Germinal  

Home

Links

Revolución Permanente

Lucha Marxista

Grupo Bolchevique

 

 

Grupo Germinal / Etat espagnol

À bas la loi organique de l’éducation !

 

Hors des classes, la religion et les professionnels de la religion, de quelque « croyance » qu’ils se réclament ! Enseignement public, laïc, scientifique, gratuit et de qualité ! Aucune répression envers les jeunes manifestants, suppression des amendes infligées à quatre jeunes pour la manifestation du 23 septembre 2004 !

Si toutes les organisations que la classe ouvrière et la jeunesse ont construites pour la défense de leurs intérêts s’unissaient en un front unique avec l’objectif d’imposer un gouvernement au service des intérêts de la majorité et non de ceux de la minorité des exploiteurs, il serait possible de l’obtenir !

 

Un Etat et sa constitution au service du bénéfice privé et de la réaction cléricale

La constitution « démocratique » à genoux devant l’Eglise catholique

 

La constitution de la monarchie des Bourbons édicte dans son article 16.3 :         

Aucune confession ne sera d’Etat. Les pouvoirs publics tiendront compte des croyances religieuses de la société espagnole et maintiendront les relations de coopération avec l’Eglise catholique et les autres confessions.

Trois siècles d’accumulation de richesses, trois siècles de domination sur la jeunesse et la Constitution de la monarchie maintien cette situation en se refusant à déclarer l’Etat espagnol comme un état laïque, refusant de récupérer pour le « peuple espagnol » les richesses que l’Eglise catholique lui a volées durant des siècles.

Bien au contraire, en 1979 furent signés trois accords avec le « Saint-Siège », c’est-à-dire avec l’Etat du Vatican. Le premier préservait le financement de l’Eglise catholique aux frais du Trésor public, ainsi que l’exemption de la quasi totalité des obligations fiscales. L’autre assurait le maintien de l’exploitation de l’éducation comme une des activités les plus lucratives de l’Eglise et maintenait le monopole quasi exclusif de la férule réactionnaire religieuse sur la formation éducative des masses. Pour finir, le troisième conservait la structure de l’Eglise catholique au sein de l’armée de la monarchie.

La constitution « démocratique » de la monarchie garantit l’exploitation de l’éducation par le capital privé

Depuis longtemps, associations sont dédiées à la défense de l’enseignement public. Parmi elles, le collectif Balthazar Gracian de Madrid considérait dans son manifeste En défense de l’enseignement public que :

La fonction que la Constitution attribue à l’éducation peut seulement être garantie par un système public d’enseignement.

Il faut reconnaître le travail constant et vigoureux de ces collectifs de défense de l’enseignement public, mais il est urgent d’appeler les choses par leur nom et ne pas chercher un point d’appui imaginaire dans la Constitution de la monarchie pour défendre le système public d’enseignement. En effet, cette constitution est clairement rédigée pour défendre la propriété privée, pour perpétuer l’exploitation de l’homme par l’homme, pour assurer la continuité de l’exploitation bourgeoise de l’enseignement, par conséquent pour garantir l’exploitation de l’éducation comme un commerce de plus de cette classe sociale. L’article 27 l’illustre parfaitement par son premier alinéa :

Tous les Espagnols ont droit à l’éducation. La liberté de l’enseignement est reconnue.

Ce que concrétise ensuite l’alinéa 3 :

Les pouvoirs publics garantissent le droit (que sont en droit d’attendre) les parents pour que leurs enfants reçoivent la formation religieuse et morale conforme à leurs propres convictions.

Ce qui abandonne toute obligation de garantir un enseignement rationnel. L’alinéa 6 de l’article 27 de la Constitution  stipule :

Il est reconnu aux personnes physiques et morales la liberté de création d’établissements d’enseignement, dans le respect des principes fondamentaux.

La Constitution martèle le clou en faveur de l’entreprise privée et de la soumission à la propriété privée et à la religion (« le respect des principes fondamentaux »).

Comme si ce n’était pas assez clair, les législateurs de la « démocratie » soulignent beaucoup à la « concertation » avec les établissements d’enseignement privé. L’alinéa 9 déclare :

Les pouvoirs publics aident les centres d’enseignement qui remplissent les exigences de la loi.

Les fonds publics, extorqués aux travailleurs, au service de l’opium de la religion dans les écoles

 

En 1987, le gouvernement de Felipe Gonzalez (PSOE, « Parti socialiste ouvrier espagnol », le principal parti ouvrier bourgeois du pays et l’organisation-sœur du PS français) a établi « l’impôt religieux » qui prétend occulter la continuité dans le maintien de l’Eglise catholique par l’Etat de la monarchie derrière une supposée volonté des contribuables. Par ce biais, l’Etat renonçait à 0,45 % du prélèvement de l’IRPF (l’impôt sur les revenus) pour transférer cet argent à l’Eglise catholique sur indication des contribuables. La rubrique « autres fins sociales » de la déclaration de revenus  n’est rien d’autre qu’une mystification tendant à occulter les véritables fins de l’Eglise catholique. Celle-ci se voit attribuer de prétendues « objectifs sociaux ». Il s’agit d’un chantage aux contribuables sou forme de « libre choix ».

