est une idée fondamentalement erronée. (Léon
Trotsky, « La révolution allemande
et la bureaucratie stalinienne, problèmes vitaux du prolétariat
allemand », 1932, Comment
vaincre le fascisme, Buchet-Chastel, p. 163)
Cela signifie-t-il que, si nous ne nous présentons pas aux élections parce que nous sommes des groupes très petits nous devions opter pour l’abstention permanente ? Non. Mais la tactique électorale, comme toute tactique, doit s’appuyer sur des principes clairs et requiert des conditions déterminées à l’intérieur desquelles seulement cette tactique est adéquate. Comme dirait Lénine :
Il est évident qu’ici comme toujours, la tâche est de
savoir appliquer les principes généraux et fondamentaux du communisme aux
particularités des rapports entre les classes et les partis, aux particularités
du développement objectif vers le communisme, propres à chaque pays et qu’il
faut savoir étudier, découvrir, deviner. (Lénine,
La Maladie infantile du communisme, le « gauchisme », avril 1920, Editions du Progrès, p. 109-110)
La base politique des tactiques électorales que tant Lénine que Trotsky proposèrent par rapport aux partis ouvriers- bourgeois avait à voir avec le fait qu’il y aurait des conditions déterminées qui permettraient l’expérience pratique de la base ouvrière de masse avec la direction bourgeoise.
En premier lieu comprendre qu’un parti ouvrier-bourgeois est un parti bourgeois à composition ouvrière :
Un parti ouvrier avec un soi-disant « programme minimum » est de fait un parti bourgeois. C’est un parti qui entraîne les ouvriers à soutenir la politique bourgeoise ou les politiciens bourgeois. Un parti ouvrier marxiste révolutionnaire pourrait discuter la question de savoir s’il est judicieux, dans cette situation concrète, de soutenir l’un des candidats bourgeois. (Léon Trotsky, « Nos divergences avec Diego Rivera », 5 avril 1939, Œuvres, ILT, t. 21, p. 68)
Lénine et Trotsky considéraient le Parti travailliste, de même que le Parti ouvrier belge, comme des partis ouvriers-bourgeois ou ouvriers libéraux, un « type original de parti »[1], parce qu’ils organisaient presque toute la classe ouvrière. Etant donné que les syndicats sont partie intégrante du Parti travailliste, tant en Angleterre qu’en Belgique (POB).
Trotsky dit qu’il s’agit là du « mouvement ouvrier organisé ». Pour cela autant Lénine en relation avec le Parti travailliste que Trotsky par rapport au POB proposaient l’entrisme des petits partis ou groupes révolutionnaires. La classe ouvrière n’avait pas fait l’expérience de ces partis au pouvoir, et fondait de grands espoirs sur eux. De plus la situation de la lutte des classes rendait possible une expérience concrète avec la direction de ces partis s’ils arrivaient au pouvoir.
La politique qui consiste à appuyer électoralement le parti ouvrier-bourgeois pour qu’il parvienne au pouvoir est en adéquation avec les résolutions tactiques de l’IC sur le gouvernement ouvrier :
Le gouvernement ouvrier (éventuellement le gouvernement
ouvrier et paysan) devra partout être employé comme un mot d’ordre de
propagande générale. Mais comme mot
d’ordre de politique actuelle, le gouvernement ouvrier présente la plus
grande importance dans les pays où la situation de la société bourgeoise est particulièrement peu sûre, où le rapport des forces entre les partis
ouvriers et la bourgeoisie met la solution de la question du gouvernement ouvrier
à l’ordre du jour comme une nécessité politique. Dans ces pays, le mot d’ordre du « gouvernement
ouvrier » est une conséquence
inévitable de toute la tactique du front unique… Un gouvernement de ce genre
n’est possible que s’il nait dans la
lutte même des masses, s’il s’appuie
sur des organes ouvriers aptes au combat et créés par les couches les plus
vastes des masses ouvrières opprimées.
