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League for the
Revolutionary Party (Etats-Unis)
Chers camarades du Groupe bolchevik
Dans l’optique des prochaines élections présidentielles en France, nous
avons lu avec intérêt vos déclarations du 31 mars, « Aux élections
présidentielle et législatives, vote contre les candidats des partis
bourgeois », et du 21 janvier, « Aux élections comme dans la
rue : classe contre classe ! Pour se débarrasser de Sarkozy et de Le
Pen, il faut rompre avec la bourgeoisie et ouvrir la voie du gouvernement
ouvrier et du socialisme ». Nous souhaiterions apporter quelques
commentaires et soulever quelques interrogations quant à votre position sur
l’élection.
Nous avons également lu le document récent du groupe CRI, « Sur la
nature du Parti Socialiste », dans lequel il explique en détail sa
position selon laquelle le PS est maintenant un parti purement bourgeois et
n’est plus un parti ouvrier bourgeois. À ce titre, nous avons lu votre document
de février 2004, « Réponse au Groupe CRI », dans lequel vous répondez
à certains de leurs arguments précédents sur la nature du PS.
Il est clair que si le PS n’est plus un parti ouvrier, il est impossible
d’appeler à voter pour lui. Cependant, même si nous voulons bien discuter de la
possibilité que les PS (tout comme d’autres partis similaires qui furent fondés
comme partis ouvriers) ne sont plus des partis de notre classe, nous ne sommes
pas convaincus par les arguments du CRI, ni par les explications d’autres
organisations qui ont des positions similaires. Par conséquent nous conservons
la position selon laquelle le PS est toujours un parti ouvrier bourgeois, ce
qui signifie qu’il est possible d’envisager la tactique visant à lui apporter
un soutien critique dans cette élection.
En revanche, nous n’approuvons pas votre décision, bien que vous ayez dit
que vous ne soutiendrez aucun candidat, d’appeler les travailleurs qui veulent
voter « à choisir, lors des premiers tours, un candidat d’une organisation
issue de la classe ouvrière (PS, PCF, LCR, LO) contre tous les candidats
bourgeois ». De même, nous n’approuvons pas votre conclusion selon
laquelle « si une candidate (ou un candidat) d’une organisation ouvrière
reste au second tour, le Groupe bolchevik appelle à lui apporter son vote, sinon
à s’abstenir ».
Vous signalez, dans votre déclaration du 21 janvier, que la plupart des
suffrages qui iront aux organisations ouvrières bénéficieront au PS plutôt
qu’au PCF ou aux plus petits groupes centristes, pour des raisons
d’« efficacité électorale ». Le PS est le seul parti ouvrier qui a
des chances d’atteindre le second tour de l’élection présidentielle. Par
conséquent, il nous semble que votre position, malgré votre démenti, est celle
d’un soutien critique à Royal et au Parti socialiste.
Même si vous considérez à juste titre que le PS et le PCF sont
contre-révolutionnaires, vous affirmez (21 janvier) :
Pourtant, les
travailleurs se tournent périodiquement vers eux, comme ils essaient de se
servir des syndicats malgré la corruption de leurs appareils dirigeants. Ils le
feront tant qu’ils ne disposeront pas de formes d’organisation supérieures, à
savoir des conseils ouvriers et un parti ouvrier révolutionnaire. Donc, le
prolétariat et une partie de la jeunesse tenteront d’utiliser les urnes pour
réaliser ce que les directions syndicales, le PS, le PCF, leurs adjoints de LO
et de la LCR les ont empêchés de faire par la lutte de classe…
Et vous concluez :
Partisans de la
rupture de toute organisation ouvrière avec la classe dominante, les bolcheviks
ne s’opposent pas à l’expression, aussi déformée et limitée soit-elle, de la
lutte entre les classes au cours des élections.
Nous n’approuvons pas la méthodologie qui structure votre position, qui
selon nous correspond à une tactique permanente de soutien critique, en fait un
front unique permanent.
