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Vienne, le 16 février 2006
Cher(e)s camarades du COREP !
Nous sommes un groupe très jeune mais nous avons
depuis quelque temps déjà discuté de vos publications. Sur bien des points nous
voyons une proximité politique entre nos courants : l’intransigeance envers
l'ennemi de classe aussi bien sous sa forme impérialiste que vis à vis des
régimes réactionnaires du monde impérialiste. Nous saluons particulièrement
votre effort de lier dès le début la construction d'une organisation nationale
avec une orientation internationaliste. Ainsi que d'effectuer une démarche
pratique en direction d'une organisation et d'une discussion internationales.
Nous entreprendrions volontiers une discussion systématique. Comme entrée dans
la discussion nous proposons nos thèses sur la dégénérescence de
Notre problème est qu'un seul camarade parle français et que nous ne connaissons donc - comme groupe - que partiellement vos positions. Nous désirons donc vous proposer de conduire la discussion en anglais - nous sommes parfaitement conscients que cela peut conduire à des flous langagiers mais cela accélérera peut-être le processus de clarification. Par la suite, nous vous enverrons nos remarques sur les « accords programmatiques pour une conférence internationale » ultérieurement caractérisés comme les 21 thèses. Nous nous référons en priorité dans cette lettre à ce document, nous glisserons cependant des formulations d'autres documents accessibles.
A côté de l'accord mentionné plus haut il y a quelques points que nous voudrions volontiers discuter avec vous pour établir s'il s'agit de différences politiques, de formulations déficient »es ou de malentendus. Nous avons rangé les questions en fonction de l'importance que nous leur accordons et laissé auparavant de côté des différences mineures.
Vous parlez sans cesse de « votre programme ». Dans votre « appel pour une conférence internationale » vous dites que « le programme vous unit » (4e et dernier paragraphe) ou : « Nous proposons aux organisations de combat de la classe ouvrière ce programme révolutionnaire » (3e et dernier paragraphe). Dans la charte, nous lisons « maintenir vivant le programme » (2e et dernier paragraphe). De quel programme voulez-vous parler : le programme de transition de Trotsky de 1938 vos « accords programmatiques » ou un autre programme ?
Nous avons déjà pris position dans nos thèses sur le programme
de transition de 1938 :
La logique transitoire élaborée dans le programme de transition est pour nous la méthode centrale pour la constitution d'un nouveau programme révolutionnaire-Mais ce n’est pas seulement une collection de vérités révolutionnaires éternelles mais doit donner aussi une appréciation de la période passée et future et des taches centrales qui en ressortent Le programme de transition de 1938 partait d'une période révolutionnaire et de l'agonie du capital. Avec l'amorce de l’essor économique et la diminution de la situation révolutionnaire d'après-guerre, le programme entrait de plus en plus en contradiction avec la réalité, les revendications transitoires étaient de moins en moins un pont de la conscience actuelle des masses vers la prise du pouvoir. Mais elles continuaient à être la direction nécessaire pour toute politique révolutionnaire et avant tout pour la propagande révolutionnaire.