C’est le devoir de l’Etat de s’acquitter des objectifs sociaux sans les faire servir de couverture pour un impôt religieux. Si, en 1980, l’Etat a fait cadeau à l’Eglise, à travers le budget, de presque 46 millions d’euros, en 1987 (dernière année de cette forme de subvention) a atteint 80 millions. La première année de l’escroquerie de l’« impôt religieux », le total des déclarations volontaires de versement s’élevait à seulement 40 millions d’euros… qui furent complétés par l’Etat, sans qu’aucune obligation légale l’y oblige, avec 43 millions d’euros. Soit, au total 83 millions d’euros. Et ainsi jusqu’à l’année 2004, au cours de laquelle l’« impôt religieux a rapporté à l’Eglise 105 millions d’euros et le gouvernement de Zapatero (PSOE) a versé à l’Eglise 32,4 millions d’euros supplémentaires. En 1988, 39 % des contribuables avaient déclaré céder une part de leur impôt sur le revenu à l’Eglise ; en 2004, seulement 33 %. Mais les recettes  de l’Eglise catholique par cette voie, bien qu’elles soient importantes, ne représentent que des peccadilles en comparaison des 3 milliards d’euros que l’Etat lui remet chaque année au total en tant que telle et à ses établissements privés.

En plus de cela, pour l’actuel exercice budgétaire, l’Etat a garanti 517 millions d’euros pour payer les salaires des « professeurs de religion », désignés par les évêques libres et licenciables selon leur bon vouloir. Ils sont chargés de semer l’irrationalité et la morale idéaliste réactionnaire dans les têtes des enfants et des adolescents de l’enseignement public. 517 millions d’euros de fonds publics sont donc destinés à injecter journellement  l’opium de la religion à l’école. À tout cela, il faut ajouter les 22 millions, au minimum, que reçoivent des associations directement créées par l’Eglise catholique et à son service. Elle reçoit sans doute plus, de manière indirecte et plus dissimulée.

 

La Loi organique de l’éducation : une attaque contre l’enseignement public

 

Continuité d’une politique contre la classe ouvrière et contre la jeunesse étudiante

 

Le Syndicat des étudiants dénonce à juste titre que :

Se pliant aux plans de la bourgeoisie, le gouvernement est en train d’appliquer une politique qui implique privatisation et élitisme.

En premier lieu, le projet de loi n’est pas garanti par une loi spécifique de finance de la « réforme ». Le gouvernement promettait 6 000 millions d’euros pour les cinq prochaines années à répartir entre le public et le privé, entre l’Etat et les Communautés autonomes qui n’auront aucune obligation de les utiliser dans l’éducation, encore moins dans l’éducation publique). La LOE (loi organique de l’éducation) augmente les moyens de financement de l’enseignement privé-sous contrat.

Le même Syndicat étudiant a calculé que, au minimum, le tiers  de cette somme ira entre les mains des patrons de l’enseignement. La carence de loi de financement condamne l’éducation à poursuivre la politique régression entamée par le Partido popular (PP, « Parti populaire », le principal parti bourgeois, héritier du franquisme et lié à l’UMP française), qui a réduit les dépenses éducatives à 4,2 % du PIB (la moyenne des pays de l’OCDE se situe au dessus de 6 %).

La LOE redonne revient aux salles de classes surchargées de la LOGSE, perpétue ceux de la LOCE, fixant la quantité d’élèves par classes à 25 pour le primaire et 30 pour le secondaire, chiffres théoriques qui se sont dépassés dans les grandes villes et dans de nombreux  villages.

Le gouvernement a aussi promis d’accorder 40 000 nouvelles bourses, mais cela implique la possibilité d’atteindre 220 000 bourses universitaires pour 283 000 en 1995 (en Europe, la moyenne des boursiers est 40 % des étudiants face à 16 % en Espagne). De toutes façons, le futur sera encore pire, puisque une bonne partie de ces bourses iront à l’enseignement privé.

La « fracture scolaire » affecte majoritairement les quartiers ouvriers. Les « itinéraires » du PP constitueront des autoroutes pour la ségrégation sociale des enfants d’ouvriers. La LOE n’annule en rien ce dessein mais recycle à travers l’appellation « évaluations de diagnostic » dans le premier et le deuxième cycle de l’ESO (enseignement secondaire obligatoire). La LOE permettra le regroupement de matières et d’élèves en blocs différents. En fonction de la disparité économique, sociale et culturelle envers les enfants de la classe ouvrière (en activité ou au chômage), cela sera un chemin pour la ségrégation, pour la discrimination. Les programmes de qualification professionnelle initiale prolongent la politique de l’actuelle « garantie sociale » qui n’est rien d’autre que la renonciation à ce que les jeunes se forment convenablement, surmontent les obstacles sociaux qui se dressent sur ce chemin.

Dans cette voie, la LOE restreint les examens de rattrapage de l’ESO. Pour quatre matières, l’élève doit mener un cursus complet. Les options que prévoit la LOE (science et technologie, arts et humanités, sciences sociales) se voient renforcées par différents moyens de manière à conditionner l’accès à l’enseignement supérieur par une « spécialisation » accrue. Les élèves seront peu préparés à la sélection universitaire et constitueront une main-d’œuvre limitée par l’étroitesse de cette formation, mais abondante pour le grand capital.

La sélection universitaire est accrue par l’article 38.6 qui confère aux Universités la possibilité de n’accepter que les élèves ayant surmonté la sélection. L’article 84.3 permet aux établissements privés sous contrat de poursuivre la pratique réactionnaire de la ségrégation par sexe.

Mainmise de l’Eglise catholique sur l’enseignement public

 

L’éducation publique restera assujettie à l’emprise irrationnelle et réactionnaire de l’Eglise catholique. Le gouvernement, à travers la LOE, maintient les accords de 1979 avec le Vatican. En ce qui concerne l’enseignement, selon son article premier, il s’engage :

À la lumière du principe de liberté religieuse, l’action éducative respecte le droit fondamental des parents sur l’éducation morale et religieuse de ses enfants à l’intérieur de l’enceinte scolaire. En tous cas, l’éducation qui se dispensera dans les établissements d’enseignement publics sera respectueuse des valeurs et de l’éthique chrétienne.