Nous acceptons la tactique du soutien critique dans des circonstances
appropriées. Les révolutionnaires apportent un soutien critique aux partis et
dirigeants réformistes lorsqu’au moins une fraction importante des travailleurs
portent l’illusion que l’élection de réformistes particuliers permettra de
faire progresser leur lutte. Dans ces conditions, il peut y avoir un conflit
entre d’une part les illusions des travailleurs dans les réformistes et d’autre
part la soumission de ces derniers au système capitaliste. L’inévitable
trahison par les réformistes des espoirs des travailleurs crée la possibilité
pour les révolutionnaires, avec la tactique du soutien critique, de démontrer
la nécessité de la direction d’un parti révolutionnaire fondé sur l’expérience
des luttes ouvrières.
Toutefois, les révolutionnaires ne peuvent soutenir les candidates
réformistes, de manière critique, que tant qu’ils dirigent les masses en lutte.
Quand les travailleurs sont impliqués dans des luttes vivantes, ils peuvent
tirer des leçons révolutionnaires, mais en l’absence de lutte commune, la
situation est différente. Lorsque les réformistes s’opposent à leur lutte, nous
devons refuser de leur accorder notre soutien et appeler à rompre avec eux. Comme
l’expliquait Trotsky :
Le réformisme
renferme toujours la possibilité d'une trahison. Mais cela ne signifie pas que
réformisme et trahison s'identifient à tout moment. Quand les réformistes font
un pas en avant, on peut passer avec eux des accords provisoires. Mais, quand
effrayés par le mouvement des masses, ils le trahissent, maintenir la coalition
avec eux revient à tolérer les traîtres et à dissimuler la trahison » (L’Internationale
communiste après Lénine,
« Période de glissement centre-droit »)
En aucun cas, le PS et ses dirigeants n’ont été à la tête des luttes
ouvrières. Au contraire, comme vous l’avez signalé, ce parti – et en
particulier Ségolène Royal – a participé aux attaques de la bourgeoisie contre
les travailleurs. Dans ces conditions, l’illusion des travailleurs dans les
dirigeants réformistes n’est pas que leur victoire les aidera dans la lutte de
classes, mais plutôt qu’élire des réformistes, en un sens, les aidera même en
l’absence de lutte. Par conséquent, nous pensons que soutenir les réformistes
ou voter pour eux ne peut qu’alimenter les illusions des travailleurs, ainsi
que le manque de confiance dans le pouvoir de leur propre classe.
En outre, vous signalez à juste titre qu’en acceptant le partenariat de
deux formations bourgeoises, le PRG de Taubira et le
MRC de Chevènement, le PS « prend ainsi sa part dans le dispositif
empêchant l’expression d’un vote de classe à la présidentielle ». C’est
très probable, puisqu’un vote pour Royal ne peut pas conduire à une rupture
avec ses alliés bourgeois. Pourtant, quand vous appelez les travailleurs à
voter pour le PS au premier ou au second tour, sous prétexte que c’est une
organisation ouvrière, vous dites en réalité qu’un vote pour Royal est un vote
de classe. Cela ne contribue-t-il pas à renforcer les illusions des
travailleurs dans le PS ?
Pour ces raisons, même si nous avons de nombreux accords avec votre analyse
de l’élection, avec la nécessité de la mobilisation de la classe ouvrière, de
l’indépendance des organisations ouvrières, et de la lutte pour un parti
ouvrier révolutionnaire, il nous paraît incorrect d’appeler à voter pour le PS
à l’élection présidentielle.
Nous sommes très intéressés pour discuter avec vous des questions
méthodologiques, dans la mesure où, à l’heure actuelle, vous êtes l’une des
rares organisations à comprendre que le réformisme est contre-révolutionnaire,
et non « progressiste ». Une telle compréhension est fondamentale
pour les trotskystes.
Salutations communistes.
Walter, pour
14 avril 2007
(traduit par le Groupe
bolchevik /France)