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Grupo Germinal / Etat espagnol
Le 27 février 1989, sous le gouvernement de Carlos Andres Pérez de l’Action Démocratique[1], alors président de l’Internationale socialiste, l’annonce d’une série de mesures, dont la flexibilité des taux d'intérêt, la privatisation des entreprises publiques, l'augmentation des tarifs des services, de l’essence et des transports publics, a provoqué une révolte spontanée des masses affamées, qui dure quatre jours et se développe à Caracas et dans certaines des villes les plus importantes du pays. Les masses ont pillé et détruit tout sur leur passage. Le gouvernement de Carlos Andres Pérez a alors suspendu les garanties constitutionnelles, établi l'état de siège et chargé l'armée de réprimer la mutinerie de la faim. Après la répression sanglante (qui n'a été jamais été reconnue officiellement mais divers organismes l’ont estimée à environ trois mille morts) toutes les institutions publiques et parapubliques du pays, y compris les partis, les centrales syndicales et l'Église catholique, sont entrées dans une crise dont elles ne se sont pas remises.
Au cœur de mobilisations ouvrières et populaires croissantes, de la détérioration incontrôlable des conditions de vie de la plus grande partie de la population, Chávez, à la tête d'un groupe de jeunes officiers, a tenté en février 1992 un coup d’Etat militaire nationaliste. Celui-ci a échoué et Chávez a été emprisonné, mais son prestige a commencé à grandir au sein des couches les plus défavorisées parce qu'il se présentait comme le fléau et le futur liquidateur du vieil ordre corrompu et dégradé jusqu'à la moelle.
Finalement, en mai 1993, la bourgeoisie décida de canaliser la crise politique, accompagnée d’une forte chute des recettes pétrolières, d’une dette externe insoutenable, de la fuite des capitaux et du rejet généralisé du gouvernement, avec le jugement politique (le premier dans l'histoire moderne du Venezuela d’un président en exercice) puis l’emprisonnement de Carlos Andres Pérez, accusé de corruption. En 1994, dans une tentative de régler la crise, débuta la présidence de Rafaël Caldera, vieux dirigeant de la bourgeoisie, « auto-exclu » de son parti discrédité, le traditionnel COPEI (social-chrétien) et qui avec son propre regroupement politique, a gagné les élections soutenu par les ex-guérillas staliniennes du MAS et par le PCV. Caldera, qui n'avait pas condamné la tentative de coup d’Etat, a gracié Chávez - gagnant de cette façon une certaine popularité – et a accompli sa tâche : gouverner un pays qui s’enfonçait dans l'inflation, la crise bancaire, la dette et une misère croissante.
Sous les ordres du FMI, Caldera organisa en 1996 l’« Agenda Venezuela », un ensemble de mesures économiques incluant l'élimination du contrôle des prix et la libéralisation du marché des changes, avec l'augmentation des recettes et la réduction des frais de l'État, afin de réduire le déficit fiscal. Et surtout, il envisageait la privatisation accélérée des entreprises encore publiques. Ainsi, a débuté l’« ouverture pétrolière », avec la participation des compagnies Conoco, Total, Texaco, Shell et Mobil, entre autres, à l'exploitation du brut et du charbon. La compagnie téléphonique et la compagnie aérienne Aeropostal Venezolana furent privatisées et vendues à bas prix.
Les effets de l'« Agenda Venezuela » ont été immédiats : le chômage a augmenté, l'inflation a dépassé 100 %, le prix de l'électricité a progressé de 70 % en six mois, celui de l'essence a été multiplié par 5. La faim s’est généralisée pour l'immense majorité de la population : les données elles-mêmes de l'État ont constaté une diminution de 40 % de la consommation de nourriture.
L’« ouragan Chávez », une victoire avec 56,2 % des voix aux élections présidentielles, le plus grand pourcentage obtenu par un candidat démocratique au Venezuela, est avant tout le produit direct de ces dix années de paupérisation généralisée de la classe ouvrière, des paysans et des classes moyennes urbaines, de la crise politique et du discrédit irrémédiable des deux vieux partis bourgeois (AD et COPEI)[2], de la rupture des Forces armées. C’en est fini du vieux Venezuela « saoudien », clientéliste, qui se nourrissait des revenus fabuleux d'un marché pétrolier à prix élevés. Et avec lui, a pris fin le régime du Pacte de « Punto Fijo»[3], le système politique de domination bourgeoise qui a bénéficié du soutien du PCV, et de son rejeton, le MAS[4], et de la collaboration étroite de la bureaucratie syndicale « Adeca »[5] de la CTV. En l'absence d'un parti qui organise la classe ouvrière, la dote d'une politique indépendante de celle de la bourgeoisie et postule au pouvoir, la rage sociale, toujours au bord de l’explosion, s’enthousiasma pour le discours aux couleurs anti-impérialistes de Chávez, qui promettait d’en finir avec toute la caste de politiciens corrompus, qui promettait le non-paiement de la dette extérieure, la révision des privatisations, la protection et le développement de l'industrie nationale, la création d'emplois et des augmentations salariales, le partage de terres. N'oublions pas que le MAS et le PCV ont donné leur approbation « de gauche » à Chávez [6], allant jusqu'à faire partie de la coalition « Pôle Patriotique », avec laquelle il a gagné les élections en 1998.
Chávez est un dirigeant irritant pour la bourgeoisie vénézuélienne. Il est métis, peu fin, inculte, militaire. Il parle maintes et maintes fois de s’en prendre à l'impérialisme, évoque de grands projets pour changer le destin de la population la plus misérable. Sa vocation bonapartiste - grâce à laquelle l'État bourgeois vénézuélien s’est réorganisé après l'angoisse des années 1990 - enterre les vieux mécanismes de direction et de contrôle de l'appareil de l'État : la caste politique caduque devient inutile et cette dernière perd ses privilèges personnels et économiques, après des décennies de liens étroits avec la manne pétrolière. La nouvelle caste de politiciens et de gestionnaires à caractère militaire qui la remplace doit « manoeuvrer avec le prolétariat » pour rester au pouvoir, laisser les masses défiler dans les réunions de la « démocratie participative » et dans les rues, rechercher le soutien des miséreux des bidonvilles quand le besoin se fait sentir, en leur faisant quelques concessions. C'est un jeu très dangereux. Il est possible que la bourgeoisie pense que le remède est pire que la maladie.
