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Révolution Socialiste n°9-10 (juin 2003)

 

L’Irak dépecé par l’impérialisme

Sans renversement du capitalisme, l’humanité est vouée à la guerre et la barbarie

 

La situation mondiale est marquée par la victoire que l’impérialisme américain vient de remporter sur l’Irak. Le 20 mars, la première puissance impérialiste a déclenché une guerre coloniale préparée de longue date :

George Bush a décidé d’attaquer l’Irak au soir du 11 septembre 2001. Six jours plus tard, il signait un document top secret de lutte contre le terrorisme, qui prévoyait déjà le renversement de Saddam Hussein. (L’Expansion, février 2003)

Cette opération coloniale a deux dimensions : entre impérialisme en général et masses exploitées, d’une part ; entre puissances impérialistes elles-mêmes, d’autre part.

ü  Elle fait partie du dispositif que le gouvernement Bush entend mettre en place pour consolider l’ordre mondial, celui de l’exploitation des travailleurs et du pillage des ressources naturelles, pour affermir la domination incontestable de quelques grands pays sur le reste de la planète, pour faire renoncer tous les opprimés et exploités du monde à tout espoir dans la révolte.

ü  De son rôle de gendarme mondial, l’Etat américain entend tirer tous les avantages, pour asseoir son hégémonie au détriment de ses rivaux impérialistes, en particulier l’Allemagne et le Japon, qu’il avait lui-même remis en selle à la fin des années 1940 pour éviter que la deuxième guerre mondiale débouche sur de nouvelles révolutions d’Octobre.

Tout s’est apparemment déroulé comme prévu : le régime du parti nationaliste bourgeois Baas s’est révélé incapable de faire front à des armées dont l’équipement et l’entraînement étaient incommensurables ; les puissances capitalistes de second ordre ont dû s’incliner et se résoudre à voir l’Irak leur échapper ; la réaction mondiale est partout encouragée, en particulier en Palestine, mais aussi dans les centres impérialistes.

 

La défaite de l’Irak encourage une offensive tout azimut de la bourgeoisie mondiale

 

L’écrasement de l’Irak a constitué une défaite pour les masses irakiennes et un encouragement à la réaction mondiale : menaces des Etats-Unis contre la Syrie et l’Iran, restrictions partout des libertés démocratiques, mesures contre les immigrés dans les pays capitalistes dominants, « feuille de route » pour mettre au pas la résistance palestinienne, répression des grèves aux Etats-Unis ou en France, offensive policière contre les usines occupées en Argentine, attaques contre les retraites des salariés en Europe et au Brésil, etc.

L’occupation de l’Irak est une défaite pour le prolétariat mondiale, parce que le monde n’est pas le théâtre d’un conflit entre « droite » et « gauche », entre « libéralisme » et « étatisme », « globalisation » et « souverainisme », mais de la lutte entre les classes fondamentales : celle des capitalistes qui détient les moyens de production de la société et celle des prolétaires modernes, les travailleurs salariés qui vendent leur force de travail à la classe exploiteuse. La confrontation entre révolution et contre-révolution est le produit de l’unité de la lutte des classes mondiale.

L’internationalisme prolétarien provient de ce fait : le sort de chaque classe ouvrière dépend de ce qui arrive aux travailleurs des autres pays, comme le sort des travailleurs salariés d’une branche dépend de ce qui se passe dans les autres branches. Aucune conquête n’est assurée si les autres travailleurs reculent ; tout coup porté à la bourgeoisie est une victoire pour tous les exploités et tous les opprimés. Pour de véritables socialistes, pour de véritables communistes, la seule patrie est le prolétariat mondial. Tous ceux qui, comme le PS, le PCF et le PT s’adressent aux travailleurs en prétendant les enrôler dans la « défense de la nation », de la « république une et indivisible », de « l’exception française », de la « reconquête de la souveraineté nationale » sont au service de la bourgeoisie française.

Le chauvinisme et l’opportunisme ont la même base économique dans le mouvement ouvrier: l’alliance des couches supérieures, peu nombreuses, du prolétariat et de la petite-bourgeoisie, qui bénéficient des miettes que leur laissent les privilèges de “leur” capital national. (V. Lénine, La Faillite de la 2e Internationale, 1915)

Les deux guerres inter-impérialistes ont engendré en retour deux grandes vagues révolutionnaires qui ont abouti au renversement du capitalisme dans un certain nombre de pays. La troisième vague révolutionnaire mondiale, des années 1960 au début des années 1970, a généré la révolution sociale cubaine, la mobilisation de la jeunesse et des ouvriers en Chine, la révolution antibureaucratique en Tchécoslovaquie, la guerre nationale du peuple vietnamien contre l’intervention américaine, la grève générale en France, des grèves en Italie, la grève des mineurs en Grande-Bretagne, le renouveau de la lutte nationale en Irlande du Nord et au Pays basque, le mouvement étudiant au Mexique, les luttes des Noirs et aux Etats-Unis l’opposition massive à la guerre menée au Vietnam, la révolution au Chili et au Portugal…