Non seulement l’Etat conserve la religion comme matière d’enseignement, non seulement il maintient le versement de centaines de millions d’euros aux professeurs de religion désignés par l’Eglise, mais, il conserve la tutelle religieuse sur l’ensemble des enseignements qui auraient à « respecter les valeurs « chrétiennes ».

En échange, l’Eglise ne respectera aucune autre valeur, en général que la propriété privée, l’exploitation de l’homme par l’homme, et, en particulier, dans l’éducation, la morale réactionnaire diffusée dans les salles de classes, dans les « collèges » de « garçons » et dans ceux de « filles »… et dans la rue, financée par les deniers publics.

Qui plus est, la LOE ouvre à toute la réaction cléricale les portes de l’école publique : aux ayatollahs, imams, pasteurs évangéliques, rabbins… Réaction et toujours plus de réaction.

Contre les jeunes et les travailleurs de l’enseignement

 

Nous pouvons donc faire nôtres la conclusion du Syndicat des étudiants :

La LOE se situe dans le cadre des objectifs stratégiques que la bourgeoisie exige du système éducatif : privatisation de l’éducation publique, pour se remplir les poches, pour réduire les dépenses publiques et rétablissement de l’élitisme des études supérieures, pour que les enfants des travailleurs restent condamnés à devenir une  main-d’œuvre bon marché,  surexploitée et déqualifiée.

En outre, la loi organique de l’éducation est incompatible avec les revendications des professeurs, comme, par exemple : diminution des effectifs, titularisation des intérimaires, maintien de la retraite à 60 ans ou avec 30 ans de service. La LOE n’envisage aucun mécanisme pour résoudre la grande précarité dont souffre le corps enseignant : 80 000 professeurs contractuels au minimum.

 

Mobilisations contre la réforme éducative

Un jalon de plus de l’offensive bourgeoise

 

Le 12 novembre, presque quatre cents mille manifestants, selon El Pais, ont parcouru le centre de Madrid. Convoqués officiellement par la réactionnaire Concapa (Confédération catholique de parents d’élèves), amenés de tous les coins de l’Espagne, en autocars affrétés avec l’argent des subventions publiques, pères, mères, fils, filles, curés, nonnes et toute la calotte espagnole, accompagnée de nombreux enseignant et enseignantes menacés de licenciement s’ils ne venaient pas à la manifestation, ont défilé de nouveau pour exiger du gouvernement une meilleure un plus grand assujettissement aux intérêts idéologiques et matériels de la bourgeoisie.

Si, le 18 juin dernier, ils étaient 150 000 (selon les organisateurs « un million »), ceux qui furent amenés à Madrid pour exprimer la réaction contre la liberté sexuelle et la défense d la sacro-sainte famille ; le 12 novembre, le nombre a quasiment doublé (« deux millions » selon les organisateurs et la presse au service de la réaction bourgeoise).

De nouveau, le Partido popular et l’Eglise passaient un accord contre le gouvernement Zapatero. Le PP a justifié son opposition à la nouvelle loi bourgeoise d’éducation parce qu’elle mènerait à la « disparition des enseignements communs » et qu’il inciterait « à enseigner 17 histoires différentes, ce qui empêche de transmettre l’esprit de la nation espagnole », qu’il irait « à l’encontre de la liberté de choisir l’éducation que veulent souhaitent les parents » et aussi « à l’encontre de l’éducation aux valeurs ». La Confédération catholique des parents d’élèves reproche à la LOE de s’en prendre à la liberté de choix parce qu’elle instaure quelques faibles contrôles quant au mode d’admission des élèves, parce qu’une « commission » se charge de veiller au respect des critères de scolarisation, parce que la loi durcirait les conditions de création d’établissements sous contrat (en fait, la loi transfère aux Communautés autonomes la décision). Selon elle, la loi condamnerait à l’ « asphyxie économique » les établissements privés sous contrat.

Pour sa part, le communiqué du 16 novembre 2005 de la CEOE (Confédération Espagnole des Organisations Patronales) exige du gouvernement que la LOE, entre autres, interdise explicitement les manifestations et les grèves des étudiants. La CEOE veut  utiliser la LOE pour approfondir l’attaque contre le droit de grève.

De même, le patronat déclare clairement au gouvernement qu’il doit assurer son contrôle et le profit dans la sphère éducative :

La création d’établissements d’enseignement et la liberté d’entreprendre impliquent le droit de fonder et de diriger des projets à caractère propre qui doit être associé au respect de l’autonomie des établissements et aux droits de leurs dirigeants. Le financement des établissements éducatifs privés ne doit pas supporter le moindre amoindrissement dans la capacité entrepreneuriale.

Dans un autre paragraphe, la CEOE exige davantage de fonds publics pour l’enseignement privé sous contrat, de façon que :

L’administration doit assurer la capacité de gérer les coûts généraux.

L’organisation patronale ne rate pas l’occasion de pousser le gouvernement Zapatero dans son attaque contre la classe ouvrière et la jeunesse. Elle exige de ne pas laisser passer l’occasion de donner une formation « professionnelle » conforme aux intérêts du grand capital de façon que les jeunes qui « échouent » dans leurs études et abandonnent l’enseignement secondaire obligatoire sans diplôme « devraient avoir la possibilité d’obtenir les compétences de base reconnues avant l’âge de rentrer dans le monde du travail ».

Les étudiants et les professeurs se mobilisent

 

Le 8 novembre, plus de 12 000 étudiants ont manifesté  à Madrid à l’appel du Syndicat des étudiants, avec l’appui du STEs (le « Syndicat des travailleuses et travailleurs de l’enseignement », une scission de l’UGT qui est la plus grosse confédération syndicale) et de secteurs « critiques » des CCOO (les « Commissions ouvrières », la deuxième confédération syndicale). À Barcelone, plus de 15 000 étudiants sont descendus dans la rue. Dans les autres capitales régionales, les manifestations furent moins importantes. Parmi les mots d’ordre repris en chœur : « La religion hors de l’école » ou « ZP (Zapatero), nous ne sommes pas à vendre ». Dans la région de Valence, se tinrent des assemblées générales dans des établissements d’enseignement dont 300 étudiants à Abastos, à Mislata, 600 à Requena et ont manifesté dans les villes de Castellon et d’Alicante qu’à Valence (2 000 étudiants).