Dans les pays arriérés sur le plan du développement
industriel, le capital étranger joue un rôle décisif. D’où la relative
faiblesse de la bourgeoisie nationale par rapport au prolétariat national. Cela
crée pour le pouvoir d’Etat des conditions particulières. Le gouvernement
oscille entre le capital étranger et le capital indigène, entre la faible
bourgeoisie nationale et le prolétariat relativement fort. Ceci donne au
gouvernement un caractère bonapartiste nettement marqué. Il s'élève, pour ainsi
dire, au-dessus des classes. En réalité, il ne peut gouverner que soit en se
faisant l’instrument du capitalisme étranger et tenant le prolétariat dans les
chaînes d'une dictature policière, soit en manoeuvrant avec le prolétariat et
en allant jusqu’à lui faire des concessions, obtenant ainsi la possibilité
d'une liberté relative vis-à-vis des capitalistes étrangers. (L Trotsky, Industrie nationalisée et
administration ouvrière, 12 mai 1939, Œuvres t. 21, ILT, 1986, p. 77)
L'administration Bush a, dès le début, fait de Chávez une de ses cibles prioritaires. En 1974 et 1975, Carlos Andres Pérez (AD), celui-là même qui fut responsable de la boucherie du « caracazo » en 1994, nationalisa les industries du fer et du pétrole. Mais les multinationales américaines. ont conservé le contrôle des ressources à travers l’état-major de la PDVSA et de la haute administration, corrompus jusqu’à l’os. Par conséquent, la nationalisation par Pérez n’avait pas déchaîné l’Etat américain alors que le gouvernement yankee a multiplié les efforts de renversement de Chávez : tentatives de coup État, grèves patronales générales de deux mois, sabotages pétroliers, pression nationale et internationale, pression militaire depuis la Colombie, menace d'embargo international. L'arsenal des instruments de l'impérialisme est grand et varié.
Un examen des réformes véritablement exécutées par le chavisme nous permet de saisir les bases de la ferveur populaire qu'il suscite : il a doublé le budget de la santé, en créant un grand réseau d'assistance sanitaire primaire avec le programme Misión Barrio Adentro, à destination de la population exclue jusqu'à présent, auquel il a incorporé quelques 10 000 médecins cubains et 30 vénézuéliens[7]. Il a aussi augmenté de 100 % le budget de l'éducation, avec des programmes massifs d'alphabétisation pour adultes (Plan Robinson), l’instauration de la gratuité et l’ouverture de nouvelles écoles primaires, la mise en œuvre de programmes nutritionnels scolaires, la distribution de bourses étudiantes, etc.
D'autre part, depuis 2003, Chávez a établi le contrôle des prix pour 151 produits de base du panier familial et a créé un réseau de distribution publique (Mission Mercal) de ces produits à de faibles prix, pour la fraction la plus pauvre de la population[8], il a multiplié la construction de logements Chávez ts sociaux, d'infrastructures sociales, il a créé la Banque du Peuple, la Banque de la Femme, accordé des crédits aux petits entrepreneurs. Il mène toute une politique de stimulation et de protection des coopératives, dans le but de favoriser la libre entreprise et la production nationale.
Quant aux réformes institutionnelles, sa Constitution « bolivarienne » (qui comporte apparemment beaucoup de similitudes avec celle de la 5e République française, clairement présidentialiste) a obtenu l'approbation[9] de tous types d'experts en constitutionnalisme bourgeois. De fait, y compris les commentateurs chavistes soulignent seulement d'elle, outre le verbiage sur les droits et la démocratie participative, etc., l’affirmation selon laquelle le Pétrole du Venezuela SA (PDVSA) est propriété absolue de l'État. Toutefois, ceci est nuancé par la possibilité de créer des filiales avec un capital mixte et la réalisation d’associations stratégiques.
La question agraire mérite un développement spécifique. Au Venezuela, il n'y a jamais eu de réforme agraire authentique. Les guerres d’indépendance de Bolivar se sont basées, comme dans toute l’Amérique latine (à l’exception, paraît-il, du cas de l'Uruguay avec Artigas), sur l'oligarchie des propriétaires fonciers et sur une structure de propriété inchangée. Les propriétés agraires des royalistes sont simplement passées des mains de Monsieur le Duc de quelque chose à Monsieur le Général untel, en paiement pour services rendus[10]. En 1960, une loi de « Réforme Agraire » a été promulguée et l'Institut Agricole National, organisme chargé de l'exécuter, a été créé. En réalité, la supposée réforme a consisté en une régularisation très lente des titres de propriété des terres, qui en grande partie, n'étaient pas inscrites au cadastre, ni passées par un notaire, tout en maintenant de nombreuses formes d'occupation irrégulière de terres publiques (provenant en grande partie de la déforestation illégale). Dans ces derniers cas, ce processus de « règlement de la location », a donné des titres d'usufruit mais non de propriété qui continue à être publique. Le bénéficiaire ne peut pas la vendre et peut transférer ses droits seulement après autorisation. L'ensemble des terres publiques représente aujourd'hui plus de 50 % de la superficie agricole totale.
Après quarante années d'application de cette « réforme agraire », un rapport publié par la Banque Mondiale en 1998, intitulé La Longue Marche, affirmait que le Venezuela est le deuxième pays au monde en termes de concentration de terres. Si nous nous référons au recensement agricole de 1999, 5 % des propriétaires monopolisent 75 % de la terre, tandis que 75 % des paysans en possèdent seulement 6 %.