Un gouvernement ouvrier résultant d’une combinaison parlementaire, peut
aussi fournir l’occasion de ranimer le mouvement ouvrier révolutionnaire… Ces
gouvernements, objectivement, peuvent contribuer à précipiter le processus de
décomposition du régime bourgeois. (4e
Congrès de l’IC, « Résolution sur
la tactique de l’Internationale communiste », 1922, Les Quatre
premiers congrès de l’Internationale communiste, Maspero,
p. 158 - 159)
Mais cette solution n’est possible que dans des situations particulières, uniquement dans des situations prérévolutionnaires.
Voyons maintenant quels furent les éléments de base que prit en compte Lénine lorsqu’il proposa cette tactique pour l’Angleterre[2] :
1 / Les conditions pour une
révolution prolétarienne victorieuse mûrissent à vue d’œil en Angleterre. (Lénine, La Maladie
infantile du communisme, « le gauchisme », Progrès, p. 103)
2 / De ce que la majorité des
ouvriers d’Angleterre suit encore les Kerenski ou les Scheidemann
anglais ; de ce qu’elle n’a pas encore fait l’expérience du gouvernement
de ces hommes, expérience qui a été nécessaire à la Russie et à l’Allemagne
pour amener le passage en masse des ouvriers au communisme, il résulte au
contraire, avec certitude, que les communistes anglais doivent participer à
l’action parlementaire, doivent aider de l’intérieur du Parlement aider la
masse ouvrière à juger le gouvernement Henderson-Snowden d’après ses actes,
doivent aider les Henderson et les Snowden à vaincre Lloyd George et Churchill
réunis. Agir autrement, c’est entraver l’œuvre de la révolution, car si un
changement n’intervient pas dans la manière de voir de la majorité de la classe
ouvrière, la révolution est impossible ; or ce changement, c’est
l’expérience politique des masses qui l’amène, et jamais la seule propagande. (La Maladie infantile
du communisme, p.
101 - 102)
Par la suite, vous rappelez à juste titre qu’en 1935, Trotsky explique que le fait que le Parti travailliste a déjà gouverné, ne rend pas caduque la tactique, parce que le Parti travailliste conserve l’appui organisé de l’ensemble de la classe ouvrière (« Once again the ILP», Writings on Britain, New Park, t. 3, p. 117). Ainsi, la Ligue de la jeunesse travailliste à elle seule regroupait 30 mille membres jeunes ouvriers en 1935.
Les conditions pour la tactique du « soutien critique » sont donc la composition ouvrière du parti bourgeois-libéral-réformiste, une situation au minimum pré-révolutionnaire et des rapports de forces entre la bourgeoisie et le parti ouvrier tels qu’ils mettent la question du gouvernement ouvrier à l’ordre du jour.
Votre tactique, est par ailleurs incohérente, parce que, si vous caractérisez le PS comme un parti ouvrier-bourgeois (et que vous utilisez la tactique de Lénine avec le Parti travailliste anglais par analogie), vous auriez dû appeler à voter exclusivement pour Royal et non pour tous les partis « ouvriers » sans distinction, afin que les ouvriers fassent l’expérience de leurs dirigeants PS au pouvoir.
Peut-être cela est-il dû à ce que, comme vous l’affirmez, les travailleurs iront voter pour Royal « sans perspectives » ou « sans avoir d’illusions dans Royal ou dans le PS ».
Mais ce qui est à la base de la tactique léniniste-trotskyste dont vous vous réclamez, ne consiste pas à appeler à voter pour le Parti travailliste parce que ce serait un vote « classe contre classe »[3], mais au contraire, parce que bien que nous dénoncions sa direction et son programme comme bourgeois, les ouvriers le suivent le considérant comme « leur » parti, et ainsi nous devons dire aux travailleurs : « Le Parti travailliste nous trompera et trahira, mais vous ne nous croyez pas. C’est pourquoi nous vous accompagnerons dans cette expérience, mais en aucune façon nous ne nous identifions avec le programme du Parti travailliste ».
Vous ne dites pas : Royal les trahira, mais comme les ouvriers ont confiance en elle nous les accompagnerons dans leur expérience. Vous dites : nous ne soutenons aucun candidat, mais voter pour le PS c’est voter pour une organisation de la classe ouvrière.
