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Grupo Germinal / Etat espagnol
Les élections législatives du 14 mars 2004 ont exprimé
un point d’inflexion de la situation politique dans l'Etat espagnol, mettant un
terme à huit années noires de gouvernements Parti Popular
(PP). Cette consultation a cristallisé les mobilisations ouvrières dispersées
contre la politique d'Aznar, la force exprimée sans suite dans la grève
générale de 2002, les résultats des immenses manifestations de 2003 contre
l'intervention impérialiste en Irak et la réaction massive de la classe
ouvrière et la jeunesse face au grand mensonge du gouvernement Aznar après les
attentats d'Atocha du 11 mars 2004.
Sur la base d'une grande démoralisation des masses
provoquée par la politique de privatisation et anti-ouvrière des gouvernements
du Part Socialiste (PSOE), le PP a profité de huit années (deux législatures)
d'offensive permanente contre les conditions de vie des travailleurs, de baisse
des coûts des licenciements et du chômage, de précarisation du « marché de
travail », de réduction des salaires réels et des pensions, de
privatisations du patrimoine et des services publics, de réduction des impôts
sur le capital et d’augmentation des charges qui pèsent sur les salariés, de
renforcement des mesures répressives, d’attaques féroces et d’humiliations
croissantes faites aux nationalités qui combattent activement pour leur
autodétermination, spécialement en Euskadi et en
Catalogne. Ironie du destin, le gouvernement d'Aznar-PP a été balayé par
les masses, dans les rues et les urnes, par toute la rage accumulée qu'il a
précisément exploitée après un attentat terroriste. Attentat en lequel
l'appareil d’Etat a cru trouver la grande occasion pour renforcer son gouvernement,
le prétexte du terrorisme étant si facile à utiliser pour mettre en œuvre de
nouvelles mesures réactionnaires et répressives.
Au cours de ces dernières élections législatives,
chaque ceinture industrielle de Barcelone, Bilbao, Madrid, Saragosse, Valence,
Cependant, et il ne pouvait en être autrement, la
défaite que la classe ouvrière a infligé le 14 mars 2004 au PP, le parti de la
bourgeoisie espagnole, a été transformée par la direction bourgeoise du PSOE en
un nouveau gouvernement anti-ouvrier qui durant les trois années écoulées,
s'est efforcé de continuer la politique précédente : il a baissé davantage
les indemnités de licenciements et les salaires, aggravé discrètement et avec
la complicité des directions syndicales la précarisation et les conditions de
travail, renforcé les mesures d'expulsion des immigrants
« illégaux », respecté et étendu le financement public de
l'enseignement privé, facilité la continuité d’une spéculation immobilière monstrueuse.
Quant à la question nationale, qui se trouve toujours au centre de toute la
politique de l'Etat espagnol, le gouvernement de Rodriguez Zapatero n'a rien
changé. Il s'est moqué de
Certes, ce gouvernement a débuté en réalisant une
attente des masses : le retrait de troupes en Irak….mais pour, aussitôt,
renforcer son intervention impérialiste en Afghanistan et, plus tard, envoyer
de nouvelles troupes impérialistes
espagnoles au Liban, en soutien à Israël
et aux Etats-Unis. La « bonne volonté » dont se targue Zapatero a
montré durant ces trois années tout son contenu et ses limites : il a servi à
démobiliser la classe ouvrière, aidé par le répit que lui ont accordé les
directions syndicales, tandis que les salaires et les pensions continuent à
perdre du pouvoir d'achat, le logement ayant atteint un niveau inaccessible et
des centaines de milliers d'immigrants continuant d’être soumis à l'illégalité
et à la surexploitation. Tout cela simultanément à la réalisation de
bénéfices historiques dans le secteur bancaire, du bâtiment, de l’énergie, des
télécommunications…
Quant aux « promesses de paix » pour Euskadi, le gouvernement de Zapatero n'a pas été capable de
faire avancer son propre plan de négociations avec ETA, bien que cette
organisation fût disposée à suivre les pas de l'IRA, c'est-à-dire prête à établir
les conditions du renoncement à sa lutte armée sans issue, tout en abandonnant
dans le même mouvement les droits à l'autodétermination de tout le peuple
basque.