D'autre part, actuellement, le Venezuela détient le pourcentage le plus faible de toute l’Amérique latine après l'Uruguay, en termes de population se consacrant à des tâches agricoles. Dans un pays industrialisé, ce serait la conséquence de l'industrialisation des campagnes et de sa grande productivité, mais au Venezuela, c’est l’exact opposé. Environ 10 % de population parvient à peine à produire 30 % des nécessités alimentaires du pays. La productivité, tant pour la culture que pour l’élevage, est au plus bas et les études montrent qu'elle a diminué dans la décennie 1990, étant donné l'absence d'investissements et l'absentéisme des grands propriétaires terriens. Par conséquent, les produits de consommation populaire de base comme le maïs, le sucre, les caraotas (une espèce de haricots), les fruits et légumes, parfaitement productibles par le pays, doivent être importés.
Le dépérissement de l'agriculture ne date pas d’hier. Avant la découverte du pétrole au début du 20e siècle, les monocultures du café et du cacao avaient déjà détruit la production traditionnelle, mais le boom pétrolier a provoqué un exode incontrôlable des campagnes vers la ville, où les paysans - bien que venant gonfler les volumineux bidonvilles – avaient plus de perspective qu’à la campagne.
Telle est la situation au début du gouvernement de Chávez. Son programme s'est concrétisé dans la « Loi des terres et de développement agricole », de décembre 2001, loi qui a causé une hystérie démesurée dans l’opposition bourgeoise et apparemment déchaîné le processus du coup d’Etat d'avril 2002. Jusqu'à présent, l'application de cette loi a servi à poursuivre le processus de « régularisation de la propriété » et, peut-être, mais il n'est pas possible de le savoir à cause de la propagande auto-publicitaire du chavisme, pour livrer de nouvelles terres toujours publiques à quelque milliers de paysans[11]. En tout cas, cela a eu tellement peu d'importance au niveau national que le 29 août 2004, Hugo Chávez annonce dans son discours hebdomadaire radiodiffusé et télévisé :
Il est temps de démocratiser la terre au Venezuela, il est temps, c’est le moment, la terre pour les paysans, je veux voir des résultats et rapidement, la terre pour ceux qui travaillent, la terre pour le peuple, pour travailler... pour produire.
Démagogie typique du personnage, qui finira en disant peu après :
Nous ne sommes pas ennemis des grands propriétaires terriens, nous n’allons pas les brûler, ni envahir les propriétés. (Reuters, 29 août 2004).
En réalité, la « terre pour le peuple » que préconise cette loi consiste à définir comme grandes propriétés celles de plus de 5 000 hectares. Le propriétaire qui n'exploite pas ces terres pour la production d'aliments peut être sanctionné d’une amende, dont le montant variera selon le nombre d'hectares improductifs. Si, par la suite, le propriétaire continuait de ne pas cultiver la terre, le gouvernement procèderait à l'expropriation du terrain et payerait pour cela une indemnisation au grand propriétaire. De fait, cette seconde phase ne verra pas le jour, puisque le gouvernement vient d'annoncer « un nouvel impôt qui sera payé à partir de janvier 2006 par les propriétaires de terres superflues et improductives du pays » (El Universal, Caracas, 9 décembre 2004).
Depuis toujours, les centrales syndicales, plus particulièrement la CTV majoritaire, sont une des bêtes noires du Bonaparte vénézuélien. Cette centrale bureaucratisée et très étatisée est dirigée depuis quatre décennies par un appareil extrêmement corrompu et politiquement lié à l’Action Démocratique. Chávez a été très clair dès le début pour que cesse cette situation et pour empêcher l'utilisation des organisations de la classe ouvrière par ses propres ennemis politiques, mais aussi et ce n’est pas le moins important, il a clairement signifié l’importance d'empêcher tout type d'organisation ouvrière de classe qui pourrait se doter d’une politique indépendante[12].
Entre la seconde moitié de 1999 et début 2000, il a essayé à trois reprises de faire approuver par l'Assemblée Nationale Constitutive un décret d'« Urgence Syndicale » qui vise à dissoudre les quatre centrales syndicales, à saisir leur patrimoine, à décréter l'unification et établir le mécanisme de l’« élection démocratique » de la direction de l'organisme résultant de l’unification[13]. Cette voie ayant échoué, à cause de fortes résistances, non seulement des appareils syndicaux, mais aussi d'importants secteurs de la classe ouvrière organisée, dont la base même du MAS, Chávez s'est décidé à plébisciter par référendum populaire, le 3 décembre 2000[14], l'intervention étatique totale dans les organisations syndicales. L'abstention a été tellement énorme, 76.57 %, que les chavistyes ont été considérés comme mis en échec. Mais la défaite était seulement partielle. Bien que, pour l'instant, on ne soit pas parvenu à dissoudre les centrales ouvrières ni à établir le syndicat unique comme un organisme supplémentaire de l'État de la « démocratie participative », la Constitution bolivarienne a établi le principe d'intervention étatique dans le mouvement ouvrier et a décrété, entre autres, que la décision pour toutes les organisations syndicales d’organiser les élections internes appartient au Conseil National Électoral.
En acceptant ce cadre, la bureaucratie de la CTV a contre-attaqué et est sortie très renforcée dans les élections pour la rénovation de son exécutif fédéral en 2001 : la liste de la coalition AD+COPEI du futur dirigeant du coup d’Etat, Carlos Ortega a atteint 57,41 % des votes, tandis que celle soutenue par Chávez est restée sur un misérable 15,41 %. Finalement, il convient d'ajouter qu'en avril 2003 s’est constitué l'UNT, nouvelle centrale syndicale fidèle « à la révolution bolivarienne », créée à partir de la FBT (Force Bolivarienne des Travailleurs), l'organisation fondée par Chávez ayant pour objectif de détruire la CVT.
Le gouvernement « bolivarien » a été
conservateur sur le terrain économique. Indépendamment de ses bavardages, il
est resté ponctuel comme personne pour ses paiements de la dette extérieure. A
aucun moment il n’a remis en question les privatisations des gouvernements
précédents et il a continué la politique d'introduction des multinationales
mondiales du pétrole, fondamentalement
dans la prospection et l'exploitation du gaz. Il n'a promulgué aucune loi en
rupture avec la propriété privée et, en dépit de l'hystérie de la bourgeoisie de Caracas, il n'a touché
dans aucun secteur, aucun intérêt d'importance pour le capital local ou
international.
