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Tract du groupe KlassenKampf pour la manifestation des
travailleurs de Siemens du 23 juin 2009 à Vienne
« Lutter pour des emplois avec le SPO », prétendait le président du Parti socialiste autrichien devenu Premier ministre. Oui, Mr Faymann, nous devons le faire et nous le faisons. Car c’est la sociale-démocrate de pointe Brigitte Ederer, par ailleurs PDG de Siemens Autriche qui joue actuellement coupeuse de têtes au compte du capital et des actionnaires.
« Un billet de mille de plus pour chaque ménage », si l’Autriche adhérait à l’Union européenne des groupes capitalistes et des banques, promettait Gitti Ederer. Mille emplois de moins à Siemens - Autriche, voila les vrai « mille » d’Ederer.
Siemens - Autriche a réalisé en 2008, avec 8 000 collaborateurs, un chiffre d’affaires de 2,8 milliards d’euros. Entre 2000 et 2006, la direction du groupe allemand (électroménager, trains à grande vitesse, informatique, matériel médical, turbines éoliennes…) a déboursé à l’échelle mondiale 1,3 milliards d’euros en pots de vin pour corrompre des gouvernements et des planificateurs de projets.
Lorsque les groupes détruisent l’existence d’ouvriers et d’ouvrières, c’est, selon eux, la faute de facteurs extérieurs : le carnet de commande est insuffisant, la concurrence est impitoyable, le syndicat est excessif en matière de salaires ou simplement on dit que les licenciements sont inoffensifs, seulement une mesure provisoire jusqu’à ce que la crise soit passée ou qu’arrivent de nouvelles subventions.
Examinons les chiffres : la filiale Siemens d’Autriche a pu accroitre l’an dernier son chiffre d’affaires de + 10,7 % précisément à 2,8 milliards d’euros. Le résultat d’entreprise a augmenté de 9,7 % à 109,3 millions d’euros, le résultat brut d’exploitation a augmenté de 32,2 %, soit 256 millions d’euros. Et comme Siemens Autriche a aussi en charge les pays d’Europe centrale et les Balkans, il est bon de jeter un œil au-delà des frontières : l’entreprise a enregistré un chiffre d’affaires total de 7,62 milliards d’euros, en tout cas 1,4 % de plus qu’en 2007.
La cause des réductions successives d’effectif ne peut donc pas venir du chiffre d’affaires. La direction du groupe à Munich a annoncé en 2008 une restructuration. La décision de la maison mère d’Allemagne fait alors l’effet d’une surprise.
Par aileurs, les feuilles financières internationales continuent de résonner de l’écho du scandale Siemens : entre 2000 et 2006, le trust a dépensé 1,3 milliard d’euros de ses caisses noires pour corrompre de possibles décideurs, de la Russie à l’Ouganda, de la Norvège à la Chine, l’argent a coulé à flots. Le « management de pointe » trempait jusqu’aux oreilles dans le marais de la corruption, de l’escroquerie et de la fraude fiscale, ce qui n’a pas empêché les responsables de décamper avec des millions lorsque le scandale a éclaté. Déjà, en janvier 1914, le gouvernement impérial japonais tomba sur une affaire de pots de vin par laquelle Siemens s’était acheté de fait le monopole de l’armement pour les forces navales nippones.
Pour fournir un exemple de la générosité des dirigeants de l’entreprise entre eux : le cadre de Siemens Allemagne Andreas Kley condamné en 2004 pour corruption à deux ans (avec sursis, bien entendu) avait obtenu du conseil de surveillance, pour sa pénible activité, une indemnité d’1,7 million d’euros…
Brigitte Ederer s’applique à décliner la politique du groupe à l’Autriche. Son orientation, comme pour chaque firme capitaliste consiste à maximiser le profit, à réduire les frais salariaux minimaux, à exploiter au maximum possible la force de travail, satisfaire la boulimie en dividendes et en bonus des actionnaires et des managers.
Siemens Autriche joue un rôle important dans l’économie autrichienne et dans l’association patronale. Les décisions de l’entreprise ont donc une importance qui va bien au-delà de ses limites.
Il en est allé ainsi lorsqu’Ederer ne voulut exclure ni des « conventions d’urgence », ni des baisses de salaire en mars, donc des incursions dans les contrats de travail existant. Les travailleurs autrichiens furent témoins d’une nouvelle division du travail entre dirigeants sociaux-démocrates. Tandis que le chef de la confédération syndicale OGB, Erich Foglar, qui ne s’est jamais distingué par sa combativité exubérante, pousse les syndicalistes, déjà sur la défensive, dans les négociations, de l’autre côté du spectre on en met encore un coup : soyez modérés, taisez-vous, payez la crise, voire foutez le camp!