Mais elle a été contenue par la sainte alliance contre-révolutionnaire entre la bureaucratie usurpant le pouvoir de la classe ouvrière dans les pays où le capital avait été exproprié et par la politique des directions traîtres du mouvement ouvrier, liées directement à leur bourgeoisie (les partis travaillistes, sociaux-démocrates et « socialistes ») ou par l’intermédiaire des hiérarques de Moscou ou de Pékin (les partis « communistes »). De la politique de « coexistence pacifique » et de collaboration de classe a résulté nombre de défaites pour le prolétariat mondial : l’écrasement du mouvement des masses en Tchécoslovaquie en 1968, le sauvetage de De Gaulle et de sa 5e République face à la crise pré-révolutionnaire de Mai 1968, la répression en Italie, le déchaînement sanglant de la réaction bourgeoise conduite par Pinochet en 1973 après la paralysie de la révolution chilienne par l’Unité populaire et par Castro, la reconstruction de l’État bourgeois portugais contre la révolution prolétarienne en 1975, etc.

Des forces se sont alors dégagées pour reconstruire le mouvement ouvrier sur l’axe de la révolution prolétarienne. Mais la crise qui s’est développée à partir de 1951 dans la 4e Internationale a finalement empêché qu’une alternative au vieux mouvement ouvrier dégénéré se dégage. Cette crise n’a pas été surmontée : le Comité international, la fraction constituée pour défendre le trotskysme, a fini par disparaître et les sections qui avaient originellement résisté ont sombré à leur tour dans le révisionnisme et la liquidation. Les prétendues « 4e Internationales » contemporaines sont des contrefaçons et constituent autant d’obstacles dans la voie de la construction de partis ouvriers révolutionnaires, d’un parti mondial de la révolution.

Alors même que le capitalisme manifestait de manière évidente son incapacité à fonctionner sans crise économique et sans chômage de masse, le prolétariat mondial perdait plusieurs occasions de lui porter des coups, de s’en libérer et d’assurer ainsi le développement de l’égalité et des richesses de la société humaine.

A partir des années 1980, la bourgeoisie mondiale a repris l’initiative

 

A partir des années 1980, ce nouveau retard infligé à la révolution mondiale a permis aux bourgeoisies des centres impérialistes de reprendre l’offensive contre leurs classes ouvrières respectives (dont un épisode central fut la défaite des mineurs britanniques en 1985) et de soumettre la bureaucratie stalinienne du Kremlin à une accélération de la course aux armements.

La bureaucratie du Kremlin a capitulé alors entièrement devant l’impérialisme, conduit par les Etats-Unis. Gorbatchev a dissout le Pacte de Varsovie, a poussé Ortega et le FSLN à céder face aux contras du Nicaragua et à la pression impérialiste américaine, a poussé Mandela et l’ANC à un accord avec le gouvernement raciste de l’Afrique du Sud, a fait désarmer la guérilla du Salvador, a autorisé l’absorption de la RDA par l’impérialisme allemand, a exigé de Cuba le départ de ses troupes de l’Angola, a poussé Arafat et l’OLP à négocier avec l’Etat sioniste, a retiré les troupes de l’URSS de l’Afghanistan qui est rapidement tombé aux mains des réactionnaires cléricaux financés, conseillés et armés par le régime du Pakistan et les Etats-Unis…

En 1991, Eltsine a pris le pouvoir, a dissout officiellement l’URSS et a achevé de restaurer le capitalisme, achevant ainsi la contre-révolution dont la première phase avait été l’instauration en 1924 du règne de la bureaucratie incarnée par Staline. A partir de 1992, la Russie, l’Ukraine, la Biélorussie, la Géorgie ont plongé dans le pillage de la propriété collective, le chômage, la misère des retraités, la réduction de l’espérance de vie, la gangrène du banditisme et de la mafia, le retour des privilèges de l’Église orthodoxe.

Cette victoire historique de l’impérialisme a encouragé les États-Unis à prendre la tête d’une coalition qui dévasta l’Irak en 1991. L’impunité de l’agression, cautionnée par le soutien ouvert ou la pseudo-neutralité des bureaucraties syndicales et des partis réformistes, a encouragé de nouvelles guerres coloniales : Serbie en 1999, Afghanistan en 2002, de nouveau Irak en 2003.