En plus du caractère incomplet constaté par Trotsky Il
manquait désormais nécessairement au programme de transition une analyse des
développements en Europe de l’est, une appréciation correcte du stade de
l'impérialisme et de la situation mondiale et en découlant les réponses
centrales pour la nouvelle période. Le programme de transition de 1938, aussi
importante que continue à être la méthode de ses revendications transitoires,
n'était plus actuel comme programme d'action et aurait dû être remplacé au plus
tard dès 1948 par un nouveau. Chaque courant qui se réclame du trotskisme doit
prendre une position claire sur les déviations centristes de
Si, par la mention « notre programme », devait être
entendu le programme de transition de 1938, nous avons un problème dont nous
devrions discuter sérieusement. Si on mentionnait par là vos 21 thèses, nous
avons aussi un problème, mais probablement seulement de terminologie. Car ces
« accords programmatiques »ne remplissent pas selon notre opinion les
exigences d'un programme. Certes, on y concentre de nombreux points essentiels,
mais pour servir de programme révolutionnaire - dans le sens d'un programme de
transition - il lui manque selon notre conception des points essentiels comme
l'élaboration de la situation mondiale et des événements centraux de la lutte
de classe depuis la rupture de la continuité révolutionnaire comme les réponses
aux questions importantes comme : revendications économiques et
démocratiques, question agraire ( celle-ci manquait aussi dans votre appel au
pays agraire
Pour ne pas éveiller de fausses impressions, nous voulons ajouter tout de suite à cet endroit que le GRA n'a pas encore de position collective élaborée sur la situation mondiale et les « États ouvriers dégénérés ».Nous ne faisons le reproche à aucun groupe qui n'aurait pas encore résolu ces questions. Naturellement, cela doit être le but déclaré d'un groupe révolutionnaire d'élaborer des réponses correspondantes. Ce sur quoi nous voulons insister est notre compréhension selon laquelle il serait faux de parler d'un « programme révolutionnaire » qui serait à la hauteur du temps sans solution satisfaisante de ces questions importantes.
Vos 21 thèses sont équivoques dans la question du développement des forces productives après 1945. Certes vous critiquez de façon justifiée les fausses théories « que le capitalisme déclinant pourrait trouver des issues pour surmonter ses crises et développer les forces productives » (thèse 1) juste, ces fausses théories doivent être écartées. Nous sommes aussi d'avis que le capitalisme - vu historiquement - n'est pas en situation de surmonter ses crises.
Nous ne trouvons cependant en aucun endroit une indication que les forces productives aient pu continuer à se développer après 1945 - à l'encontre des attentes de Trotsky - dans les conditions impérialistes d'après-guerre. Il est par contre très souvent parlé de crise et dans votre représentation se laisse très bien suggérer une position : comme Trotsky l'estimait dans le programme de transition, le capitalisme se dirige continuellement vers sa crise finale depuis l'entre deux guerres et est absolument incapable de poursuivre le développement de ses forces productives. Nous ne voyons pas les choses ainsi, cette attente de Trotsky s'est révélée fausse.
Comme vous ne représentez pas dans vos thèses le développement des forces productives et l'évolution de l'économie mondiale après la 2e Guerre mondiale, nous voulons nous informer si notre interprétation de votre position est exacte.
Une polémique entre le Groupe Bolchevik et le groupe français CRI ( dont se réclamait un de nos contacts éloigné en Allemagne) a éveillé l'intérêt de certains d'entre nous. Le GB y constate à l'encontre du CRI :
Le groupe CRI contredit de façon conséquente les
fondateurs de
Voyez-vous cela encore ainsi aujourd'hui ? Selon
notre opinion, le problème réside précisément en ce que
La crise du capitalisme est mentionnée dans les thèses très souvent et de façon très indifférenciée. De quelle sorte de crise s'agit-il ? Nous voulons encore une fois indiquer que nous n'avons pas d'appréciation actuelle de la situation mondiale et que nous nous trouvons à ce propos encore dans un processus de discussion. Bien sûr, nous voulons clarifie s'il s'agit dans vos déclarations sur la crise dans vos thèses d'une perspective d'évolution à long terme du capitalisme -en ce sens nous n'aurions aucun problème- ou d'une appréciation actuelle. Comme d'autre part les thèses traitent de la situation actuelle, le caractère de la description des crises est selon notre avis équivoque. Sans une appréciation économique correcte il manque à toute organisation révolutionnaire une dimension importante pour évaluer justement les perspectives de la lutte de classes. Quiconque prend comme point de départ que le capitalisme a été incapable depuis 1945 de poursuivre le développement des forces productives et est donc constamment en crise devrait conclure de cette évaluation l'effondrement du capitalisme, sa crise mortelle voire à chaque instant la possibilité immédiate de la révolution. Nous ne savons pas encore à quoi ressemble votre position.