La « bonne volonté» espagnole du gouvernement de Rodriguez Zapatero a précisément atteint son point critique pendant ces jours de préparation des élections: Batasuna est toujours dans l’illégalité, Abertzale Socialistak s’est vue refuser le droit de se déclarer comme parti, les périodiques confisqués, les tavernes abertzales fermées et un total de 386 listes électorales municipales basques ont été invalidées pour cause de « contamination idéologique ». Au Pays basque, les conditions « démocratiques » dans lesquelles vont sa dérouler les prochaines élections sont bien résumées par ces déclarations cyniques de Conde-Pumpido, ministre des finances de l'Etat, aux ordres directs du gouvernement :
Le ministre des finances de l'Etat, Cándido Conde-Pumpido a affirmé hier : On est allé peut-être trop loin » avec l’invalidation des 386 listes des groupements d'Abertzale Sozialistak (AS) et d'action Nationaliste Vasca (ANV), puisqu'il y a quelques villages dans lesquels presque aucune autre candidature ne s’est déclarée. Il est possible que nous passions, mais cela sera tendu. (La Razón, Madrid, 17 mai 2007)
Mais si, en Euskadi, le cadre électoral est une hypocrisie, dans le reste de l’Etat espagnol, le caractère lui-même des actuelles élections ne n’est en réalité pas beaucoup plus démocratique. D'une part, les communes ainsi que les « régions autonomes » ont les mains liées par la Constitution monarchiste : leur cadre d'action est déterminé à tout moment par les lois de l'Etat central, par les budgets que fait approuver chaque année le gouvernement. Elles ne peuvent qu'exécuter les politiques de celui-ci et examiner de manière limitée le partage de leurs misérables budgets propres. Elles sont le plus petit rouage de l'Etat conçu pour administrer la dictature du capital sur les autres classes, la prison des peuples sous un vernis « démocratique ».
En outre, durant les dernières années, de manière absolument généralisée, l'intervention municipale est devenue corrompue, comme maillon indispensable du développement de la spéculation immobilière qui a atteint des niveaux sans précédent. Et cette prévarication, comme le démontrent tous les cas mis en lumière (Autonomía Madrid, Marbella, de Torrevieja, etc.), ne se développe pas en marge des partis institutionnels.
Dans ces conditions de fausse démocratie et de d'absence de parti ouvrier, qui peut représenter nos intérêts ou utiliser en notre faveur les institutions de la bourgeoisie ? Nous, travailleurs et travailleuses, nous ne pouvons pas espérer qu’il résulte de notre vote des gouvernements municipaux ou autonomes différents de ceux que nous connaissons déjà dans toutes leurs variantes : même dans les cas où nous donnerons une majorité aux représentants des partis ouvriers-bourgeois (PSOE et PCE), les directions de ces partis se consacreront à gérer les intérêts de la bourgeoisie dans leur ensemble, en toute loyauté vis-à-vis des institutions (voir les gouvernements González et de Zapatero, le gouvernements tripartites catalans, les coalitions basques, les centaines de municipalités).
Pour autant, cela ne signifie pas que nous devions nous abstenir d'intervenir en tant que classe dans ces élections comme dans tout autre événement politique. Pour les travailleurs, un fait est la trahison permanente et systématique des dirigeants de l’unique grand parti (le PSOE) qu’ils utilisent traditionnellement pour s'exprimer sur le terrain électoral, déformé d’un point de vue de classe, trahison complétée par celle de la direction du PCE, presqu'en extinction et dissimulé dans une coalition (IU) avec des partis bourgeois ou petit-bourgeois minuscules, augmentés des minuscules organisations « de gauche » qui camouflent sa fidélité au capital. Mais un autre fait est la lutte de classes vit et ne peut s’exercer sur chaque terrain qu’en utilisant les organisations qui existent.
Depuis qu'il a été expulsé du gouvernement, le grand parti bourgeois espagnol, le PP, flanqué par la Conférence épiscopale, exerce une pression extraordinaire, presque hystérique, contre le gouvernement Zapatero. Ils ne sont pas aveugles : ils voient que la classe ouvrière est encore désorientée et n’attend rien de bon du gouvernement qui prépare de nouveaux coups, qu’elle ne trouve pas le chemin alternatif qui lui permettrait de défendre ses intérêts. La conjoncture est parfaite pour essayer de retourner la défaite du PP du 14 mars 2004. Organisées en collaboration entre la droite politique et la hiérarchie catholique, les manifestations massives à Madrid succèdent aux campagnes médiatiques frénétiques. Tout prétexte est bon, depuis les dérivations de rivières jusqu'aux négociations avec ETA, en passant par les mariages homosexuels ou le sujet de « l’éducation civique ». La réaction politique et cléricale noire milite activement, mais non pour démolir le gouvernement en raison de sa politique —qui, comme le PSOE lui-même l’affirme, n'est pas différente de celle des gouvernements bourgeois « de droite » d’autres pays— mais pour retourner au pouvoir direct, pour effacer les conséquences des manifestations contre l'intervention en Irak et contre le PP, pour infliger un coup politique complet à la classe ouvrière.