 

Le sinistre rôle de l’ONU et de Chirac

 

A une époque, l’Irak a été puissamment armé (quoique sans grand rapport avec le potentiel de destruction de la France, de la Grande-Bretagne, sans parler des Etats-Unis)… Pour cela, Sadam Hussein se fournissait chez les groupes capitalistes américains, français, britanniques ou allemands, dont les gouvernements étaient assez peu regardants sur le caractère dictatorial du régime ou sur l’oppression des Kurdes.

Ainsi, des armes chimiques furent employées en mars 1988 contre les Kurdes et, auparavant, contre l’armée iranienne. L’Irak avait été incité par les grandes puissances à attaquer l’Iran. De 1980 à 1988, les deux Etats bourgeois se sont affrontés, saignant leur population respective d’un million de morts. Si Israël soutenait l’Iran, les Etats-Unis aidaient l’Irak.

Le pays sortant du conflit exsangue et endetté (80 milliards $), le pouvoir bourgeois irakien pense se refaire en récupérant l’ancienne province du Koweït, lui assurant un débouché maritime élargi, et surtout riche en pétrole et en actifs financiers. La diplomatie de son allié américain lui a laissé croire que ce dernier lui donnait le feu vert.

Or, la puissance impérialiste américaine va saisir le prétexte pour s’affirmer comme maître du monde et en particulier assurer son emprise sur les ressources pétrolières du Proche-Orient. Au nom du « droit international », avec l’accord des autres puissances impérialistes (dont la France présidée par le social-démocrate Mitterrand), Bush père prépare la première agression contre l’Irak. Le Conseil de sécurité de l’ONU avalise, adoptant des résolutions qui vont crescendo dans les menaces, puis justifient l’intervention contre l’Irak.

Ce n’était pas son coup d’essai : en 1948, l’ONU avait avalisé la fondation d’Israël ; en 1950, l’ONU avait patronné l’agression américaine contre la révolution coréenne et la révolution chinoise ; en 1982, l’ONU avait désarmé les combattants palestiniens au Liban, livrant les camps de Sabra et Chatila à l’armée israélienne (commandée par un dénommé Sharon) et à ses supplétifs libanais qui massacrèrent plus de 1 000 réfugiés sans défense.

En 1991, la coalition de l’ONU réunit États-Unis, France, Grande-Bretagne, Canada, Italie… et quelques uns de leurs valets comme la Syrie, la Turquie, l’Egypte, l’Iran. La « guerre du Golfe » se déroula en deux temps : bombardement monstre de l’Irak ; puis invasion, sans hésiter à enterrer vivants des milliers de soldats irakiens. Les troupes impérialistes s’arrêtent quand les masses font irruption en Irak, pour laisser le régime du Baas et sa sinistre Garde républicaine écraser les révoltes simultanées dans la capitale, dans le Sud et dans le Nord.

Après avoir patronné la destruction des infrastructures et la tuerie de 1991, l’ONU décréta un embargo. Durant douze ans, la limitation et le contrôle des importations et des exportations ont étranglé l’économie irakienne, plongé les travailleurs dans la pauvreté, tué des milliers d’enfants et de vieillards.

 

L’invention de l’arsenal des « armes de destruction massives 

 

Enfin, comme toujours aux ordres des puissances impérialistes, l’ONU va accuser l’Irak de représenter un danger pour la paix et de détenir des « armes de destruction massive », alors que ceux qui votent l’infâme résolution 1441 sont à la fois les marchands d’armes du monde entier et dotés d’armées suréquipées. Pendant que les Etats-Unis massent leurs bateaux et leurs troupes au Proche-Orient, les inspecteurs de l’ONU se font ouvrir tout le territoire de l’Irak, à la recherche des armes nucléaires, chimiques et bactériologiques qui sont détenus par Israël ou la Russie, par la France ou les Etats-Unis. Ces experts se font payer sur le pétrole du pays alors que la population manque de tout. Devant leur incapacité à trouver quoique ce soit… la Russie, l’Allemagne et la France proposent au nom de l’ONU de renforcer les perquisitions en Irak et de multiplier l’espionnage aérien.

Voilà l’institution impérialiste, voilà « le droit international » à quoi s’en sont remis le PS, le PCF et leur satellite la LCR, pour ne pas défendre un pays dominé confronté à une guerre de rapine menée par des brigands impérialistes.