En premier lieu, ce sont les plus vulnérables qui en subissent les effets : déjà 400 travailleurs intérimaires ont été congédiés, 400 personnes précaires à qui le capital a enlevé en outre toute base d’existence. Madame Eder, combien d’enfants et combien de conjoints dépendent de ces 400 existences ? Quelles conséquences pour ces 400 intérimaires dont « vous vous êtes séparée » quand d’un seul coup il n’y a plus d’argent pour le loyer, le gaz et l’électricité qui deviennent de plus en plus cher ? Ou peut-être le groupe parlementaire européen socialiste dont votre mari Hannes Swoboda (tête de liste du SPO aux élections européennes) aidera-t-elle ces hommes et ces femmes ?
La sociale-démocratie qui se voit, depuis les années 1920, comme un garde-malade sur le lit d’agonie du capitalisme se dépasse cette fois-ci à l’échelle mondiale dans cette partie tragi-comique. Jusqu’au suicide moral, les politiciens et les syndicalistes sociaux-démocrates se sont efforcés de stabiliser le système capitaliste qui précisément se précipite dans sa plus grande crise. Stabiliser signifie : convaincre la population travailleuse qu’elle doit supporter aimablement les coûts de la crise, qu’elle doit faire tous les sacrifices exigés par les entrepreneurs pour sauver « l’économie ». Car : « Nous sommes tous l’économie », n’est-ce pas ?
Les 1 125 milliardaires en dollars qu’il y a de par le monde ont ensemble une fortune d’environ 4,4 milliards de dollars. Ils possèdent ainsi à eux seuls l’équivalent de quatre fois le patrimoine de la moitié la moins riche de la population mondiale, soit environ 3,3 milliards d’êtres humains. Il y a donc du travail pour qui veut répartir de haut en bas…
C’est un signal important que les travailleurs de Siemens et de SIS CT n’aient pas voulu accepter sans résistance les plans de démantèlement social des sommets du groupe. Il est important de contrer toutes les tentatives de division qui viendront aussi sûrement que l’amen dans la prière catholique : il faut empêcher les tentatives de jouer un secteur contre un autre, de présenter un groupe d’employés comme privilégiés par rapport aux autres .De même que les jérémiades sur les mauvaises affaires il n’ ya ici qu’une réponse :
Ouvertures des livres de compte, vérification des carnets par des
experts que les travailleurs doivent choisir eux-mêmes !
Annulation immédiate des préavis des intérimaires ! Qui travaille
doit avoir aussi tous les droits d’un travailleur : fin des contrats
précaires chez Siemens et ailleurs ! Ni chômage partiel, ni
licenciements ! Répartition du travail entre toutes les mains avec pleine
compensation salariale !
Afin de pouvoir mener une lutte ouvrière avec succès, la solidarité s’impose. Mais ça ne peut pas être la « solidarité » d’une poignée de bureaucrates syndicaux qui tournent casaque, au moment critique, dès que le ministre de l’économie fait les gros yeux.
Informez les collègues dans les autres entreprises par tract, par internet, par SMS ! Adressez vous directement aux autres ouvriers et ouvrières ! Ils ne veulent pas lire des messages syndicaux desséchés mais savoir ce qu’il en est vraiment de votre lutte !
Formez vos propres comités d’entreprise ! Des conseils d’entreprise sont des organes importants – mais les lois étatiques (donc les lois qui servent les dominants) restreignent leurs possibilités. Agissez donc vous-même, discutez de la meilleure façon de pouvoir organiser la résistance contre les préavis, élisez des délégués qui se tiendront au côté de vos conseils d’entreprise tant que ceux-ci représenteront vos intérêts. Mais défendez-vous aussi contre des compromis possibles sur lesquels vous n’aurez pas été consultés. Il s’agit de vous, vous avez le droit de savoir à quoi vous en tenir sur tout dans l’entreprise !
Si la direction du groupe menace de fermer des usines et des postes –ces tentatives de chantage n’ont rien de nouveau- alors il faut prendre des mesures claires. En France, les personnels d’entreprises dans des situations semblables ont commencé à séquestrer des managers asociaux dans leurs bureaux jusqu’à qu’ils soient matés. Ce sont bien sûr des actions difficilement extensibles au niveau d'un groupe international.
Si les entreprises sont non rentables pour les capitalistes, les actionnaires et les managers, alors les ouvriers et les employés doivent les prendre en charge et les placer sous leur contrôle, et ceci sans un centime de dédommagement pour les exploiteurs (car ils ont de toute façon saisi suffisamment longtemps les profits astronomiques).
La manifestation d’aujourd’hui est un premier pas important pour la mobilisation au-delà des limites de l’usine et du trust. C’est dans ce sens que nous disons :
SOLIDARITE AVEC LES COLLEGUES DE SIEMENS ! VOTRE COMBAT EST NOTRE
COMBAT !
Notre journal KlassenKampf (Lutte de Classe) rend compte des luttes de classe autrichiennes et internationales, des questions sociales et économiques, en partant de la théorie du marxisme révolutionnaire, du parti pour les exploités et les opprimés.
Le Cercle Marxiste d’Etudes est un cercle de formation proposé par le groupe KlassenKampf dans lequel les camarades intéressé peuvent trouver les bases théoriques pour leur travail politique.