Ainsi, au lieu d’utiliser cette tactique pour démasquer la direction du PS devant les ouvriers socialistes, vous semblez vouloir convaincre les ouvriers que voter pour le PS, malgré toutes les critiques que vous lui adressez, est un vote « classe contre classe », contribuant à créer l’illusion de ce que Royal – malgré tout – représente un mal moindre que Sarkozy.
Nous, nous estimons que cette position peut seulement aider à tromper les travailleurs.
Nous pensons que notre critique est conforme à l’opinion de Lénine, par exemple, dans le paragraphe suivant, dans ses reproches aux communistes allemands :
J’ai exprimé dans ma brochure cette opinion qu’un compromis entre les communistes et l’aile gauche des indépendants était nécessaire et utile au communisme… Cette déclaration est parfaitement juste dans ses prémisses fondamentales et dans sa conclusion pratique. Les prémisses fondamentales se ramènent à ceci qu’actuellement la « base objective » de la dictature du prolétariat fait défaut, puisque la « majorité des ouvriers des villes » est avec les indépendants. Conclusion : promesse d’une « opposition loyale » (c’est-à-dire renonciation à préparer « le renversement par la violence ») au gouvernement « socialiste d’où seraient exclus les partis capitalistes, bourgeois ». Cette tactique est, sans nul doute, juste quant au fond. Mais si l’on ne doit pas s’arrêter aux inexactitudes de détails dans l’exposé, il est cependant impossible de passer sous silence le fait qu’on ne saurait appeler « socialiste » (dans une déclaration officielle du Parti communiste) un gouvernement de sociaux-traîtres ; qu’on ne saurait parler de l’exclusion des « partis capitalistes, bourgeois », puisque les partis des Scheideman et de MM. Kautsky-Crispien sont des partis démocrates petits-bourgeois… Il suffisait de dire (pour être poli à la façon parlementaire) : tant que la majorité des ouvriers des villes suit les indépendants, nous, les communistes, ne pouvons pas empêcher ces ouvriers de se débarrasser de leurs dernières illusions démocratiques petites-bourgeoises (c’est-à-dire « capitalistes, bourgeoises ») en faisant l’expérience de « leur » gouvernement. Il n’en faut pas plus pour justifier un compromis, réellement indispensable, et qui consiste à renoncer pour un temps aux tentatives de renverser par la force un gouvernement auquel la majorité des ouvriers des villes fait confiance. Mais dans la propagande quotidienne au sein des masses, on n’est pas tenu de se renfermer dans la politesse parlementaire officielle, et l’on pourrait naturellement ajouter : laissons ces gredins de Scheidemann et ces philistins de Kautsky-Crispien révéler dans leurs actes à quel point ils se sont laissés mystifier eux-mêmes et mystifient les ouvriers ; leur gouvernement “pur” nettoiera mieux que quiconque les écuries d’Augias du socialisme, du social-démocratisme et d’autres formes de sociale-trahison. (Lénine, « Communistes et Indépendants en Allemagne », mai 1920, annexe à La Maladie infantile du communisme, Progrès, p. 138 - 140)
Nous insistons sur ce qui nous paraît central : nous ne considérons pas que le PS soit un parti ouvrier. Et même s’il conserve le soutien électoral des travailleurs, nous doutons qu’il conserve une large base ouvrière organisée.
Nous insistons sur le fait que la caractérisation du PS est la clé déterminante, et ce qui nous préoccupe c’est que cela puisse puisse entraîner d’autres conséquences plus importantes qu’une (simple) tactique électorale éclectique.
Si vous vous déterminez seulement en fonction du nombre de voix que récolte ce parti et non sur son caractère de classe vous risquez de vous trouvez sur la même position que les divers courants trotskystes (y compris le PTS) qui ont appelé à voter pour Chavez au référendum rejeté, ou que le PO qui appelle à voter pour Evo Morales contre le candidat de l’oligarchie et de l’impérialisme. Peut-être faudrait-il l’étendre au vote pour Cristina Kirchner, pour Lula, pour Tabaré et jusqu’à Bachelet ? Fallait-il appeler à voter pour le Parti travailliste de Blair-Gordon Brown et pour le PSOE de Zapatero ?