Nous croyons qu'il est nécessaire d'obtenir la clarté dans la question du développement des forces productives et du caractère de la crise. Il nous serait très utile de nous faire parvenir des documents dans lesquels cette question nous est représentée de façon compréhensible. Le GRA a déjà conduit une discussion sur cette question mais n'est pas encore parvenu à une conclusion qui aille au-delà de notre position dans les thèses sur la 4e. Mous sommes volontiers prêts à mettre à votre disposition -pour votre usage interne- après conclusion provisoire de la discussion nos papiers de discussion interne.
Nous considérons comme central pour des organisations révolutionnaires de prendre une position claire sur la e I. et sa dégénérescence. C'est pourquoi nous avons résumé notre position dans des thèses relativement courtes pour conduire à leur sujet des discussions avec d'autres groupes intéressés. Nous vous les avons envoyées et nous réjouissons que vous ayez accepté de les traduire et ensuite de discuter avec nous.
Nous considérons comme positif que vous voyiez - tout
comme nous - la dégénérescence de
Incompréhensible est pour nous la formulation dans « l'appel »:
L'appel direct au regroupement des forces saines du
mouvement ouvrier et particulièrement de ceux qui se réfèrent à la continuité
du trotskysme et de
Nous trouvons également dans les 21 thèses une formulation semblable:
Nous confirmons la validité du léninisme et du trotskysme,
du programme de la 4e I. comme prolongement et actualisation de celui de
De ces passages, nous déduisons que jusqu'à
aujourd'hui la continuité révolutionnaire continue d'exister pour vous et que
vous procédez de l'actualité du programme de transition de 1938. Ces
formulations nous ont occasionné pendant longtemps de grandes migraines
puisqu'elles sont en contradiction flagrante avec la position exposée plus
haut. Visiblement elles sont encore à attribuer à l'influence de
Nous utilisons -de même que vous- la formule algébrique « Pour une nouvelle internationale ouvrière révolutionnaire !» sans nous voir aujourd'hui déjà dans la situation d'établir quel chiffre elle aura. Il ne nous est pas très compréhensible ce que vous voulez exprimer par la phrase suivante de la charte: « Quelque soit son nom, ce sera la cinquième Internationale Ouvrière. » (Charte)
Dans la thèse 5, nous pouvons lire :
Nous confirmons la validité du programme de révolution permanente contre la politique de « front uni anti-impérialiste » avec la bourgeoisie nationale, une orientation qui fut contredite par la tragédie de la révolution chinoise de 1927.
Sur cette question nous n'avons pas encore pu clore
nos discussions. Un point commun à nous tous : seule la théorie de Trotsky
de
Dans le cas où vous auriez une position écrite plus détaillée sur le FUA nous vous prions de nous la communiquer. ll serait certainement sensé d'inclure celle-ci dans notre processus de discussion.
Dans la thèse 7 vous écrivez :
Nous combattons pour la destruction de l'État d'Israël et pour un État palestinien non raciste, démocratique et laïque.
Nous approuvons cette formulation dans la mesure où nous prenons position pour la destruction de chaque Etat bourgeois et particulièrement de l'Etat israélien ouvertement raciste. Mais nous trouvons absolument nécessaire d'ajouter que nous préconisons conjointement les pleins droits des travailleurs israéliens- juifs et que les travailleurs israéliens-juifs et palestiniens doivent combattre en commun contre leurs régimes réactionnaires respectifs et contre l'impérialisme mondial.
Nous ne pouvions pas jusqu'ici discuter
systématiquement d'une position commune sur les Etats ouvriers dégénérés et la
développer ni sur leur constitution ni sur leur disparition. Dans « l'accord
programmatique », nous lisons que pour vous
Dans vos thèses, nous lisons :
Nous combattons pour instaurer la démocratie ouvrière par les comités d'usine et les comités de grève et pour renouveler les directions syndicales en proposant aux moments critiques des dirigeants combatifs et imposer ainsi une direction révolutionnaire des syndicats.