Ses politiques sociales se sont fiscalement fondées sur l’assainissement des comptes, incluant l’exclusion des manageurs de la PDVSA, dans le cadre des accroissements exceptionnels des prix du pétrole à la suite de la guerre et de l'occupation impérialiste de l'Irak. De fait, les recettes publiques issues du pétrole, qui étaient tombées de 70 % du total du budget en 1976 à 20 % en 1989, sont remontées à 50 % des recettes fiscales en 2004[15].
D'autre part, en janvier 2003, confronté à la grève patronale et à la fuite massive de capitaux, le gouvernement a rétabli le contrôle public du taux de change fixe. Et, comme presque tous ses prédécesseurs, il a utilisé, pour couvrir les déficits publics, la dévaluation de la monnaie par rapport au dollar[16], ce qui a conduit à une augmentation des recettes du pétrole en bolivars, ce qui a servi à couvrir momentanément les déficits creusés par sa politique budgétaire ultra expansionniste[17]. En contrepartie, il a clairement provoqué une inflation intérieure : hausse immédiate des prix en bolivars des produits importés, mais aussi des prix nationaux en réponse à la croissance de la masse monétaire, bref un keynésianisme des plus traditionnels.
Par conséquent, l’année 2004 s’est achevée avec un taux d'inflation de 20 %, avec un taux de chômage de 15.5 % (auquel il faut ajouter le travail au noir des « emplois informels ») et une diminution de 6.5 % du salaire réel industriel[18]. C’est, pour la classe ouvrière, beaucoup plus significatif que l'accroissement exubérant de 18 % du PIB qu’avancent les spécialistes, puisqu'il est le produit de l'escalade des prix internationaux des hydrocarbures, malgré la diminution vertigineuse de 23 % de la production de biens non pétroliers en 2002 et 2003.
Rien de ce que nous avons présenté jusqu'à présent ne sort des limites les plus respectueuses de l'ordre économique capitaliste, comme les politiques qui, dans tel ou tel pays - y compris le Venezuela lui-même - à un quelconque moment, ont été appliquées par un gouvernement bourgeois.
Toutefois, dans le contexte international actuel d'offensive impérialiste, le chavisme a subi les attaques permanentes des gouvernements des Etats-Unis dans tous les domaines et par presque tous les moyens. Dès sa première intronisation comme secrétaire d'État, Condoleeza Rice a affirmé que le président vénézuélien « exerce une influence déstabilisatrice en Amérique latine ». Il y a quelques jours, cette déclaration a été complétée par l'annonce du conseiller en affaires politiques, Marc Groosman, qui a qualifié Chávez d’élément « négatif et déstabilisateur » et a affirmé que Washington suivra de près le supposé achat d'armes à la Russie par le gouvernement vénézuélien. De manière encore plus explicite, Porter Goss, le nouveau directeur de la CIA, a indiqué que, cette année, le Venezuela intégrera sûrement la liste des possibles « sources de conflits » pour le gouvernement réélu de Bush[19].
Le crime de Chávez est d'essayer de recomposer un État bourgeois « viable » dans son pays, quand les vieux modes de domination sont indéfendables. En agissant pour la stabilité du mode de production capitaliste au Venezuela, il a été obligé de se situer au-dessus de la bourgeoisie locale, qui est liée au pillage impérialiste des ressources du pays. Dans ce cadre, il doit présenter, s'il veut être maintenu, une certaine résistance à l'impérialisme. La grande entreprise pétrolière PDVSA, fournisseur de 15 % des besoins pétroliers des Etats-Unis, est encore propriété de l'État[20], Cuba est déclaré pays ami, des alliances sont cherchées avec l’Iran décrété comme membre de « l’axe du mal » par Bush...
Toutefois, pour atteindre son objectif et maintenir sa position, Chávez a eu besoin dès le début d'être soutenu - en les mobilisant de manière contrôlée - par les masses appauvries de son pays. C’est la vieille histoire du nationalisme bourgeois, populiste. La « démocratie participative bolivarienne », avec ses « cercles »[21] et ses « assemblées populaires », la création de sa propre centrale syndicale UNT, sont la réponse à la nécessité d’endiguer les forces de la classe ouvrière et les secteurs populaires appauvris autour de son projet de 'cohésion nationale'. L'apprenti sorcier ne peut pas se risquer à les laisser se déchaîner. Du plus profond des villes, la misère a créé une popularité extraordinaire pour Chávez, qui entretient ces organismes parapublics, mais cela ne les transforme pas pour autant. Depuis le Palais de Miraflores, il ne naît aucun embryon de double de pouvoir ou de futur État « socialiste ».
Les faits sont simples et têtus : il n'existe aucun type de contrôle ouvrier de la production pétrolière (25 % de la production du pays) ou du système financier, de l'électricité ou des télécommunications, majoritairement détenus par des capitaux étrangers. Quand la classe ouvrière prend l'initiative et occupe - comme en Argentine - des usines en faillite abandonnées par leur propriétaire, la « révolution bolivarienne » refuse de les exproprier malgré les suppliques d’Alan Woods[22].
Dans les campagnes, comme au Brésil, se succèdent les meurtres de militants syndicaux qui dirigent les occupations de propriétés ; pourtant le gouvernement « révolutionnaire » se contente de menacer vaguement quelques grandes propriétés improductives illégalement établies sur des terres publiques...
La question des questions pour le futur du Venezuela est précisément celle-ci. Dans la décennie entre le « caracazo » et l' « irrésistible ascension » de Chávez, le mouvement ouvrier du Venezuela cherche lentement à se recomposer.