Leur origine peut être un argument. Aujourd’hui nous croyons que le PC, au moins en Argentine, n’est pas un parti ouvrier, ni par son programme, ni par sa composition sociale, laquelle coïncide dans une large mesure avec celle du PS.
Trotsky caractérisait le PS de 35 - 36 comme un parti petit-bourgeois. Avant que ceux appelés « néo-socialistes » aient rompu avec lui, il le caractérisait de « centriste » (voir « L’évolution du Parti socialiste SFIO », 10 juillet 1934, Œuvres, EDI, t. 4, p. 135) au moment où il proposa la ligne de l’entrisme. Nous ne connaissons pas la lettre à Fred Zeller que vous mentionnez. Mais nous avons lu la compilation des écrits de Trotsky Où va la France ? :
Si des candidatures ouvrières révolutionnaires avaient
été présentées au second tour dans toutes les circonscriptions où socialistes
et communistes se sont désistés pour des radicaux, elles auraient recueilli un
grand nombre de voix. Malheureusement, il ne s'est pas trouvé d'organisation
capable d'une telle initiative. Cela montre que les groupes révolutionnaires
centraux demeurent en dehors de la dynamique des événements et préfèrent
s'abstenir et s'esquiver là où il faudrait agir. (« L’étape
décisive », 5 juin 1936, La France à un tournant, GB, p. 27)
C’est là la marque d’une situation révolutionnaire, et dans les perspectives qu’il avait dans le front PC-PS, qui, ensemble, regroupaient la grande majorité de la classe ouvrière, principalement le PC qui passa de 30 000 membres en 1933 à 320 000 en 1937. Cette politique s’inscrivait – dans le cadre d’une situation que Trotsky avait déjà caractérisé comme révolutionnaire – dans la ligne de lutter pour rompre le front populaire et démasquer la capitulation du PC et du PS devant la bourgeoisie. Cette politique est en accord avec la politique du « gouvernement ouvrier » comme conséquence de la politique du front unique préconisée par Trotsky pour la France.
Vous vous dites opposés à la politique de l’abstention permanente, mais votre orientation s’apparente à la politique du « soutien critique » permanent[4], laquelle est une erreur puisque aucune tactique n’est valable en permanence.
Trotsky considérait l’abstention comme une politique négative. Il dit, dans les discussions avec les dirigeants du SWP des Etats-Unis :
Nous ne pouvons accepter une abstention. L’Etat bourgeois nous a privés de la possibilité de présenter notre propre candidat. Nous pouvons dire que ce sont tous des fakirs. C’est une chose, mais des événements qui confirment notre affirmation en sont une autre. (« Discussion avec les visiteurs américains du SWP », 13 juin 1940, Œuvres, ILT, t. 24, p. 150)
Mais, malgré cela, il préconisait l’abstention quand il n’y avait pas d’autre possibilité :
Nous sommes pour la participation plus active des
ouvriers à la politique. Mais pour la participation indépendante. Au Mexique,
actuellement, il n’y a aucun parti ouvrier, aucun syndicat qui développe une
politique de classe indépendante et qui soit capable de lancer une candidature
indépendante. Dans ces conditions tout ce que nous pouvons faire est de nous
limiter à la propagande marxiste et à la préparation du futur parti indépendant
du prolétariat mexicain. (« La campagne
présidentielle au Mexique », janvier 1939, Œuvres, ILT, t. 20, p. 94)
Les autres tactiques électorales proposées par Trotsky ne concernaient que la ligne générale du parti ou une politique en direction d’une organisation ouvrière particulière.
C’est le cas pour la discussion de Trotsky avec le SWP au sujet de la politique électorale pour les Etats-Unis en 1940. Cannon rapporte :
Le problème de la transformation d’un groupe
idéologique en parti ouvrier est le plus difficile de tous. (« Discussion avec les visiteurs américains du
SWP », 13 juin 1940, Œuvres, ILT, t.