Naturellement, nous sommes aussi pour des comtés d'usine et de grève pour unifier démocratiquement les luttes d'entreprise mais aussi comme points de départ pour de futurs conseils ouvriers. A l'intérieur des syndicats nous luttons pour une fraction syndicale révolutionnaire pour donner aux syndicats aussi bien une direction révolutionnaire qu'un programme révolutionnaire. Ceci s'appuyant sur la méthode du Minority movement dans les syndicats britanniques du temps de Lénine. Voyez-vous cela ainsi ?
Nous partons du fait que dans les pays impérialistes durant les années de l'essor économique s'est établie une conscience réformiste profondément enracinée dans les têtes de la classe ouvrière. Dans quelques pays comme par exemple l'Autriche, on peut à peine parler depuis des années d'un véritable mouvement ouvrier, il n'y a que des militants ouvriers passablement isolés. La masse des travailleurs s'est déshabituée du besoin d'informations, les réunions politiques ou syndicales sont -malheureusement- hors de leur horizon politique. A l'exception de l'année 2003, il y a eu chez nous peu de grèves dans les dernières décennies. Dans d'autres pays, particulièrement en France, il y a un mouvement ouvrier mais aussi une conscience réformiste profondément ancrée et des tendances réactionnaires (racisme, chauvinisme) dans la masse de la classe ouvrière. Ces faits, objectifs pour des révolutionnaires, ne sont pas pris en considération dans votre document.
Faisant pendant -selon nous-au thème de la conscience de la classe ouvrière votre position sur l'Assemblée constituante. Naturellement, nous la repoussons comme stratégie mais dans certaines situations elle est une tactique bonne et nécessaire. En Bolivie, vous l'avez repoussée parce que visiblement vous partiez de ce que la grande majorité des masses boliviennes avaient déjà rompu avec le réformisme et que la revendication d'assemblée constituante ne pourrait que les éloigner de la lutte pour le pouvoir. Quelques camarades du GRA ne voient pas les choses ainsi. Selon leur estimation les masses opprimées et exploitées de Bolivie qui vivent de façon isolée et extrêmement dispersée ont certes fait preuve d'énergie révolutionnaire mais n'ont pas encore rompu avec des illusions réformistes essentielles. La tactique de la constituante révolutionnaire aurait été pour ces camarades une possibilité de guérir les masses de leurs illusions réformistes.
II nous intéresserait de savoir si vous pensez que l'impérialisme aspire de façon générale à une politique néocoloniale ou bien - comme nous le pensons - s'il envisage une politique d'occupation coloniale dans quelques Etats stratégiquement centraux, avant tout autour des gisements de pétrole au Moyen Orient, au Caucase et pour des positions militaro-stratégiques (Afghanistan, Caucase).
Autant que nous puissions connaître votre concept de construction d'une fraction trotskyste, nous l'estimons fondamentalement juste. La base programmatique encore insuffisante et l'unification politique d'une part et les forces réduites d'autre part justifient un regroupement international souple avec une coordination et des décisions unanimes par les groupes isolés.
Comme but prioritaire d'un courant international souple, nous voyons l'élaboration progressive de documents programmatiques comme base d'une uniformisation politique croissante. Des résolutions actuelles et politiques communes ne viendraient par contre qu'en second rang. Cela signifie, pour nous, petit groupe nouvellement fondé, que nous voulons clarifier dans la discussion internationale avec vous d'abord des questions programmatiques et que nous ne serions prêts qu'à partir d'un certain accord politique à élaborer des résolutions politiques actuelles.
Nous espérons que vous trouvez juste cette échelle de
priorité. Comme préparation à une discussion orale nous trouvons sensée une
discussion écrite sur nos thèses sur la dégénérescence de
Salutations révolutionnaires.