Les bandits impérialistes qui ont justifié le blocus, puis la guerre mentent, tant en politique extérieure qu’en politique intérieure. Les travailleurs français et allemands savent maintenant ce que vaut la parole d’un Chirac ou d’un Schröder, qui ont invoqué le risque que les « armes de destruction massive » de l’Irak faisaient courir à la paix du monde. Les travailleurs américains, britanniques savent désormais ce que vaut la parole d’un Blair, d’un Powell, d’un Bush qui ont, la main sur le cœur, expliqué qu’ils détenaient les preuves de la détention d’armes de destruction massives par l’Irak. L’ONU ayant préparé le terrain, l’impérialisme américain est passé aux choses sérieuses sans plus se soucier de ses résolutions. Les travailleurs du monde ont vu qui détenait des armes et, qui détruisait massivement.

 

Comment la bourgeoisie américaine l’a emporté contre un pays dominé

 

Après trois semaines de campagne militaire, l’armée américaine, flanquée de ses alliés britannique, espagnol, australien et polonais, a triomphé d’un adversaire qui avait été espionné et privé de multiples armes par l’ONU.

L’armée irakienne était affaiblie par le blocus qui a étranglé l’Irak sur décision de l’ONU durant douze ans, par la précédente offensive impérialiste (incluant l’armée française)…

La disproportion militaire était gigantesque. L’Irak a été bombardé en trois semaines avec plus d’intensité que durant les cinq semaines de l’expédition coloniale de 1991 : 300 000 sorties aériennes, 24 000 munitions larguées, dont 800 missiles Tomahawk et des bombes à fragmentation. Tous les bombardiers B52 ont servi. Les pertes civiles et militaires sont difficiles à connaître. Sont annoncés 3 000 civils tués dans la capitale et 30 000 soldats irakiens.

Les chefs militaires et les dignitaires du régime se sont enfuis, abandonnant les troupes sans consigne face aux troupes coloniales, en particulier à Bagdad.

Des officiers supérieurs irakiens ont été soudoyés par les Américains… Des cadres de la Garde républicaine ont notamment été « achetés ». Les Etats-Unis avaient déjà agi de cette façon en Afghanistan… La complicité d’une partie de la haute hiérarchie militaire irakienne explique probablement l’un des mystères de la guerre en Irak. En maintes circonstances, en effet, durant ces trois semaines de combats, des unités irakiennes se sont délitées face à la coalition américano-britannique, nombre de cadres et de soldats préférant fuir et rentrer chez eux sans combattre. (Le Monde, 28 mai 2003)

Le régime qui émanait de la bourgeoisie irakienne, fondé sur le parti nationaliste Bass, qui fut si efficace dans le maintien de l’ordre au compte de la bourgeoisie irakienne (et des bourgeoisies dominantes) contre le mouvement ouvrier et contre les minorités nationales, s’est révélée moins pugnace contre l’invasion étrangère. Une fois de plus, la bourgeoisie des pays dominés a révélé son incapacité à accomplir les tâches nationales et démocratiques à l’époque de l’impérialisme, du capitalisme décadent :

Pour les pays à développement bourgeois retardataire et en particulier pour les pays coloniaux et semi-coloniaux, la solution véritable et complète de leurs tâches démocratiques et de libération nationale ne peut être que la dictature du prolétariat, qui prend la tête de la nation opprimée. (L. Trotsky, Qu’est-ce que la révolution permanente ? 1929)

 

Contre tout protectorat, pour l’indépendance de l’Irak !

 

La chute de Hussein est l’œuvre de la bourgeoisie impérialiste, et non des masses irakiennes. Toutes les forces de la contre-révolution en sont encouragées dans l’immédiat :

ü  L’Irak est dirigé par un proconsul américain. A plusieurs reprises, les troupes d’occupation ont tiré sur des manifestants. Le pays est divisé : le Nord est confié à l’armée polonaise, le Sud à l’armée britannique, le tout est sous contrôle de l’armée américaine reste (dont l’essentiel des puits de pétrole).

ü  Une fois de plus, les Kurdes sont les dupes. Les deux partis nationalistes bourgeois, le PDK et l’UPK, avaient soutenu la coalition ONU en 1991. Les Kurdes ont alors été abandonnés et massacrés par Hussein. Les larbins de l’impérialisme se sont vus finalement confier le Nord de l’Irak. Ils ont déclenché la guerre entre eux. Lors de leurs affrontements répétés jusqu’en 1997, l’UPK s’est alliée au régime de Téhéran qui opprime les Kurdes d’Iran et le PDK n’a pas hésité à s’allier au régime de Bagdad lui-même. Tous deux se sont alliés aux envahisseurs américains. Mais pour l’impérialisme, pas question d’admettre que ce peuple actuellement divisé entre Turquie (15 millions de personnes), Iran (7 millions), Irak (5 millions) et Syrie (1 million) ait son propre Etat.