24, p. 139)
Et Trotsky déplorant que le parti n’ait pas de ligne pour les élections, pose la question :
Que disons-nous aux ouvriers quand ils nous demandent
pour qui ils doivent voter ? (Œuvres t. 24, p. 140)
Et tout de suite après il ajoute :
Je vois qu’il n’y a aucune campagne dans Socialist Appeal pour un candidat ouvrier. Pourquoi n’avez vous pas proposé un congrès de syndicats, une convention pour désigner un candidat à la présidence ? S’il était indépendant, nous le soutiendrions. Nous ne pouvons rester totalement indifférents. Nous pouvons très bien insister dans les syndicats où nous avons de l’influence sur le fait que Roosevelt n’est pas notre candidat et que les travailleurs doivent avoir le leur. Nous devrions réclamer un congrès national en liaison avec le parti ouvrier indépendant. (p. 140)
Cette tactique électorale se raccorde à la perspective d’un parti des travailleurs basé sur les syndicats aux Etats-Unis.
Devant l’impossibilité de développer la première orientation, Trotsky proposa Immédiatement, une autre tactique pour se rapprocher de la base du PC (une espèce de manœuvre « du dehors » pour gagner les ouvriers communistes) qui comptait « quelques dizaines de milliers » d’ouvriers. Puisque le PC abandonne sa ligne d’appui aux impérialismes démocratiques et se prononce contre tout soutien à un quelconque impérialisme dans la guerre, cela ouvre la possibilité d’appeler à voter pour le candidat du PC, tout en avertissant les ouvriers communistes :
Nous les prévenons, mais nous faisons l’expérience
avec eux. Ces dirigeants vont vous trahir. (Léon
Trotsky, « Discussion avec les visiteurs américains du SWP », 13 juin
1940, Œuvres, ILT, t. 24, p. 143)
Camarades, nous précisons sur ce que notre propos n’est pas centrée sur la tactique électorale, laquelle est absolument secondaire. Notre préoccupation se concentre sur la caractérisation de classe du PS (et secondairement sur celle du PC et de la LCR). Notre caractérisation est que le PS est un parti bourgeois et non ouvrier-bourgeois.
S’agissant de la question de la tactique électorale nous avons eu des doutes et nous avons pu nous tromper[5].
Nous espérons que vous saurez apprécier correctement notre critique, qui est fraternelle, nous n’avons aucun intérêt fractionnel, et c’est au contraire la preuve de ce que nous estimons importantes les convergences de principes entre le COREP et la LSI. Nous espérons de votre part une réponse à nos inquiétudes.
Salutations,
Antonio.
[Traduction du Groupe Bolchevik. Ce qui est souligné au sein des citations l’est par l’auteur, des précisions ont parfois été apportées par les traducteurs aux références et aux dates des citations]
[1]
Je ne puis
m’arrêter ici sur le second point qui divise les communistes anglais : Faut-il
ou non adhérer au Labour Party ? Je suis trop peu documenté sur cette question,
rendue particulièrement complexa par l’extrême originalité du « Labour
Party » britannique, trop différent par sa structure même, des partis politiques
ordinaires du continent. (Lénine, La Maladie infantile du
communisme, le gauchisme, avril 1920, Editions
sociales - Editions du progrès, p. 109)
[2] Au fait, en Angleterre, comme il ressort justement du discours de
Lloyd George, on voit manifestement s’affirmer ces deux conditions du succès de
la révolution prolétarienne. Et toute erreur des communistes de gauche est
doublement dangereuse, aujourd’hui que nous observons chez certains
révolutionnaires une attitude insuffisamment raisonnée, insuffisamment
attentive, insuffisamment consciente, insuffisamment réfléchie vis-à-vis de
chacune de ces conditions. Si nous ne sommes pas un groupe de révolutionnaires
mais le parti de la classe révolutionnaire ; si nous voulons entraîner à notre
suite les masses (faute de quoi nous risquons de n’être plus que des bavards),
nous devons d’abord aider Henderson ou
Snowden à battre Lloyd Georges et Churchill (et même, plus exactement :
obliger les premiers – car ils redoutent leur propre victoire ! - à battre les
seconds) ; puis aider la majorité de la classe ouvrière à se convaincre par sa
propre expérience que nous avons raison, c’est-à-dire que les Henderson et les
Snowden ne sont bons à rien, que ce sont des petits bourgeois perfides et que
leur faillite est certaine ; enfin, rapprocher le moment où, la majorité des
ouvriers ayant perdu ses illusions sur le compte des Henderson, qui à plus
forte raison perdra la tête puisque Lloyd George, si intelligent et si posé,
non pas petit mais grand bourgeois, se montre tout à fait désorienté et se
débilite lui-même (et débilite la bourgeoisie) chaque jour davantage, hier par
ses « tiraillements » avec Churchill, aujourd’hui par ses
« tiraillements » avec Asquith.