Il existe des preuves du bouillonnement des masses. Trois mois après l'écrasement des jeunes affamés de Caracas, le 18 mai 1989, la CTV a convoqué sa première grève générale après 31 années. Des manifestations et des grèves se succèdent et se transforment en confrontations de rue avec la police. Selon les statistiques du Ministère de l'Intérieur, uniquement entre 1989 et 1991 il y a eu plus de 5 000 actions de masses. Dans le dernier trimestre de 1991, on a enregistré 400 mobilisations et soulèvements, dont 40 % se terminèrent en affrontements avec les forces répressives. C’est dans cette atmosphère que Chávez, le 4 février 1992, tenta son premier coup d’Etat.
C'est le moment où dans de nombreux syndicats apparaissent des listes et des courants organisés se présentent contre l’emprise de la bureaucratie sur la CTV, identifiée politiquement avec le parti bourgeois AD. Et certaines de d'elles - très souvent liées au MAS - prennent la direction des structures syndicales d'importantes entreprises sidérurgiques, pétrochimiques, téléphoniques et textiles.
Toutefois, ce processus est resté contenu à partir de 1998, puisque tous les importants courants politiques au sein de la classe ouvrière vénézuélienne se sont mis à soutenir Chávez et à renoncer totalement à toute velléité d'organisation de classe indépendante du nationalisme bourgeois, du militaire populiste qu’est Chávez. Et ils sont consacrés, corps et âme, à dévier vers le « bolivarisme » la tendance spontanée du prolétariat à s’organiser comme tel.
Que la « révolution bolivarienne » ait limité pour le moment l'action indépendante de la classe ouvrière ne signifie pas que celle-ci soit paralysée. Le bonapartisme ne liquide pas la lutte de classes (bien qu'il rêve de le faire). La tentative de coup d'État d'avril 2002 et la grève patronale de décembre 2002-janvier 2003, les grands relances de l'impérialisme yanqui et de la bourgeoisie dirigée par Gustavo Cisneros[23] et le dirigeant « adeco » de la CTV Carlos Ortega, ont seulement pu être mis en échec grâce à l’immense et spontanée mobilisation des masses qui utilisaient ses moyens propres sur leur propre terrain. En entourant le palais présidentiel et les casernes, en occupant les industries pour faire les fonctionner, en prenant le contrôle de la production pétrolière, le prolétariat a fait avorter les tentatives successives de coups d’Etat... pour être renvoyé immédiatement à la maison par Chávez. Celui-ci, après chaque victoire des masses, sans même arrêter les militaires impliqués, a fait de nouvelles concessions à ses adversaires mis en échec : convocation d’un referendum révocatoire en août 2004, bien que les promoteurs n'aient pas atteint le nombre de signatures nécessaires ; remplacement d'anciens gestionnaires de PDVSA, extension de contrats avec les multinationales pétrolières américaines...
A cette obstruction de l'action et l'organisation indépendante de la classe ouvrière, prennent aussi part, chacune avec ses particularités et ses réserves, les organisations qui se réclament frauduleusement du trotskysme, comme le « SU de la 4e Internationale », la « Tendance Marxiste Internationale » (Socialist Action, El Militante, La Riposte, Funke..) et les courants morénistes. Ils partagent une adaptation « critique » à cette nouvelle version du nationalisme bourgeois latino-américain, nourrissant les plus grands espoirs dans l’ex-commandant de parachutistes dont ils pensent qu’il peut se substituer au prolétariat:
dans la lutte pour la liquidation de la bureaucratie réactionnaire dans les syndicats. Quand, en réalité, il a prétendu les dissoudre, exproprier leur patrimoine et créer un syndicat unique dépendant de l'État. Et il a échoué partiellement dans son projet, ce qui a conduit à créer une nouvelle centrale syndicale avec un appareil fidèle « bolivarien », à instaurer un contrôle violent de l'État bourgeois sur la vie interne des syndicats et, par conséquent, à fortifier la bureaucratie « adeca » de la CTV, qui continue d’être le syndicat majoritaire.
en organisant, depuis le Palais de Miraflores, des « soviets bolivariens »... non pour prendre le pouvoir, mais pour canaliser les problèmes de la Communauté « à travers l'organisme compétent » (voir note 18).
en considérant inutiles les milices ouvrières et l'armement du prolétariat, avec son projet de « civilisation révolutionnaire » de l'armée. Alors qu’en fait Chávez n’a que multiplié l'intervention sociale directe de l'appareil militaire, et a créé une caste supplémentaire de « gestionnaires » militaires dans l'administration de l'État et des entreprises publiques, a consolidé en définitive l'armée bourgeoise, instrument central pour le maintien de la domination du capital.
dans l'organisation de la santé, de l'enseignement, un système de protection sociale qui donne une couverture à la totalité des travailleurs et des masses pauvres. Alors que les améliorations mises en place, limitées, n’ont été possibles que grâce à une conjoncture exceptionnellement propice des prix internationaux des hydrocarbures et que son maintien dépend dans une grande partie de « volontaires » ou de « boursiers » ou encore des salaires de misère des médecins cubains, qu’on oblige à vivre logés dans des familles volontaires dans les bidons villes.
dans la défense du Venezuela, de sa souveraineté et de ses recours contre la spoliation et les attaques de l'impérialisme. Quand la résistance réelle de Chávez est à chaque fois plus limitée et ses concessions plus grandes, malgré la grande disponibilité des masses à le soutenir dans toute résistance à l’impérialisme.
En résumé, ils font croire que Chávez se substitue au prolétariat dans le combat pour l'amélioration de ses propres conditions de vie et de celles du reste des classes travailleuses dans la lutte contre la faim et pour la terre, qu'il organisera le socialisme au Venezuela, dès qu'il prêtera attention à ses conseillers « trotskystes » et qu’il sera un peu plus pressé par les masses.
Rien n’est plus criminel et sans issue que ces faux espoirs qui bouchent le chemin à la constitution de la classe ouvrière en classe indépendante, condition préalable pour défendre ses propres intérêts, pour se placer à la tête de la lutte émancipatrice de tout le « peuple pauvre » contre l'impérialisme, pour remettre en cause le pouvoir de la bourgeoisie. Et pour relier les luttes de tous les prolétaires, avec lesquels il partage l'exploitation et, historiquement, le destin.