ü  Les cadres du Parti Baas et de sa police reprennent du service, en lien avec les armées d’occupation. Le Baas avait proclamé l’Islam religion d’Etat en 1969. Le clergé musulman chiite et les chefs de tribus, propulsées ces dernières années par Hussein, renforcent leur emprise. A Nassiraya, les chefs chiites ont arrêté et éliminé les combattants étrangers venus aider l’Irak. A Bagdad, des bandes armées cléricales se sont emparées d’hôpitaux où elles font régner leurs mœurs rétrogrades au détriment des soins.

Seule la classe ouvrière peut ouvrir une perspective. Il lui faut sa propre expression, un parti ouvrier révolutionnaire qui se construise en luttant contre la mainmise des États-Unis et de la Grande-Bretagne (ou de l’ONU) sur le pays, pour le retrait de toutes les troupes américaines, britanniques, polonaises et turques, pour la libération de tous les soldats et des volontaires étrangers.

Les guerres nationales contre les puissances impérialistes ne sont pas seulement possibles et probables, elles sont inévitables et progressistes, révolutionnaires… (V. Lénine, À propos de la brochure de Junius, 1916)

Un parti du prolétariat combattrait aussi pour les libertés démocratiques, pour la laïcité, pour l’égalité des femmes. Il avancerait la perspective d’une Assemblée constituante contre la dictature du proconsul américain sur le pays, contre le règne local des mollahs, des chefs tribaux arabes ou kurdes. Tout en lutant contre la partition du pays par les troupes d’occupation, il respecterait le droit pour les Kurdes de se séparer.

Mais seule l’action des ouvriers et des employés, prenant la tête des paysans pauvres, des femmes opprimées, de la jeunesse, des peuples kurde et arménien, peut résoudre les problèmes du pays, en mettant sur pied un gouvernement ouvrier et paysan, expropriant les grands propriétaires fonciers, les capitalistes locaux et les groupes capitalistes étrangers.

L’arrogance actuelle de la principale puissance impérialiste découle de ses victoires précédentes, qui n’avaient rien d’inévitable, comme l’ont prouvé son incapacité à gagner la Guerre de Corée, son échec face à la révolution cubaine, sa défaite au Vietnam.

La révolution socialiste en Irak serait un coup à l’impérialisme, un encouragement aux luttes des opprimés et des exploités du monde entier, y compris aux États-Unis.

 

L’impérialisme américain veut instaurer un ordre contre-révolutionnaire à l’échelle mondiale et établir son hégémonie

 

Pour l’équipe dirigeante américaine, il s’agit de tirer pleinement les avantages de l’effondrement de l’ex-URSS et du rétablissement du capitalisme en Russie et en Europe centrale, dont il s’estime le principal acteur, en particulier grâce à la course aux armements qui avait contribué à l’effondrement de l’économie de l’URSS, minée par l’incurie de la bureaucratie parasitaire.

En 1992, le Ministère de la Défense publia un projet de plan pour la décennie suivante :

Notre premier objectif est d’empêcher l’émergence d’un nouveau rival…

En 1995, l’organisme responsable des opérations militaires au Proche-Orient (US Central command), définissait ainsi sa mission :

Le but de l’engagement américain est de protéger les intérêts vitaux des Etats-Unis dans la région, un accès permanent des Etats-Unis et de ses alliés au pétrole du Golfe.

Richard Haas, actuellement directeur de la planification au Ministère des affaires étrangères, avait écrit dans un article intitulé Imperial America :

C’est et cela demeurera vraisemblablement un monde marqué par la suprématie américaine. Aucun pays ou groupe de pays ne sera en position de peser autant que la puissance économique, militaire et culturelle américaine…

Cette stratégie ne date donc pas de septembre 2001. Mais les attentats ont permis à la classe dominante américaine d’obtenir une plus grande légitimité intérieure pour l’appliquer.

Aidée par sa complaisance pour l’oppression de la Tchétchénie et les massacres de Poutine, l’armée américaine a pu  s’installer au sud de la Russie et à l’ouest de la Chine.

Washington a envoyé des troupes sous sa direction dans plusieurs pays de l’ex-Union soviétique. Les premières arrivèrent sur la base ouzbèke de Khanabad, d’où elles jouèrent un rôle majeur dans la campagne aérienne menée contre les Talibans basés dans le nord de l’Afghanistan. Depuis, des forces américaines stationnent dans d’autres bases au Tadjikistan, et près de l’aéroport de Manas, au Kirghizstan. Un groupe de deux cents soldats des forces spéciales a gagné la Géorgie… (Le Monde Diplomatique, février 2003)

En prenant appui sur sa suprématie militaire, son dessein est de redécouper à son avantage la carte que les puissances impérialistes britannique et française avaient dessiné au Proche-Orient après les deux guerres mondiales, d’assurer son contrôle sur les principales réserves de pétrole du monde, de prendre pied dans les pays d’Asie centrale de l’ex-URSS, d’affaiblir la Russie néocapitaliste et de limiter ses prétentions impérialistes, d’encercler la Chine et de renforcer la pression sur la bureaucratie stalino-maoïste chargée d’achever de rétablir le capitalisme (voir Révolution Socialiste n°5). La Chine et la Corée du Nord figurent sur la liste des « Etats voyous » du gouvernement américain.