Le 17 novembre, 10 000 étudiants manifestaient à nouveau à Barcelone à l’appel de la Plateforme en défense de l’université publique. La banderole de tête de la manifestation, « L’éducation est un droit, pas une marchandise », entendait répondre à ce qu’on sait du processus de Bologne (un conseil des ministres de l’enseignement de l’UE tenu en 1999) qui fixe une norme européenne pour augmenter les droits d’inscription des études supérieures, encourageant ainsi l’enseignement privé et réservant le deuxième cycle des études universitaires à une élite de plus  en plus restreinte, au détriment des études universitaires publiques, conquises par la classe ouvrière pour ses enfants, dépréciées de sorte qu’elles servent encore plus comme une fabrique de main d’œuvre qualifiée bon marché.

Les 16 et 17 novembre 2005, les STES, CGT, CIG, EA-Canaries, AFID-IGEVA, FEDI, INSUCAN, PIDE, SADI, PNN, SIDI, SEPCA ont convoqué une journée d’action à l’échelle de l’Etat espagnol pour exiger, entre autres, que la LOE supprime l’énorme précarité qui affecte les enseignants. Le 16, plus de 10 000 professeurs intérimaires ont manifesté dans les rues de Madrid en réponse à cet appel.

 

Les deux grandes centrales syndicales de la classe ouvrière ont abandonné les étudiants et aussi les revendications des professeurs

 

Le 13 novembre 2005, Candido Mendez (le secrétaire général de l’UGT) a déclaré que la LOE devait miser davantage sur l’enseignement public et que « il respectait » le droit des organisateurs bourgeois de la manifestation réactionnaire du 12 novembre, mais que la LOE « consacrait la liberté de choix des établissements d’enseignement ». Pour sa part, la Fédération de l’enseignement des CCOO de Catalogne se plaint de ce que la LOE  « est encore loin d’être un modèle laïque et pluraliste », mais sans articuler (formuler) aucune proposition de lutte.

La Fédération de l’enseignement des CCOO s’opposera à toute tentative d’imposition sectaire de propositions sectorielles et corporatives, et nous le ferons avec l’objectif de configurer un service public d’éducation dans lequel nous aurons tous à participer et qui réponde aux besoins de tous dans une perspective de futurs compromis avec le maximum de qualité  mais aussi avec le maximum de solidarité et d’égalité.

Tous ? Ce qui est à l’ordre du jour est de d’arracher à l’Eglise catholique et au grand patronat l’activité de l’éducation, le contrôle de la formation de la jeunesse. Ce type de déclaration est un exemple de la façon dont les dirigeants de l’UGT et des CCOO ont abandonné la lutte effective pour un enseignement public et de qualité, la défense des intérêts du corps enseignant, un exemple de la manière dont ils appuient le gouvernement de Zapatero qui poursuit la politique d’attaque contre la classe ouvrière et la jeunesse.

 

La « négociation » du gouvernement

La bourgeoisie avide de bénéfices et de réaction idéologique

 

Le jour même où les étudiants se mobilisaient dans la rue, Zapatero, flanqué du ministre de l’éducation et du chef de cabinet de la Présidence, rencontrait les organisations qui avaient servi de cache-sexe à l’ Eglise Catholique et au PP lors de la manifestation du 12 novembre. En plus de la Concapa, étaient présents : Cofapa, Ance et Cece (organisations patronales de l’enseignement privé), le syndicat jaune de professeurs Aps, USO, Forum espagnol de la famille et Temps d’éduquer. Quoique l’Eglise catholique n’apparût pas en tant que telle comme organisatrice de la manifestation, elle participait à la réunion par la Fédération espagnole des religieux de l’enseignement.

À cette réunion, Zapatero a assuré à cette kyrielle de représentants de la réaction cléricale, du patronat de l’éducation, de l’Eglise catholique, qu’il renforcerait les garanties juridiques du libre choix de l’établissement (c’est-à-dire la discrimination sociale), le statut juridiques des établissements concernés sous contrat (c’est-à-dire le profit économique et la domination idéologique catholique), le respect des idées de chaque établissement (c’est-à-dire le renforcement de la domination patronale sur les professeurs, plus de négation de la liberté pédagogique et plus de garantie pour l’injection de l’opium religieux dans les esprits juvéniles).

En outre, la LOE maintiendra l’obligation pour les élèves de choisir entre la religion ou « l’enseignement des valeurs » pleinement dominé par la morale idéaliste.

Les nouvelles concessions du gouvernement PSOE

 

Ni l’Eglise, ni le PP, ni le patronat de l’enseignement privé ne trouvèrent suffisantes toutes ces concession. Le 18 novembre, ils annoncèrent que le gouvernement n’avait pas cédé suffisamment, qu’ils exigeaient que le Parlement ajourne l’adoption de la loi, pour que la religion soit obligatoire et compte dans l’évaluation.

Le 23, le front de la réaction se rompit au travers d’une manœuvre de l’Eglise catholique, appliquant l’adage : Aide-toi, le ciel t’aidera : la Fere et la Fsie étaient « expulsés » des négociations par leurs compagnons d’armes du 12, la Concapa, USO, etc.

Le 29 novembre, La Vanguardia (quotidien de Barcelone) pouvait annoncer :

Le PSOE revoit la loi d’Education pour élargir son appui parlementaire.