Je
serais plus précis. Les communistes anglais doivent, à mon avis, rassembler
leurs quatre partis et groupes (tous très faibles, certains même tout à fait
faibles) en un seul parti communiste sur la base des principes de la 3e
Internationale et de la participation obligatoire au Parlement. Le Parti
communiste propose aux Henderson et aux Snowden un « compromis », un
accord électoral : nous marchons ensemble contre la coalition de Lloyd George
et des conservateurs ; nous partageons des sièges parlementaires
proportionnellement au nombre de voix données par les ouvriers, soit au Labour
Party, soit aux communistes (non aux élections, mais dans un vote spécial) ;
nous gardons, pour notre part, la plus entière liberté de propagande,
d’agitation, d’action politique. Sans cette dernière condition, impossible de
faire bloc, évidemment, car ce serait une trahison : les communistes anglais
doivent exiger et s’assurer absolument la plus entière liberté de dénoncer les
Henderson et les Snowden comme l’ont fait (quinze ans durant, de 1903 à 1917)
les bolcheviks russes à l’égard des Henderson et des Snowden russes,
c’est-à-dire des menchéviks…
A
noter que chez nous, en Russie, après la révolution du 27 février 1917, la
propagande des bolcheviks contre les mencheviks et les
socialistes-révolutionnaires (c’est à dire les Henderson et les Snowden russes)
a dû ses succès justement à une circonstance analogue. Nous disions aux
menchéviks et aux socialistes révolutionnaires : Prenez tout le pouvoir sans la
bourgeoisie, puisque vous détenez la majorité dans les soviets (au 1er
Congrès des Soviets de Russie, en juin 1917, les bolcheviks n’avaient que
13 % des suffrages)…
Le
refus des Henderson et des Snowden de faire bloc avec les communistes
assureraient du coup le succès de ces derniers : la sympathie des masses et le
discrédit des Henderson et des Snowden, et si même cela devait nous coûter
quelques sièges au Parlement, peut importe pur nous. Nous ne présenterions des
candidats que dans un nombre infime de circonscriptions, absolument sûres,
c’est-à-dire où la présentation de nos candidats ne ferait pas passer un
libéral contre un travailliste (membre du Labour Party). Nous ferions notre
propagande électorale en diffusant des tracts en faveur du communisme et en
invitant, dans toutes les circonscriptions où nous ne présenterions pas de candidats,
à voter pour le travailliste contre le bourgeois. (Lénine, La maladie infantile du
communisme, le « gauchisme », Editions Sociales - Editions
du Progrès, p. 103 - 107).
[3]
Une caractérisation semblable a été
utilisée tant par la LIT que par le MST pour apporter leur soutien
« critique » électoral à Lula et au PT : utilisant la même analogie
de la tactique léniniste en Angleterre ils dirent : « Travailleur, vote
travailleur ! ». Le MST alla plus loin encore quand, avant le triomphe
électoral de Lula, il annonça avec un titre recouvrant tout sa une « un
ouvrier président ». Tous oublient le programme bourgeois de Lula, les
conditions non révolutionnaires de la lutte de classes au Brésil, et le fait
que Lula avait formé un front électoral avec des partis bourgeois, incluant
dans la candidature le bourgeois Alencar comme vice-président.