Aussitôt après sa victoire sur l’Irak, il a menacé la Syrie et l’Iran, malgré leur abandon de l’Irak à son triste sort en 2003, malgré leur appui ouvert à l’intervention de 1991. Il en a les moyens militaires.

 

Le militarisme et le parasitisme sont les marques du déclin historique du capitalisme

 

Le krach boursier avait écorné l’invention d’une « nouvelle économie » censée supprimer les crise ; la guerre contre l’Irak a mis à mal un autre mythe capitaliste contemporain, celui de la « globalisation » qui dissoudrait les États. Crûment, le capitalisme décadent appuie sa survie sur l’État bourgeois : parasitisme et renforcement du militarisme, opérations guerrières « préventives » et annexions, répression contre les travailleurs et les minorités opprimées à l’intérieur…

Le procès Elf, aussi incomplet soit-il, donne une petite idée des liens multiples entre le personnel politique de la 5e République (le « socialiste » Mitterrand inclus) et les grands groupes capitalistes français. Aux Etats-Unis, les gouvernements -démocrates ou républicains- sont intimement liés aux groupes capitalistes américains qui les financent. Bon nombre de présidents américains sont eux-mêmes issus de grandes familles capitalistes, dont Bush père et Bush fils. Celui-ci a sévi dans l’industrie pétrolière et était lié avec Enron, dont les manœuvres frauduleuses sont désormais du domaine public, le vice-président Dick Cheney est ancien PDG d’Halliburton (pétrole, armement, construction), le secrétaire à la défense Donald Rumsfeld a été administrateur de plusieurs grandes entreprises, sa conseillère Condoleezza Rice est une ancienne directrice de Chevron Texaco (pétrole), etc. Le groupe Bechtel (bâtiment) va recevoir la part du lion dans la « reconstruction » de l’Irak dévasté.

La liste des anciens salariés et consultants de Bechtel compte notamment trois anciens patrons de la CIA, un ancien secrétaire d’Etat, un ex-secrétaire à la Défense et quelques diplomates de renom… (L’Expansion, mars 2003)

Le capitalisme sénile produit de plus en plus de moyens de destruction, des armements. Entre 2001 et 2002, le budget militaire des Etats-Unis est passé de 307 à 339 milliards de dollars. Bush a réclamé et obtenu du parlement qu’il passe à 396 milliards et a fixé l’objectif de 451 milliards de dollars en 2007.

La pluie d’or tombe directement dans les poches des politiciens bourgeois ; ceux-ci forment une bande internationale étroitement unie qui pousse les peuples à la compétition dans le domaine des armements et tond ces peuples confiants, stupides, obtus et soumis, comme on tond des moutons. (V. Lénine, Les Armements et le capitalisme, 1913)

Une société rationnelle, c’est-à-dire socialiste, n’aura évidemment pas à dépenser le travail humain et les ressources de la nature dans des armements, des forces destructives. Mais l’achat de ces marchandises, au sein du capitalisme, garantit des débouchés à des groupes capitalistes décisifs, sans grand rapport avec les règles du marché qui sont censées pour les libéraux, s’appliquer à la marchandise qu’est la force de travail ou aux services comme la santé ou la formation. Sous cet angle, les dépenses publiques d’armement font partie de la panoplie keynésienne pour relancer l’économie capitaliste. Au demeurant, toutes les politiques de relance capitaliste sont à terme tout aussi illusoires que les « solutions libérales ».

Les dépenses d’armements débouchent sur l’inflation ou des ponctions sur les revenus… Ce qui ne résout en rien les problèmes généraux de l’économie capitaliste mondiale. Cependant, elles peuvent servir à un pays impérialiste à reporter la crise sur d’autres, à ponctionner la plus-value d’autres pays, par la pression militaire en temps de paix et par leur utilisation guerrière en cas de nécessité.