C'est pourquoi, la première tâche que doivent proposer les révolutionnaires à la classe ouvrière vénézuélienne est de rompre tous les liens de dépendance, collaboration ou subordination de ses organisations existantes avec l'État (et son armée) et la bourgeoisie, y compris avec les partis bourgeois traditionnels comme avec les organisations politiques chavistes. Ensuite, de créer de nouvelles organisations de masses de caractère authentiquement soviétiques, qui auto-organisent les couches les plus profondes des masses et leur permettent d'agir avec leurs propres méthodes et de fixer leurs propres objectifs.
C’est seulement ainsi qu’il sera possible de combattre avec succès pour l’emploi et l'amélioration des conditions de travail, la défense et l'amélioration du pouvoir d'achat des salariés, l'amélioration des conditions de vie, de logement, de santé ou d'éducation. C’est seulement ainsi que la clase ouvrière pourra postuler comme classe politique dominante, seule capable de résoudre et de défendre jusqu'à ses dernières conséquences le drapeau de l'émancipation nationale et de la réforme agricole, avec l'expropriation immédiate de toutes les grandes propriétés, productives ou non, sur le sol public ou privé, pour les remettre aux ouvriers agricoles et aux paysans pauvres.
La constitution de prolétariat vénézuélien comme classe consciente est inséparable de la construction d’un parti ouvrier révolutionnaire, une section d'une internationale ouvrière révolutionnaire, capable d'établir la stratégie et les tactiques qui permettent finalement la prise du pouvoir politique, l'expropriation de la bourgeoisie nationale et du capital impérialiste, la destruction de l'État bourgeois, l'établissement d'une République Ouvrière qui combat pour la révolution prolétarienne mondiale.
Le 16 mars 2005
[1].
Action Démocratique, parti bourgeois nationaliste créé en 1941. C'est le vieux
parti de Rómulo Betancourt. Son parcours historique dans la gestion de l'État
vénézuélien a débuté par un triennat entre le 18 octobre 1945 et le 24 novembre
1948. Invité au pouvoir par un corps de jeunes officiels de l'UPM qui a réussi
un coup d'Etat traditionnel, l’Action Démocratique a obtenu pour son chef
Rómulo Betancourt la présidence de la Junte Révolutionnaire de Gouvernement.
Dans ce processus, une Assemblée Nationale Constitutive fut élue et une
nouvelle Constitution approuvée. « Le Triennat Adeco » a incorporé
l'enthousiasme des grandes masses avec une politique fiscale qui grevait 50%
des bénéfices des entreprises pétrolières et qui a permis le développement de
projets d’oeuvres publiques et sociales. D'autre part, ce fut le début de
l'identification de l’AD avec la direction de la plus grande centrale syndicale
du pays, la CTV, entre les mains du Parti Communiste du Venezuela.
2 Les résultats électoraux de ces partis ont
connu l’évolution suivante : Présidentielles de 1988 : AD,
52,9 % ; COPEI 40,3 % ; abstention, 18,8 %.
Présidentielles après le « caracazo » : AD, 23,6 % ; COPEI,
22,73% ; abstention, 39,84 %. Présidentielles de 1998 gagnées par
Chavez : AD, 9,05 % ; COPEI, 2,15 % ; abstention,
35,55 %.
3 Pendant quatre décennies, Acción Democrática
et le COPEI ont alterné aux postes gouvernementaux, conformément au “Pacte de
Punto Fijo”, conclu sous la tutelle de l’impérialisme nord-américain après la
chute de la dictature de Pérez Jiménez, en 1958.
4 Récemment, ces deux partis partis ouvriers-bourgeois ont obtenu
des résultats de l’ordre de 1 % des voix pour le PCV, et 9 % pour le
MAS.
5 “adeca”
signifie appartenir à l’Action Démocratique
6 Elles ne sont pas les seules. La section
sympathisante de la LIT-CI moréniste, le PST qui publie La Chispa, participent
également à la coalition pro-Chávez. Nous pensons pouvoir également y ajouter
(même si nous en ignorons la forme) que les groupes liés au SU et El Militante
de Ted Grant y Alan Woods en font partie, compte tenu de l’enthousiasme dont
ils font preuve en tant que conseillers de gauche du président.
7 Les médecins cubains ont été envoyés par La
Havane à la suite d’un accord conclu en octobre 2000, comme partie du règlement
des 53 000 barils quotidiens reçus du Venezuela (Synthèse du Plan Barrio Adentro, août 2003, Défense du Peuple du
Venezuela).
8 Sur le site web du Ministère de la
Production et du Commerce, sous la rubrique « Prensa MPC/ Nancy Carrero/
12-11-04 », Chávez affirme qu’à l’heure actuelle il existe 30 supermarchés
dans tout le pays, 208 marchés de type I, 703 marchés de type II, 10 440
petits marchés et boutiques de quartier, environ 2 600 « maisons
d’alimentation » qui fournissent de la nourriture à 260 000
personnes, en particulier aux enfants de la rue, aux vieillards et aux femmes
enceintes.
9 Curiosité: l’Assemblée Nationale
Constituante a commandé au Centre d’Etudes Politiques et Sociales de Valence
(Espagne), composé de spécialistes en droit issus de diverses universités
espagnoles, une expertise juridique du projet de nouvelle constitution, juste
avant son approbation définitive. Ces juristes bourgeois l’ont trouvé très
bien.
[1]0
Ce n’est pas tout. L’esclavage n’a pas été aboli. Bolívar a proclamé la liberté
des esclaves (il a libéré ceux de sa propriété personnelle), mais il est clair
qu’ils ont continué à travailler dans les propriétés juste après 1850, quand le
Parlement a voté la loi abolissant définitivement l’esclavage, avec
indemnisation aux propriétaires.