Grâce à cette « reculade », CiU (« Convergencia i Unió » de Catalogne), le PNV (« Partido Nacionalista Vasco » du Pays basque) et la CC (« Coalición Canaria » des Canaries), ces représentants directs de la bourgeoisie, se sont engagés à appuyer le texte. Le PP et l’Eglise, enhardis par les continuelles concessions du gouvernement Zapatero continuèrent à maintenir leur opposition et à exiger plus de soumission aux intérêts de l’Eglise et du grand patronat de l’éducation.

La « reculade » consistait à ne pas garantir de sessions de rattrapage en juin ou en septembre, à refuser les cours gratuits et facultatifs dans les établissements durant l’été, à offrir obligatoirement l’option d’enseignement religieux dans les établissements publics et à laisser ouverte la possibilité de ce qu’elle soit évaluable. S’ajoutent 250 millions d’euros aux 3 000 millions déjà promis pour financer la réforme et la prolongation durant dix ans de l’obligation pour le gouvernement de financer le patronat de l’éducation.

Il suffira d’échouer dans trois matières pour redoubler. Le compromis assure la totale impunité des établissements privés pour frauder sur les passages, alors que les élèves des établissements publics sous-dotés auront du mal à se payer des cours particuliers. L’administration publique renonce à assurer ses obligations, ce qui ouvre au privé un plus grand pourcentage d’élèves.

Il entérine la discrimination des élèves en fonction de leur origine sociale, puisque les insuffisantes « commissions de recours » (qui permettent l’inscription des jeunes immigrés ou de parents immigrés) ne seront pas obligatoires dans les établissements privés sous contrat. L’adhésion au projet éducatif réactionnaire et discriminatoire des établissements privés sous contrat de l’Eglise sera obligatoire, accentuant le mécanisme de ségrégation sociale des PGP qui peuvent être mis en place à partir de 15 ans. Le second cycle de l’enseignement primaire sera obligatoirement « concerté ». Le nombre d’élèves par classe augmentera de 10 %, ce pénalisera gravement les quartiers ouvriers et immigrés.

L’interdiction de percevoir des droits d’inscriptions dans les établissements privés sera levée. Les subventions aux établissements privés seront réévaluées chaque année.

En dépit de ces concessions supplémentaires au PP et à l’Eglise catholique, la bourgeoisie exige toujours davantage  de bénéfices, mais aussi de réaction idéologique et d’obscurantisme, en lien avec le déclin du capitalisme.

 

Les positions de la « gauche» du PSOE : protéger le gouvernement de continuité de Zapatero

 

Les débris du stalinisme soutiennent la loi organique de l’éducation

 

Le 18 novembre, Llamazares de la Izquierda Unida (IU, « Gauche unie », une coalition constituée par le Parti communista español, PCE) lançait un appel à manifester parce que :

Il serait bon que la défense de la liberté scolaire et de la concertation scolaire ne soit pas le monopole de quelques uns.

Autrement dit, IU appelle à sortir dans la rue pour défendre le contenu de la LOE.

Des cadres du PCE, dont Angeles Maestro, ont rompu avec IU pour constituer Corriente Roja (Courant rouge). Ce dernier a suscité parmi certains jeunes des illusions quant à la possibilité de construire à partir de lui un parti communiste qui réalise une espèce de « retour aux origines », comme le PRC (Rifondazione Comunista) en Italie. Le retour à la référence à la classe ouvrière et un bilan du stalinisme seraient les lignes motrices d’une évolution à gauche, du réformisme au centrisme.

Pour sa part, le Grupo Germinal en doute. Il constate l’aspiration fébrile des dirigeants de Corriente Roja à récupérer un espace « parlementaire », au niveau local, provincial ou national. L’impasse à laquelle conduit cette optique est illustrée par silence total du CR face à la LOE.

Durant trois mois d’offensive du PP et de l’Eglise, grâce aux manœuvres parlementaires autour de la LOE, auxquelles s’est totalement associée IU, les dirigeants de Corriente Roja ont démontré leur incapacité de proposer aux militants et sympathisants de ce courant la moindre alternative, si ce n’est le pitoyable appel antimarxiste de ces anciens staliniens à « freiner la droite ». Comment croire que le gouvernement de Zapatero et ses soutiens parlementaires « de gauche » pourraient « améliorer » une loi dirigée contre les intérêts de la classe ouvrière et de la jeunesse, une loi axée sur le maintien de la férule religieuse sur l’école et sur le respect du grand capital de l’éducation ?

Les lambertistes et les pablistes s’adressent au gouvernement bourgeois

 

Le Partido Obrero Socialista Internacionalista (POSI, « Parti ouvrier socialiste internationaliste », section en Espagne d’une des prétendues Quatrièmes internationales, celle qui a fondé le PT français) appelle aujourd’hui à signer une pétition destinée à Zapatero. Le texte reproche au gouvernement de ne pas tirer les conséquences des élections du 14 mars 2004, analyse la campagne du PP et de l’Eglise comme un signe de leur incapacité à accepter leur échec du 14 mars, se demande si ce ne sont pas ceux qui ont perdu les élections qui gouvernent en fait, proclame que l’école publique est en danger à cause de l’offensive des « fachas y meapilas » (des fachos et des bigots). En conclusion, le POSI cite une « Coordination de travailleurs et jeunes pour la démocratie », s’adresse à Zapatero pour que celui-ci reconsidère sa politique de concessions à « la droite » et prennent le cap approprié :

Monsieur le Président, de nos organisations, syndicats et partis, s’élèvent des voix qui exigent une autre politique favorable aux travailleurs, et non à celle dictée par les multinationales, les héritiers du franquisme et le pouvoir despotique de Bruxelles. Les forces pour la mener à bien existent. Toute mesure que le gouvernement prendrait dans cette voie sera appuyée par l’immense majorité, comme lors du retrait des troupes de l’Irak. Dans le cas contraire, nous verrions les forces de la réaction s’organiser et croître, exigeant chaque jour davantage et finissant par renverser le gouvernement lui-même.