 

Les rivalités entre bandits impérialistes sont apparues au grand jour

 

Les gouvernements capitalistes recourent plutôt aux dépenses d’armement qu’aux grands travaux que préconisait Keynes. La valeur d’usage très particulière de ces marchandises permet d’asseoir la domination générale des puissances impérialistes sur le monde et de rivaliser entre elles :

Le militarisme est une arme dans la concurrence des pays impérialistes… (R. Luxemburg, L’Accumulation du capital, 1913)

La guerre livrée à l’Irak vaut ainsi avertissement pour toute puissance ou coalition qui tenterait de défier la domination américaine, au premier chef le Japon et l’alliance France-Allemagne. La récession capitaliste accélère fatalement l’affrontement des puissances impérialistes.

Voilà pourquoi, Chirac et Schröder, appuyés par Poutine, ont tenté d’empêcher la mainmise des Etats-Unis sur l’Irak, au détriment des contrats qu’ils avaient négociés avec Hussein et surtout pour limiter l’hégémonie de l’impérialisme dominant.

Il est inconcevable en régime capitaliste que le partage des zones d’influence, des intérêts, des colonies, etc. repose sur autre chose que la force de ceux qui prennent part au partage, la force économique, financière, militaire… (V. Lénine, L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme, 1916)

Rien à voir avec la paix et le droit des peuples, comme l’illustrent les massacres quotidiens de l’armée russe en Tchétchénie, le maintien de la botte française sur ses dernières colonies (baptisées DOM-TOM), les multiples bases militaires françaises à l’étranger, la récente intervention dans les affaires de la Côte d’Ivoire.

Aucune puissance impérialiste n’a défendu l’Irak. Toutes, dont la France, ont voté la résolution 1441 de l’ONU. Le 10 avril, Chirac s’est félicité de la chute de Bagdad :

La France se réjouit de la chute de Saddam Hussein… (Le Monde, 11 avril).

L’Union européenne a reçu un grand coup. Toute une série de pays membres, emmenés par la Grande-Bretagne du travailliste Blair, ont préféré s’allier aux Etats-Unis, plutôt que risquer la colère de l’impérialisme le plus puissant en se rangeant derrière l’alliance des impérialismes secondaires France-Allemagne.

La colonisation de l’Irak est un repartage du monde, au détriment des rivaux des États-Unis. Loin du mythe d’une « mondialisation » opérée par des firmes sans patrie qui dissoudrait peu à peu les États, la présence de l’armée américaine en Irak rappelle la nature profonde de l’impérialisme, le lien entre le militarisme et la garantie des profits des groupes capitalistes nationaux.

Les compagnies pétrolières américaines veulent s’imposer sur un marché que leurs concurrents français (Total), italiens (Agip) et surtout russes avaient commencé à se partager, sans pouvoir en tirer profit à cause de l’embargo des Nations unies. (Politique Internationale, hiver 2002-2003)

La seconde guerre contre l’Irak menée par les États-Unis et la Grande-Bretagne, malgré l’opposition de la France, de l’Allemagne et de la Russie, illustre l’accroissement inéluctable des rivalités entre impérialismes. Le capitalisme mène l’humanité à de nouveaux affrontements planétaires et au déchaînement de la barbarie à l’échelle mondiale.

 

Les mains libres aux bourreaux du peuple tchétchène et à ceux du peuple palestinien

 

Depuis les attentats de septembre 2001 à New York qui ont servi au pouvoir exécutif des Etats-Unis à se passer de toute caution des organismes internationaux, de l’ONU à l’alliance militaire OTAN, pour intervenir à l’étranger, la nouvelle bourgeoisie russe et la bourgeoisie sioniste se sont senties beaucoup plus libres de déployer leur agression respective contre les Tchétchènes et contre les Palestiniens.

Il leur suffit d’invoquer la « lutte contre le terrorisme » pour bénéficier de la tolérance, voire du soutien des puissances impérialistes que les réformistes présentent comme la « communauté internationale ».

Pour la seconde année consécutive, la Commission des droits de l’homme de l’ONU a refusé, lors de sa 59e session en avril 2003 d’adopter une résolution condamnant la Russie pour ses crimes commis en Tchétchénie. (Le Monde Diplomatique, juin 2003)

Comme si les actions de guérilla que mènent la résistance tchétchène et la résistance palestinienne, aussi étroitement nationalistes ou cléricales soient-elles, n’étaient pas d’abord et avant tout le résultat de l’oppression par des colonisateurs. Comme si la Russie incarnée par Poutine et Israël représentée par Sharon n’étaient pas, eux, des détenteurs de ces armes chimiques, bactériologiques et surtout nucléaires, invoquées pour justifier le blocus puis l’invasion de l’Irak.