[1]1
Selon l’INTI, l’organisme en charge, environ 100 000 familles ont reçu des
titres de propriété des terres au cours ces trois années d’application.
[1]2
Le 24 juin 1998, six mois avant d’être élu, dans un entretien publié par Agusti
Blanco dans le livre Habla el Comandante,
Chávez déclarait : « Si nous ne
parvenons pas au gouvernement, si nous ne parvenons pas à transformer la
structure et le rapport de forces au Congrès, dans le pouvoir juridique et dans
les facteurs réels, par exemple la CTV qu’il faut démolir, nous n’aurons rien
accompli ».
[1]3
Ce qui, comme au Portugal en 1974-75, fut très bien accepté par les directions
gauchistes.
[1]4
La première version de la question fut établie par un Accord le 10 octobre
2000, à l’Assemblée Nationale : « Etes-vous d’accord avec la
convocation et l’élection d’une Assemblée constituante des Travailleurs,
l’établissement d’un statut électoral spécial, avant consultation et audition
des divers mouvements organisés de travailleurs, pour refonder le mouvement
syndical vénézuelien, dans le cadre de l’article 95 de la Constitution de la
Republique bolivariene du Venezuela? ». Après une authentique bataille
politique et judiciaire, il est demandé à l’ensemble des « citoyens »
vénézuelien : « Etes-vous
d’accord avec la rénovation de la direction syndicale, dans un délai de 180
jours, et l’établissement d’un statut électoral conforme aux principes de
l’alternance, du suffrage universel direct et secret, comme le stipule
l’article 95 de la Constitution et qui suspendent de leurs attributions les
directions des centrales, fédérations et confédérations syndicales du
pays ? »
[1]5 http://www.bancomundial.org.ve
[1]6 Taux de change pour 1
$: en 1999, 607 bolívars ; en
2003 : 1 600 bolívars ; en mars 2005 : 2 150 bolívars
[1]7 2004 a connu une
augmentation nominale des dépenses publiques de l’ordre de 60 % en bolivars
courants, avec une réduction de la TVA de 1 % et la suppression de l’impôt
sur les activités commerciales.
[1]8 Panorama du travail 2004
(OIT): « [En 2004] le salaire réel
industriel a augmenté en Argentine (8,6 %), au Brésil (9,1 %), au
Chili (2,1 %), en Colombie (1,2 %), en Equateur (7,2 %), et au
Mexique (2,3 %), alors qu’il s’est contracté au Paraguay (-2,5 %), en
Uruguay (-1,4 %) et au Venezuela (-6,5 %) »
[1]9 La liste est complétée par
la Colombie, Haïtí, Cuba et le Mexique. (Agencia EFE, 25 février 2005)
20 En 1998, Luis Giusti, alors
président de PDVSA, luttait avec force pour privatiser l’entreprise. Il est
aujourd’hui conseiller du président
George W. Bush en matière énergétique.
21 « Cercles Bolivariens: Création. Le Président Hugo Chávez a
officiellement créé les Cercles Bolivariens le 11 juin 2001. (...) Concept. Les
Cercles Bolivariens sont des groupes organisés, constitués par le peuple de 7 à
11 personnes qui se réunissent pour discuter des problèmes de leur communauté
et les adresser à l’organisme compétent, pour dégager la solution adaptée,
s’appuyant sur la Constitution nationale de la République bolivarienne du
Venezuela. (...) Le dirigeant suprême des Cercles Bolivariens sera le président
de la République bolivarienne du Venezuela. Le siège national et international
où se trouveront les registres des Cercles Bolivariens sera le Palais de
Miraflores. » (http://www.circulosbolivarianos.org)
22 Bien qu’il nous explique
sans rire qu’ en réalité, « l’Etat du Venezuela n’et pas contrôlé par
la bourgeoisie ». (Allan Woods, « Los marxistas y la revolución
venezuelana », .El Militante, 10
mai 2004).
23 Cf. El Charcote, entre les
mains du producteur-éleveur britannique Vestey Group, et de Hato Piñero, Borges
y Sanz, en mars 2005.
24 Le bénéficiaire célèbre du pelotazo de
Galerias Preciados, avec le gouvernement de F González
[1]Action Démocratique, parti bourgeois nationaliste créé en 1941. C'est le vieux parti de Rómulo Betancourt. Son parcours historique dans la gestion de l'État vénézuélien a débuté par un triennat entre le 18 octobre 1945 et le 24 novembre 1948. Invité au pouvoir par un corps de jeunes officiels de l'UPM qui a réussi un coup d'Etat traditionnel, l’Action Démocratique a obtenu pour son chef Rómulo Betancourt la présidence de la Junte Révolutionnaire de Gouvernement. Dans ce processus, une Assemblée Nationale Constitutive fut élue et une nouvelle Constitution approuvée. « Le Triennat Adeco » a incorporé l'enthousiasme des grandes masses avec une politique fiscale qui grevait 50% des bénéfices des entreprises pétrolières et qui a permis le développement de projets d’oeuvres publiques et sociales. D'autre part, ce fut le début de l'identification de l’AD avec la direction de la plus grande centrale syndicale du pays, la CTV, entre les mains du Parti Communiste du Venezuela.
[2] Les résultats électoraux de ces partis ont connu l’évolution suivante : Présidentielles de 1988 : AD, 52,9 % ; COPEI 40,3 % ; abstention, 18,8 %. Présidentielles après le « caracazo » : AD, 23,6 % ; COPEI, 22,73% ; abstention, 39,84 %. Présidentielles de 1998 gagnées par Chavez : AD, 9,05 % ; COPEI, 2,15 % ; abstention, 35,55 %.
[3] Pendant quatre décennies, Acción Democrática et le COPEI ont alterné aux postes gouvernementaux, conformément au “Pacte de Punto Fijo”, conclu sous la tutelle de l’impérialisme nord-américain après la chute de la dictature de Pérez Jiménez, en 1958.
[4] Récemment, ces deux partis partis ouvriers-bourgeois ont obtenu des résultats de l’ordre de 1 % des voix pour le PCV, et 9 % pour le MAS.