[4] Dans le courrier de réponse du GB au camarade
Walter de la LRP (publiée dans Chronique
du GB, vol. 6, n° 8, p. 18, NDT), vous dites :
Dans les années 1930,
Trotsky ignorait complètement toutes les vertueuses précautions du camarade
Walter, tant pour les élections britanniques de 1935 que les élections
françaises de 1936. Répondant à un jeune camarade qui a été gagné par
l’entrisme au sein des Jeunesses socialistes, Trotsky recommanda :
« Quant
aux élections législatives en France, je ne crois pas qu’on puisse accepter le
boycott. Faire de la propagande pour les comités d’action, oui. Opposer les
futurs comités d’action à la présente action électorale, non ! On ne peut
boycotter le parlementarisme que quand on est assez fort pour le remplacer par
l’action directe révolutionnaire. » (L. Trotsky, « Lettre à Fred
Zeller », 1936, Œuvres t. 9, p. 56)
Suivant cet avis, la
section française de la 4e Internationale et les Jeunesses socialistes
révolutionnaires présentèrent quelques candidats et appelèrent, dans la
majorité des circonscriptions, à voter pour le PS-SFIO et le PCF-SFIC. Peu
auparavant, il avait donné un conseil équivalent à un militant de l’ILP
britannique :
« Il
faut donner un soutien critique au Parti travailliste non pas parce qu’il est
pour ou contre des sanctions, mais parce qu’il représente la classe
ouvrière. » (L. Trotsky, « Entretien sur l’ILP », 1935, Œuvres
t. 7, p. 136)
Il est difficile d’être
plus clair : les révolutionnaires apportent un soutien électoral critique
aux réformistes, quand ils n’ont pas de candidat, pour une seule raison, parce
que la classe ouvrière les considère comme leurs représentants. Pas à cause de
leur programme. Au passage, la formule de Trotsky ressemble beaucoup à la « tactique
permanente de soutien critique »
que dénonce le camarade Walter.
[5] Récemment, nous expliquions ainsi notre
position dans les récentes élections en Argentine, à un camarade de Marxistischen
Initiative avec laquelle nous commençons un échange de points de vue – qui
critiquait notre politique électorale d’abstention ou de vote blanc :
Il est vrai que notre offensive politique
concernant les directions des organisations centristes est centrée sur les
critiques de leurs capitulations, et que nous n’avons pas de politique de type
front unique en général, sur le plan auquel vous faites référence, c’est-à-dire
sur le plan électoral. Cependant, ce n’est pas parce que nous avons éliminé ce
« type de pensée », mais parce que cela nous paraît la politique la
plus appropriée en ce moment.
Dans la période précédant les élections de 2005,
en revanche, nous avons proposé un front électoral à ces organisations (PTS – MAS
- PO) qui sont considérés comme les représentants « classistes »
(lutte de classe) des luttes des travailleurs les plus avancés. (il y a eu une
vague de luttes, et les plus avancées furent dirigées par des directions
classistes, ce qui a conduit la presse bourgeoise à parler de « maigres »
en opposition aux dirigeants de la bureaucratie syndicale, surnommés « les
gros »).
Si cette tactique a échoué, c’est
fondamentalement parce qu’il n’y avait pas un processus de l’activité classiste
d’avancer vers des positions politiques sur le plan électoral et parce cette
tactique ne fut pas reprise par ces organisations. Dans de telles
circonstances, et en ce moment, nous appelons à voter pour les candidats
ouvriers de ces partis qui reflétaient les processus de lutte des travailleurs,
en précisant en même temps qu’il ne s’agissait pas d’un soutien à la politique
générale de ces partis.
Ce fut une tactique un peu confuse, faible et
tardivement mise en place, mais ce fut
la tentative d’avoir une tactique.