La bourgeoisie comprend bien le caractère contradictoire, ouvrier-bourgeois, du PSOE et du PCE : elle les utilise pour dévier, bloquer ou désactiver la lutte politique du prolétariat, pour gouverner quand les partis bourgeois ne peuvent pas directement le faire eux-mêmes ou seuls. Mais le capital, comme il démontre dans l'actuelle campagne, ne perd non plus jamais une occasion de les mettre en échec, parce qu’ainsi il met en échec la représentation politique, bien qu'indirecte et déformée, de la classe ouvrière de l'Etat espagnol.
Le Grupo Germinal est trop petit pour présenter des
candidatures propres. S'il le pouvait, il le ferait, en se déployant aussi sur
ce terrain déformé de la lutte de classes, dans le but d'organiser un nouveau
parti de classe qui matérialiserait fidèlement nos intérêts immédiats et
historiques, il combattrait pour mettre un terme à l'exploitation capitaliste
et tous types d'oppression, ils disputerait aux vieux partis, livrés à
l'ennemi, la confiance, la représentation et la direction du prolétariat de
tout l’Etat. Un parti dont le programme se centrerait sur la destruction de l'état de la bourgeoisie espagnole, imposerait
un gouvernement ouvrier basé sur les organisations des masses contrôlées
démocratiquement par celles-ci et ouvrirait le chemin vers le socialisme, en
cassant les frontières qui sont érigées contre le développement de l'économie
et contre les droits des peuples. Un parti qui combattrait pour la construction
des Etats-Unis Socialistes d’Europe.
S'il existait une quelconque candidature qui s’orienterait, même de manière rudimentaire, dans cette direction, nous appellerions à voter pour elle. Mais il n’y en a pas. La totalité des organisations (en capacité de présenter des candidatures) qui se sont formellement réclamées de la construction d'un parti ouvrier révolutionnaire vivent à l’intérieur de l'organisation interclassiste IU, dont les listes sont un ramassis d'organisations étrangères à la classe ouvrière (verts, nationalistes, humanistes…) qui couvrent un PCE agonisant.
Dans ces circonstances, il ne subsiste que l'option que les travailleurs ont utilisée pour les législatives du 14 mars 2004 : le vote classe contre classe pour faire face électoralement au coup politique que nous prépare la bourgeoisie. C'est-à-dire, le vote pour le parti ouvrier qui se présente dans chaque mairie ou autonomie, sans de coalition avec des créatures hybrides bourgeoises ou des bourgeois. De fait, dans de nombreux cas, il ne sera pas possible de voter puisque, comme nous l’expliquons antérieurement, le PCE renonce sur tout le territoire de l'Etat espagnol à se présenter sans coalition interclassiste et dans quelques cas, le PSOE a également composé des liste avec des organisations bourgeoises ou petites-bourgeoises qui interdiront aux travailleurs d'exprimer leur vote de classe.
En tout cas, ces élections ne sont rien de plus qu'un espace limité et très ponctuel de la lutte de classes. Le jour suivant, toutes nos revendications resteront d’actualité, tous nos problèmes à résoudre. La perte de pouvoir d'achat, l'emploi précaire ou le chômage, les droits économiques, sociaux et politiques niés aux travailleurs immigrants, le logement inaccessible, les impôts croissants pour nourrir l'Etat monarchique, l'oppression nationale contre les Basques, les Catalans, les Galiciens, les Valenciens … rien ne changera si nous ne prenons pas nous-mêmes notre sort en mains dans la lutte pour améliorer notre destin, avec nos méthodes propres et nos organisations. Nous sommes la classe sociale majoritaire et notre seul espoir réside en la construction d’un nouveau parti ouvrier révolutionnaire, faisant partie d'une internationale ouvrière révolutionnaire destinée à centraliser notre mouvement et celui des travailleurs de tous les pays, pour mobiliser l'énorme potentiel de force que nous possédons, pour en terminer avec la décadence de la civilisation et la barbarie à laquelle nous conduit le pouvoir du capital.
Valence, 21 mai 2006
Grupo Germinal en defensa del marxismo