Comme El Militante (« Le Militant »), le POSI entretient la mystification que le gouvernement Zapatero aurait retiré les troupes impérialistes espagnoles pour se conformer à la volonté des masses. Or, il les a redéployées aussitôt en Afghanistan et à Haïti. Le gouvernement constitué par Zapatero a proclamé son engagement à envoyer des troupes partout où le lui demandera cette caverne de brigands qu’est l’ONU.

Le POSI veut engluer ses militants et ses sympathisants dans une campagne bureaucratique de collecte de signatures pour solliciter le gouvernement de continuité de Zapatero, lui suggérant qu’il ne cède pas devant « la droite ». Mais ni le POSI ni sa coordination n’exigent le retrait immédiat de la LOE.

L’attaque très sérieuse contre la classe ouvrière et la jeunesse, contre l’enseignement public et laïc procède en ce moment du gouvernement Zapatero et de ses soutiens parlementaires et prend la forme de la LOE. Voilà ce qui encourage les représentants politiques directs de la bourgeoisie espagnole, spécialement le PP.

Pour sa part, Espacio Alternativo (EA, « Espace alternatif », organisation-sœur de la LCR française et membre d’IU) se limite à expliquer dans son communiqué du 15 novembre :

Tant vis-à-vis des provocations du PP et de l’Eglise catholique, que face à l’attitude timorée du PSOE, Espacio Alternativo apporte son appui aux différentes initiatives d’action et de mobilisation qui peuvent surgir de la gauche, des syndicats et des mouvements sociaux contre la LOE et en défense de l’enseignement public, laïc et de qualité.

Non content d’oublier, par exemple, l’exigence de gratuité pour l’enseignement, ce regroupement qui prétend être une « alternative » se maintient comme flanc gauche du réformisme, dans l’opposition loyale du PSOE qu’elle considère comme « timoré ». La direction du PSOE n’a pas été timorée. D’ailleurs, il suffit de lire la suite du même communiqué, quand EA décrit la LOE, pour comprendre que le PSOE n’est jamais timoré dans la défense des intérêts de la bourgeoisie.

Le bloc entre révisionnistes du trotskysme, anciens staliniens et écologistes en Catalogne

 

Le Partido Obrero Revolucionario (POR, « Parti ouvrier révolutionnaire », qui prétendait dans les années 1970 être la section espagnole de la 4e Internationale et qui a collaboré durant les années 1990 avec le GLC français) est partie constituante de l’Esquerra Unida i Alternativa (« Gauche unie et alternative », IU en Catalogne), une combinaison interclassistes de front populaire (qui comprend aussi les staliniens en reconversion et des écologistes). Le POR n’a rien à dire sur la LOE. Il se contente de renvoyer à une réunion qu’a tenue l’EUiA à Vic.

Dans ce type de parlottes locales, les cadres intermédiaires ont l’occasion (et l’obligation) de tenir un discours plus radical. Ainsi l’EUiA a affirmé dans cette rencontre des désaccords avec la LOE et s’est prononcée pour que la religion reste une affaire privée, qu’elle n’ait pas sa place à l’école publique. Mais pour quelle perspective ? Gregorio Belmonte a déclaré à Vic :

Je critique la campagne pleine de mensonges du PP et de l’Eglise catholique, puisque le projet de LOE de présentée par le PSOE ne modifie pas le statut de la religion à l’école.

Le porte-parole de l’EUiA apprécie donc que le projet continue à accorder des privilèges à la religion catholique et aux établissements privés. Autrement dit, EUiA n’offre aucune alternative. Les compromis avec la bourgeoisie et l’ombre de la petite-bourgeoisie à l’intérieur de EUiA conduisent le POR  autoproclamé à abandonner tout principe révolutionnaire, à se comporter comme le flanc-garde du PSOE et à souiller le drapeau de la 4e Internationale qu’il continue à arborer (y compris sur le site d’EUiA, aux côtés de celui des fossoyeurs de la révolution espagnole et des tortionnaires d’Andres Nin)

Les militants « révolutionnaires » du POR, transformés en adjoints du stalinisme en reconversion, ne peuvent défendre les intérêts de la jeunesse ouvrière, des étudiants enfants de travailleurs et jettent par-dessus bord les principes du bolchevisme.

Ainsi, face aux manifestations de rue organisées par le PP, le POR s’est contenté de reproduire un article qui occulte totalement la continuité politique du gouvernement Zapatero avec le gouvernement Aznar précédent, qui sème des illusions criminelles dans la possibilité de faire tourner à gauche le gouvernement constitué par le PSOE.

Il a manqué une vision de gauche plus forte, un projet crédible à moyen terme, une présence dans la rue qu’a négligée le gouvernement du PSOE et que les différentes forces à sa gauche n’ont pas été capables d’avancer pour le moment.

Pour quelle raison n’y a-t-il pas eu un projet « crédible » (en termes codés : un projet compatible avec la constitution monarchiste et bourgeoise) ? Pour la même raison qu’un chameau ne peut passer pas le trou d’une aiguille : toute politique de flanc gauche d’un gouvernement de continuité, de gestion des intérêts de a bourgeoisie aboutit fatalement à la démoralisation des militants et à la passivité des masses. Du coup, il est impossible de tenir la rue.

Les morénistes et les grantistes se comportent en flanc-garde de la social-démocratie

 

Le Partido Revolucionario de los Trabajadores-Izquierda Revolucionaria (PRT-IR, « Parti révolutionnaire des travailleurs-Gauche révolutionnaire »), section dans l’Etat espagnol de la LIT (représentée en France par le GSI), suit la même dynamique.