L’armée russe mène une deuxième guerre coloniale contre les Tchétchènes, après avoir déjà ravagé le pays de 1994 à 1996. Plus que jamais, l’armée israélienne entrave la vie de la population arabe et l’humilie systématiquement :

Le « bouclage intérieur » enferme deux millions et demi de Palestiniens en Cisjordanie et plus d’un million à Gaza dans leurs villes et dans leurs villages : l’armée, face au conflit meurtrier qui a éclaté en septembre 2000, leur interdit (à l’exception du tout petit nombre muni de permis spéciaux) de se déplacer sur les routes principales, de sortir de leurs communes et de se rendre dans les villes. Autour de ces dernières s’est construit un système de barrages, de clôtures, de portes en fer, de buttes, de chars et de patrouilles militaires qui gênent tout mouvement… (Le Monde Diplomatique, février 2003)

Les « territoires autonomes » s’avèrent de véritables ghettos. Des colonies juives y confisquent l’eau et les terres, l’armée détruit les habitations et les cultures des Arabes servant de cible à ses tueurs.

En un mois, de la mi-février à la mi-mars, selon les rapports du Centre palestinien pour les droits de l’homme, 109 Palestiniens ont été tués dans les Territoires… Depuis le début de l’année, 232 maisons ont été détruites dans la bande de Gaza… 2 250 Palestiniens se sont ainsi retrouvés sans abri… Le 16 mars, Rachel Corrie, une pacifiste américaine, a été écrasée à Rafah par un bulldozer israélien. (Le Monde Diplomatique, avril 2003)

L’ONU vient de reprendre du service pour cosigner avec Chirac et Schröder la « feuille de route » contre les droits du peuple palestinien rédigée par Bush et Powell. Ce plan est axé sur le désarmement de la résistance palestinienne.

Sans révolution socialiste, le monde est condamné à la crise capitaliste et la guerre impérialiste

 

Le capitalisme ne promet que le renforcement de l’exploitation, les crises économiques, l’oppression, les guerres. Pour extirper la racine des guerres, il faut renverser le capitalisme :

Il est impossible de se protéger contre les calamités des guerres sans renverser le gouvernement et la bourgeoisie des pays belligérants. (V. Lénine, Les Sophismes des sociaux-chauvins, 1915)

Le peuple irakien n’a pas dit son dernier mot : les occupants seront confrontés aux sabotages, aux manifestations, à la guérilla, aux grèves. L’économie capitaliste mondiale s’enfonce dans le marasme, les rivalités entre puissances impérialistes vont inévitablement s’accentuer, les nouvelles attaques de la bourgeoisie vont soulever la résistance des principaux prolétariats qui n’ont nullement été écrasés.

Le courage indomptable des masses palestiniennes, l’ampleur des manifestations internationales contre la guerre impérialiste (y compris aux États-Unis), les luttes des travailleurs d’Argentine, le soulèvement en Bolivie, les grèves et manifestations des travailleurs d’Autriche et de France en défense des retraites, la grève générale des enseignants du Pérou, la grève massive et les manifestations en Inde, sont des signes de la disposition au combat de millions et de millions.

L’énergie des opprimés et des exploités n’est pas en cause. Mais il leur manque des organisations fiables :

ü  Comme l’ont prouvé le péronisme, l’OLP, les Talibans et le parti Baas, les bourgeoisies des pays opprimés sont plus efficaces pour écraser leur classe ouvrière que pour résister à l’impérialisme.

ü  Quant aux chefs actuels du mouvement ouvrier, ils défendent avec acharnement, à l’intérieur comme à l’extérieur, leur propre bourgeoisie, celle qui les paye.

En France, par exemple, tous les partis ouvriers et les directions syndicales ont voté pour Chirac en mai 2002, puis ont soutenu la politique internationale de Chirac et l’ONU contre l’Irak. Les bureaucraties « pacifistes » des syndicats, le PS et le PCF se sont en fait alignés sur leur propre bourgeoisie au lieu de défendre les intérêts du prolétariat mondial. Pas étonnant que ces mêmes traîtres réclament une « réforme » des retraites, refusent d’appeler à la grève générale pour le retrait des plans du gouvernement Chirac-Raffarin-Sarkozy.

Le prolétariat prendra la tête de tous les opprimés et de tous les exploités, pourra défendre ce qui reste de la propriété collectivisée dans les pays menacés par la restauration du capitalisme (Corée du Nord, Vietnam, Chine et Cuba), saura renverser le capitalisme, s’il surmonte la crise de sa direction, si dans son mouvement contre la classe capitaliste, il parvient à briser les appareils qui le trahissent et à construire une internationale ouvrière, un parti révolutionnaire dans chaque pays.

Alors la classe ouvrière pourra ouvrir une issue à l’humanité, celle du socialisme.