[5] “adeca” signifie appartenir à l’Action Démocratique
[6] Elles ne sont pas les seules. La section sympathisante de la LIT-CI moréniste, le PST qui publie La Chispa, participent également à la coalition pro-Chávez. Nous pensons pouvoir également y ajouter (même si nous en ignorons la forme) que les groupes liés au SU et El Militante de Ted Grant y Alan Woods en font partie, compte tenu de l’enthousiasme dont ils font preuve en tant que conseillers de gauche du président.
[7] Les médecins cubains ont été envoyés par La Havane à la suite d’un accord conclu en octobre 2000, comme partie du règlement des 53 000 barils quotidiens reçus du Venezuela (Synthèse du Plan Barrio Adentro, août 2003, Défense du Peuple du Venezuela).
[8] Sur le site web du Ministère de la Production et du Commerce, sous la rubrique « Prensa MPC/ Nancy Carrero/ 12-11-04 », Chávez affirme qu’à l’heure actuelle il existe 30 supermarchés dans tout le pays, 208 marchés de type I, 703 marchés de type II, 10 440 petits marchés et boutiques de quartier, environ 2 600 « maisons d’alimentation » qui fournissent de la nourriture à 260 000 personnes, en particulier aux enfants de la rue, aux vieillards et aux femmes enceintes.
[9] Curiosité: l’Assemblée Nationale Constituante a commandé au Centre d’Etudes Politiques et Sociales de Valence (Espagne), composé de spécialistes en droit issus de diverses universités espagnoles, une expertise juridique du projet de nouvelle constitution, juste avant son approbation définitive. Ces juristes bourgeois l’ont trouvé très bien.
[10] Ce n’est pas tout. L’esclavage n’a pas été aboli. Bolívar a proclamé la liberté des esclaves (il a libéré ceux de sa propriété personnelle), mais il est clair qu’ils ont continué à travailler dans les propriétés juste après 1850, quand le Parlement a voté la loi abolissant définitivement l’esclavage, avec indemnisation aux propriétaires.
[11] Selon l’INTI, l’organisme en charge, environ 100 000 familles ont reçu des titres de propriété des terres au cours ces trois années d’application.
[12]
Le 24 juin 1998, six mois avant d’être élu, dans un entretien publié par Agusti
Blanco dans le livre Habla el Comandante,
Chávez déclarait : « Si nous ne
parvenons pas au gouvernement, si nous ne parvenons pas à transformer la
structure et le rapport de forces au Congrès, dans le pouvoir juridique et dans
les facteurs réels, par exemple la CTV qu’il faut démolir, nous n’aurons rien
accompli ».
[13] Ce qui, comme au Portugal en 1974-75, fut très bien accepté par les directions gauchistes.
[14]
La première version de la question fut établie par un Accord le 10 octobre
2000, à l’Assemblée Nationale : « Etes-vous d’accord avec la
convocation et l’élection d’une Assemblée constituante des Travailleurs,
l’établissement d’un statut électoral spécial, avant consultation et audition
des divers mouvements organisés de travailleurs, pour refonder le mouvement
syndical vénézuelien, dans le cadre de l’article 95 de la Constitution de la
Republique bolivariene du Venezuela? ». Après une authentique bataille
politique et judiciaire, il est demandé à l’ensemble des « citoyens »
vénézuelien : « Etes-vous
d’accord avec la rénovation de la direction syndicale, dans un délai de 180
jours, et l’établissement d’un statut électoral conforme aux principes de
l’alternance, du suffrage universel direct et secret, comme le stipule
l’article 95 de la Constitution et qui suspendent de leurs attributions les
directions des centrales, fédérations et confédérations syndicales du
pays ? »
[15] http://www.bancomundial.org.ve
[16] Taux de change pour 1 $: en 1999, 607 bolívars ; en 2003 : 1 600 bolívars ; en mars 2005 : 2 150 bolívars
[17] 2004 a connu une augmentation nominale des dépenses publiques de l’ordre de 60 % en bolivars courants, avec une réduction de la TVA de 1 % et la suppression de l’impôt sur les activités commerciales.
[18]
Panorama du travail 2004 (OIT): « [En
2004] le salaire réel industriel a augmenté en Argentine (8,6 %), au
Brésil (9,1 %), au Chili (2,1 %), en Colombie (1,2 %), en
Equateur (7,2 %), et au Mexique (2,3 %), alors qu’il s’est contracté
au Paraguay (-2,5 %), en Uruguay (-1,4 %) et au Venezuela
(-6,5 %) »
[19] La liste est complétée par la Colombie, Haïtí, Cuba et le Mexique. (Agencia EFE, 25 février 2005)
[20] En 1998, Luis Giusti, alors président de PDVSA,
luttait avec force pour privatiser l’entreprise. Il est aujourd’hui conseiller du président George W. Bush en
matière énergétique.
[21] « Cercles Bolivariens: Création. Le Président Hugo Chávez a officiellement créé les Cercles Bolivariens le 11 juin 2001. (...) Concept. Les Cercles Bolivariens sont des groupes organisés, constitués par le peuple de 7 à 11 personnes qui se réunissent pour discuter des problèmes de leur communauté et les adresser à l’organisme compétent, pour dégager la solution adaptée, s’appuyant sur la Constitution nationale de la République bolivarienne du Venezuela. (...) Le dirigeant suprême des Cercles Bolivariens sera le président de la République bolivarienne du Venezuela. Le siège national et international où se trouveront les registres des Cercles Bolivariens sera le Palais de Miraflores. » (http://www.circulosbolivarianos.org)
[22] Bien
qu’il nous explique sans rire qu’ en réalité, « l’Etat du Venezuela
n’et pas contrôlé par la bourgeoisie ». (Allan Woods, « Los marxistas y la revolución venezuelana », .El Militante, 10 mai 2004).
[23]Le bénéficiaire célèbre du pelotazo de Galerias Preciados, avec le gouvernement de F González