À l’occasion de la manifestation appelée par l’Eglise et le PP contre la liberté sexuelle et contre le libre chois de partenariat affectif, le PRT-IR a publié un article intitulé « Le PP et les soutanes dans la rue : il faut riposter ». Quelle perspective ouvre pour cela le PRT-IR à ses militants et sympathisants ? Quel instrument de lutte est-il en mesure d’offrir à la classe ouvrière et à la jeunesse ? Seulement de servir d’aile gauche au gouvernement de Zapatero, de « pression » de gauche, dur réformisme typique. Le PRT-IR taxe le gouvernement du « pusillanime ».

Le gouvernement de continuité de Zapatero n’a jamais été pusillanime dans sa défense de la monarchie, de la propriété privée, des privilèges de l’Eglise catholique, dans sa volonté de « réformer » du marché du travail au détriment de la classe ouvrière. Il n’a pas plus hésité avec son projet de loi d’enseignement soutenu par les parlementaires PSOE-IU-ICV-ERC pour garantir la religion à l’école, pour les subventions à l’Eglise catholique et aux capitalistes de l’enseignement et pour liquider l’enseignement public par asphyxie financière.

Sur cette LOE, le PRT ne se prononce pas. Concernant les manifestations « de droite », il dit :

Pendant que la droite se renforce, le gouvernement démobilise et continue à financer l’Eglise. (…) La gauche du « bloc de gouvernement » (IU, IC et ERC) apparaît chaque fois comme la jumelle du PSOE qui ne paraît pas s’inquiéter de ce que fait le gouvernement. Affronter la droite réactionnaire exige de construire une gauche libre de toute soumission au gouvernement, une gauche dévouée à sa classe et prête à dénoncer la couardise du gouvernement, prêt à lui faire face s’il s’en prend aux droits et aux conquêtes.

En d’autres termes, le PRT propose de servir de flanc gauche au flanc gauche à un  gouvernement qui n’a jamais cessé depuis sa naissance d’attaquer droits et conquêtes ouvrières, pas plus qu’il n’a cessé de défendre les intérêts de la bourgeoisie impérialiste espagnole.

Pour sa part, El Militante (« Le Militant », lié au courant Socialist Action du Parti travailliste de Grande-Bretagne et  au groupe La Riposte du PCF), se contente de reproduire la déclaration du Sindicato de Estudiantes (« Syndicat des étudiants ») dans laquelle on peut lire :

Les pressions de la droite, que subit le gouvernement, ne peuvent être freinées que par une grande mobilisation de la gauche.

Les étudiants et la classe ouvrière doivent « freiner », avant tout, la politique anti-ouvrière et anti-jeune du gouvernement Zapatero. Un tel message («ne peuvent être freinées que par une grande mobilisation de gauche ») revient à faire croire aux étudiants que le gouvernement Zapatero pourrait défendre leurs intérêts. Mais le gouvernement Zapatero est au service de la bourgeoisie. Si les « pressions » de « la droite » s’exercent certainement à travers les campagnes du PP et de l’Eglise, la défense des intérêts du grand capital et de la réaction cléricale est gérée par le gouvernement Zapatero. Il est l’ennemi principal dans cette conjoncture.

Aucun militant révolutionnaire ne saurait placer sa confiance dans une politique qui prétend « faire une pression » de gauche sur le PSOE pour obtenir une loi d’enseignement qui ne serait pas tournée contre la classe ouvrière et la jeunesse, qui ne serait pas en faveur des capitalistes de l’enseignement ni de l’Eglise catholique. Le PSOE doit-il appliquer son programme électoral ? Que les jeunes révolutionnaires mesurent cette exigence à la lumière des déclarations du ministre de la Justice, Juan Fernando López Aguilar en réponse à une question de l’IU-ICV au Congrès des députés, le 23 novembre 2005 :

Le ministre de la Justice, quoique ouvert à tout débat parlementaire, a rappelé que le programme avec lequel le PSOE s’est présenté aux élections ne prévoyait pas d’annuler ou de revenir sur les Accords signés avec le Saint-Siège. (El País)

 

Le gouvernement Zapatero est un gouvernement au service du patronat

 

Lors de la réunion de l’exécutif fédéral du PSOE du 21 novembre, Zapatero a affiché sa volonté d’appliquer le programme électoral du PSOE en de poursuivant les réformes entreprises par le gouvernement. Une fois de plus, les dirigeants sociaux-démocrates sont persuadés que le « problème » est que la population ne comprend pas son « message ». L’exécutif fédéral a décidé par conséquent une campagne de réunions publiques pour expliquer « pédagogiquement » les réformes, dont la loi organique de l’éducation.

Le gouvernement Zapatero a concédé des avantages fiscaux aux entreprises pour plus de 40 milliards d’euros a seule année passée (tout en prétendant satisfaire enseignants et étudiants avec 3 milliards sur 5 ans). Le ministre de la défense a reçu cette année 7,5 milliards d’euros.

Les communautés autonomes gouvernées par le PSOE sont un bon exemple de l’application de sa politique au service du capital en matière d’éducation. Deux exemples : en Andalousie, le gouvernement PSOE n’a construit que 106 écoles publiques contre 575 écoles privées sous contrat ; en Galice, le gouvernement PSOE-BNG a ouvert 100 écoles privées… et aucune publique.

Le gouvernement Zapatero est impassible devant la croissance des « accidents du travail ». Seul un amendement IU-ICV au projet de législation de la sous-traitance s’en prend à cette hécatombe d’ouvriers. L’amendement limiterait la sous-traitance à trois entreprises par chantier. Par ailleurs, le texte qui ne s’appliquerait pas avant l’été 2006, établirait un minimum de 10 % de CDI.