Maintenant, s’il y a bien un processus anti
bureaucratique qui se poursuit dans les organisations ouvrières de base, au
niveau des délégués d’usine et des commissions internes, il n’y a pas une
avancée généralisée de ces militants vers l’organisation politique. Et
concrètement, dans ces élections, cela se mêle mélange avec une grande apathie
politique, comme reflet des dégâts politiques du gouvernement, ce qui conduit
un secteur important à s’abstenir ou à voter blanc.
Par conséquent, nous ne voyons, pour l’instant, aucune
place pour une tactique du type d’appeler à former un parti des travailleurs
(comme le propose le PTS) ou un mouvement politique des travailleurs (comme l’avance
le MAS).
Prenant en compte cette situation, nous avons
caractérisé que le FITS n’exprimerait aucun phénomène politique important, ni
de larges couches de travailleurs, ni même de secteurs significatifs de l’avant
garde. Les résultats électoraux confirmèrent notre n appréciation.
Les candidatures du FITS exprimaient seulement la politique centriste
de ses appareils de partis. Appeler à voter pour eux aurait dilué notre
différenciation critique envers leur centrisme.
D’autre part, ce sont des organisations trop réduites
pour les considérer comme « champs de manœuvre » politique (comme le
proposait Trotsky, en relation avec d’autres groupes), et avec très peu de militants
ouvriers.
De toute manière, nous n’écartons pas qu’ultérieurement,
nous pourrons aboutir à un accord pour participer aux élections, mais nous nous
n’appelons pas cela front unique. La
politique de front unique est une tactique pour l’action, destinée à des
organisations de masses ou qui ont une influence de masse dans des secteurs
déterminés ou qui dirigent certains secteurs de la classe laborieuse. Nous nous
sommes opposés – de même que Trotsky – à faire un front unique pour la
propagande. Et les élections sont un terrain pour la propagande, non pas pour
l’action. Notre position, pour tout accord pour participer aux élections, est
que celui-cidoit être un accord de caractère technique, c’est à dire destiné respecter
les formes qui permettent la participation électorale, mais nous maintiendrons
la propagande de notre programme de manière indépendante.
Nous avons concrétisé avec ces organisations
divers accords de front unique. Avec le MAS, nous avons maintenu une politique
de front unique dans le mouvement des chômeurs appelé FTC (Front des travailleurs
combatifs) jusqu’à ce qu’une manœuvre bureaucratique du MAS pour garder la direction
du mouvement, conduise à une division de l’organisation alors que le congrès
allait donner une majorité à nos militants. Pour le MAS, cette manœuvre
bureaucratique avait comme objectif une politique d’administrer
bureaucratiquement les « plans sociaux » obtenus par la lutte, pour
bénéficier financièrement à l’appareil de son parti, et pour avoir un contrôle
politique basé sur l’administration des concessions matérielles aux chômeurs.
Avec le PTS et le PO, nous avons participé, sur
des listes communes d’opposition à la bureaucratie, aux élections de la CTA
(Centrale des travailleurs argentins). Et avec le PTS, à celles) à celles de
l’ATE (Association des travailleurs de l’Etat), tout en étant très critique(vis
à vis du PTS, et plus encore vis à vis de PO qui a préféré un accord des
secteurs qui coexistent avec la bureaucratie. Ultérieurement, à l’occasion des
élections syndicales de la CTERA (Confédération des enseignants), nous avons
appelé à un vote très critique pour la liste conduite par le PO.
Cependant, il est vrai que peut-être nous
n’ayons pensé au fond ou que nous n’avons pas encore une politique plus globale
vers ces organisations. C’est une
nécessité, étant donné que ce sont les
courants trotskystes auxquels nous disputons l’avant-garde au niveau des luttes
auxquelles nous participons. Cela je crois, est plus à mettre au compte de notre
faiblesse politiques que de notre sectarisme, quoique il puisse y avoir quelque
chose de cela.
En ce sens, ton courrier est un bon stimulant
pour nous aider à penser, et pour cela il est bienvenu.
Pour l’instant, sans en dire plus sur ce thème,
nous te donnons l’accolade.