Dans le cas de l’entreprise automobile SEAT, le gouvernement a multiplié les subventions tandis que les travailleurs subissaient chômage et paupérisation. Le 21 novembre, Zapatero a annoncé qu’il abaissait l’impôt sur les sociétés de 35 % à 30 % des bénéfices, soit 3 milliards d’euros de moins de recettes budgétaires. Les subventions sont, parallèlement, multipliées.

 

Pour vaincre, pour obtenir une éducation laïque, publique, de qualité et gratuite, il est nécessaire de rejeter la politique d’aile gauche du gouvernement Zapatero et de dresser un front unique de classe ouvrière et de la jeunesse

 

Le Sindicato de Estudiantes a appelé étudiants et enseignants à une journée de grève et manifestation contre la LOE le 14 décembre. Ses affiches disent : « Freinons la droite ! ».

Le Grupo Germinal appeler les étudiants à participer aux mobilisations, mais déclare que l’orientation de l’exécutif du SE est une impasse. Sans rectification, la tactique des journées d’action et de tels objectifs useront la combativité et entraîneront le découragement.

L'exécutif du Sindicato de Estudiantes, dans son communiqué de du 12 novembre, servait déjà d’aile gauche au gouvernement Zapatero : « Le gouvernement doit aller à gauche ». Zapatero pourrait aller « à gauche » sous la pression de « la gauche », compensant la pression de « la droite » :

Il est nécessaire de donner une réponse ferme à l'offensive que le PP lance dans la rue. Nous qui sommes attachés à une éducation publique, laïque, gratuite et de qualité, nous sommes énormément plus ceux que mobilise le PP. (...) Le Syndicat des Étudiants demande aux syndicats de classe de l’enseignement (CCOO, UGT, STES, CGT et autres) aux fédérations de parents d’élèves (CEAPA) de convoquer avec les étudiants une grande mobilisation contre la droite et pour une réforme de l’éducation pour la majorité, pour les familles de travailleurs.

Cette tactique conduit les étudiants, les professeurs et la classe ouvrière et, au premier chef, la jeunesse dans une voie sans issue. Le gouvernement Zapatero est un gouvernement de continuité, un gouvernement qui ne retire les troupes d’Irak que pour les envoyer en Afghanistan dans l’intérêt de l’impérialisme espagnol et qui, dans l’enseignement, sert tout autant la bourgeoisie.

Pour « freiner la droite », il faut affronter le représentant actuel de la bourgeoisie (ce que l’exécutif du SE nomme « la droite »), ce qui exige la constitution d’un front unique contre la LOE, contre le gouvernement qui l’a conçue et qui l’a négociée avec « la droite », c'est-à-dire avec la bourgeoisie et ses représentants directs (PNV, CiU, PP, Église catholique à travers ses marionnettes…). L'histoire de la révolution et de la contre-révolution en Espagne enseigne que les politiques qui ne partent pas de la lutte classe contre classe renoncent à appeler la bourgeoisie par son nom et aboutissent au front populaire qui conduit la classe ouvrière et la jeunesse à la catastrophe.

Pour vaincre, il faut précisément quitter les tables de négociation, casser la cogestion de la politique éducative anti-ouvrière, s il laboure vaincre il est nécessaire d'abandonner les tables de négociation, casser la cogestion de la politique éducative tournée contre la classe ouvrière et la  plus grande partie de la jeunesse. Il faut étendre les luttes étudiantes et les unir à celles de la classe ouvrière (alors qu’on a d’un côté la grève à la SEAT de 24 heures le 1er décembre et de l’autre une grève à l’université de 24 heures le 14-décembre), en finir avec les journées d’action qui épuisent la combativité. Il faut imposer le front unique sur le programme :

·         À bas la LOE !

·         Hors des classes, la religion et les professionnels de la religion, de quelque « croyance » qu’ils se réclament !

·         Les fonds publics à l’école publique ! Aucune subvention à l’Eglise ! Abrogation de tous les accords avec le Vatican !

·         Nationalisation de l’enseignement ! Expropriation sans indemnité du grand capital de l’enseignement !

·         Des travailleurs de l’enseignement titulaires !

Si on constitue un front unique des organisations qui se réclament de la classe ouvrière et de la jeunesse pour ces mots d’ordre, la LOE peut être abrogée. Mais, tant que régnera le régime capitaliste, l’enseignement restera le cadre de la discrimination économique, sociale et culturelle des enfants de la classe ouvrière, la culture sera déniée aux masses. Pour obtenir une éducation qui considère réellement la personne humaine comme le centre de ses préoccupations et qui soit un instrument de d’épanouissement de l'être humain, il est nécessaire d’en finir avec le capitalisme, ce qui passe par l’expropriation du grand capital et la formation d’un gouvernement ouvrier basé sur les organisations ayant constitué ce front unique.

Construire le POR et l'IOR

 

Le Grupo Germinal appelle les travailleurs et les étudiants à construire une organisation politique qui a pour objectif la réalisation de toutes les revendications de la classe ouvrière et de la jeunesse, revendications que seul un gouvernement ouvrier qui dispose l'appui des masses sera en mesure d'imposer.

Les trahisons répétées et les reniements des directions stalinienne et social-démocrate, ainsi que des organisations petites ou moyennes qui sont réclamées de leur « 'gauche » ou du trotskysme, ont semé le découragement dans de vastes secteurs.

Mais il n’y a pas d’autre chemin que celui de la lutte et l'organisation sur base du marxisme, de la confrontation de classe contre classe, de l'objectif du socialisme. Pour cela, il faut construire le parti ouvrier révolutionnaire et l’internationale ouvrière révolutionnaire. Le Grupo Germinal combattra coude à coude avec tous ceux qui se sont fixé cet objectif.

2 décembre 2005

Grupo Germinal en Defensa del Marxismo (miembro del Colectivo Revolución Permanente)